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Femmes voilées au temps d’Holbein

Après le portrait d’Anne de Clèves, j’ai eu envie de mettre sur le blog une autre peinture célèbre d’Hans Holbein le Jeune :

Darmstädter Madonna par Hans Holbein le Jeune - 1526-28 - Normalement exposée au Schlossmuseum de Darmstadt, prêtée depuis 2004 au musée du Städel à Francfort

Au pied de la madonne, se trouvent le commanditaire de l’oeuvre, le maire de la ville de Bâle, Jakob Meyer zum Hasen, ainsi que sa première femme, alors décédée, sa seconde femme et sa fille (à droite toutes les trois). Ce qui m’interpelle, sur cette toile, c’est la coiffure des femmes :

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1526, en Suisse : 2 femmes voilées. A l’époque où Hans Sebald Beham gravait à tour de bras des images mythologiques ou bibliques de femmes nues, à l’époque où Lucas Cranach peignaient des bourgeoises en bijoux et chapeaux, voici soudain deux austères femmes voilées. Deux exceptions ? Pas vraiment si on considère ce portrait de jeune fille exposé au Mauritshuis de La Haye et réalisé par le même Hans Holbein vers 1520-1525 (image decadence-europa.over-blog.com) :

Les coiffes de nonne abondent déjà en 1503 au sein de la famille d’Ulrich Schwartz, peinte par Holbein l’Ancien, père d’Holbein le Jeune. Et les femmes voilées ne sont pas un thème réservé aux Holbein, puisqu’on en trouve d’autres, peintes par des peintres allemands de la même époque, ainsi pour Barthel Beham (1502-1540) avec son portrait de Margaret Urmiller (Joli voile islamique, non ? Non. C’est un voile chrétien.) :

Portrait de Margaret Urmiller et sa fille - Barthel Beham - 1525 - Philadelphia Museum of Art (image du musée)

Notons aussi que ce voile n’est pas une passade du début du XVIème siècle et qu’il ne se limite pas à l’Allemagne ou à la Suisse alémanique : Un siècle plus tôt, déjà, Rogier van der Weyden peignait en Flandre une femme à la coiffe imposante.

Toutes les femmes ne s’habillaient pas de la même façon et, au début du XVIème siècle, une coiffe type « bonnet de rasta-man » semblait très populaire. On la trouve notamment sur la tête de Sybille von Freyberg peinte par Bernhard Strigel (1465-1528) ou sur la femme au perroquet peinte en 1529 par Barthel Beham ou encore sur Ursula Rudolph, peinte l’année précédente par le même Beham.

Et à côté de ces femmes qui cachent leurs cheveux sous des voiles ou dans des coiffes, il y a celles qui portent uniquement un chapeau et toutes celles qui se baladent tête nue. Alors que Venise commence son siècle du libertinage et de la prostitution (cf article « Pourquoi la prostituée est blonde« ), les idées austères de Martin Luther se répandent en Europe. Trois siècles après l’extermination des Cathares (qui détestaient tout ce qui était « terrestre »  et exigeaient l’abstinence de leurs ouailles) et 30 ans après l’éxécution du « prophète » fanatique Jérôme Savonarole (qui imposait aux Florentines de se cacher du regard des hommes), voici que les premières guerres de religion éclatent en Europe (1529, en Suisse justement) entre catholiques et protestants.

En ces temps tourmentés, les différences de croyances et d’interprétation des mêmes textes saints pouvaient se repérer facilement : Il suffisait de regarder les têtes des femmes. Oh ! Quelle surprise ! Ce n’est pas à nous que ça risque d’arriver. Non ?

Portrait d’Anne de Clèves par Hans Holbein le jeune

han holbein, anna von kleve, anne de clèvesLe portrait d’Anne de Clèves (Anna von Jülich-Kleve-Berg), dont voici un détail, a été peint vers 1539 (elle a 24 ans) par Hans Holbein le Jeune (1497-1543). Il est exposé au musée du Louvre.

Anne de Clèves n’est pas la princesse de Clèves, bien sûr, puisque cette dernière est imaginaire. Anne, elle, a vraiment existé : elle fut la quatrième femme du roi d’Angleterre Henri VIII, pendant 6 mois et sans que le mariage ne soit consommé. Henri avait choisi sa future épouse sur photo (en fait le portrait de Holbein, ci-dessus). Il avait hésité entre Anne et sa petite soeur Amalia dont Holbein avait également fait le portrait. Henri prit Anne mais il fut déçu par la réalité (Faut dire que la peinture de Holbein était vraiment magnifique !).

Anne avait aussi une grande soeur, Sybille, qui épousa le prince de Saxe à 14 ans et dont Lucas Cranach l’Ancien nous a laissé plusieurs portraits, dont celui qui est visible au musée du château (Schlossmuseum) de Weimar.

[image Wikimedia Commons]