Le jour où commença le culte du corps féminin

L’histoire  est belle (cf le témoignage confié par Just Jaeckin à Jean-Philippe Chatrier pour Paris-Match) : La star américaine Jane Fonda propose de poser nue en échange de la destruction de photos d’elle (nue également) prises à la dérobée par un paparazzi. S’en suivra une longue scéance photo de 3 jours près de Saint-Tropez qui ressemble à un hommage au corps nu de Vénus Anadyomène sur les rives de cette même Mer Méditerranée qui l’a vu naître.

C’est aussi une très jolie illustration de la phrase de Jean-Claude Bologne : « La pudeur réside moins dans la dissimulation du corps que dans la qualité du regard qui se pose sur lui » (in « Pudeurs féminines », Editions du Seuil, septembre 2010).

[Photo de Jane Fonda pudique, sur la plage de la Bastide blanche près de Saint-Tropez, août 1966 © Galerie Anne et Just Jaeckin – on trouve aussi cette photo sur le web avec un copyright Just Jaeckin/Sygma/Corbis]

Cette histoire me servira d’introduction à une autre histoire, bien plus connue : Celle du jour où commença le culte du corps nu de Vénus-Aphrodite. C’est un homme, bien sûr, qui créa cet événement : Le fameux sculpteur grec Praxitèle, le jour où il proposa un choix aux citoyens de l’île de Kos pour leur temple d’Aphrodite.

Il leur présenta une alternative à une énième statue d’Aphrodite revêtue d’un long chiton plissé (à l’image de toutes les Grecques dans une société extrêmement machiste où les femmes se montraient rarement en public et jamais nues). Il leur proposa une nouvelle vision de leur déesse : Aphrodite au moment où elle achève de se déshabiller pour prendre son bain ; Aphrodite complètement nue qui cache uniquement son pubis de la main, par pudeur, comme si elle était surprise par un intrus.

Les citoyens de Kos rejetèrent cette nouveauté mais, dans la péninsule d’en-face, ceux de la ville portuaire de Knidos (Cnide), par goût ou par défi, achetèrent la création de Praxitèle et l’installèrent au centre du temple rond dédié à la déesse qui dominait leur ville.

Cnide,Cnidos,Knidos,Aphrodite,Venus,Kos,carte,mapCnide,Cnidos,Knidos,plan,temple aphrodite,venus,port,merDe la ville de Cnide et de son temple d’Aphrodite, il ne reste pas grand chose. Pourtant, le nom est rentré dans l’histoire car, depuis ce jour du 4ème siècle avant JC où les citoyens de la ville ont installé au centre de leur temple circulaire la statue d’Aphrodite offrant son corps entier aux regards des fidèles, c’est cette représentation de Vénus qui s’est répandue dans tout le monde grec puis romain. Du culte de Vénus, on est passée au culte de Vénus nue.

Tout comme son temple, la statue de Praxitèle à été détruite. Les sculpteurs antiques l’ont cependant maintes fois copiée et son image a été préservée sur les pièces de monnaie frappées par la ville de Cnide.

Monnaie en bronze de Cnide représentant l'Aphrodite de Praxitèle, frappée à l'effigie de Caracalla et de Plautilla, Inv. 543, Bibliothèque Nationale de France, Paris - Photo publiée sur un mini-site du Louvre

Fesses serrées et genou gauche plié (ce qui entraîne un déhanchement dans la posture), main droite sur le pubis et main gauche tenant un vêtement au-dessus d’un vase : Voici l’image de l’Aphrodite de Praxitèle.

Plusieurs copies ont traversé les siècles en assez bon état, comme l’Aphrodite du Palazzo Altemps (Musée national de Rome) ou l’Aphrodite Braschi de la Glyptothèque de Münich mais on considère généralement qu’il en est une plus ressemblante à l’originale que les autres : Il s’agit de l’Aphrodite dite « Colonna », conservée dans le cabinet des masques du palais du Belvédère (Musée Pio-Clementino, Vatican).[Image publiée par F.Tronchin sur Flickr. Pour voir une meilleure photo en haute def, cliquer ici]

Coincée dans sa niche, Aphrodite n’offre plus ses fesses aux regards, contrairement à sa glorieuse ancêtre dont on pouvait faire le tour. Voici néanmoins une photo qui vient combler cette lacune (photo prise, semble-t-il dans un atelier de restauration, à moins qu’il ne s’agisse d’un moulage ? Beau cul, en tout cas).

[Photo tirée du livre d’Antonio Corso, The Art of Praxiteles II: The Mature Years, Rome: “L’Erma di Bretschneider”, 2007, et visible sur le site onassis.gr]

Pour ceux qui souhaitent vraiment tourner autour de la statue (ou, plutôt, la faire tourner sous leurs yeux), le virtuelles Antikenmuseum de l’université de Göttingen propose un Quicktime VR, ainsi que 4 photos HD d’un moulage.

Les statues de Vénus qui cachent leur sexe avec la main sont appelées VENUS PUDICA. On se rappellera pourtant qu’aux citoyens de Kos, elle ne semblait pas assez pudique. Idem pour les autorités vaticanes qui, jusqu’en 1932, ont fait ajouter un vêtement à la Vénus Colonna. Un vêtement qui tombe sous les fesses et, par devant, couvre à peine le pubis. Plutôt érotique, tout ça, je trouve… Pudeur ! Pudeur ? Ca veut dire quoi, exactement ?

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Vénus Colonna avant 1932, alors qu'une "jupe" de fortune avait été ajoutée pour lui couvrir les jambes et le sexe - image wikimedia commons

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