Archives mensuelles : mai 2012

Pourquoi cacher ?

Laissez-moi revenir sur un sujet déjà abordé, à savoir : « Au nom de quelle pudibonderie absurde cache-t-on systématiquement la fente du sexe féminin sur les sites de lingerie ? » J’avais souligné dans « Moralité à géographie variable » la frilosité des sites qui vendent de la lingerie sexy ou érotique : Les tétons apparaissaient ou non suivant les continents mais le sexe féminin était systématiquement photoshopé sur l’ensemble des sites web (à l’exception de quelques vendeurs brésiliens).

Les spécialistes français  Luxxa et Lola-Luna recourent à Photoshop et brouillent les pubis, comme la plupart de leurs collègues. Dans ce paysage de bas-ventres flous, j’ai néanmoins trouvé 4 exceptions européennes : Le Suisse Rimba, le néerlandais JC Créations dont j’ai déjà parlé (voir « Jarretelles d’encadrement » et « Serrez-moi cette taille ! Le cas particulier du serre-taille« ) et les Italiens Cottelli et Eros Veneziani.

On notera que Rimba et Eros Veneziani se protègent derrière une interdiction aux mineurs (admettons pour le Suisse qui propose une section BDSM bien fournie et dont les menottes et autres godes sont à réserver aux plus de 18 ans mais dans le cas de l’Italien, je ne comprends pas le problème). Les photos proposées sur les sites de Cottelli et d’Eros Veneziani sont également de taille ridiculement réduites. C’est sur le site marchand allemand M&C que j’ai finalement trouvé des visuels de qualité un peu plus acceptables des produits Eros Veneziani pour illustrer cet article. Pourquoi une telle prudence des fabricants ?

Pourquoi une telle prudence, effectivement ! Alors que le web croûle sous les images pornographiques de fellation et de sodomie, qu’est-ce qui est si sulfureux sur le site d’Eros Veneziani ? Devinez ! … Des culottes ouvertes !

Oui, des culottes ouvertes ! Et pas de positions explicites de mannequins allongées sur le dos et les cuisses ouvertes avec gros-plans sur le sexe offert. Non ! Juste un peu de poils pubiques et le trait discret de la fente.

Je me suis amusée à reprendre quelques photos pour poser de nouveau la question : « Quel est le problème ? »

Le sexe féminin est d’une grande discrétion (pas comme la bite des hommes qui pend entre ses deux couilles). C’est, à mon sens, une des raisons de sa grande beauté et, disons-le, de son élégance.

Alors pourquoi cacher comme une bête immonde cette jolie petite chatte ?

Interdite aux moins de 18 ans,  cette fente minuscule ! Interdits aussi les 20 poils qui se courent après ! De qui se moque-t-on ?

Lutter contre l’absurdité et faire la part des choses, respecter la beauté et distinguer nudité de vulgarité, voici les ambitions pas si limitées de ce petit article si joliment illustré.

[Toutes les photos représentent des produits Eros Veneziani et sont extraites du site de M&C underwear. Cliquez les photos pour voir les photos originales !]

Montrer son corps (tatoué) pour (très bien) gagner sa vie

Avant les dizaines de « Suicide Girls » écloses ces dernières années comme le muguet au mois de mai, y avait-il des femmes tatouées en Occident ?

A vrai dire, pas beaucoup. On connaît bien sûr Milady de Winter, l’espionne de Richelieu que d’Artagnan (un temps son amant) fera racourcir par le bourreau de Béthune : En passant par la prison, péché de jeunesse, elle avait été marquée au fer rouge d’une fleur de lys sur l’épaule. Mais est-ce que le fer rouge appliqué aux forçats, ça compte comme tatouage ?

Les seules femmes tatouées « occidentales » que j’ai trouvées ne sont pas mortes depuis si longtemps. Elles étaient presque toutes américaines et s’appelaient Annie Howard, Artoria, Betty Broadbent, Djita Salomé, Emma de Burgh, Irene Woodward, Irma Senta, Lady Viola, Lotta Pictoria, Maud Arizona, May Vandermark, Nora Hildebrandt, Queenie Morris…

Lady Viola

Leurs points communs : elles travaillaient toutes pour des cirques ou des Freak shows (encore appelés Sideshows), elles étaient très bien payées, elles étaient complètement couvertes de tatouages (tête exceptée) et leurs tatouages glorifiaient généralement l’Amérique (têtes de président, aigles, drapeaux, cowboys…).

On trouve de nombreuses cartes postales et photos « vintage » de ces femmes sur la toile. On trouve aussi beaucoup d’inexactitudes copiées de site en site et très peu d’info intéressante… Et puis je suis tombée sur Amelia Klem ! Cette fille (tatouée) a fait un très intéressant travail de recherche sur les « Tattooed Ladies » dont une partie est accessible à tous : voir le PDF « A life of her own choosing – Anna Gibbons’ fifty years as a tattooed lady« .

Artoria

Anna (Burlingston) Gibbons est devenue « Artoria, tattooed girl » en 1919 (elle avait 26 ans) avec le Pete Kortes Show avant de signer l’année suivante avec « The Greatest Show on Earth », le cirque Ringling Brothers-Barnum & Bailey. Patriotiques sur la poitrine (George Washington entre 2 « Stars & stripes »), ses autres tatouages sont plutôt ‘renaissance italienne », comme la Cène de Michel-Ange sur le dos, car son mari et tatoueur personnel Red Gibbons aimait ça.

Artoria a vraisemblablement croisé une autre performeuse connue, Lady Viola, encrée dans les années 1920, et qu’on a parfois surnommée “The Most Beautiful Tattooed Woman in the World.”  Sûrement la plus patriotique : 6 présidents sur la poitrine, le Capitole sur le dos, la statue de la Liberté sur une jambe… !

Les plus anciennes célébrités de la profession sont Nora Hildebrandt et Irene Woodward qui on commencé leur activité au début des années 1880, avant l’invention de la machine à tatouer électrique, brevetée en 1891. Elles ont lancé le mythe des femmes tatouées de force par les indiens.

Au tournant du 20ème siècle, ces femmes gagnaient entre 25 et 250$ par semaine, suivant la qualité de leur spectacle et le lieu où elles exerçaient, soit nettement plus que le salaire moyen d’une famille ouvrière qui était de 7 à 10$/semaine à cette époque (voir texte d’Amelia Klem).

Elles étaient très bien payées car les hommes se pressaient pour les voir se dévêtir (les jambes, les bras, parfois le ventre) tout en racontant leurs histoires de tatouage forcé par des tribus sauvages. Exotisme-contrainte-nudité, un trio gagnant !

Elles étaient les pin-ups de l’époque et ont été reproduites sur de nombreuses photos et cartes postales. Même Groucho Marx n’y a pas résisté, quand il chante les attraits de Lydia la tatouée dans « Un jour au cirque » (At the circus) en 1939 :

Oh Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the tattooed lady
She has muscles men adore-so
And a torso even more-so
Oh, Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the queen of tattoo
On her back is the battle of Waterloo
Beside it the wreck of the Hesperus too
and proudly above waves the red white and blue
You can learn a lot from Lydia
There’s Grover Walen unveilin’ the Trylon
Over on the West Coast we have Treasure Island
There’s Captain Spaulding exploring the Amazon
And Lady Godiva–but with her pajamas on
She can give you a view of the world in tattoo
If you step up and tell her where
Mon Paree, Kankakee, even Perth by the sea
Or of Washington crossing the Delaware
Oh Lydia, Oh Lydia, now have you met Lydia
Lydia the queen of them all
She has a view of Niagara which nobody has
And Basin Street known as the birthplace of jazz
And on a clear day you can see Alcatraz!
You can learn a lot from Lydia!
–Lydia the queen of tattoo!

[Paroles sur parolesmania]