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Le bain turc

L’Egyptienne de Schlesinger servira d’introduction à cet article sur les bains turcs. Je me sens un peu contrainte de l’écrire car il me semble impossible d’éviter l’orientalisme dans une série d’articles consacrés au bain sur un blog comme « femelletemple ». Remarquez que c’est plutôt joli comme style de peinture et que les illustrations ne manquent pas. C’est peut-être ça le problème : il y a juste trop de femmes nues à la chicha, entourées de petites esclaves noires et de gros eunuques basanés.

paul louis bouchard

Paul Louis Bouchard, "Après le bain", 1889

Finalement, j’ai retenu cette toile de Paul-Louis Bouchard parce que le corps de la fille est superbe et qu’on y retrouve à peu près tous les canons du genre orientaliste : la femme blanche nue qui domine (au sens propre) la scène, l’esclave noire, les « claquettes » en bois, les céramiques du hammam à droite, les peaux de tigre et les coussins de soie de la chambre à gauche, et même le moucharabieh, pour voir sans être vue, au fond. Il ne manque que la chicha et l’eunuque.

Pour compléter un tour d’horizon des bains turcs, ce n’est pas très compliqué mais ça prend du temps : il y a plein de choses sur le web, pour les amateurs de surf. Pour les plus pressés, voici le strict minimum :

Il y a d’abord l’incontournable « Bain turc » peint en 1862 par Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) et exposé au Louvre. Ensuite, il y a les nombreuses oeuvres réalisées par Jean-Léon Gérôme (1824-1904) dont, s’il faut n’en choisir qu’une, le « Bain turc« , ou « Moorish bath », de 1870 conservé au Museum of Fine Arts Boston, . Il y a aussi le très beau « Massage – Scène de hammam« , rare toile orientaliste de Edouard Debat-Ponsan (1847-1913), peint en 1883 et exposé au Musée des Augustins à Toulouse.

Tout cela n’est qu’une très très short short-list des bains et hammams orientalistes. Il y a aussi les Chassériau, Migonney, Liotard, Ernst, Diranian… Pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous procurer le livre (en anglais)  de Lynne Thornton « Women as portrayed in orientalist paintings » (ACR Edition, 1996).

Enfin, comment achever cet article sans parler d’un bain turc sans « turqueries » , une toile non orientaliste, sans esclave ni eunuque ? Et vous remarquerez au passage combien ce « bain turc » est proche de celui d’Ingres : Femme de dos à gauche, groupe dense de femmes à la chair blanche à droite. Voici, bien sûr, le « Bain Turc » peint en 1907 par Félix Vallotton (1865-1925) et exposé au Musée d’Art et d’Histoire de Genève :

le bain turc,felix vallotton,félix vallotton[La photo n’est pas suffisament nette à mon goût mais elle reproduit bien mieux les couleurs originales pastel des chairs que toutes les autres reproductions qui traînent sur le web]

Rallongez-moi ce dos !

On sait que la Grande Odalisque d’Ingres (1814, musée du Louvre) est une image de femme déformée : dos trop long, rotation improbable. On sait depuis 2004 et une étude publiée dans le Journal of the Royal Society of Medicine qu’elle a exactement 5 vertèbres de trop et qu’elles sont dans le bas de son dos.ingres,odalisque,dos,nue,orientaleIngres l’a fait exprès, bien sûr, comme on peut le voir dans ces dessins conservés au musée Ingres de Montauban : Seule la femme du bas est rallongée (et c’est mieux comme ça). Doit-on déduire qu’on peut faire une (fausse) femme plus belle qu’une vraie ? Que la peinture est supérieure à la photo ? Serait-ce le début de l’art moderne et la fin du figuratisme ? Est-ce que j’embraye avec… je ne sais pas… les demoiselles d’Avignon ? ingres,étude,odalisque,dos,nu,couchéA cette heure tardive, je me contenterais de conclure avec une photo de Tomáš Rücker, juste pour montrer que le bas du dos d’une vraie femme, quand il est photographié par un grand photographe, ce n’est pas mal du tout (n’aurait-il pas trouvé le moyen de rajouter également quelques vertèbres ? Le bas du dos de cette nue à genoux ressemble étrangement à celui de notre odalisque).

tomas,rucker,dos,nue,vertèbres,photo[L’image de la Grande Odalisque est visible sur Wikimedia Commons, celle des dessins préparatoires d’Ingres sur la base Joconde (mot clé « odalisque ») et la photo de Tomáš Rücker sur son site tomasrucker.com]

Saintes nues, par Ingres

Ingres nous a laissé de nombreux dessins de  madonnes nues. Il nous a laissé également quelques saintes  qui ne cachent rien de leur  anatomie, visibles sur la base Joconde du ministère de la culture. D’abord, sainte Amélie :

ingres,sainte amélie nue,nude,dessin,naked saintPas de sainte Amélie dans les saints catholiques mais ce dessin-là a servi à réaliser le vitrail de sainte-Amélie qui représente la reine Marie-Amélie dans la chapelle Notre-Dame de la Compassion (ou chapelle saint Ferdinand), près de la porte Maillot à Paris. Pour lire l’intéressante histoire de cette chapelle et voir le vitrail d’Ingres, suivre ce lien.

Puis voici la très connue sainte Hélène, nue. Sainte Hélène est l’infatigable restauratrice des lieux saints de Palestine et la mère de l’empereur Constantin. Pour voir un carton du vitrail d’Ingres, suivre ce lien (ce n’est plus du tout la même pose). ingres,sainte hélène,nue,naked saint,dessin,croquis

Enfin sainte Rosalie, la vierge sicilienne, qui s’exila dans une grotte perdue pour vivre seule avec son crucifix (forte ressemblance avec la fin de vie de notre Marie-Madeleine !). Pour voir le vitrail de sainte Rosalie, suivre le lien.ingres,sainte rosalie,naked saint rosalie,croquis,dessin

Surgie de la mer

Vénus/Aphrodite est sortie nue de l’écume de la mer. Voici les 6 représentations les plus connues de la naissance de la déesse de la beauté, qu’on appelle aussi « Vénus anadyomène » (Vénus surgie des eaux).

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Deux tableaux datent de la Renaissance et les quatre autres du XIXème siècle. On remarque forcément un point commun: Vénus tripote à chaque fois ses très longs cheveux blonds.

[Toutes ces images sont visibles en meilleure définition  sur Wikimedia Commons]