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Collet monté ?

Dans mon billet précédent (« L’art de montrer les épaules par JPG« ), je me lamentais sur la mode moderne et le peu d’attention qu’elle porte aux épaules.  Mais non ! Finalement, pas d’angoisse pour le décolleté !

[Ci-dessus : Défilé Printemps-été 2013 Haider Ackermann, Paris – Source : vogue.it]

La Fashion Week parisienne de ces 15 derniers jours (saison Printemps-été 2013) a vu défiler plein de mannequins décolletées chez Christian Dior, Martin Margiela et Haider Ackermann.

J’aurais pu montrer beaucoup de photos d’épaules découvertes par de larges décolletés mais après les illustrations des posts précédents, il y aurait eu un goût de « déjà vu ».

A la place, j’ai préféré présenter les cols remontés d’Haider Ackermann qui n’empêchent pas une grande sensualité.

[Ci-dessus : Défilé Printemps-été 2013 Haider Ackermann, Paris – Source : vogue.it]

Revoici donc les « collets montés » du 19ème siècle… en beaucoup moins pudiques.

Ackermann, grand amateur de transparence dans sa collection précédente, nous rappelle – s’il y en avait besoin – que c’est la subtilité du caché-découvert qui garantit la sensualité d’un vêtement.

Je me permets, dans la foulée, de faire un flashback sur la collection automne-hiver de Jean-Paul Gaultier (encore lui !).

Julia Schoenberg – Défilé Haute Couture Jean-Paul Gaultier 2012-2013 – Source : foto.delfi.lv

JPG a en effet présenté un très bel exemple de collet-monté impudique sur la personne de Julia Schoenberg. Les plus ancien(ne)s y auront décelé certaines ressemblances avec un des modèles présentés par Olivier Theyskens pour sa collection printemps-été en 1999.

Et je ne passerai pas sur une autre très belle création de JPG qui, elle aussi, cache le cou pour mieux valoriser les seins. Celle-ci me rappelle également un modèle plus ancien dont j’ignore le créateur.

Georgina Stojilkovic – Défilé Haute Couture Jean-Paul Gaultier Automne-Hiver 2012-2013 – Source : Vogue.it

Voilà !

J’arrête les décolletés pour l’instant. Il est temps de passer à autre chose.

L’art de montrer les épaules par JPG (Haute Couture)

Après Couture (Thomas), voici la Haute Couture car celle-ci nous a présenté, il y a quelques mois, de bien jolies épaules.

Karlie Kloss – Défilé Jean-Paul Gaultier Automne-Hiver 2012-13 – Paris Fashion Week – Source : foto.delfi.lv

Après un siècle de corps camouflés pendant lequel les bals et autres soirées mondaines étaient le seul moment de dénudement (voir « Le bal, seul endroit où la poitrine respirait » et les billets suivants qui parlent du grand décolleté), sont arrivés les Années Folles, les robes qui remontent, les cheveux courts, les femmes qui fument, le Music-Hall et Joséphine les seins à l’air.

C’est cette époque qui a inspiré Jean-Paul Gaultier pour sa collection Automne-Hiver 2012-13, à n’en pas douter : coiffures à la garçonne et serre-têtes dans les cheveux, pantalons, robes courtes et franges. Les chapeaux haut de forme et les corsets (pour hommes, essentiellement) rappeleraient plutôt les cabarets de la Belle Epoque mais qu’importe !

Yulia Kharlapanova – Défilé Jean-Paul Gaultier Automne-Hiver 2012-13 – Paris Fashion Week – Source : foto.delfi.lv

Il est facile de voir les photos du défilé de JPG sur le net (sur style.com par exemple) et j’ai préféré n’en extraire que deux beaux décolletés, objets de ce billet.

N’est-ce pas en effet très rare d’admirer simplement de belles épaules ? La mode féminine ne dénude plus que rarement cette partie du corps et il faudra sans doute attendre le retour des tops plissés des années 70 pour exposer de nouveau cette si belle partie de notre anatomie.

Mais trêve de lamentations et profitons des efforts de Jean-Paul Gaultier.

Ce dernier nous avait déjà servi quelques beaux décolletés dans sa collection précédente (Haute Couture printemps-été 2012), dédiée à Amy Winehouse (voir photos sur style.com).

Voici les épaules et le dos de Morgane Dubled :

Morgane Dubled – Défilé Jean-Paul Gaultier Printemps-été 2012 – Paris Fashion Week – Source : tumblr

… et la voici de face, avec un téton qui s’échappe, comme il se doit quand le décolleté est parfait.

Thomas Couture : L’art de montrer les épaules

Thomas Couture (1815-1879) est un peintre méconnu et, en dépit du fait qu’il fut le maître de Manet, peu apprécié. Pourtant, il a laissé quelques oeuvres surprenantes dans le flot des peintures académiques du 19ème siècle.

Thomas Couture – « Dame d’honneur agenouillée (Stéphanie de Bade) » – vers 1856 – Musée d’Art et d’Archéologie de Senlis – Source : Base Joconde du Ministère de la Culture – Photo © Francis Vidal

Ce qui m’étonne le plus chez lui, c’est le choix qu’il a fait, à plusieurs reprises, de représenter ses modèles de dos ou la tête tournée.

Le tableau ci-dessus est en fait une simple étude pour une oeuvre plus grande, le Baptême du Prince impérial. Les portraits de Madame Bruat et de la princesse Mathilde conservés à Compiègne sont également des études pour cette même commande.

Un portrait très inhabituel d’une jeune femme à la tête tournée est exposé à Baltimore. Que veut nous montrer Couture si ce n’est pas le visage ? Les épaules,  la nuque, les cheveux… ou les seins ?

Thomas Couture – Femme de profil – Vers 1860-70 – Baltimore Museum of Art

Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, les portraits de femme aux épaules découvertes (parce qu’ en robe de bal) sont nombreux. Je viens d’y consacrer plusieurs articles. Cependant, on voit toujours le visage des femmes, rarement leur nuque et jamais leurs tétons.

Il me semble qu’il y a chez Couture un vrai plaisir à représenter les épaules, comme pour la « Rêverie » du Norton Simon. Ces oeuvres constituent une petite minorité des tableaux connus de Couture mais il y a vraisemblablement des dizaines de peintures conservées dans des collections privées qu’on ne connaît pas.

Pour clore l’article qui ressemble plus à une galerie d’oeuvre qu’à un exercice littéraire (qui a dit que je n’étais pas faignante ?), voici encore de très belles épaules, visibles en France :

Thomas Couture – « Jeune femme en buste, les épaules dénudées » – Musée du Louvre – Photo © Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

Profil de Priscilla Wright par Mario Casili

Je sais ! Voici un portrait qui ressemble énormément à un autre portrait, publié en janvier dernier. Même fille, même photographe, même source.

Mais j’avais tellement envie de voir ce dos et ces épaules à côté de ceux de l’impératrice (billet précédent) !

Source : thethoughtexperiment.wordpress.com

Les précurseurs du cul : XVIIème – Velázquez

Vous avez le droit de vous étonner. Velázquez, précurseur du cul ? Diego Velázquez ? Celui qui a peint des chevaliers et des infantes d’Espagne, des papes et des cardinaux, des saintes et des paysans, des Christ et des nains ? Oui, celui-là même. Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660). Parce qu’il a aussi peint un cul. Un seul. C’était d’ailleurs le seul nu qu’il ait jamais peint (autant qu’on sache). Et ce cul-là était le pur travail d’un précurseur car on n’avait jamais peint un cul comme ça (autant que je sache… et j’espère ne pas me tromper).

velazquez,venus

Diego Velázquez - "The Toilet of Venus" ou "The Rokeby Venus" - 1647-51 - National Gallery, Londres - Source : Wikipedia (Cliquer pour voir l'oeuvre sur le site du musée)

Alors ? Qu’est-ce que ce cul a de si original ? Certes, ce n’est pas la première fois qu’on peint un nu allongé. Sûrement pas. Mais c’est la première fois qu’on le peint dans ce sens. Cette « Vénus » allongé nous tourne le dos. Elle nous montre son cul. Et si ce n’était pour le miroir, on ne verrait même pas son visage.

Il faudra attendre 2 siècles pour revoir ce type de peinture. Et je ne pense pas à la « grande odalisque » d’Ingres qui nous montre beaucoup son visage mais très peu ses fesses (voir article « Rallongez-moi ce dos !« ). Je pense plutôt aux toiles de trois autres Français : Lefebvre, Pils et Sieffert.

Jules-Joseph Lefebvre (1836-1911), « Odalisque », 1874, The Art Institute of Chicago
Isidore Pils (1813-1875), « Study of a reclining nude », 1841, The Cleveland Museum of Art
Paul Sieffert (1874-1957), « Grand nu », Collection privée ?

Un de ces trois peintres est un véritable spécialiste de l’odalisque de dos : Paul Sieffert à qui j’ai déjà consacré un petit article (« Les nues allongées de Sieffert« ). L’oeuvre de Sieffert est une rareté car les nues allongées, reclining nudes et autres odalisques sont généralement peintes de face (voir, par exemple, l’article « Seins et hanches » consacré à Zinaïda Serebriakova).

La toilette ou l’art de se coiffer

Voici encore 3 toiles très intéressantes sur le thème de la toilette. Dans les 3 cas, il n’y a ni eau, ni savon : ce ne sont pas des femmes en train de se laver. Elles ne sont pas non plus assises à leur cabinet de toilette comme pour les 3 portraits de l’Ecole de Fontainebleau. Les 3 femmes que j’ai sélectionnées lèvent un ou deux bras pour bricoler avec leurs cheveux. Ca vous rappelle quelque chose ? Oui, forcément, parce qu’on en a déjà beaucoup parlé : Ca rappelle les Vénus Anadyomène et ça rappelle les Vénus de l’Esquilin. Ici, cependant, les positions sont différentes. C’est ça qui m’a amusée.

Première femme : Esther peinte par Théodore Chassériau (1819-1856). Elle pourrait être une Vénus Esquiline si elle n’était pas assise. Remarquez au passage la mise en valeur de cette Esther blanche, blonde et dorée entre l’Arabe et la Noire (ce qui donne par ailleurs un petit côté « rois mages » à l’oeuvre).

Théodore Chassériau, "La toilette d'Esther" ou "Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus", 1841, Musée du Louvre, photo sur Wikimedia Commons

Deuxième femme : Florentine (c’est le nom du modèle) peinte par le Danois CW Eckersberg (1783-1853). Quelle magnifique chute de reins ! Quel dos ! Quelles épaules ! Ce type de pose est très rare et, pourtant, quelle beauté ! Le fait que les fesses de Florentine soient couvertes mais qu’on devine la naissance de la raie des fesses renforce l’érotisme de la situation. Le vêtement (ou le drap de bain) sur les jambes renvoie également au portrait d’Esther, peint la même année. On n’a pas de doute que c’est une scène de « toilette », même si le titre de la toile ne le précise pas.

C_W_Eckersberg

Cristoffer Wilhem Eckersberg, "Femme devant un miroir", 1841, Hirschsprungske Samling, Copenhague, photo Wikimedia Commons

Troisième femme : Une inconnue peinte par Theo Molkenboer (1871-1920). De Chassériau/Eckersberg à Molkenboer, on saute 1/2 siècle et on se retrouve au début du vingtième siècle, en pleine période Art Nouveau. Cette scène a un très fort contenu érotique : une jeune femme très jeune, longue, mince, pas entièrement nue (elle porte des ballerines et un collier), le pubis parfaitement rasé (alors qu’elle a des poils sous les bras) qui vérifie son chignon dans un miroir. De prime abord, on pourrait penser qu’elle se tient devant la cheminée du salon, ce qui rajouterait à l’érotisme de la scène, mais non : remarquez  la présence du tub en bas à gauche. On est dans la chambre de la jeune fille, au moment du bain.

Theo Molkenboer, "La Toilette", 1903, Stedelijk Museum Amsterdam, Photo Wikimedia Commons

Rallongez-moi ce dos !

On sait que la Grande Odalisque d’Ingres (1814, musée du Louvre) est une image de femme déformée : dos trop long, rotation improbable. On sait depuis 2004 et une étude publiée dans le Journal of the Royal Society of Medicine qu’elle a exactement 5 vertèbres de trop et qu’elles sont dans le bas de son dos.ingres,odalisque,dos,nue,orientaleIngres l’a fait exprès, bien sûr, comme on peut le voir dans ces dessins conservés au musée Ingres de Montauban : Seule la femme du bas est rallongée (et c’est mieux comme ça). Doit-on déduire qu’on peut faire une (fausse) femme plus belle qu’une vraie ? Que la peinture est supérieure à la photo ? Serait-ce le début de l’art moderne et la fin du figuratisme ? Est-ce que j’embraye avec… je ne sais pas… les demoiselles d’Avignon ? ingres,étude,odalisque,dos,nu,couchéA cette heure tardive, je me contenterais de conclure avec une photo de Tomáš Rücker, juste pour montrer que le bas du dos d’une vraie femme, quand il est photographié par un grand photographe, ce n’est pas mal du tout (n’aurait-il pas trouvé le moyen de rajouter également quelques vertèbres ? Le bas du dos de cette nue à genoux ressemble étrangement à celui de notre odalisque).

tomas,rucker,dos,nue,vertèbres,photo[L’image de la Grande Odalisque est visible sur Wikimedia Commons, celle des dessins préparatoires d’Ingres sur la base Joconde (mot clé « odalisque ») et la photo de Tomáš Rücker sur son site tomasrucker.com]