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La modernité du poil

Après des millénaires de classicisme et la révolution réalisto-impressionisto-expressioniste de la fin du 19ème siècle, le nouveau siècle sera celui du foisonnement artistique… et des pubis au naturel… donc poilus (pour faire suite à la discussion engagée avec l’article « La rupture artistique du poil« ).

Nu féminin couché avec les jambes écartées - 1914 - Albertina, Venne - Source : Wikimedia

Egon Schiele – Nu féminin couché avec les jambes écartées – 1914 – Dépôt : Albertina, Vienne – Source : Wikimedia

En matière de nu féminin, le jeune Autrichien Egon Schiele (1890-1918) est celui qui ose tout : des prostituées à poil dans tous les sens, même quand elles sont enceinte. Il est pour moi l’équivalent de cet électron libre qu’était Hans Sebald Beham à la Renaissance.

Son contemporain italien Amedeo Modigliani (1884-1920) explose les codes artistiques de son côté et peint à Paris des dizaines de portraits de visages allongés et de femmes nues alanguies.

Modigliani impose une esthétique extrêmement moderne de la femme et prépare l’arrivée, un demi siècle plus tard, du pop art.

Amedeo Modigliani - Le Grand Nu - 1917 - Dépôt : Museum of Modern Art, New York - Source : Wikimedia

Amedeo Modigliani – Reclining Nude (Le Grand Nu ?) – vers 1919 – Dépôt : Museum of Modern Art, New York – Source : Wikimedia

Au début du siècle, les « post-impressionistes » Kees van Dongen (1877-1968) et Henri Lebasque (1865-1937) produisent eux aussi de nombreux portraits et de nombreux nus (aux pubis poilus, puisque c’est le thème de cette série d’articles) ainsi que Suzanne Valadon (1865-1938), la première femme admise à la Société Nationale des Beaux-Arts !

Les Années folles de l’après guerre verront le développement de l’Art Déco et le succès du peintre japonais Foujita (1886-1968), installé lui aussi à Paris (voir l’article « Pubis selon Foujita« ).

C’est aussi l’époque de Dada et du surréalisme. Le Belge Magritte (1898-1967) peint peu de nues mais presque toutes ont la chatte au naturel. Citons aussi les « viols », ces « portraits de femme » dont les yeux sont des seins et les bouches des pubis poilus.

René Magritte - La Géante - 1929 - Musée Ludwig, Cologne

René Magritte – La Géante – 1929 – Musée Ludwig, Cologne

L’autre grand Belge de cette époque, c’est Paul Delvaux (1897-1994), peintre à l’oeuvre onirique dont on a déjà un peu parlé (cf article « Les sirènes de Delvaux« ).

Delvaux est un véritable peintre de nues féminins. Elles hantent l’intégralité de son oeuvre, vagabondant dans les rues et les ruines, leur chattes noires à l’air. Pourquoi l’expo « Paul Delvaux » qui s’est tenue en 2011 à Biarritz a-t-elle choisi, pour illustrer ses affiches, une des très rares peintures de Delvaux où les nues ont le pubis glabre (à savoir « Les amies », peintes en 1929) ? Le poil est-il de nouveau scabreux ? L’académisme est-il de retour au 21ème siècle ?

Paul Delvaux - Les Promeneuses - 1947 - Collection privée - Source : Wikipaintings

Paul Delvaux – Les Promeneuses – 1947 – Collection privée – Source : Wikipaintings

On pourrait citer beaucoup d’autres artistes mais j’aimerais achever l’article sur une peinture de Tom Wesselmann (1931-2004), comme un clin d’oeil à l’oeuvre de Modigliani.

Les modèles de Wesselmann adoptent par ailleurs des poses similaires à celles de Schiele et rappellent aussi les shunga dont on a parlé à l’article précédent.

Tom Wesselmann - Study for the Great American Nude, #87 - 1966 - Collection privée ? - Source : Christie's

Tom Wesselmann – Study for the Great American Nude, #87 – 1966 – Collection privée ? – Source : Christie’s

Enfin, les nus féminins au pubis poilu n’ont pas disparu en ce 21ème siècle commençant : Pour preuve, la production de l’artiste américaine Tracy Nakayama, née en 1974, comme le « Laurel Canyon couple » visible au MoMA de New York.

Les sirènes de Delvaux

Je vous le dis tout de suite : Si j’écris cet article, c’est pour le plaisir de mettre ensemble les deux alignements de sirènes de Paul Delvaux (1897-1994), celui de Chicago et celui  de New York, sauter de l’un à l’autre et essayer d’imaginer quelque chose.

"Le village des sirènes" par Paul Delvaux - 1942 - The Art Institute of Chicago

Ce qui est bien avec l’art de Delvaux, c’est qu’on se dit qu’il y a sûrement quelque chose à comprendre mais qu’en même temps, on peut comprendre ce qu’on veut, vu que finalement personne ne sait s’il y a vraiment quelque chose à comprendre… ¿ Comprendas ?

"Les grandes sirènes" par Paul Delvaux - 1947 - The Metropolitan Museum of Art, New York - Source : marcelito.bleublog.lematin.ch

La petite maison de grosses pierres au milieu de la rue du village de sirènes me fait penser au Portugal. De même que ces femmes à l’aspect très strict (je pense aux Portugaises austères de 1942). Pas de chair à l’air, si ce n’est tout au bout de la route : une plage et des sirènes qui sautent dans la mer. Il y a aussi ce trou rond dans la falaise, en plein centre du tableau…

Pour en revenir à l’alignement des femmes, comment ne pas penser à une ligne de tapineuses (seules, en attente, espacées régulièrement) ? Même habillées strictement, elles attireront l’homme qui sait que ce sont des putes. Ces sirènes-là n’ont pas besoin de chanter pour faire leur office : leur seule présence suffit.

Sur le tableau du Met, on peut s’imaginer Ulysse à droite (la femme qui marche avec un bateau sur la tête) et les sirènes alignées à gauche qui cherchent à l’attirer vers sa perte. D’autres sirènes, sortes de Vénus Pudica en couleurs, tapinent un peu plus loin. Au bout de la route, il y a toujours les sirènes qui sautent dans l’eau. Le trou rond et noir de la grotte fait place au disque rond et clair de la Lune…

Bon… Et alors ?

Malgré leur nudité et leurs jolis seins, les « grandes sirènes » semblent tellement sages par rapport aux strictes Portugaises qui cachent si bien leur jeu…