Archives de Catégorie: La bienfaitrice Yakshi

Maya, la Madonne de l’Est

Avec les deux derniers articles, j’ai reposé le pied sur le sous-continent indien. J’en profite pour rédiger un article promis depuis très longtemps. Rappelez-vous !

Il y a quelques mois, je vous avais présenté la Yakshi du musée des beaux-arts de Boston (« En Orient, la femme a le pubis fendu« ) et celle de l’université de Caroline du Nord (« Et si la ceinture à sequins était indienne…« ), deux très belles statues de ce génie féminin bienfaiteur, pubis et seins nus, dans une position typique de la statuaire indienne : déhanchée, un bras en l’air, une jambe pliée. Plusieurs statues du musée Guimet adoptent la même position, dont cette « divinité féminine » qui pourrait bien être (pourquoi pas ?) également une Yakshi :

Divinité féminine, originaire du Rajasthan - 10ème siècle - Musée Guimet, Paris

Pour visualiser parfaitement cette position dite du « tribangha » (voir l’explication de la triple flexion sur ce site où vous retrouverez aussi la divinité du Guimet, en plus net), je vous invite à revoir la statue intacte de Yakshi conservée au British Museum (« La Yakshi n’est pas si nue« ). Celle-ci se trouve sous un arbre et s’accroche à une branche. Cette statuaire est très répandue dans les temples hindous. Elle est désignée généralement en français par le nom de « divinité à l’arbre », ce qui est plus facile à dire que « Salabhanjika ». Il y a débat sur l’espèce de l’arbre qui est soit un sal, soit un ashoka. Avec ses longues feuilles pendantes et ses grosses fleurs, l’arbre du British Museum est indéniablement un ashoka mais souvent il ne reste qu’un morceau de branche au dessus de la divinité comme sur le magnifique buste de Salabhanjika du musée Guimet.

J’en viens maintenant (enfin !) au sujet de mon article : Cette imagerie traditionnelle de « divinité à l’arbre » a été reprise dans la tradition bouddhiste pour  représenter la mère de Bouddha, au moment de son accouchement.

La reine Māyā n’a pas accouché chez elle mais pendant un voyage, à proximité de Lumbini (ville du Népal actuel) dans un bois fleuri (cf article Wikipedia). Bouddha est sorti du flanc de Maya alors que celle-ci se tenait debout, en position du tribangha, accrochée par une main à une branche d’Ashoka (ou de sal).

Nouvelle sculpture de la nativité (A droite, Maya qui tient une branche ; Au centre, Gautami Prajapati, sa soeur, qui l'aide à accoucher ; A gauche, Indra et Brahma qui rendent grâce à Maya ; En bas, le bébé Bouddha, debout, une auréole autour de la tête) - Temple de Mayadevi (la déesse Maya) - Lumbini (Népal) - Source : Album Picasa de S. Lawrence

[Cliquer icipour retrouver toutes les photos du temple de Mayadevi de l’album de S. Lawrence]

Tout cela rappelle beaucoup de choses. Forcément ! Tout comme Marie accouche de Jésus dans une étable, loin de chez elle, Maya accouche de Bouddha dans un bois lors d’un voyage. Bouddha (Siddhārtha Gautama), l’Eveillé, le prédicateur, est né entre le 7ème et le 5ème siècle avant JC, ce qui a laissé pas mal de temps pour que l’histoire (la légende, à mon avis, quant aux modalités précises de sortie du bébé, extra-utérin !) se répande. Cette sortie par le flanc me rappelle  aussi certaines représentations médiévales de la sortie d’Eve par le flanc d’Adam (« Eve inférieure ou égale à Adam ? C’est au choix« ).

Mais ce n’est pas tout ! La partie la plus intéressante concernant la naissance du Bouddha n’est pas l’accouchement mais comment sa mère a été fécondée. Māyā a-t-elle été pénétrée par le vagin et rempli de sperme par un homme ? Non. Trop banal. En fait, il se passa un événement merveilleux : Dans un rêve de la reine, un éléphant blanc la pénétra par le flanc. Māyā était vierge… tout comme Marie qui ne fut pas fécondé par l’archange Gabriel, 9 mois avant la naissance de Jésus, mais par… mais par quoi ? (Voir « Le jour où Marie a été fécondée« ).

Queen Maya's Dream par Goldy Malhotra - Source : http://goldymalhotra.in/

Et si la ceinture à sequins était indienne…

Après les yakshis de Boston et de Londres, voici la très belle statue conservée en Caroline du Nord.

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Yakshi de la région de Mathura, Inde - 2ème siècle après JC - The William A. Whitaker Foundation Art Fund - Photo publiée sur le site de l'Auckland Art Museum, The University of North Carolina at Chapel Hill

On retrouve les gros seins ronds, les bracelets, le collier de perles, la coiffe compliquée, les hanches larges, le ventre rond, la jupe transparente et la ceinture. On retrouve la position déhanchée. La jupe transparente, la ceinture, le déhanchement… tout cela fait penser à une danse du ventre torride. Et si la ceinture était une de ces ceintures de sequins utilisées par les danseuses orientales ? J’en profite pour placer cette photo des très belles fesses de Paige habillée pour la danse du ventre. paige,kay,jeff,davidson,fesses nues,ceinture,sequins,nue,danseuse,orientale,danse,dance[Photo visible sur le profil paigekay.deviantart.com de Paige et sur le site exposingbeauty.com du photographe Jeff Davidson.]

La Yakshi n’est pas si nue

La Yakshi du 1er siècle après JC ramenée de Sanchi en Inde et exposée au British Museum permet de se rendre compte à quoi ressemblait ce génie-femelle bienfaisant (Clichés publiés sur le site du musée – Une photo HD est également disponible sur Wikimedia Commons). Un collier de perles qui passe entre les seins, comme pour la statue de Boston (voir article précédent), des bracelets aux chevilles et aux bras, une ceinture sur les hanches et… une jupe transparente qui ne cache rien du pubis de la belle. Seins nus et transparence des tissus : Voilà qui rappelle beaucoup les articles précédents sur l’Egypte ancienne. De devant, on sait donc maintenant que la yakshi a les seins nus et une jupe pas si pudique. La vue de derrière est aussi très intéressante. Les cheveux sont très longs et tressés. Ils semblent partiellement recouverts par une sorte de collier. On remarquera aussi la pose très particulière et typique de la yakshi (déhanchement, un bras en l’air et une jambe pliée) qu’on appelle « tribangha ». On remarquera surtout que la belle se tient sous un arbre dont elle a attrapé une branche. Ce génie hindou est ainsi devenu une figure bouddhiste, la « Shalabhanjika » dont je vais reparler très prochainement, car la mère de Bouddha (c’est d’elle qu’il s’agit) devrait vous rappeler une autre mère bien connue…

En Orient, la femme a le pubis fendu

Voici à quoi ressemble la femme européenne nue, quand elle ne cache pas son pubis de la main.

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Copie romaine (2ème siècle avant JC) de l'Aphrodite de Cnide de Praxitèle (4ème siècle avant JC) - Musée du louvre - Publié par Baldiri sur Wikimedia commons

De la Grèce antique jusqu’à la Vénus Victrix d’Auguste Renoir et Richard Guino, l’Européenne est une femme sans bijou et, surtout, elle est une femme sans fente. Alors, quand on voit la statue ci-dessous, on sait qu’on a quitté l’Europe.

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Yakshi, Inde, 1er siècle après JC - Museum of Fine Arts, Boston - Publié par Brent Danley sur Flickr

Cette femme-là est une Indienne : elle est fendue et elle aime les bijoux. Elle a de gros seins (dans ce cas précis, c’est difficile de se rendre compte mais vous pouvez me croire) et un petit peu de gras sur le ventre et les hanches. Ce n’est pas la déesse Vénus, c’est un génie femelle, un semi-Dieu sympa, une Yakshi.