Archives de Catégorie: Bijoux

Portrait de Hannah Holman par Grégory Derkenne

HannahHolmanGregoryDerkenne2011Photographie publiée dans Citizen K, été 2011. Source : gloutir.com

Une nue sans nudité. Superbe !

Pierre et Chair

Je pense à un billet publié il y a déjà longtemps : « Etre à la mode, c’est être nue ?« . Je pense à « Couvertes de bijoux (… et rien d’autre)« .

Voici les photos prises par Grégory Derkenne pour un article du magazine Citizen K de l’été 2011 consacré à la joaillerie.

Vous trouverez ces photos sur les sites de Clémence Cahu et de Laurent Dombrowicz qui ont contribué à l’article. Les photos HD se trouvent sur le site de MyFashionDatabase.

Pour remplacer le poil, le postiche pubique

Voici un accessoire de mode assez étonnant. Il a fait une timide apparition sur certains sites marchands il y a 2 ans (me semble-t-il) et reste, à ce jour, un obscur objet de désir, peu vu, peu connu, peu vendu. Le livre que prépare Kit Darling (photographies par Erika Tanith) va peut-être le médiatiser un peu plus.

merkin how to

Ce que les Américains appellent un « merkin » est un postiche pubique (oui, ça existe !), fabriqué en cheveux, en poils, en laine, en moquette, en gazon artificiel (vu sur American Merkin Project) ou en tout ce qu’on veut, et qui se colle sur un pubis préalablement soigneusement rasé/épilé.

Ca sert à décorer, bien sûr, et moi, je trouve ça assez joli. Ca sert aussi à exciter les sens de ceux qui regardent pusiqu’un merkin ne couvre pas le sexe lui-même et ne s’embarrasse pas de cordons pour rester en place.

L’histoire de l’objet est confuse. J’ai lu deux explications différentes (et il y en a sûrement d’autres) : Il aurait servi, dans les années 1960-70, à couvrir les pubis traditionnellement glabres (cela mériterait une vérification que je n’ai pas faite) des prostituées vietnamiennes pout les GI’s habitués, eux, aux pubis poilus. Il aurait servi, dans les bordels du 19ème siècle, à couvrir les pubis rasés pour cause de morpions ou de poux. Ces 2 explications renvoient à une « obligation » de couvrir le pubis et à l’univers de la prostitution. Pas étonnant dans ce cas, de trouver les merkins chez les danseuses burlesques qui reprennent les codes et les accessoires du strip-tease et des cabarets.

La star du burlesque Michelle L'Amour habillée de cache-tétons et d'un merkin (source : wikipedia)

Michelle L’Amour au travail en 2007 habillée de cache-tétons et d’un merkin (source : wikipedia / Michael Albov)

Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette « mode » un peu étrange d’une autre mode récente (et également très confidentielle) qui consiste à coller des bijoux ou des cristaux Swarovski sur le pubis. Dans les deux cas, il s’agit de se raser complèement la chatte pour la couvrir avec autre chose que ses poils naturels.

Cette idée-déco lancée il y a quelques années aux US (me semble-t-il) s’appelle le « vajazzling » (de « vagina » et « bedazzling », soit en français, « envoûtement vaginal »).

L’artiste sud-africaine Frances Goodman a réalisé elle-même et photographié plusieurs « envoûtement vaginaux ». Il est intéressant de lire les commentaires des femmes sud-africaines qui ont participé au projet sur la page « Vajazzling Series – South Africa » (2012) du site de l’artiste, ainsi cette femme qui considère cette expérience comme un moyen d’améliorer son estime de soi et de célébrer le corps de la femme.

Notez qu’il y a aussi une autre « Vajazzling Series » sur le site, réalisée à New York cette fois, avec une variation sur le thème « I Do » dont fait partie la photo ci-dessous :

i do 3 par frances goodman 2012

Que l’on remplace le poil naturel du pubis par du poil artificiel, de la verroterie ou tout autre objet rapporté, la femme commence toujours par se raser ou s’épiler la chatte, ce qui semble une normalité de nos jours. Normalité ? Cela mérite quelques articles de plus…

De même, pour celles qui trouveraient que tout cela va trop loin et qu’il y en a marre de se prendre ainsi la tête sur son bas-ventre, notez le travail de critique (sur le mode « laissez nos chattes tranquilles ! ») par la photographe Rhiannon Schneidermann (Tumblr) qui est décrit dans un article du Huffington Post.

Pour élargir le débat, voir aussi l’article « L’importance de marquer le pubis« .

Futile harnais. Pour habiller la femme presque nue.

Quand on parle de lingerie un peu « osée », alors il faut mentionner « Maison Close » (voir site).

Après le tanga à perles Bracli qui frotte sur le clitoris et après les culottes ouvertes de Damaris, voici un accessoire (un bijou ?) qu’affectionne Maison Close : le harnais.

D’accord, ce n’est pas une nouveauté. Il y a eu le harnais orienté bondage, en cuir, latex ou PVC, de marques comme Fleet Ilya ou (feu ?) Antiseptic Fashion. Il y a eu le harnais de sex-shop, en strass généralement, vendu sous le nom de choker-tie-belt et à l’aspect un peu cheap. Il y a enfin eu (et il y a toujours) les harnais fabriqués dans une gamme de bijoux de corps, entre les bijoux de seins et les bijoux d’épaules, par des créateurs/créatrices de bijoux. J’en cite quelques-uns : Bliss Lau, Litter, Fannie Schiavoni, Justine Clenquet, Léon Rose Magma, Pagan Poetry, (feu ?) Mousseline Chou d’Amour, Sofiyani La, Anita Quansah

Avec Maison-Close, le harnais, en tant que pièce de lingerie ou comme bijou de corps joli et sexy, va enfin se démocratiser.

[En haut : Harnais « A ton cou ». Ci-dessus, de haut en bas et de gauche à droite :  Harnais « A ton cou », Harnais pour shorty (ici sur un string) « Féerie Précieuse », Harnais-string « Soie Chérie », Harnais « Villa Satine »]

A quoi sert le harnais ? A rien, vraiment. En fait, à mettre en valeur les seins qu’il sépare, le cou qu’il enserre, le dos qu’il laisse vierge. Il sert à faire plus joli. Il est utile donc. Il donne de l’originalité. Il fait sortir de l’ordinaire. Il rend sexy. Il excite l’imagination. Il attise les sens. Très utile, donc. Que dis-je ? Indispensable harnais !

Toutes les photos des nouvelles collections Maison-Close sont visibles sur le site Dessus-Dessous.

Perles blanches, perles noires

Il était temps ! Après des semaines de silence, voici un petit article sur une marque de lingerie très particulière. Avez-vous déjà essayé de porter un tanga à perles (les perles passent entre les lèvres et entre les fesses) ?

Si oui, alors vous avez sûrement porté un tanga de la société espagnole « Bracli » puisque le patron et inventeur, Luis Álvarez, a déposé le brevet de cette bête-là en 1996.

Pour résumer l’info disponible sur le site bracli.com, la « culotte-clitoris » Bracli (BRAga -CLItoris) est étudiée pour la satisfaction maximale du clitoris  (il faut que je m’en procure une !!) : par le frottement des perles et par « le plaisir de se voir si belle en ce miroir ».

Vu l’absence de données scientifiques tangibles sur l’impact clitoridien du frottement des perles (à essayer, je vous dis !)  dans le dossier , je  me suis plutôt concentrée sur l’esthétique de la chose. Et notamment les photos disponibles sur le site.

Sympa tout ce noir-et-blanc.

Sympa aussi le concept : lingerie et bijou, vêtement et accessoire.

Tout cela ne peut que confirmer mon point de vue sur la chose : Rien de plus beau qu’un corps nu. Tissu, dentelles, or, perles… tout cela ne sert qu’à le mettre en valeur.

Et après le tanga de M. Álvarez, allons donc voir  les créations de Ms Evans qui sait si bien mettre les fesses en valeur.

Courts ou longs, tout est bon ?

Voici encore Jourdan Dunn, encore photographiée par Sølve Sundsbø. Impossible de choisir entre la photo du billet précédent et celle-ci… J’ai donc rajouté cet article pour pouvoir placer les deux.

Ce cliché va nous permettre un petit exercice.

Jourdan Dunn porte généralement les cheveux tirés derrière sa tête. C’est la partie droite de la prise de vue : « Jourdan aux cheveux courts ».

S’il fallait qualifier le visage de la partie droite, quels adjectifs employer (en évitant les banalités comme « belle » ou « sexy ») ?

Malgré les gros bracelets en or et les bretelles de robe du soir, JD aux cheveux courts évoque pour moi l’image d’une « working woman », secrétaire ou cadre sup.

Pour ce qui est des qualificatifs, je pencherai pour « élégante »,  « sérieuse », « sévère ».

Et si on faisait maintenant le même exercice pour la partie gauche, le visage de  « Jourdan aux cheveux longs » ?

Cette Jourdan-là me fait quitter les tours de bureaux et la ville. Je vois une Jourdan dans la forêt ou la savane… Peut-être parce qu’on ne voit plus ses vêtements… Peut-être parce que ses cheveux forment une sorte de crinière…

Cette fois-ci, les qualificatifs qui me viennent à l’esprit sont « sensuelle », « sauvage », « dangereuse ».

Si les cheveux longs sont le voile que la nature a donné aux femmes (dixit Paul de Tarse, bien sûr), alors il faut bien reconnaître que la femme « voilée » dégage un érotisme plus torride. Est-ce vraiment ce qu’on attend d’une femme voilée ? Je ne pense pas. Mais ça explique sans doute qu’on la re-voile, avec du tissu cette fois-ci. On s’en doutait un peu !

Portrait d’une Ouled Nail tunisienne par Rudolf Lehnert

Après de nombreux articles illustrés par des photos de nues, j’avais envie de passer à autre chose. Je n’ai toujours pas fini de parler de la femme et du serpent, je sais, mais j’y reviendrai plus tard. Après le nu, je souhaitais parler du voile. Bien sûr. Logique. Et il y a tellement de choses à dire !

On va y aller calmement. Je ne chercherai pas à être exhaustive.

Je commence donc avec un portrait très populaire sur le web. Il est repris sur des dizaines de sites. On comprend facilement pourquoi : C’est un très joli portrait de femme, tirage papier d’un négatif sur plaque de verre pris en 1904 par le photographe Rudolf Lehnert (Grossaupa, Bohême, 1878 – Redeyef, Tunisie, 1948) au tout début de sa « première période tunisienne ».

Lehnert s’est associé à l’Allemand Ernst Landrock (gestionnaire puis propriétaire des droits de la plupart des clichés de Lehnert) dans un studio photo à Tunis puis dans un autre studio au Caire qui ont débité des cartes postales à l’adresse des touristes et militaires occidentaux de passage. Sans doute en réponse à la demande de leurs clients friants d’orientalisme dénudé, le studio Lehnert & Landrock a fourni de très nombreuses cartes érotiques de femmes voilées qui se dévoilent. Les jeunes filles (parfois même très jeunes !) photographiées dans des mises en scène d’un Orient fantasmé de harems et de femmes lascives sont probablement des danseuses ou des prostituées (l’un n’exclut pas l’autre).

Le portrait ci-dessus est soit légendé « Jeune Tunisienne » (Tunisian girl), soit « Ouled-Nail ». Après recherche, je me suis dit que, là aussi, l’un n’excluait pas forcément l’autre. Je ne connaissais pas les « Ouled-Nail ». J’y reviendrai très bientôt.

[Photo HD sur le Flickr de Art&Vintage]

Dames à leur toilette

D’accord. Cet article ne va pas vous épater par la profondeur de son texte ou l’originalité de ses images. Je veux juste faire le point sur une iconographie très particulière : celle des « Dame à sa toilette » avec gros plan sur jeune femme torse nu à sa table de toilette, main droite tenant une bague au dessus de la boîte à bijoux, main gauche entre les seins sur le bout d’un collier, large collerette et cheveux coiffés court, sorte de cape de voile ou mousseline transparente posée sur les épaules  et servante agenouillée à l’arrière-plan devant un coffre de rangement.

Bildnis einer Dame (portrait de femme), Ecole de Fontainebleau, 16ème siècle, Kunstmuseum de Bâle

Je tombe sans arrêt sur une représentation de « dame à sa toilette » dont l’auteur ou la localisation est fausse. Ce n’est pourtant pas compliqué : il n’y en a que trois !

Femme à sa toilette, vers 1550-1570, Ecole de Fontainebleau, Worcester Art Museum (Worcester, Maine, USA)

Pas de François Clouet, pas de musée Magnin, pas de Diane de Poitiers. Il est cependant vrai que le ressemblance entre les portraits de Worcester et de Dijon a pu créer une petite confusion.

Dame à sa toilette, anonyme, 16ème siècle, Musée des Beaux-arts de Dijon

Reste la question principale : c’est quoi ce portrait ? Pourquoi ces femmes sont nues ? De quelle toilette parle-t-on ? Pourquoi est-il plus question d’or et de bijoux que d’eau et de savon ? Pourquoi le bras droit est-il posé sur un coussin ? Pourquoi la bague, le collier, la collerette ? Enfin, pourquoi tant de copies et quel est l’original ? A cette dernière question, je proposerai un début de réponse : Il se dégage une telle sensualité de cette poitrine nue mais parée de bijoux sous un voile transparent qu’elle n’a pu qu’inspirer les artistes de cette époque. Question subsidiaire : Pourquoi pas plus de copies ?

Couvertes de bijoux (…et rien d’autre)

L’Occident a connu une courte période  pendant laquelle il était  « à la mode » de représenter des femmes nues parées de leurs seuls bijoux (cf les 3 Grâces de Lucas cranach dans l’article précédent). Le reste du temps, nudité et bijoux, peau et or, ça a plutôt concerné les Egyptiennes (voir article) ou les Khmères (voir article).

Notre époque ne change rien à l’affaire : il circule des millions de photos de femmes nues ou en string, en corset, en latex, en cuir… mais si vous cherchez de l’or, filtrez patiemment le cours du web et, de temps en temps, vous trouverez peut-être une paillette.

Voici une photo prise par Andy Julia pour le joaillier Mazlo :

[Photo visible sur le site d’Andy Julia ainsi que d’autres prises de vue pour Mazlo. Cliquer sur le visuel pour atteindre le site du photographe.]

Le Britannique Nick Giles a réalisé plusieurs belles photos avec cet étrange collier qui sert de parure comme de vêtement : [Photo visible sur le site DeviantArt de Nick Giles ainsi que d’autres prises de vue avec ce collier. Cliquer sur le visuel pour atteindre le site]

Enfin voici un cliché dont j’ignore tout (y compris le nom du photographe – Kevin Jordan ? – ou du mannequin) mais ce serait vraiment dommage de ne pas le montrer. L’or n’a-t-il pas été inventé pour la peau noire ?

1 femme nue = 1,33 million d’euros

Le 17 décembre 2010, on a  appris que le musée du Louvre avait bouclé son budget pour acquérir le tableau « Les trois Grâces » de Lucas Cranach l’ancien. 4 millions d’euros pour 3 toutes petites femmes nues (une trentaine de centimètres chacune), soit 1,33 million d’euros pour une seule toute petite femme nue. Ah ! Quand je vous disais que c’est inscrit dans le code génétique des hommes ! Ils feraient n’importe quoi pour une jolie nana bien roulée. Il n’a fallu qu’un mois (du 13 novembre au 17 décembre) pour réunir le dernier million d’euros auprès de 5.000 généreux donateurs privés.

Puisqu’il faudra attendre jusqu’au 2 mars 2011 pour les voir (elles ont toujours été conservées dans une collection privée), voici en avant-première ces trois demoiselles :

On reconnaît sans difficulté le style de Lucas Cranach l’ancien (1472-1553) : des jeunes filles nues, toutes jeunes, toutes simples, toutes roses, avec des cheveux dorés et des yeux en amande, presque bridés comme ceux des filles d’Oulan-Bator, et un fin voilage transparent qui ne sert à rien. Le sol lunaire et le ciel noir donnent à l’ensemble un petit aspect extra-terrestre qu’on peut observer sur d’autres toiles de Cranach. On trouve aussi ce  fond noir sur des toiles de son contemporain et compatriote Hans Baldung-Grien ou sur des portraits de maîtres plus anciens comme Botticelli.

Le Louvre possède déjà un Cranach très similaire : sa « Vénus debout dans un paysage« . Même jeune fille pâle, blonde et bridée. Même cheveux dorés. Même voile transparent inutile. Même sol caillouteux. Alors pourquoi tant d’empressement à acquérir un Cranach de plus ? Je peux voir 2 raisons :

1- On n’a jamais trop de jeunes filles nues sous la main, surtout quand elles sont faites par Cranach.

2- Cranach a peint beaucoup de Vénus (et aussi beaucoup d’Eve) qui remplissent les musées de la vieille Europe mais il n’a réalisé que deux tableaux représentant les trois grâces : celui-ci et un autre qui se trouve non pas à Berlin, à Francfort, à Münich, à Vienne, à Londres ou à Saint-Petersbourg mais à… Kansas City !

lucas cranach, 3 graces

Lucas Cranach l'ancien - Les trois Grâces - 1535 - The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas-City - Image terminartors.com

Le tableau de Kansas-City est magnifique, lui aussi : Les fesses et les jointures de genoux de la fille de gauche, le profil de celle de droite, les jambes et le ventre de celle du milieu ! Rien à dire ! Sauf que… il manque un truc ; Un truc qui placerait immédiatement ces trois grâces dans  leur époque (je ne parle pas du chapeau de velours rouge) : Les colliers en or.

Nudité et dorures : Voilà bien la marque de fabrique d’un Cranach. Et n’avait-il pas raison ? La seule chose qui puisse embellir une femme nue, n’est-ce pas un bijou en or ?