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Déjà vu(es)

Il y a un an et demi, le magazine britannique Love publiait dans son numéro 3 une série de photos du duo Mert Alas + Marcus Piggott intitulée « Body Conscience » qui rappelait beaucoup les séries de photos « Naked » du duo Van Lamsweerde+Matadin parues dans le magazine Purple (voir article « Etre à la mode, c’est être nue ?« ).

[De gauche à droite, de haut en bas : Daria Werbowy, Natalia Vodianova , Kate Moss, Naomi Campbell photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott pour le numéro 3 du magazine Love – Source : voyonsvoir.fr]

On retrouvait les tirages noir et blanc et les fonds gris.

On retrouvait une brochette de top-models.

On retrouvait la femme simplement nue, sans vêtement et presque sans accessoire : Pas de robe fendue, pas de sein dévoilé, pas de caméra sous la jupe. Avec « Body conscience », on était dans le naturel, le naturaliste, presque le naturiste. Pas non plus de cuisses écartées et de gros-plan sur la vulve. Tout cela était beau, propre, presque hygiéniste.

Pour générer du buzz, augmenter les ventes ou simplement pour ne pas faire comme les autres, Love était proposé avec 8 couvertures différentes. C’est en voyant ces couvertures que j’ai enfin compris quelque chose : Ces photos, d’une certaine façon, je les avais déjà vues. Il y a très longtemps…

[4 des 8 couvertures du numéro 3 de Love – De gauche à droite, de haut en bas : Amber Valletta, Jeneil Williams, Kristen McMenamy et Lara Stone photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott – Source : voyonsvoir.fr]

Sur toutes les couvertures, le détail qui tue, c’est d’abord les chaussures à talons aiguilles… parce que, finalement, on n’est pas dans le naturalisme, mais bien dans la féminité, l’érotisme et la sophistication. Et il y a un deuxième « détail qui tue ». Un « détail » qui n’en est pas un. Regardez bien. Toutes ces femmes sont des femmes debout, les jambes droites et écartées. A la cow-boy. Pas à quatre pattes. Pas sur le dos. Ce sont des femmes fortes, fières, dominantes. A poil, certes, mais parce qu’elles le veulent bien.

Tout cela on connaît. Et depuis longtemps !

Vous avez certainement deviné de quoi je parle : Les « Big Nudes » (Editions du regard, 1981) d’Helmut Newton (1920-2004). Ca fait trente ans déjà que l’Australien né à Berlin, installé à Paris et mort à L.A. lâchait ses femmes à talons aiguilles à l’assaut du monde !

Je ne connais pas les réactions qu’a suscitées ce livre en 1981 mais je peux imaginer qu’il n’y avait pas que de l’admiration. Pourtant, 30 ans plus tard, qui douterait encore des qualités artistiques du travail de Newton ?

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En octobre 1999, le magazine « Photo » n’hésitait pas à titrer sur sa couverture « Le plus grand livre du siècle » en l’honneur d’un ouvrage de Newton. Il ne s’agissait pas de « Big Nudes » (même si c’est la photo de la mannequin américaine Henriette Allais, Big Nude III, sur la couverture) mais de SUMO dont les 10.000 exemplaires allaient commencer à sortir des presses. Titre un peu exagéré ? Sûrement pas si on travaille pour le livre Guiness des records : 50 x 70 cm, 35 kg, 10.000 francs (1.500 euros) pièce à l’époque !

Mais qu’en est-il du contenu ? Pas sûre que Sumo mérite cette place de N°1. Dans le monde des livres de photos, n’est-ce pas plutôt « Big Nudes » qui est le plus grand ? La preuve ? Et bien… trente ans après, n’en est-on pas toujours là ?

Etre à la mode, c’est être nue ?

Je fais un break au milieu des articles consacrés aux serpents et aux tentacules pour parler de mode et d’avant-garde. Ca me titille depuis un certain temps et j’ai envie d’aborder le sujet maintenant. Avez-vous remarqué ce qu’on trouve le plus dans les magazines de mode ? Des jupes, des robes, des jeans, des chapeaux ? Non. Des corsets, des jarretelles, du latex ? Même pas. On trouve surtout… des femmes nues.

 Prenons le cas du magazine semestriel français (écrit en anglais) Purple qui suit la saisonnalité des collections de haute couture et dont on peut se procurer la version papier ou la version électronique en ligne. Depuis le numéro 7 du printemps-été 2007 , une section « Naked » a été introduite dans laquelle les Néerlandais Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin « explorent l’identité féminine contemporaine en demandant à une fille de se plier à la tradition du nu » (pour reprendre les termes du magazine). La première à se soumettre à l’exercice a été la mannequin néerlandaise Lara Stone (voir photos HD ici).

Le deuxième « Purple Naked » (Purple N°8, Automne-Hiver 2007) a présenté la mannequin et actrice canadienne Shalom Harlow (photos HD ici).

Remarquez le style de prises de vue propre au duo hollandais : nudité intégrale, fond gris, chaussures et bijoux, coiffure soignée et maquillage léger. Simplicité et sophistication. Sur ces photos, la nudité va de soi. Pas de problème d’amoralité ou d’indécence. Est-ce même érotique ? Ce sont des filles nues, tout simplement. Un corps de femme, c’est beau. Donc, c’est beau. Si un corps de femme est érotique. Alors, c’est aussi érotique. C’est comme ça. C’est la vie, la Nature, le Monde tel qu’il doit être. Les vêtements n’ont pas grand chose à y faire.

Pour le numéro 9 de Purple (Printemps-été 2008), c’est la top-model américaine Angela Lindvall qui se dénude complètement (photos HD ici).

Le choix des filles confirme la volonté de simplicité, de naturel et d’élégance des photographes. Pas de seins siliconés. Peu de pubis complètement épilés.

Dans le numéro 10 de l’hiver 2008-09, on trouve l’Américaine Trish Goff dont on avait déjà présenté un portrait par les mêmes photographes, bottomless uniquement, dans un article précédent. Pour voir les photos HD de l’article de Purple, cliquer ici.

Un point commun aux clichés de Van Lamsweerde et Matadin est aussi l’importance accordée aux cheveux. Ces derniers sont un accessoire de mode à part entière. Travaillés, gonflés, mis en avant.

Autre accessoire présent sur la plupart des photos : le collier.

A cet égard, le portrait naked de l’Allemande Christina Kruse pour le numéro 11 de Purple (été 2009) est un condensé du point de vue du duo néerlandais : fille mince, petits seins, pubis poilu (mais pas trop), prise de face, aucune tentative de cacher quoi que ce soit (bras relevés), chevelure sophistiquée, collier (voir photos HD ici).

Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous aurez également noté que C.Kruse a adopté le déhanchement typique à la Venus pudica (dans une version pas très pudique) de Cnide (cf « Le jour où commença le culte du corps féminin« ) ou aux yakshi indiennes en position de « tribangha » (cf « Maya, la Madonne de l’Est« ). Classique, classique… mais tellement efficace.

Pour le Naked du numéro 12 (automne-hiver 2009), heureusement que l’éditeur a précisé l’âge du mannequin, 21 ans, tant il est vrai que Dree Hemingway ressemble à une enfant : visage très jeune, pas de poitrine, corps filiforme. A cet égard, les photos de l’arrière-petite-fille de l’écrivain américain (HD ici) me dérangent un peu. Même si la mannequin n’est plus une enfant, elle a l’air d’en être une. Pour la première fois, j’ai l’impression qu’on navigue aux limites de la moralité. Est-ce que par hasard je serais en train de devenir pincée des fesses ?

Et ce n’est pas fini car le Naked suivant (Purple N°13 été 2010) est également inhabituel et vaguement dérangeant. En effet, Freja Beha Erichsen oblige à se poser quelques questions sur le sens des mots « beauté » et « féminité » (voir photos HD ici). La Danoise est une véritable brindille (beaucoup plus que Kate Moss qui porte ce surnom) : extrêmement mince, plate, sans cuisse. Très androgyne. Une garçonne anorexique. Et pourtant, on ne peut nier qu’elle est attirante. Peut-être que la beauté n’est pas une simple affaire de courbes… Peut-être que le mystère et la confusion des genres attirent tout autant.

Parle-t-on encore de beauté ou juste d’attirance ?

On parle de beauté. FB Erichsen est belle. Pas de doute.

D’un corps à l’autre, tout est affaire de détails.

Ainsi, quand on passe de FB Erichsen à une autre mannequin, la Brésilienne Raquel Zimmermann (photos HD ici) pour le N°14 de Purple, on ne se pose plus de question d’androgynie ou d’anorexie. Pourtant, cette dernière est à peine plus épaisse et sa poitrine est à peine plus prononcée. Est-ce le maquillage qui fait la différence ou quelques kilogrammes de viande en plus ? On sait que les frontières sont très perméables entre beau et laid comme entre femme et homme. On a toutes vu des photos troublantes d’Andrej Pejic (cf « Mannequins vs Stars« ).

Qu’aime-t-on ? Que recherche-t-on ?

C’est une autre Brésilienne, Maria Izabel Goulart Dourado, qui se dénude pour le dernier numéro de Purple (photos HD ici). Un tout petit Naked de quelques photos, en couleurs, sans nu intégral et sans poils pubiens. Un top très glamour. Comme d’habitude dans les magazines de mode. RAS. Est-ce qu’il s’agit des mêmes Van Lamsweerde et Matadin ? Serait-ce déjà la fin ?

Il ne manque plus à Izabel Goulart que la robe longue.