Archives de Catégorie: Vénus préhistoriques

Idoles qui se pressent les seins

Les anciennes cultures et civilisations des bords de la Mer Noire, de la Caspienne et du Proche Orient ont fourni de très nombreuses représentations de femmes qui tiennent leurs seins dans leurs mains (je reviendrai plus tard – un jour …. – sur le cas d’Astarte).

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[A gauche : Figurine de femme en terre cuite de la culture de Hamangia-Baïa en Roumanie, datée de 5000-4600 avant JC et conservée au Musée National  d’Histoire de la Roumanie à Bucarest – Dimensions : 19 cm (H) x 8 cm (L) – Source : Institute for the Study of the Ancient World, New York University – A droite : Statuette de femme en céramique creuse du 1er millénaire avant JC d’une hauteur de 31,3 cm, originaire du nord-ouest de l’Iran (région de la Caspienne), conservée au Metropolitan Museum, New York – Source : MET]

Personne ne sait précisément ce que représente ce geste. L’interprétation la plus évidente consiste dans une « présentation » des seins, une mise en avant de la féminité (de la capacité à nourrir ? de la fécondité ?).

Dans la société actuelle, l’image d’une femme qui présente ses seins (je ne parle pas de « montrer » ou « dévoiler ») n’est pas fréquente. Voici à quoi ça ressemble :

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Photo par Grzegorz Zawadzki

Ce n’est pas une pose naturelle. Il y a beaucoup de respect et d’attention portés aux seins, comme à l’occasion d’un rite ou d’un culte en leur honneur.

Sur l’île de Chypre, la mission Couchoud a trouvé en 1903 une statuette très particulière de femme assise qui se presse les seins.

A la réflexion, on peut se demander si d’autres figurines qui se tiennent la poitrine (comme la statuette de femme « à tête d’oiseau » ci-dessous à droite) ne représentent pas également une femme qui se presse les seins.

La question peut sembler triviale mais je la trouve en fait intéressante.

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[A gauche : Idole de fécondité : Figure féminine assise pressant ses seins – Statuette de terre cuite de 12 cm (H) x 6,10 cm (L) x 8,60 cm (Pr), datée du 4ème millénaire avant JC, trouvée dans la région d’Alaminos (district de Larnaca, Chypre), conservée au musée du Louvre – Source : RMN (c) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski – A droite : Statuette de femme en terre cuite, originaire de Chypre, datée de 1725-1450 avant JC et conservée au Metropolitan Museum, New York – Dimension : 26,5 cm (H) – Source : MET]

Intéressante, cette question, car la représentation d’une femme qui se presse les seins est quelque chose de très rare, même dans l’iconographie érotique et porno actuelle, pourtant abondante. On y trouve pléthore de femmes qui montrent leurs seins ou qui les cachent ou qui les dévoilent en partie (parfois avec leurs mains ou leurs bras)… Bref, il s’agit de strip-tease. Voici ci-dessous à gauche une des rares photos de femme qui se presse les seins que j’ai pu trouver.

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[A gauche : Photo Oliver Marzischewski, source : yandex – A droite :  galleries.adult-empire.com]

L’image est sensuelle, bien sûr, mais elle a surtout quelque chose d’impudique, voite même d’obscène, que j’attribuerai à un changement de point de vue sur la femme. Cette dernière est ici dans une situation de pouvoir. Elle joue avec son corps comme elle l’entend et, plus particulièrement, avec ses attributs féminins.

On peut même aller un peu plus loin et se demander si la femme antique qui pressait ses seins ne s’amusait pas en fait à en faire jaillir le lait (cf photo de droite). Ce serait alors une façon pour elle de mettre en évidence sa capacité à nourrir (tout comme sa fécondité) et de jouer avec cela.

Il y aurait dans cette imagerie, je pense, une grande affirmation de pouvoir féminin, à la différence des images érotiques et pornographiques, habituellement machos et phallocrates car réalisées par des hommes, pour des hommes.

Les autres femmes de Chypre

La République de Chypre a émis en 2007 un timbre représentant une « idole » féminine assise. On en a déjà parlé (voir « Les femmes accroupies de Chypre« ). Elle a aussi émis en 1975, pour l’année internationale de la femme, un timbre représentant une figurine féminine cruciforme. Depuis 2008, année de l’adoption de l’euro à Chypre, elle frappe ses pièces de 1 et de 2 euros avec l’image d’une autre statuette cruciforme : « L’idole de Pomos ».

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Idole de Pomos représentée sur une pièce cypriote de 2 euros

L’idole de Pomos a été trouvée près de Pomos sur la côte nord-ouest de Chypre. Elle est datée de 3000 avant JC et conservée au musée de Chypre à Nicosie. J’ai remarqué que le site du musée de Chypre l’identifie comme « idole de Lemba », ce qui me semble être une erreur très bizarre : De nombreuses statuettes féminines cruciformes ont été trouvées à Lemba (sur la côte sud-ouest) mais celle qui figure sur les pièces a, en principe, été trouvée à Pomos, à une quarantaine de kilomètres de là. Si j’ai commis une erreur, merci de laisser un commentaire !

Bref ! Ce qui m’intéresse ici, c’est l’originalité de ces statuettes cruciformes trouvées à Chypre.

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[A gauche : Déesse de la fertilité en calcaire découverte à Chypre (lieu précis inconnu) , datée de 3000-2500 avant JC et conservée au musée J. Paul Getty à Malibu, Californie – Dimensions : 38 x 25 x 41 cm – Source : Galerie photo Flickr de mharrsch – A droite : « Mabel », anagramme de « Lemba », statuette féminine cruciforme de 36 cm de haut, trouvée à Lemba, datée de 3000 avant JC et conservée au musée de Chypre à Nicosie (Cyprus museum Lefkosia) ]

Elles sont parfois grandes (une trentaine de centimètres), comme s’il s’agissait effectivement d’idoles que les anciens Cypriotes vénéraient. Elles sont parfois petites, comme des amulettes portées en collier. L’idole de Pomos est par ailleurs remarquable par la croix (non chrétienne, car fabriquée 3000 ans avant JC) qu’elle porte au cou.

Je remarque aussi les seins qui pendent, représentés pour Mabel comme un V similaire à celui du pubis. La femme du Getty est assise mais pas Mabel qui se tient debout et exhibe de larges cuisses, à l’instar de déesses du Proche-Orient (Astarte par exemple) dont je parlerai une autre fois.

Les bras écartés de ces statuettes rappellent la forme des bras d’autres statuettes, fabriquées 2000 ans plus tard et également très nombreuses à Chypre : Les figurines de femmes aux bras levés.

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[A gauche : Figurine féminine en terre cuite aux bras levés, originaire de Chypre (lieu précis inconnu), datée de 950-750 avant JC et conservée au Metropolitan Museum of Art, New York – Hauteur : 23,2cm – Source : MET – A droite : Figurine féminine en terre cuite aux bras levés, originaire de Chypre (lieu précis inconnu), datée du 7ème siècle avant JC et conservée à la fondation Nicholas et Dolly Goulandris (Museum of Cycladic Art), Athènes – Dimensions : H.: 16,5 cm / L.: 7,5 cm – Source : Museum of Cycladic Art]

On ne sait pas ce que représentent ces figurines : des déesses ? des prêtresses ? autre chose ? La forme des bras est similaire à celle des Lajja-Gauri (voir « Jambes en M : Le cas de la Lajja Gauri« ) mais y a-t-il un rapport ?

Autres statuettes, tout aussi énigmatiques : Les figurines debout aux seins nus et au large pubis.

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Figurine féminine en terre cuite originaire de Chypre, haute de 15,9 cm, datée de 1450-1200 avant JC et conservée au Metropolitan Museum of Art, New York – Source : Met

On sait peu de choses de ces statuettes dont la plupart sont visibles au Metropolitan Museum de New-York (conséquence des fouilles effectuées entre 1865 et 1877 par Luigi Palma di Cesnola, alors consul des Etats-Unis à Larnaca, dont l’incurie a entraîné la destruction de milliers de pièces – si l’on en croit l’article de Wikipedia consacré au Musée de Chypre à Nicosie – avant qu’il ne devienne directeur du Met en 1879).

Certaines ont un visage humain, d’autres un visage d’oiseau. Les mains sont sous la poitrine ou sur les hanches. Certaines figurines tiennent un enfant. Toutes ces femmes sont représentés nues avec un pubis tellement grand qu’on pourrait parfois croire qu’il s’agit d’une culotte !

On a trouvé des statuettes de femmes qui tiennent leurs seins un peu partout au Proche-Orient mais on a trouvé à Chypre une statuette (à ma connaissance, unique !) de femme qui presse ostensiblement ses seins. J’en parlerai dans le prochain billet.

Les figurines de Tell-Halaf : Ces petites femmes qui cachent les grandes déesses

Tell-Halaf est le nom d’un site archéologique au nord-est de la Syrie, près de la frontière turque. Ce site, découvert en 1899 par l’Allemand Max von Oppenheim a donné son nom à une culture néolithique régionale : la culture de Halaf. On connaît cette culture pour ses très belles poteries et surtout pour ses petites figurines de femme en argile assises sur leurs grosses fesses et qui tiennent leur grosse poitrine avec les mains. Elles n’ont jamais de pieds et rarement une tête.

Figurine de la culture de Halaf découverte sur le site de Chagar Bazar, Syrie - 5ème millénaire avant JC - British Museum, Londres - Photo © The Trustees of the British Museum (cliquer la photo pour voir l'original sur le site du musée)

Ces petites femmes dont on ignore la fonction sont couvertes de peintures sur leurs seins et sur leurs jambes. La large « ceinture » peinte sur la femme du British Museum, ci-dessus, représente peut-être un pagne. Quand elles ont une tête, celle-ci est toute plate avec un oeil peint de chaque côté (cf la figurine du musée ashmoléen de l’université d’Oxford). On trouve ces statuettes dans plusieurs musées telle la figure féminine de Halaf au musée du Louvre ou la « Tel Halaf » fertility figurine du Walters Art Museum de Baltimore.

C’est tout ce qu’on se rappelle de Tell Halaf parce qu’on a oublié qu’il y a eu bien plus. On l’a oublié parce que tous les vestiges ont été détruits, en novembre 1943, lors d’un bombardement dévastateur de l’aviation alliée sur Berlin. Tous ? En fait non. De nombreux fragments ont survécu au sinistre. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont été retrouvés et restaurés et qu’ils sont de nouveau visibles.

Trois mille ans après les potiers qui fabriquaient des statuettes de femmes aux grosses fesses, des peuples araméens s’installaient à Tell Halaf et y développèrent un grand centre urbain. Max von Oppenheim a ramené à Berlin tous les vestiges de cette époque et notamment les statues monumentales du Palais Ouest qu’il a exposées dans son musée privé à Charlottenburg. Ce dernier fut cependant dévasté par des bombes incendiaires pendant le seconde guerre mondiale. Les pièces en bois et en plâtre ont été détruites. Les statues de basalte éclatèrent en dizaine de milliers de fragments. Ce sont ces morceaux, retrouvés dans les réserves du musée de Pergame en 2001 et patiemment réassemblés pendant neuf années, que l’on pourra voir jusqu’au 14 août 2011 au musée du Proche-Orient du musée de Pergame (Vorderasiatische Museum-Pergamonmuseum) à Berlin dans une exposition intitulée « Les dieux sauvés du palais de Tell Halaf » (voir aussi, en français, le Projet Tell Halaf).

La "belle Vénus" de Max von Oppenheim - Déesse trônant, lors de son excavation et en cours de restauration - Photos © Max Freiherr von Oppenheim-Stiftung, Cologne

Vénus tchèques

Il était impossible de  parler de la Vénus tchèque de Dolni Vestonice (voir article sur les 3 Vénus préhistoriques de Dolni Vestonice, Moravany et Willendorf) sans évoquer les Vénus, certes 30.000 ans plus jeunes mais tout aussi grasses, du photographe tchèque Jan Saudek (1935-). Ainsi, n’hésitez pas à comparer le « tête-bêche » de cette carte à jouer avec les vues avant et arrière de la petite céramique du Gravettien :

jan saudek,card 353

jan saudek, card 353
[Carte N°353, 1987, photo sur http://www.saudek.com]

Le plus intéressant, c’est que Saudek  pose en quelques photos la question du sens de ces Vénus et, sans y répondre, il propose les trois mêmes options que celles que confrontent en vain les archéologues.

Première option : Les Vénus préhistoriques représentent des déesses de la fécondité ou une forme de déesse-mère primordiale.

jan saudek,the matrimony[« The matrimony », c’est à dire « Le mariage ». Mais dans « matrimony », il y a aussi le mot « mater », non ? La mère, comme dans « maternité ». On pense à un « matrimoine » qui reviendrait à la mère comme le « patrimoine » relèverait du père… Peut-être. 1985. Photo sur http://www.saudek.com]

Deuxième option : Elles  sont véritablement des Vénus, des déesses de la beauté. Elles sont des objets d’art qui montrent ce que les hommes préhistoriques trouvaient beau : des formes féminines amples et rondes.

jan saudek,slavic beauty[« Beauté slave », 1988, photo sur http://www.saudek.com]

Troisième option : Ces petites statuettes sont des objets érotiques que les hommes tripotaient ou regardaient en se masturbant, comme une photo dans un magazine « pour homme », mais en 3 dimensions. Tout cela ne serait alors qu’une bonne vieille histoire de cul.

jan saudek,at the waterfront[« At the waterfront » qu’on pourrait peut-être traduire par « Face à la mer » ou « Le pied dans l’eau » ? Photo sur http://www.galeriemoderna.cz]

Les Vénus grasses d’Autriche, de Tchéquie et de Slovaquie… et celle de Miami

Trois des plus anciennes Vénus préhistoriques d’Europe proviennent d’une zone assez étroite, à la limite de l’Autriche, de la République tchèque et de la Slovaquie. Toutes trois sont datées de la période dite « de la culture du Gravettien ». Toutes trois sont de bien grasses nanas (Je boycotte volontairement la maigrichonne Vénus de Petrkovice, trouvée à côté d’Ostrava, sur la colline de Landek, et datée également du Gravettien).carte,map, venus,willendorf,moravany,dolni vestonice[carte femelletemple]

Voici les trois fat girls :

La Vénus de Dolni Vestonice (Vestonicka Venuse), trouvée en 1925, datée entre 29 et 25.000 ans avant JC, a été réalisée en terre cuite. C’est la plus ancienne céramique connue. Elle mesure 111 mm. Elle est conservée au musée morave (Moravske Zemske Museum) de Brno.venus,dolni vestonice,vestonicka venuse[Photos placées par « che » sur Wikimedia commons. Pour en savoir un peu plus et voir des photos en haute déf, aller sur Don’s maps]

La Vénus de Moravany, trouvée en 1938 à Moravany nad Vahom en Slovaquie. Elle est datée de 22800 avant JC, mesure 76 mm et a été gravée dans de l’ivoire de mammouth. Elle est conservée à l’Académie des Sciences de Nitra.venus, moravany,slovaquie[Photo © Don Hitchcock 2008 – Pour en savoir plus et voir les photos en meilleure définition, aller sur Don’s maps]

Et, pour terminer, voici la plus connue : la Vénus trouvée en 1908 près du village autrichien de Willendorf (maintenant Aggsbach). Elle mesure 110 mm et a été sculptée dans la pierre calcaire. Elle est datée de 23000 ans avant JC. Elle est conservée au musée d’histoire naturelle de Vienne.venus willendorf[Photos placées par MatthiasKabel sur Wikimedia commons. Pour voir l’article et les photos sur Wikipedia]

On a l’habitude de se moquer un peu de ces « Vénus » préhistoriques, trop grasses à nos yeux pour être maintenant des déesses de beauté. Et pourtant… Qui a dit que les gros culs ne sont pas populaires ? Voici quelques photos prises le mois dernier à Miami. Voici la Vénus…venus, callipyge, miami

… et voici un admirateur…venus,callipyge,miami

… et tous ses potes qui matent, car il n’était pas tout seul !venus,callipyge,miami

[Pour en voir -faute de savoir- un peu plus sur ce micro-événement, allez donc sur ce drôle de blog].

La plus vieille femme

Après le maniérisme de Spranger, j’ai besoin d’un peu de simplicité. Pour la première fois depuis que j’ai commencé ce blog, je vais présenter une vénus préhistorique. Bien sûr, on sait pas trop si ces vénus préhistoriques représentaient une déesse de la beauté (une « Vénus »). On ne sait même si elles représentaient une déesse ou si elles étaient utilisées religieusement. Il s’agissait peut-être de petits objets sculptés « comme ça », pour faire joli. Ou d’un petit objet érotique qu’un chasseur de mammouth gardait dans sa poche comme certains conservent des exemplaires de PlayBoy sous le lit…

La vénus de Hohler Fels, âgée de 35 à 40 mille ans, serait la plus vieille représentation humaine connue à ce jour ! Elle à été découverte en septembre 2008 dans la caverne de  Hohler fels près de Schelklingen, Bade-Würtemberg. Elle a été sculptée dans de l’ivoire de mammouth, mesure environ 6 cm et pèse 33 grammes.

Vénus de Hohler Fels - Photo publiée par Gerbil dans Wikimedia Commons

La vénus est actuellement exposée au musée de la préhistoire de Blaubeuren(Urgeschichtliches Museum Blaubeuren), ainsi que le phallus trouvé à ses côtés. On peut voir la vénus, le phallus et des statues de mammouth sur le site du Spiegel.