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Musique !

Commençons la semaine en fanfare, puisqu’on est lundi. Voici quelques photos d’une chatte chérie qui s’ennuyait dans le ronronnement d’un disque dur. C’est tellement mieux de la sortir au monde, cette fente très peu poilue, cette amande bien entretenue, pour qu’elle puisse danser sous nos yeux. Si c’est une valse, suivons ses 4 temps :

1. SOURIRE – 2. S’ALLONGER – 3. S’ECARTER – 4. S’OUVRIR

On pourrait aussi dire « s’affoler », « s’exciter », « se laisser aller »…

La vulve / prostituée de Dix

Sur le célèbre triptyque « Großstadt » d’Otto Dix (1891-1969), on remarque forcément la femme-vulve qui occupe le premier plan du panneau de droite : l’ouverture du manteau, rouge, en forme de petites lèvres, la fourrure qui dessine une amande à l’emplacement des poils et la tête à la place du clitoris. Pas de doute.

großstadt

« Großstadt » (appelé aussi « Metropolis »), détail du panneau de droite – Otto Dix – 1927-28 – Kunstmuseum Stuttgart

De quoi s’agit-il ?

Regardez la main de la femme : elle nous invite à pénétrer sa fente parce qu’il s’agit de sexe, bien sûr, ou plutôt des excès de la société berlinoise (puisque la « grande ville », la métropôle qui a donné son nom au tableau, c’est Berlin) des années 20. Le triptyque dans son intégralité (voir ici) représente, au centre, la bourgeoisie riche qui s’amuse dans un club de jazz et, de chaque côté, une rue peuplée de prostituées et d’anciens combattants estropiés : La guerre et les putes, les sujets préférés de Dix (lui-même un ancien combattant qui fréquenta les bordels belges).

Dirne und Kriegsverletzter - zwei opfer des kapitalismus

« Prostituée avec un blessé de guerre » (Dirne und Kriegsverletzter) – Dessin d’Otto Dix renommé « Deux victimes du Capitalisme » (Zwei Opfer des Kapitalismus) lors de sa publication dans le magazine Die Pleite en 1923

On trouve toutes sortes d’avis sur Otto Dix. Certains le considèrent anti-capitaliste comme semble en attester le dessin ci-dessus paru dans la revue « Die Pleite », publiée entre 1920 et 1924 par les artistes du mouvement de la « Nouvelle Objectivité » dont Dix est un des créateurs. Il accuse le capitalisme d’avoir engendré la guerre et, par conséquent, d’avoir réduit des milliers d’hommes, vétérans de la guerre de 14-18, à l’état d’estropiés (ci-dessus une « gueule cassée » au sens propre) obligés de mendier dans les rues des grandes villes allemandes pour survivre. Il accuse aussi le capitalisme d’être à l’origine de la crise économique des années 20 et de la prostitution massive des femmes allemandes, réduites à vendre leur corps pour gagner leur vie. Dans le même style anti-capitaliste, voir le dessin « Nous voulons du pain ! » (Wir wollen Brot !).

Certains le considèrent comme mysogyne. L’était-il ?  Je me suis posé cette question en regardant certaines de ses oeuvres. Ce n’est pas tant la laideur des femmes (généralement des prostituées) qui est surprenante mais plutôt une forme de mépris que je ressens confusément à la vue de certaines toiles.

"Drei Weiber" - Otto Dix - 1926 - Kunstmuseum Stuttgart

« Drei Weiber » (Trois femmes) – Otto Dix – 1926 – Kunstmuseum Stuttgart – source : wikiart

Ainsi, quand les artistes de la Renaissance auraient choisi trois beautés pour représenter les « trois grâces », Dix choisit trois prostituées pas vraiment belles (une blonde maigre, une brune grasse et une rousse dont les seins pendent comme les pis d’une vache) pour représenter les « trois femmes ».

Certes, on peut y voir la recherche de la « vérité » (par rapport aux canons de la beauté, les femmes sont souvent trop maigres ou trop grosses… et avec l’âge, les seins pendent) ou une forme de désespoir ou de tristesse. On peut aussi y voir aussi une sorte de critique sociale où la femme n’a pas la part belle, voire même un dégoût.

Autoportrait avec nue - Otto Dix - 1923 - Collection privée ?

Autoportrait avec nue – Otto Dix – 1923 – Collection privée ? – Source : ayearofpositivethinking.com

Et quand je regarde le tableau « Autoportrait avec nue », je me demande si Otto Dix se considérait comme un gardien de la vertu, un homme « droit dans ses bottes » (et habillé), à côté de la femme, dépravée, petite et tordue (et nue). On en reparle un peu plus tard…

Les poils de Violetta – Une femme au naturel, par Helmut Newton

Après plusieurs mois sans écrire le moindre billet, je vais « profiter » du dixième anniversaire de la mort d’Helmut Newton (1920-2004) – C’était en janvier 2004, dans un accident de voiture à L.A. –  pour m’y remettre.

Je vais clore la série d’articles écrite sur la modernité du poil pubien (à ce sujet, voir aussi « Jusqu’au bout des poils« , un blog contestataire qui défend la pilosité féminine, ainsi que le corps humain dans toute sa constitution naturelle) avec deux photos de Violetta Sanchez prises par Helmut Newton.

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Violetta Sanchez par Helmut Newton, Paris, 1979 – Source : The Ravestijn Gallery

« A book of Violetta » a été réalisé par Helmut Newton à l’attention de Gert Elfering (voir les photos du livret sur le site de Christies). Voici le texte d’accompagnement écrit par Helmut Newton :

« Monte Carlo, le 6.10.1997, Cher Gert, cette série de photographies a été prises par une journée très chaude d’août 1979 à Paris dans le minuscule appartement de Violetta Sanchez. Elle est une amie, une de mes modèles préférées, une actrice, une garde du corps à l’entrée des « Bains-Douches » à cette époque et un mannequin pour YSL. Ce sont les toutes premières photos que j’ai prises d’elle. Helmut. »

Deux ans plus tard, Newton s’amuse à la photographier avec son « double », un mannequin de plastique fabriqué à son image (un mannequin du mannequin).

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« The two Violettas » par Helmut Newton, 1981 – Source : Photoschule.com

Les deux Violettas sont aussi photographiés au lit (voir ici).

Remarquez que sur le mannequin du mannequin, on n’a pas omis les poils du pubis… ce qui nous ramène au tout premier article de la série (voir « Le retour du poil »).

Le nu sain (ou libre ?)

Une des conséquences de la Révolution industrielle du 19ème siècle, en réaction à la pollution, à l’exode urbain et à l’insalubrité des logements ouvriers, a été le développement des théories hygiénistes et naturistes.

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Photographie de Gerhard Riebicke – Vers 1935 – Source : anamorfose.be

A partir des années 1920, les sociétés naturistes gagnent de nombreux membres et on voit se développer une abondante iconographie d’hommes et de femmes nus occupés à des pratiques sportives dans la nature et, surtout, à la plage. Le phénomène prend une ampleur particulière en Allemagne (où l’on parle de « Frei Körper Kultur » : Culture des corps libres)  jusqu’à l’arrivée des Nazis qui commencent par en interdire la pratique avant d’essayer de la récupérer à des fins de propagande raciale.

Eclipsé pendant la guerre, le naturisme reviendra en force dans les années 1950, notamment sur la fameuse plage « Abessinien » de l’île frisonne de Sylt.  J’aime beaucoup les slogans inscrits sur le panneau qui avertit le promeneur de son entrée sur le plage nudiste (FKK) d’Abessinien : « Jedem das Seine » (chacun est soi-même) ou « Keiner störe den andern » (personne n’emmerde son voisin !)… Vous voulez continuer ? Et bien, allez-y ! Vous ne voulez pas ? Et bien n’y allez pas ! Remarquez aussi le lien (volontaire ou non ?) entre le naturisme (retour à la nature et au soleil), l’Abyssinie (territoire africain) et le dessin de la baigneuse à la peau bronzée qui se déshabille.

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Gerhard Riebicke (1878-1957) n’est pas le seul photographe à l’oeuvre dans le milieu naturiste des années 1920-30. Il y a aussi Lotte Herrlich (1883-1956), Magnus Weidemann (1880-1967), Max Lorenz Nielsen ou Kurt Reichert (1906-?). Ce dernier est connu pour les photos qu’il a publiées dans les portfolios « In Licht und Sonne » et « Von Leibeszucht und Leibesschönheit » en 1940.

Tous ont contribué aux nombreux magazines naturistes de cette époque, tels que « Die Schönheit » (1905-1931), « Soma » (1924-1935), « Lachendes Leben » (« La vie qui rit ! » 1925-1933), « ASA » (1927-1928), « Die Freude » (1923-1929), « Der Figaro » (1924-1933), « Licht-Land » (1924-1933)…

Couverture du numéro d'avril 193 du magazine Licht-Land

Couverture du numéro d’avril 1932 du magazine naturiste « Licht-Land », organe officiel de la Liga für freie Lebensgestaltung (Ligue pour la libre conduite de sa vie)  – Source : fkk-museum.de – Comme la plupart des photos de couverture des magazines naturistes allemands des années 1930, on y voit des jeunes femmes nues et souriantes (les hommes nus sont beaucoup plus rares) dans la nature (plus particulièrement la plage)

J’aime beaucoup les slogans « révolutionnaires » de tous ces magazines qui montrent la recherche d’une vie alternative : on y parle toujours de liberté (frei), de vie (Leben) et de renouvellement (erneuerung), mais aussi de joie (Freude) et d’art (Kunst) !

Par exemple : Illustrierte Monatszeitschrift für Kunst und Leben (Die Schönheit), Monatsschrift für Körperkultur und Kunst (Soma), Monatshefte für freie Lebensgestaltung (Die Freude), Das Magazin für Körper, Kunst und neues Leben (ASA), Illustrierte Blätter für Freikörperkultur und Lebenserneuerung (Licht-Land)…

NB : Pour trouver une liste des magazines naturistes en Allemagne et dans le monde, voir ici. Vous y trouverez notamment la revue française « Vivre intégralement » (1929-1936) ou le magazine espagnol « Penthalfa » (1932-1934).

Le nu graphique

Avec les Années Folles, place à l’Art Déco et à un renouveau complet de l’esthétique. Désormais, la recherche graphique se tourne vers des formes plus pures, plus simples, plus abstraites. La photographie sera, elle aussi, complètement bouleversée.

Frantisek Drtikol - The Wave II - 1925

Frantisek Drtikol – « The Wave II » – 1925 – Source : ifotovideo.cz

Le Tchèque František Drtikol (1883-1961) aime mettre en scène ses photos mais on est loin des tableaux d’Albert Arthur Allen (voir « Le nu dramatique« ). Les nus de Drtikol s’inserrent dans des formes découpées, forme dans les formes. C’est aussi l’éclairage qui intéresse l’artiste, les jeux d’ombre et de lumière. Il appelle ses recherches « Photopurisme », un art de l’abastraction qui serait à la photographie ce que le cubisme est à la sculpture.

Un autre grand photographe de cette époque est le Français d’origine hongroise Brassaï (1899-1984).

Brassaï - Nu 136 - vers 1933

Brassaï – « Nu 136 » – vers 1933 – source : thedailybeast.com

Brassaï s’intéresse à la forme, n’hésitant pas à s’attarder sur la rondeur d’une fesse ou la courbure d’un sein, jouant avec la lumière sur la peau.

On est très loin des séries de photographies de modèles qui avaient occupé les photographes jusque là. Finies les tentatives de représentations exhaustives de la « figure féminine » ou de la « figure humaine ». Finies les photos de modèles destinées aux étudiants en école d’art. La photographie n’est plus un outil pour l’art ou la science, elle est devenue un art.

800 photos de Sasha Stone (1895-1940, né Aleksander Serge Steinsapir en Russie) et de sa femme Cami Stone (1898-1975, née Wilhelmine Schammelhout en Belgique), que l’on croyait perdues pendant la fuite du couple devant les troupes nazies, ont réapparu en 2009 sur le marché de l’art français.

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Sasha Stone – « Étude 3 – 25 Nus – Femmes » – 1933

On y a trouvé notamment de nombreuses photos de nues prises en 1933 dans le studio bruxellois de Stone. Comme Brassaï, Stone privilégie la forme et les jeux de lumière… des morceaux de corps, des courbes, des ombres, peu de visages.

Dans les années 1930, Assia (née Assia Granatouroff en Ukraine, 1911-1982), une jeune  dessinatrice textile, devient la muse des photographes, des peintres et des sculpteurs de Montparnasse où elle habite alors.

Rémy Duval - Assia - 1935

Assia Granatouroff photographiée par Rémy Duval – 1935 – Source : Société de ventes aux enchères Yann Le Mouel

On connaît les photos de Rémy Duval, mais aussi celles de Roger Schall (Assia, 1933), d’Emmanuel Sougez (Nu N°16, vers 1936 et Assia, 1935… l’une épilée, l’autre pas !?) ou de Dora Maar (Assia nue, 1934).

Le nu dramatique

Voici un article qui va demander un peu de gymnastique cérébrale ! C’est quoi ça, le « nu dramatique » ?

D’accord ! C’est juste un terme que j’ai inventé pour désigner la façon un peu artificielle de mettre en scène les modèles dans les photos anciennes. On pourra me rétorquer qu’il y a toujours une mise en scène dans les photos de studio… oui. OK.

Albert Arthur Allen - The Model Series #10

Albert Arthur Allen – Un des 15 « tableaux » de la série « The Model » – 1925

Alors disons que je pense à une mise en scène « grandiloquente » ou plus simplement théâtrale, tragique ou… dramatique.

Le cas de la photo ci-dessus me semble particulièrement intéressant. Le prolifique photographe Albert Arthur Allen (1886-1962) a publié de nombreux portfolios de nus féminins. En 1925, son studio d’Oakland (« The Allen Institute of Fine and Applied Art ») brûle et il construit à la place un studio de cinéma (« The Classic Motion Picture Corp ») dans lequel il commence par tirer une série de 15 tableaux de 7 modèles dont il a lui-même chorégraphié les mouvements, en vue d’un film… qui ne verra jamais le jour. Le studio déposera en effet le bilan en 1927 et Allen arrêtera son activité de photographie de nus suite à une condamnation pour obscénité en 1930.

Allen a une vue très élitiste des 7 modèles qu’il a photographiées. Il écrit d’elles qu’elles sont « au-dessus de la moyenne, tant mentalement que physiquement ou moralement ». Elles sont les ambassadrices d’un nouvel âge qu’Allen appelle de ses voeux : l’Age de la Nudité. Cette vision d’une société nouvelle de jeunes gens et de jeunes femmes nus, sains, sportifs, joyeux et optimistes se retrouve dans les mouvements naturistes des années 30. On en reparlera.

Je souhaite aussi parler de la photographe autichienne Trude Fleischmann (1895-1990) qui établit son studio à Vienne en 1920 et se spécialise dans les photographies d’artistes.

Trude Fleischmann La danseuse Claire Bauroff photographiée par Trude Fleischmann à Vienne, 1925

La danseuse Claire Bauroff photographiée par Trude Fleischmann à Vienne, 1925 – Source : Article de Timm Starl consacré à Trude Fleischmann

Elle expose en 1925 une série de photos de la danseuse Claire Bauroff qui est confisquée par la police (ce qui fait grimper sa notoriété… Ah! L’odeur du soufre !). On pourra comprendre que le bourgeois viennois se soit effarouché à la vue de la fente de Claire, même si les danseuses sont associées à la nudité et au sexe, voire à la prostitution, depuis les temps les plus reculés (voir « Les femmes tatouées d’Hathor« ).

Puisqu’on parle de danseuses, de nudité et de mise en scène dramatique, je citerai une autre Viennoise, Dora Kallmus (1881-1963), aussi appelée « Madame d’Ora », grande photographe des années 1910 à 1940, connue pour ses portraits de Joséphine Baker, Tamara de Lempicka ou Colette…

NB : Pour plus d’informations sur Albert Arthur Allen, voir les sites Transverse Alchemy et Historical Ziegfeld Group.

Les shunga ont-ils popularisé les poils de chattes ?

On connaît l’influence sur les Impressionistes des estampes japonaises, tout juste découvertes par les Occidentaux. Monet les collectionnait.

Cependant, à côté des paysages d’Hiroshige et d’Hokusai, on ne doit pas oublier les milliers de shunga imprimés depuis des siècles en Chine et au Japon.

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Trois vulves examinées dans un miroir – Estampe érotique japonaise – vers 1850 – Source : wikimedia

« Shunga », ça veut dire « images de printemps » parce qu’au printemps… les pénis gonflent et rentrent dans les vagins humides… on resterait presque dans le bucolique, finalement !

Regardez tous les shunga que vous pouvez, vous y trouverez toujours des poils. Les pubis des femmes et des hommes sont toujours couverts d’une toison noire parfois énorme, en opposition totale avec la représentation occidentale traditionnelle du nu.

Idem pour les sculptures. On trouve de jolies scènes érotiques gravées sur des netsuke (un « netsuke » est un petit accessoire de la garde-robe japonaise traditionnelle qui permettait d’accrocher des objets à la ceinture) et, regardez bien, ça ne manque jamais de poils !

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Intérieur d’un « hako netsuke » représentant une scène d’accouplement – Fin du 19ème siècle – Source : Maison de vente aux enchères Kunsthandel Klefisch

Sur le netsuke ci-dessus, l’artiste a encré une seule chose : les poils ! Cheveux noirs, sourcils noirs, cils noirs et poils pubiens noirs sur des corps d’ivoire. On ne voit que les poils !

Question : les images de printemps et autres netsuke porno étaient-ils connus des artistes de la fin du 19ème siècle ? A n’en pas douter ! J’ai même découvert qu’à cette époque, l’expression « Viens voir mes estampes ! » signifiait « Allons baiser ! » (document « Voir le mal en face : L’origine du monde de Gustave Courbet« ). Dans ce cas, les Japonais sont-ils derrière les chattes noires de Courbet, Schiele, Modigliani… ? C’est vraisemblable, non ?