Archives mensuelles : mai 2011

Un standard glamour : La femme nue allongée au serpent

Quand il s’agit de nudité, de beauté, de femmes et de serpents, c’est toujours une bonne idée de faire un saut dans le passé, au tournant du 20ème siècle, et de s’intéresser au travail de ces artistes qui ont contribué aux mouvements sécessionnistes viennois et münichois.

De façon générale, c’est tout le mouvement « Art Nouveau » qui a fait la part belle  à une vision novatrice de la femme comme « femme fatale », dangereuse séductrice, attirante et toxique, belle et mortelle, dans un monde végétal coloré et fleuri. Fleur et femme fatale ? Un hommage à la mortelle digitale, peut-être.

"Wasserschlangen II" ou "Freundinnen II" - Gustav Klimt - 1904-07 - Collection privée ? - Source : Wikipedia

Gustav Klimt (1862-1918) a peint ces remarquables « serpents d’eau » sans y mettre de serpent. Ce sont juste des femmes. Reptiliennes. Aquatiques. Un thème à la mode chez lui et ses collègues. Femme, eau, sirènes, hydre… On les appellent parfois « Freundinnen », les amies. Des lesbiennes couchées ensemble sur un lit de fleurs ? On sait que le célibataire Klimt, grand consommateur de femmes (surtout les modèles qui traînaient à longueur de journée, nues, dans son atelier) aimait peindre les femmes ensemble.

Peut-être inspirée par Klimt, l’association de la femme nue allongée et du serpent a été photographiée par Richard Avedon (encore lui ! Rappelez-vous « Dovima et les éléphants » dans l’article « Queue, trompes, tentacule, serpent… »).

"Nastassja Kinski and the serpent" - Richard Avedon - 14 juin 1981 - Source : http://ars-photographica.blogspot.com

Suite à ce cliché culte, se faire photographier nue, allongée avec un serpent, est devenu un standard de la photo glamour.

Après Nastassja Kinski, sa fille y est passée, ainsi qu’un certain nombre de mannequins et autres semi-stars qui se voudraient femmes fatales comme celles de Gustav Klimt : Sonja Kinski, Jenifer, Devon Aoki, Laura Harring, Nadja Auermann, Stephanie Seymour, Eva Herzigova

Portrait de femme au serpent

Encore une photo sans auteur connu mais ce serait dommage de ne pas la présenter, tant je la trouve magnifique. Femme et serpent, ça fonctionne drôlement bien ensemble !

[Source : revues-naturistes.com]

Transition du poulpe aux serpents

Ca fait maintenant un bout de temps qu’on traîne au Japon et c’est le moment d’aller voir ailleurs… Sous peine de grosse lassitude. On va partir avec une dernière image de tentacules (Illustration de Huyu visible sur le site de Toshio Maeda dont on a parlé dans l’article précédent). Des tentacules bien phalliques ! Histoire de confirmer que la représentation des bites est de nouveau autorisée au pays du soleil levant mais pas la pénétration qui reste pixellisée.

Les tentacules, c’est un truc 100% nippon. Peut-être parce que le Japon, c’est une île, un pays de bouffeurs de fruits de mer.

Chez les bouffeurs de calamars, autour de la Méditerranée et puis dans toute l’Europe, ce ne sont pas les tentacules de poulpe qui rampent sur les femmes, leur enserrent les cuisses et leur lèchent le sexe. En Europe (et, par extension, en Amérique du Nord et en Australie), ce sont les serpents.

Des photos comme celle-ci, il y en a beaucoup (et souvent, comme ci-dessus, sans auteur connu). C’est difficile de faire un choix. J’aime beaucoup celles d’Angélique Ashley parues dans le numéro de « Men Only » d’avril 1972 et reprises sur le site venusobservations.blogspot.com (« Venus observations » : Tout un programme ! Un site très riche, vraiment à la hauteur de la tâche).

J’ai retardé au maximum cette échéance. Parler de femmes et de serpents, c’est partir pour un voyage extrêmement long. Je vais devoir être très sélective. Dur, dur ! On parlera un peu d’Eve, forcément, mais il n’y a pas qu’elle. L’association de la femme avec le monde souterrain grouillant de reptiles est ancienne. L’iconographie aussi est foisonnante et souvent très belle et sensuelle.

Avant de m’embarquer avec vous, je voudrais juste liquider une éventuelle remarque. Je viens de dire qu’en Occident, ce sont les serpents qui lèchent les sexes des femmes, pas les poulpes. Pour celles et ceux qui doutent, cliquez donc ici et découvrez un exemple au milieu de la galerie de photos prises par Andrew Blake et qui mettent en scène Valentina Vaughn et son serpent.

Shokushu goukan ou le fantasme du viol

Quand on surfe sur les sites de hentai, le « shokushu » spécialisé dans les tentacules se confond avec le sous-genre du « shokushu  goukan » axé sur le viol par des tentacules, tant il est vrai que lorsqu’on parle de tentacules, on parle surtout de viol.

Certain(e)s trouvent le shokushu bizarre ou tordu. Moi non : N’est-ce pas le fantasme masculin de base ? Pénétration multiple, domination, viol… Un truc de mec. Quand ils se laissent aller, ils foncent dans ce trip. Pour illustrer, je vous propose une planche d’un des maîtres du genre, Toshio Maeda (illustration extraite de la galerie publique du site officiel).

Les organes génitaux ont été effacés mais on comprend bien ce qui se passe : des petits tentacules qui convergent vers l’anus, un gros pour le sexe, un autre petit qui s’acharne sur le bouton du clitoris (gros-plan en bas à droite) et encore un autre qui encercle un sein et l’écrase pour le traire.

Les tentacules étaient autrefois un artifice pour contourner les lois qui ne permettaient pas de montrer le pénis. Les tentacules sont bien des bites. Les pieuvres et les monstres, ce sont des mecs. Un octopus, c’est un gangbang de 8.

Voici deux illustrations issues du site konachan.com dans lesquelles les tentacules ne cachent pas leur statut de bite.

Cliquez  pour voir le gros-plan : bites qui se frottent contre les seins (paizuri), contre le pubis, contre les fesses. On se croirait dans le métro en heure de pointe ! Pour passer aux choses sérieuses, la fille se retourne. Levrette, bien sûr ! Pénétration multiple et giclures de sperme tous azimuts.

Jusque là, le shokushu est plutôt tranquille : Mis à part le principe du viol fantasmé par de tranquilles illustrateurs vissés derrière leur planche à dessin, c’est juste une histoire de domination, de gangbang, de liquides qui giclent. Du cul, quoi ! Il vire parfois bizarre certes, avec hermaphrodites et seins énormes (bakunyuu). On passera carrément sur le malsain des looks enfantins, des femmes enceintes, du sanglant… Le côté obscur des désirs masculins.

Tentacules : du plaisir au viol

Au début du 19ème siècle, une fameuse estampe d’Hokusai (voir article « La plongeuse et le poulpe« ) montrait une pêcheuse d’ormeau se faisant lécher le sexe avec délectation par un poulpe. On connaît d’autres représentations d’un cunnilingus éxécuté sur une ama par un poulpe. Ainsi, ci-dessous à gauche, celle attribuée par AK Antiek à un artiste de l’école d’Utagawa vers 1840.

ama cunnilingus poulpe ama cunnilingus poulpe tentacules

Comme pour l’estampe d’Hokusai, on appréciera le plaisir que prend la fille. On pourrait penser les pieuvres bonnes suceuses et envier ces plongeuses zoophiles… et puis on tombe sur l’image de droite. Cette fois, la plongeuse ne semble plus prendre son pied. Le poulpe a enroulé ses tentacules autour des jambes et des bras de la fille qui n’apprécie pas le contact de la bête sur sa chatte. On est, de toutes évidences, passé de la relation consentie au viol.

Les poulpes japonais du 19ème ne se contentaient pas de cunnilingus. Une autre estampe japonaise, toujours attribuée à un artiste de l’école d’Utagawa, vers 1855, nous montre la bestiole dans la position du missionaire, un tentacule profondément fourré dans le sexe de la plongeuse (Et une oeuvre très similaire avec poulpe de couleur se trouve ici).

On retrouve le plaisir sur le visage de la fille. Pas de viol ici mais une pénétration volontaire. Remarquez que le poulpe au bandeau de ninja semble nerveux. Les veines de son front sont gonflées et l’oeil est inquiet. Mais la fille, elle, est relax. Elle baise tranquillement le je-ne-sais-quoi de son amant et offre sans gêne son trou du cul au regard.

Le violeur n’est cependant jamais loin, comme sur cette estampe  de  Katsukawa Shunsho (1726-1792), propriété du LACMA.

"Abalone Fishergirl with an Octopus" - Katsukawa Shunsho - vers 1773-74 - Los Angeles County Museum of Art (cliquer pour voir l'original sur le site du musée)

Les yeux furibonds du poulpe et le tentacule enroulé autour de la cheville de l’ama laissent peu de doutes sur l’objectif de l’autre tentacule dressé entre les jambes de la fille et pointé sur son sexe.

La pénétration des filles par des tentacules va donner lieu à une vaste iconographie et à un genre à part entière dont on parlera dans le prochain article. Si les filles prennent assez souvent leur pied dans les shunga du 19ème siècle, la tendance va se retourner au 20ème siècle. Il y a encore quelques nanas gâtées, bien sûr, comme celle-ci avec des baby pieuvres ou celle-là avec des grosses tentacules, ainsi que pour la fille ci-dessous (oui, cliquez sur l’image : elle a le sourire aux lèvres).


Enfin, je ne peux pas clore cet article sans donner un lien vers un gif animé qui, pour moi, illustre parfaitement le cérémoniel que certains Japonais ont construit autour de la pénétration par des tentacules. Attention, c’est « porno », bien sûr (Que dire d’autres ?) mais c’est surtout hypnotique et assez fascinant. En regardant cette animation, je me prends à rêver de tentacules… Ca se trouve ici et c’est un peu long à charger.

[Pour toutes les images, cliquer dessus pour retrouver la source sauf la dernière dont j’ignore l’auteur et la source]

Ama fantasmées : Amazones, sirènes, lesbiennes…

Après plusieurs articles consacrés aux ama, ces femmes-plongeuses qui exerçaient leur métier presque nues le long des côtes nippones, le sujet n’est toujours pas épuisé. Loin de là ! Avec le célèbre dessin érotique (shunga) d’Hokusai, « La plongeuse et le poulpe », on a à peine abordé le fantasme collectif que les ama ont déclenché chez les Japonais mâles. Il est temps d’approfondir un peu la discussion.

"Awabi tori" (Pêche à l'awabi) - Kitagawa Utamaro - vers 1795 - Source : japanese-antique-auction.jp

Pour commencer, l’ « awabi tori » de Kitagawa Utamaro (1753-1806) est sans nul doute un chef d’oeuvre parmi les shunga non pornographiques. Ce triptyque représente deux plongeuses qui se détendent, une autre qui allaite son petit et, enfin, deux autres au travail. Bien que réalisé à l’époque de la Révolution Française, le triptyque ressemble à certaine propagande optimiste des communistes des années 1950 : une célébration de la travailleuse et de la mère de famille, de l’amitié et de la solidarité entre femmes, ainsi que de la beauté du corps.

"Pêcheuses d'awabi sur la côte" - Kunisada Utagawa - vers 1840 - Source : akantiek.eu

Vues par Kunisada Utagawa (1786-1865), les ama deviennent un fantasme sexuel. Comment pouvait-il en être autrement ? Les femmes japonaises ne sont jamais nues, pas même torse nu. Elles sont plutôt lourdement vêtues et, en général, seuls les visage et les mains s’offrent à la vue. Et voici ces femmes étonnantes : elles vivent et travaillent ensemble ; leur métier est physique, difficile, dangereux ; leurs seins sont nus et leur pagne cache à peine leur sexe. Ces plongeuses nues excitent l’imaginaire masculin autant que les combattantes Amazones ont su le faire depuis des millénaires.

Utagawa a représenté tout cela : la performance physique (sauter à l’eau, lutter contre le froid), la force et l’absence de peur (le couteau entre les dents), le sexe impudique (cuisses ouvertes et vulves exposées, jupes relevées et grosse chatte poilue montrée). Remarquez la femme debout qui tord sa jupe : C’est la même qu’avait dessinée Utamaro mais, 40 ans plus tard, le sexe n’est plus dissimulé.

"Concombre de mer" - Katsushika Hokusai - vers 1810 - Source : akantiek.eu

Pour terminer, voici de nouveau Katsushiha Hokusai (1790-1849). Celui-ci saute à la conclusion, comme beaucoup d’hommes le feraient sans doute, que toutes ces femmes nues qui vivent ensemble ont forcément des rapports sexuels. Amazones et lesbiennes.

Je n’ai pas trouvé de shunga de lesbiennes en gode-ceinture mais celui-ci n’est-il pas bien meilleur ? Après le cunni du poulpe, Hokusai nous livre la pénétration par le concombre de mer.

[Retrouver les images HD sur japanese-antique-auction, akantiek et encore akantiek]

Awabi

Voici donc un « awabi », le coquillage recherché par les plongeuses de l’île d’Hekura photographiées par Fosco Maraini (voir articles précédents sur les ama du Japon). En français, on l’appelle un ormeau (abalone en anglais, orecchi di mare en italien) et on le connaît moins pour sa chair que pour sa coquille nacrée et trouée. Vous trouvez que ça ressemble  à une vulve, une chatte, une amande, une mandorle ? Attendez de voir les photos suivantes ! 

Que ceux qui pensent que notre moule sent la marée se collent un awabi sous le nez !

Blague (pas très fraîche, je vous le concède) à part, je n’avais jamais vu un ormeau vivant et je ne savais pas que ça ressemblait autant à une vulve. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est la couverture du livre de Fosco Maraini, dans sa version originale italienne de 1960, « L’isola delle pescatrici » (l’île des pêcheuses), publiée par les éditions Leonardo da Vinci à Bari. Pourquoi un coquillage quand une fille nue serait plus vendeuse et plus représentative des photos prises par Maraini ? La version anglaise (Hekura : The diving girls’ island, Hamish Hamilton, 1962) n’hésite d’ailleurs pas à montrer une ama torse nu. A moins que la coquille ne soit finalement pas si prude : un rond nacré et troué, ça évoque déjà quelque chose, que dire de l’animal qui y vit ! Puisque l’éditeur se trouvait à Bari, je me demande si on pêche l’oreille de mer dans l’Adriatique.

Pour en terminer avec ce joli coquillage, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un plat appétissant cuisiné par le restaurant japonais Tsukiji à Richmond au Canada. On me reprochera encore mon esprit tordu mais n’est-ce pas là une magnifique représentation d’un sexe féminin ? La rondelle de radis à l’emplacement exact de l’orifice du vagin, les fines lamelles d’algues qui rappellent des poils, même le plat en remet une couche avec sa forme originale de lèvres pulpeuses. Pour les sceptiques, j’ai placé en dessous un shunga dont j’ignore malheureusement pour l’instant l’auteur. N’hésitez pas à cliquer dessus pour voir les détails parfois inattendus. Alors ?