Archives mensuelles : février 2012

Portrait d’Erica Campbell en Wonder Woman

On ne sera pas surprise qu’une héroïne aussi populaire que Wonder Woman finisse par se mettre à poil : C’est, paraît-il, le destin des femmes-stars (qu’on aime ou pas, qu’on accepte ou pas, qu’on en rit ou qu’on en pleure, les filles, c’est un fait !).

Un tas de femmes s’y sont collé (Carlotta Champagne, Tori Black, Veronika Zemanova, Denise Milani, Gaby Ramirez…) mais une des plus séduisantes est sans doute Erica Campbell (même si elle n’est pas du tout assez brune !) dans la série de photos prises en 2007 (Si vous êtes un adulte, retrouvez-les ici ou sur le site officiel), peu avant la fin de sa carrière de mannequin très dénudée.

[Source : nerdbastards.com]

WW dominée. Ligotée pour s’amuser ?

Il semble que le créateur de Wonder Woman n’était pas seulement intéressé par la domination féminine (cf billet précédent) mais qu’il était en fait intéressé par les jeux de domination, le type de jeux qu’on pratique avec des cordes ou des menottes, voire un fouet ou une tapette à cul-cul (voir la page de l’album 31 de Sensation Comics de juillet 1944 dans lequel Wonder Woman, les mains liées, nous adresse un clin d’oeil alors qu’un gros bébé lui fesse le cul). C’est ce qu’on peut lire dans de nombreux articles consacrés à la dame à la culotte étoilée.

Domination/soumission => Maître/esclave. La question de l’esclavage est plusieurs fois abordée dans les premiers albums, comme par exemple dans ces deux cases extraites du numéro 3.

 WW avance que les femmes dans le monde des hommes (à la différence du monde des Amazones) préfèrent être des esclaves plutôt que se trouver en concurrence avec les hommes (Ah bon ? Discutable…). La 2ème case est la plus intéressante : WW se fait la réflexion que ce n’est pas un problème d’être un esclave : Le seul tort est de se soumettre à un maître (à un homme donc) ou à une mauvaise maîtresse. Une BONNE maîtresse ferait des merveilles (« Wonders », comme dans Wonder Woman !) avec ces esclaves. WW Dominatrix ?

Pourtant, WW Dominatrice, pas vraiment ! Ou pas seulement… Car une fois passés les vingt premiers numéros dans lesquels WW attrape beaucoup de méchants (généralement des hommes, cf coverbrowser.com) avec son lasso, c’est bien WW elle-même qui se retrouve souvent ligotée. Ci-dessous, à gauche, WW est enchaînée aux pieds d’une ennemie (couverture de l’album 19 de la série de 1987), comme  sur la couverture des numéros 24, 106, 117, 146, 158, 161, 162, 200, 206, 207, 209 (c’est maman qui est ligotée), 219, 220, 221 de la série originale de 1941, puis des numéros 82, 83 de la série de 1987.

Au-dessus, à droite, voici une couverture très clairement sexuelle sur laquelle WW attachée et les jambes écartées est la cible d’un gros missile dirigé vers son ventre (illustration d’Al Rio inspirée de la couverture du numéro 229). Dans le même registre (ligotage + gros missile), voir aussi les numéros 68 et 205.

Les histoires de bondage et de jeux sexuels ont pas mal inspiré les commentateurs : Les bracelets d’invincibilité de WW et le fait qu’ils perdent leur pouvoir quand on les couvre de chaînes, feraient référence aux liens du mariage pour certains ou à des jeux avec menottes auxquels les femmes de Marston-Moulton se soumettaient pour d’autres…

Remarquons nénmoins que, quoiqu’en disent les spécialistes  (et si on s’en tient aux couvertures), l’incidence des scènes de « bondage » (ou assimilées) n’est guère élevée si on ramène les chiffres aux centaines d’albums publiés. Il y a en fait un petit pic entre les numéros 146 et 221, soit entre les années 1964 et 1975 (Marston était alors mort depuis longtemps).

Enfin, comme dans les BD érotiques japonaises appelées shokushu ou tentacle-hentai (voir la « La plongeuse et le poulpe »  et « Tentacules : Du plaisir au viol« ), WW est plusieurs fois assaillie par des tentacules/serpents/queues (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici). Et puisqu’on en est au shokushu, je ne peux pas m’empêcher de présenter la très juste illustration de Marcos Capuz.

Parce que, oui, vous l’aurez deviné : Quand la femme est ainsi ligotée et vulnérable, alors fatalement elle ne tarde pas à se faire pénétrer. Ce n’était peut-être pas l’intention des créateurs et cela n’apparaît pas dans les albums (si ce n’est  de manière camouflée sur les couvertures : voir ci-dessus les missiles et les jambes écartées) mais la WW pénétrée est très présente dans l’imagerie parodique des super-héros. On en reparlera.

Wonder Woman : la femme au-dessus de l’homme

Toutes les sources qui parlent du créateur de Wonder Woman, William Marston, dit Charles Moulton, indiquent que ce dernier était impressionné par les femmes « fortes » comme sa femme et son amie-concubine (?) avec qui il formait, semble-t-il, un ménage à 3.

Tous s’accordent à penser que Marston-Moulton rêvait d’un monde nouveau où les femmes domineraient les hommes. Wonder Woman en était le prototype (cf la couverture « WW présidente » dans l’article « Le bras de la Justice et de la Vérité« ).

Ainsi, WW, la princesse amazone, passerait son temps à chasser les hommes mauvais et à les attraper avec son lasso de vérité. Si on prend le temps de consulter la liste des albums de WW (voir le site coverbrowser.com), on est obligée de constater que la vérité est légèrement différente. Certes, dans les tout premiers albums, les « méchants » sont souvent des hommes, mais cela évolue rapidement : La diversité des villains que WW affronte est hallucinante ! On y trouve tout un zoo de monstres divers à la Godzilla, d’êtres fantastiques type « l’homme-papier », découpé dans une feuille de journal, et aussi de femmes ennemies et dangereuses, y compris des doubles (voire des triples) de Wonder Woman elle-même.

Contrairement à sa légende « féministe », WW ne me semble pas accaparée par une quête de domination féminine, quoiqu’en dessine le grand spécialiste des hommes baraqués au très-très-très grosses bites, le Canadien Patrick Filion (son site est réservé aux adultes, en raison de son contenu extrêmement gay) :

Quand on fouille l’abondant matériau que constituent les illustrations (officielles ou amateurs) concernant WW, on constate que les hommes ne constituent pas l’immense majorité des personnes qui se retrouvent ligotées. Non. En fait, ce serait plutôt WW elle-même qui se fait encorder ou enchaîner. Et vous savez quoi ? Et bien, il paraît qu’elle aime ça (on en reparle).

Wonder Woman, l’Amérique Allégorique

On a déjà parlé « allégorie » : Souvenez-vous de l’article sur la mère patrie russe, la mère patrie ukrainienne, la mère patrie géorgienne et la mère patrie arménienne (voir « la plus grande femme« ). Une allégorie, c’est la représentation humaine (féminine) d’une idée ou d’un concept. Ici, en l’occurence, le concept de patrie (avec toute l’ambiguité, déjà évoquée, de représenter la patrie -de « pater », père, comme « fatherland » ou « Vaterland »- par une femme !).

En matière d’allégorie patriotique, Wonder Woman, c’est pas mal :

Couverture du N°272 de Wonder Woman, Octobre 1980 - Illustration par Dave Cockrum et Dick Giordano - Source : http://www.wwcomics.com

D’abord, on se rappellera que Wonder Woman fut créée l’année de Pearl Harbor, dans un contexte donc très martial et patriotique.

Regardez son uniforme ! Seul celui  de Captain America est aussi patriotique. Les couleurs du drapeau américain et les étoiles sur la culotte. L’aigle sur la poitrine (oui, sur le bustier/corset de WW, c’est bien un aigle qui étend ses ailes sur ses seins : voir, par exemple la couverture du N°5). J’aime la couverture du numéro 272 pour son aspect simple et efficace : WW avec un aigle sur le poignet, devant le « Stars and Stripes » et le dôme du Capitole de Washington, DC. On entendrait presque les premiers accords du « Star-spangled banner ».

Cette allégorie de la mère-patrie américaine en rappelle d’autres, européennes celles-là :

[De haut en bas et de gauche à droite : Couverture de Wonder Woman N°72, 1993, Illustration par Brian Bolland – Source : artsuperhero.com –  Reconstitution de la statue d’Athéna-Parthénos par Alan LeQuire, 1990, Parthénon, Nashville, Tennessee, Photo : Dean Dixon, Source : Wikipedia – « Germania » par Friedrich August von Kaulbach, 1914, Deutsches Historisches Museum, Berlin, Source : Wikipedia – Détail de « La liberté guidant le peuple » par Eugène Delacroix, 1830, Musée du Louvre, Source : Wikipedia]

Par ses origines « grecques », puisque c’est une princesse amazone de l’île de Thémiscyra » (voir « Le bras de la Justice et de la vérité« ), Diana-WonderWoman nous rappelle immédiatement Athéna, patronne de la ville d’Athènes. Les citoyens athéniens construisirent en 438 avant JC un temple dédié à Athéna-Parthénos (Athéna vierge), le Parthénon, qui dominait la ville. La statue cryséléphantine (d’or et d’ivoire), oeuvre du sculpteur Phidias, était connue de tout le monde antique. Maintenant disparue, on peut voir une tentative de reconstitution au Parthénon de Nashville, Tennessee. Elle tient Nike, déesse de la victoire dans la main droite et son fameux bouclier, l’Egide (celui-là même qui aurait servi à forger les bracelets de WW !-) dans la main gauche.

WW et Athéna rappellent aussi la « Germania » allemande ou la « Marianne » française, symbole de la République (comme dans la statue qui domine la place de la République à Paris) ou de la Liberté (comme dans celle qui mène les Parisiens lors de la révolution de juillet 1830).

Jusqu’à présent, j’ai dit des choses évidentes. Maintenant, j’aimerais parler briévement du numéro 273 d’octobre 2001. Regardez bien la couverture :

Couverture du N°173 de Wonder Woman, octobre 2001, Illustration : Adam Hughes - Source : wonderwomanmuseum.com

Voici une Wonder Woman en armure (et très en colère) qui mène ses troupes au combat au cri de « Vengeance ! ». On est dans les numéros « Our worlds at war » (Nos mondes en guerre) qui suivent les 2 numéros de mai-juin 2001 intitulés « Paradise Island Lost », jeu de mot sur « Paradise Lost » (Le Paradis perdu) quand l’île des Amazones (« île du Paradis » donc, mais aussi île de la Justice puisque Thémis en est la déesse) sombre dans la guerre. Personne chez DC Comics n’avait pu envisager les événements du 11 septembre 2001. Et pourtant, étrangement, voilà qu’arrive à point nommé une Wonder Woman prête au combat pour défendre son pays sous le choc, son havre de justice qui se délite, son paradis en perdition. Prophétique ?

Le Bras de la Justice et de la Vérité

Je ne sais pas si c’est la meilleure traduction pour « Tireless Champion for Justice and Truth » (cliquer sur la page dessinée ci-dessous pour lire les textes) mais ça m’amuse bien de comparer, pour une fois, une femme à un bras.

On ne parle pas de n’importe quelle femme, bien sûr, puisqu’il s’agit de Wonder Woman, un des super-héros de DC Comics et le seul qui soit une femme et qui puisse rivaliser avec Superman ou Batman. Les autres héroïnes de DC Comics (Supergirl, Catwoman, Power Girl…) sont un cran en dessous.

Avant d’écrire quelques articles sur la superhéroïne à la culotte bleue étoilée, je vais faire une succinte présentation de la dame, sans trop paraphraser Wikipedia. Pour celles et ceux qui ne  la connaissent pas, vous allez voir que le personnage est assez étonnant, truffé de clins d’oeil à l’Antiquité grecque… et à des pratiques inattendues dans des livres illustrés pour enfants.

– Wonder Woman s’appelle en fait Diana (comme Diane/Artémis, la déesse vierge, soeur d’Appolon, qui vit dans la nature, entourée de femmes – pour faire bref ! On en a déjà pas mal parlé : voir « Diane et Actéon« ). Diana est la fille d’Hippolyte, la reine des Amazones de l’île de Paradise Island (nom identique à celui d’une « vraie » reine amazone de la mythologie grecque). « Paradise Island », cela sonnait peut-être un peu trop comme le titre d’un épisode de « La croisière s’amuse » et l’île fut par la suite renommée Thémyscira (oui, c’est mieux).

– Diana sait se défendre. En plus de son entregent particulier dans le monde animal (elle ne s’appelle pas Diane pour rien), elle dispose d’un lasso de vérité et de deux bracelets protecteurs. Le lasso aurait été réalisé à partir de la fameuse ceinture d’Hippolyte (on en reparlera) et les bracelets auraient été forgés à partir de l’Egide d’Athéna (on pense que l’Egide était une sorte de bouclier recouvert d’une peau de chèvre). Elle dispose également de divers dons paranormaux et athlétiques.

– La princesse Diana de l’ile des femmes est envoyée dans le « monde des hommes » (le monde, quoi) sous le nom, très original, de Diana Prince. Elle y passe son temps à soumettre des hommes à sa loi (la loi des Amazones ? La loi des femmes ?), grâce à son lasso d’or. Fouet, lasso, corde, soumission… Il faudra qu’on revienne sur la signification de ce lasso, ainsi que celle des bracelets, ainsi que le recours constant au ligotage… mais une chose à la fois !

Wonder Woman Présidente - Numéro 7 de Wonder Woman - Hiver 1943 - Source : http://www.comicbookresources.com

Le personnage de Wonder Woman a été créé aux USA en 1941, l’année de Pearl Harbor, par le couple de psychologues William (Charles Moulton) Marston  (1893-1947) et  Elizabeth Sadie Holloway (1893-1993). Marston dit de Wonder Woman qu’elle est une propagande psychologique pour le nouveau type de femme qui devrait, selon lui, diriger le monde (citation dans Wikipedia). Il est intéressant de noter que les Marston avaient une vision assez particulière de la relation homme-femme puisqu’ils ont formé un ménage à 3 avec leur ex-étudiante Olive Byrne qui eut, comme Elizabeth, 2 enfants avec William.

Les bases étant posées, il y a maintenant quelques aspects qui mériteraient d’être détaillés.

Portrait de Wonderwoman par Terry Dodson

Après plusieurs billets sur le corset, j’ai envie de changer le sujet et de passer sur le cas très particulier d’une héroïne (SUPER-héroïne) en corset (mais ce n’est pas le corset qui la caractérise : elle peut même tout à fait s’en passer, comme on le verra plus tard).

Voici donc Wonderwoman, ici dessinée par l’illustrateur Terry Dodson (voir son site web).

Lacée et nouée

J’ai discuté précédemment des jarretelles du corset. C’est maintenant le tour des lacets. Il y a cependant une grande différence : si les jarretelles sont accessoires  (et facultatives), les lacets, eux, font partie du corset.

Les lacets, c’est ce qui ferme, ce qu’on tire pour serrer. Ils sont indispensables au corset pour que celui-ci fasse son office (serrer, donc !). Ils participent aussi à l’esthétique de l’objet. Ils renvoient aussi immédiatement à un autre univers et à une autre zone géographique : celui de l’art japonais du ligotage, ou Kinbaku, ou Shibari.

Sur les photos ci-dessus [Sources, de haut en bas et de gauche à droite : Fred Kyrel (voir les photos et lire l’article sur french-shibari.com), Craig Morey, photo-creative (www.photo-creative.pl/shibari/), Erotex-Korsett], le parallèle visuel entre cordes de ligotage, à gauche, et lacets de corsetage, à droite, saute aux yeux (aux miens, en tous cas).

D’abord, il s’agit bien d’une affaire de laçage et de nouage.

Ensuite, il s’agit bien d’une affaire de serrage, d’entourage, de calfeutrage et d’hermétique (et du plaisir qu’il procure à certaines).

Enfin, on ne peut nier l’esthétique !

J’ajouterai un dernier point : la gestuelle.

Ci-dessus, 2 femmes laçant (ou délaçant) leur corset [Source de la photo de droite : xfobo.com]. Ci-dessous, mode d’emploi dessiné d’un kikkou shibari [Source : sankakucomplex.com] :


La façon de serrer les lacets et de nouer dans le dos du corset est tout à fait similaire à la technique utilisée en kikkou-shibari.

Le kikkou-shibari est une des branches du bondage japonais qui consiste à lacer la corde en « écailles de tortue ». On retouve alors la forme en X des lacets du corset (Voyez l’image 6 du mode d’emploi en japonais !). Autres particularités du kikkou-shibari : il peut se faire seul, il n’est pas forcément immobilisant, il peut se porter sous un vêtement… et oui, comme le corset. C’est, en fait, un corset de corde ou rope-corset.