Archives mensuelles : janvier 2012

Jarretelles d’encadrement

Rappelez-vous le coup du cadre !

On en a parlé avec « cadrer l’essentiel » et « encadrement de féminité » : l’art de mettre en évidence les parties « essentielles » de la femme, et notamment son sexe.

Avec les jarretelles, la tentative d’encadrement s’expose sans vergogne.

La photo ci-dessus provient du site de vente de corsets Erotex.

Elle met en scène un corset noir, une paire de bas noirs, deux paires de jarretelles noires et, au centre de la pièce, un string noir, avec juste ce qu’il faut de peau blanche pour contraster.

Voyez-vous l’effet de cadre ?

Il semble évident mais maintenant regardez ci-dessous :

Même si la poitrine nue occupe une large place, l’oeil suit le regard de la mannequin. Il est immédiatement attiré par la blancheur éclatante du serre-taille, puis par l’assemblage constitué par le corset, la paire de bas et la paire de jarretelles : Un cadre qui entoure et fait ressortir le pubis de la fille.

Sur d’autres clichés, le photographe a complètement évacué la tête et la poitrine des mannequins pour se consacrer à l’essentiel.

Sur la photo de gauche, la vulve est un bijou dans un écrin triple : jarretelles, cuisses et mains. On ne voit qu’elle au centre de la scène.

Quant à la photo de droite… No comment !

[Photos de Karin, Inke et Els sur le site du fabricant de corsets néerlandais jc-creations]

Portrait d’une inconnue par Thomas Illhardt

Regardez bien ce cliché de Thomas Illhardt (www, MM) :

Comme une illustration pour le billet précédent, voici une très jolie accumulation de triangles (il faut regarder le bas de la photo, bien sûr) : pointe du serre-taille vers le bas, pointes des bas vers le haut. Voilà 3 triangles qui entourent le 4ème triangle, celui du pubis.

Ajoutez les jarretelles et le cadre est fini.

Triangles

Quand je suis tombée sur cette photo sur xfobo.com, je me suis arrêtée pour l’admirer (il s’agit en fait d’un cliché de Michael Helms autrefois visible sur pelicanh.deviantart.com avant que le photographe ne supprime toutes les photos de nues qui s’y trouvaient).

Ce que je trouve remarquable, c’est la superposition des deux triangles.

Le triangle du bas du corset sur le triangle du pubis. Et la pointe du corset comme une flèche qui indique le sexe, comme pour dire « Regarde ! C’est là que ça se passe ».

La force érotique du corset réside dans ces petites choses (il y en a d’autres, comme on le verra un peu plus tard en parlant des jarretelles) qui accentuent les automatismes masculins, comme autant de petits fouets qui viendraient frapper et exciter leurs petites verges.

Sur la photo suivante, prise par Christine Kessler, on retrouve le schéma de la photo de Sylvie Blum (Décidément, c’est un coup monté par les filles ! Voir « Serrez-moi cette taille ! » ).

Le serre-taille forme une double pointe : l’une qui chevauche la pointe du pubis, l’autre qui s’enfonce entre les seins. La forme est pleine de sens (c’est le cas de le dire) et notamment de sens de pénétration.

La couleur du corset (noir) et le cadrage de la photo renforcent la visibilité des parties claires, seins et sexe. Seins à nu, sexe à peine couvert d’un film de latex translucide.

Et, pour en rajouter une couche, que dire du serre-taille « Trace » de la maison anglaise Eternal Spirits ?

D’accord, ce serre-taille là n’est pas plus excitant que ceux d’avant (on ne voit même pas un téton ou un petit coin de lèvre) mais avouez que les couleurs pastels sont top : parfaitement assorties au fond du blog. J’aime !

Portrait d’Apnea par Lithiumpicnic

Cette photo du mannequin Apnea (son site web, son profil modelmayhem)  dans un serre-taille « Exquisite Restraint »  (voir site web) s’appelle « Kitty ». Elle a a été publiée sur la galerie DeviantArt de Lithium Picnic (voir aussi son site web et son profil ModelMayhem).

Serrez-moi cette taille ! Le cas particulier du serre-taille

Quand les Anglaises parlent d’ « underbust corset » et les Allemandes de « Unterbrust Korsett » (corset « sous-les-seins », ou seins nus), nous, on parle de « serre-taille », même s’il s’agit d’une variante du corset.

Notez que c’est une variante qui se moque des seins, ce qui, en soi, fait tout de même une grosse différence avec le corset-renaissance écraseur de sein ou le corset-classique remonteur de poitrine !

[Corset « Eric », JC-créations, Amsterdam]

Parce que n’oublions pas que le corset, c’est aussi une affaire de sein, alors que le serre-taille, c’est uniquement une question de taille. Quand les Américaines parlent de « waist cincher » et les Anglaises de « waspies », elles se souviennent que les guêpes ont la taille fine (pour être plus précise sur le sujet, le cincher est un peu plus petit que l’underbust). Et elles ne diront pas le contraire de la taille de guêpe d’Apnea (ci-dessous, à gauche).

Mais je ne suis pas aveugle. Le serre-taille est très populaire auprès des photographes parce qu’il permet aussi d’exposer les seins (et hop ! Voici le retour des seins sur le devant de la scène).

A celles et ceux qui pensent que c’est bien un truc de mec, ça, de toujours exposer des seins nus, comme ceux (qui ne sont pas vraiment exposés d’ailleurs) tout en haut d’une inconnue dans la galerie DeviantArt d’un mystérieux « chbu » ou ceux (ci dessus à gauche) d’Apnea photographiés par LithiumPicnic ou ceux d’une autre inconnue  (ci-dessus à droite) par Michael Helms, je me permets d’ajouter une quatrième photo (je ne compte pas les 2 clichés récupérés sur le site du créateur hollandais de corsets jc-creations), oeuvre d’une femme, cette fois-ci, à savoir Sylvie Blum (Source: nuexpo.com) :

Alors, d’accord, certains vont dire : mais, il sert à quoi cet article ?

En fait, c’est là juste pour compléter l’article sur les corsets (comment ignorer l’underbust présent partout ?) et, surtout, présenter quelques très belles photos sur le blog.

Remarquez au passage à quel point un simple serre-taille habille : Apnea ne semble pas du tout nue. Et que dire de la dernière photo ? Les pointes du corset mettent en évidence la pointe du pubis et le « sinus », le creux entre les seins, soulignant ainsi la géographie du corps féminin. Je reparlerai un peu plus tard de tous ces triangles…

Portrait de London Andrews par Billy Jarrell

L’Américaine London Andrews (voir son blog, son profil modelmayhem, sa galerie DeviantArt : non, elle n’a pas toujours été ronde !) fait partie de ces quelques femmes rondes et larges qui fréquentent le milieu du porno, du mannequinat et la photo érotique.

Pour la marque de lingerie  » Pink Label Fashion » (voir sur myspace), elle met bien en évidence la célèbre forme « en sablier » des corsets classiques. Petite originalité du produit porté : un laçage à la place des crochets.

London Andrews et son corset sont photographiés par le Texan Billy Jarrell (voir son profil ModelMayhem).

Corsets classiques

Après un survol rapide de l’historique des corsets, je souhaite me poser, le temps d’un billet, sur quelques exemples de corsets classiques, tels qu’ils sont proposés de nos jours (pour cet article, je me sers exclusivement de corsets de la maison allemande Erotex).

1. Corset classique long

Le corset classique, c’est le corset du 19ème siècle, évasé à la poitrine et aux hanches, le fameux corset « en sablier ».

Ce premier corset est long, puisqu’il descend jusqu’au pubis et recouvre le haut des hanches. Il s’agit également d’un produit qui couvre bien les seins, que les Anglaises appeleraient « full cup » et les Allemandes « Vollbrust » : à bonnets entiers (même si les bonnets entiers de soutien-gorges sont généralement plus enveloppants).

Tous les corsets présentés dans cet article montent sur les seins. On notera que les Anglaises appellent ces corsets « overbust » et les distinguent des corsets seins-nus (« underbust »), qu’on appelle en français « serre-tailles » et pour lesquels je réserve un billet à part.

2. Corset classique court (ou moyen ?)

Pas de grosse différence entre le corset suivant et celui du dessus, si ce n’est la taille : il est en effet plus court. Comme la plupart de l’offre actuelle, ce produit dégage largement le pubis et les hanches.

Je trouve sympa de pouvoir présenter ce corset sous plusieurs angles, ce qui permet de se rendre compte de la couverture des seins, de la mise en valeur des fesses (à porter impérativement avec un string ou sans rien) et de la bonne tenue des bas.

Porté sur un pantalon, c’est pas mal non plus. Difficile à réaliser avec un corset long mais sans problème dans le cas d’un produit court.

3. Corset classique, bonnets ouverts

Le corset prend toute sa dimension érotique quand il n’enveloppe pas complétement les seins mais présente une ouverture pigeonnante et s’arrête à la limite du téton.

On parle alors, comme en lingerie, de demi-bonnets (voire de bonnets ouverts), ce qu’en d’autres langues, on traduira par « halb brust » ou « half cup » (open cup).

De nombreux produits « Erotex » sont proposés en demi-bonnets, en concordance avec le nom de la société et la vocation actuelle du corset, devenu un moyen de séduction, plus qu’un outil de soutien.

Et bien sûr, messieurs, c’est quand on lève les bras qu’un corset demi-bonnet prouve sa supériorité !

Portrait présumé de Gabrielle de Rochechouart attribué à Corneille de Lyon


Gabrielle de Rochechouart (1633-1693) aurait été la maîtresse de Louis XIV, tout comme sa soeur, Madame de Montespan. Comme quoi, quand on parle du corset et de la rigueur morale qu’il représentait au 16ème siècle  (voir article précédent) …

Ce portrait est attribué par le ministère de la culture à Corneille de Lyon (appelé par d’autres Corneille de La Haye puisque qu’il s’agit d’un Hollandais installé à Lyon, né vers 1500 et mort en 1574). On notera qu’il y a un petit problème de date entre La Rochechouart qui vivait au 17ème siècle et Corneille de Lyon qui a vécu au 16ème ! De quelle Rochechouart parle-t-on alors ?

Portrait exposé au Musée Condé, Chantilly – Source : Ministère de la Culture, Base Joconde

Corset : Un survol rapide

1. Naissance à la Renaissance

… Comment ressembler à un homme ? Mais en écrasant les seins, bien sûr ! Et c’est exactement ce que font les corsets, inventés au 16ème siècle et qu’on appelle alors « corps ».

Portrait de Marguerite de Valois (1553-1615) par François Clouet (avant 1520-1572) - Musée Condé, Chantilly - Source : Wikipedia

Le 16ème siècle est un drôle de siècle qui fait côtoyer une forte libéralisation des moeurs pour certains (voir articles sur la prostitution à Venise) et une grande rigidification morale et religieuse pour d’autres (voir articles sur le voile en Europe).

Le corset est un outil de rigueur morale : maintenir le corps de la femme, le redresser et l’enfermer. Bonjour les symboles ! Pas étonnant que c’est la cour austère et gravement pincée du cul du roi d’Espagne qui a lancé la mode.

En France, la mode a été adoptée par les reines (ci-dessus, Marguerite de Valois, surnommée la Reine Margot, qui deviendra reine de France quand Henri de Navarre accédera au trône de France) tout comme par les courtisanes… Ce qui m’intéresse dans ce portrait du musée Condé, c’est la forme du corset. On voit clairement que l’arrondi de la poitrine n’est pas dessiné. Il s’agit bien d’un corset conique qui souligne légèrement la taille mais sert surtout à écraser les seins.

2. L’âge classique du corset

Le corset changera peu jusqu’au 19ème siècle, àge d’or de ce sous-vêtement qui prendra  des formes variées mais surtout la forme la plus classique, dite « en sablier ».

Source : Galerie de Julie Hsu - Picasa photos albums

La photo ci-dessus explique parfaitement le principe : la taille est creusée, les hanches élargies et les bonnets bien arrondis. Il ne s’agit plus d’écraser les seins mais de les maintenir, les écarter et les mettre en valeur.

Du corset suppôt de la rigueur morale, on passe ainsi au corset à fort contenu érotique.

La photo permet également de bien voir la lamelle verticale et rigide, au centre du corset qui s’appelle le « busc ». Au 19ème siècle, on invente un busc en acier qui peut s’ouvrir et se fermer grâce à des crochets. Cette innovation n’est pas mineure puisqu’elle permet à la femme d’enlever seule son corset.

Nul doute que cela démocratisera également l’usage du corset, puisque dorénavant, il n’y a plus besoin d’une domestique pour le lacer et le délacer (les lacets sont dans le dos, bien sûr).

Paul Signac - "Femme se coiffant", Opus 227 (arabesques pour une salle de toilette) - 1892 - Collection particulière - Source : http://www.aidart.fr/category/galerie-maitres/neo-impressionnisme/paul-signac

C’est ce type de corset qui a survécu jusqu’à nos jours. Il est assez agréable à porter et permet de souligner la taille tout en mettant les seins en valeur. Voici, ci-dessous, le modèle « Nora » de la marque (disparue ? …comme quoi la survie du corset reste un phénomène fragile) Lunatic-Fashion.

On retrouve la forme doublement évasée du corset classique et on voit clairement l’impact esthétique/érotique sur les seins, poussés vers le haut et bien séparés.

3. L’éphémère corset droit

L’âge d’or du corset se termine avec une dernière invention, aussi populaire qu’éphémère : Le corset droit ou « droit devant », appelé « corset abdominal » par sa créatrice Inès Gaches-Sarraute.

Il s’agit d’un corset qui cambre très fortement le corps (On parle alors d’un profil en « S »).

Ce corset a été promu par Inès Gaches-Sarraute pour ses vertus physiologiques dans son livre « Le Corset : étude physiologique et pratique », paru en 1900 (voir texte intégral dans wikisource). Ses thèses ont été par la suite très sérieusement contestées mais le produit a quand même connu un beau succès, sans doute pour le profil très esthétique qu’il donne au corps de la femme (le fameux profil en S !).

Catalogue des Grands Magasins Du Louvre, Paris, été 1908, page 17 - Source : wikipedia

Ces corsets « 1900 » (ils ont coincidé avec la « Belle Epoque », du début du 20ème siècle jusqu’à la première guerre mondiale, période de l’Art Nouveau) sont appelés « Edwardian corsets » par les Anglais (Edward VII a régné de 1901 à 1910) pour les différencier des corsets en sablier du 19ème siècle, appelés outre-manche « Victorian corsets » (pour info, Victoria a régné de 1837 à 1901).

Ce modèle de corset est très peu fabriqué de nos jours mais l’exemple ci-dessous, trouvé sur la boutique Etsy de la corsetière canadienne LaBelleFairy,  me semble intéressant, même si la cambrure n’est pas très marquée (vraisemblablement pour des raisons de confort).

(Voir différence entre corset classique en sablier et corset droit ici)

4. La fin du corset

Les années 20 sont marquées par la  forte évolution du rôle de la femme dans la société d’après-guerre.

Le corset rigide disparaît très rapidement au profit d’un sous-vêtement souple, la gaine, qui sert uniquement à maintenir et affiner le ventre. Finis les seins protubérants (pour l’instant) !

Et, comme chacune sait, la gaine connaîtera également le sort de toute chose : la disparition.

[Photo d’Henri Maccheroni – Source : le clown lyrique]

Portrait d’Elegy Ellem par Marcus G

elegyVoici une très belle photo parmi toutes les très belles photos de la mannequin-performeuse-actrice suédoise Elegy Ellem (qui revendique cette triple occupation : voir son site web), prise par son compatriote d’Uppsala Marcus G ou Marcus ou Marcusgun… (voir galerie DeviantArt, profil ModelMayhem).

Cette photo de corset m’a donné envie de parler de ce qui est maintenant un accessoire de lingerie devenu accessoire de mode, un sous-vêtement devenu vêtement (notamment dans le milieu « fetish »), un instrument de contrainte devenu signe de libération érotique/sexuelle… A suivre donc…