Archives de Catégorie: Edouard Manet

Le tub

Puisqu’on évoque depuis quelques temps déjà le thème du bain, arrêtons-nous, le temps d’un article, sur un objet très en vogue auprès des peintres de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème : le tub.

Le succès de cette bassine circulaire (pas très différente des baquets utilisés au bain par les femmes des frères Beham dans l’article précédent) commence avec deux artistes impressionnistes : Edouard Manet (1832-1883) et, surtout, le très prolifique Edgar Degas (1834-1917) qui n’a pas peint que des danseuses et des chevaux.

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Ci-dessus à gauche : « Le tub » par Edgar Degas, 1886, exposé au musée d’Orsay à Paris – A droite : « Le tub » par Edouard Manet, 1878, musée d’Orsay.

20 ans plus tard, ce sont les « Nabis » qui prennent le relais, notamment Pierre Bonnard (1867-1947) qui peint un grand nombre de femmes nues au bain dans des portraits pleins de couleurs comme le magnifique contrejour, ci-dessous, visible à Bruxelles. C’est aussi un grand plaisir de faire figurer Félix Vallotton (1865-1925) dans cette liste, grâce à ces « Femmes à leur toilette » à l’ambiance très surprenante de bains turcs (mais ce n’en sont pas !) trouvées par hasard sur le site de la maison Sotheby’s.

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Ci-dessus à gauche : « Nu à contre jour » par Pierre Bonnard, vers 1908, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles – A droite : « Femmes à leur toilette » par Félix Vallotton, 1897, collection particulière.

A cette même époque, on trouve le Suédois hors-norme (et spécialiste du nu) Anders Zorn (1860-1920) ainsi que le génial Gantois, pointilliste et membre des « Vingts », Théo Van Rysselberghe (1862-1926). Notez que la « jeune fille au tub » fait beaucoup plus penser à une peinture hyper-réaliste contemporaine à la Lee Price ou à la Cynthia Westwood (on en parlera bientôt) qu’à une toile pointilliste à la Seurat. Cette jeune fille mériterait d’être vue de plus près !

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Ci-dessus à gauche : « Le tub » par Anders Zorn, 1888, collection particulière – A droite :  « Jeune fille au tub » par Théo van Rysselberghe, 1925, collection particulière.

Enfin, pour finir, pourquoi ne pas mettre côte à côte une toile du célébrissime Pablo Picasso (1881-1973) et une de l’inconnu Emil Pap (1884-1949?) ?

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Ci-dessus à gauche : « La chambre bleu » (The blue room) par Pablo Picasso, 1901, The Phillips Collection à Washington DC – A droite : « La baigneuse » (The bather) par Emil Pap.

Putain ? Et alors (Par Manet)

Ah ! Les mules d’Olympia !

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Edouard Manet - Olympia - 1863 - Musée d'Orsay, Paris - Image Wikimedia Commons

On l’imagine trotter partout avec ses mules au pied, Olympia. Nue, si ce n’est pour un collier, un bracelet, une fleur dans les cheveux… et ses mules. Parfois, elle jette une robe de chambre sur ses épaules et la noue vaguement à la taille. C’est cette robe de chambre qui est en vrac sur le lit, sous les fesses d’Olympia. Il paraît que c’est une prostituée qui attend le client dans un décor oriental (un décor classique de bordel au 19ème siècle : pour info, lire la petite pièce de Guy de Maupassant, « A la feuille de rose – Maison turque »). Son client lui aurait fait monter des fleurs par le petit groom de service. Il va bientôt se pointer et la sauter pour un gros billet. Et Olympia semble nous dire : « Oui… Et alors ? »

Cette nonchalance dans la nudité m’amuse. Elle n’est pas si fréquente, même à notre époque submergée par les photos porno. J’ai trouvé cette prise de vue de Léo Graas (extraite du site photokonkurs.com) où le modèle a adopté une pose très similaire : le collier, les coussins (qu’on imaginera orientaux…) et sûrement des mules aux pieds ! Leo Graas,photo,indécente,nue,assise,jambes écartées,pubis,poils,odalisque(Ce n’est pas moi qui ai ajouté le cadre : une petite pensée de Léo Graas pour Manet et la belle Olympia qui nous toise depuis son cadre à Orsay ?)

Impudique ? Et alors ! (Par Manet)

Edouard Manet, comme ses petits potes de l’époque, nous a laissé plein de tableaux ensoleillés de jeunes gens en chapeaux et de jeunes femmes à ombrelle. C’est un peu à cause de lui (et de ses potes) si Paris semble si grise de nos jours. Heureusement, Manet nous a aussi laissé autre chose, un autre type de lumière estivale : une ode joyeuse à l’indécence. Ah ! J’aime Manet.

Il y a d’abord ce tableau pas très connu que Manet a réalisé alors qu’il commençait à se faire bouffer par la maladie. Il représente une femme qui  remonte ses bas (ou qui les baisse ?). Ses gros seins débordent de son corset et on ne voit que ça. Elle le sait et ça l’amuse. Rince-toi l’oeil, petit voyeur !

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Edouard Manet - Femme à la jarretière - 1878 - Ordrupgaard, Copenhague - Image Wikimedia Commons

Le tableau suivant est, lui, très connu. Il s’inspire d’une gravure sur cuivre de Marcantonio Raimondi réalisée en collaboration avec Raphael (et que les amateurs pourront retrouver sur le site du Metropolitan Museum de New York). Mais, vous l’aurez compris, quand Raphael montre une scène mythologique peuplée de nu(e)s, Manet, lui, montre une scène actuelle de deux couples impudiques.

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Edouard Manet - Déjeuner sur l'herbe - 1863 - Musée d'Orsay, Paris - Image Wikimedia Commons

Et la femme qui se tourne vers nous semble dire : « Oui… Et alors ? »Edouard,Manet,indécente,nonchalante,nue,assise,déjeuner

Les gros seins datent d’hier

Quand on pense « peinture de gros seins », on pense souvent « Rubens ». C’est un tord : Les femmes de Rubens ont du gras aux fesses, c’est sûr, mais leurs seins ne sont pas très gros. Même chose pour Goltzius. Même chose pour Allori ou Titien. Les seins de ces époques ressemblent à des demi-pamplemousses : bien ronds et fermes, comme des petits seins siliconés.

Si on veut du sein lourd, il faut attendre la fin du XIXème siècle et l’arrivée du réalisme dans la représentation féminine. On a déjà parlé des seins qui tombent du Suisse Félix Vallotton. Pour les seins lourds, trois Français se sont distingués.

D’abord Gustave Courbet, bien sûr, qui, vers la fin de sa vie et à peu près à la même époque que son »Origine du Monde », signe cette « Femme à la vague ».

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Gustave Courbet - La Femme à la Vague - 1868 - Metropolitan Museum of Art, New York - Photo Wikimedia Commons

Ensuite Edouard Manet, bien sûr, lui aussi, qui a réalisé plusieurs nus à scandale et aussi cette très démonstrative « Blonde aux seins nus ».

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Edouard Manet - Blonde aux seins nus - vers 1875-80 - Musée d'Orsay - Photo publiée sur Wikimedia Commons

Et Renoir enfin, qui, malgré l’abondance des « demi-pamplemousses » dans sa production pléthorique, a quand même laissé ça :

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Pierre-Auguste Renoir - Torse, effet de soleil - Vers 1876 - Musée d'Orsay - Photo publiée sur Wikimedia commons

Ainsi, on peut dire sans trop se tromper que les gros seins ont été inventés en France il y a un peu plus d’un siècle. Je parle de l’Occident, bien sûr. On sait que les gros seins d’Orient sont beaucoup plus anciens (cf article « En Orient, la femme a le pubis fendu » et suivants).