Archives mensuelles : juillet 2012

Audace et nudité au défilé : Messieurs (Mesdames) les Anglais(e)s, tirez les premiers !

En ce jour 4 des JO de London 2012, je me propose de rendre hommage à Londres et aux Britanniques en écrivant ce billet (vous allez bientôt comprendre pourquoi). Il s’agit pour moi de faire – Enfin ! – le point (modestement, comme toujours) sur l’utilisation de la nudité dans les défilés de mode.

SEINS NUS

A quand remonte le premier sein nu sur un podium ? Je n’en sais rien. Pour le sein à peine caché sous une robe transparente, on pourrait peut-être remonter à la robe « see-through » de la collection Automne-hiver 1968-69 d’Yves Saint-Laurent (voir le billet « Mannequins vs Stars« ) mais pour le sein nu ?

Kate Moss porte la robe de mariée, seins nus, au défilé automne-hiver 1994-95 de Vivienne Westwood – Source : purepeople.com

Il me semble que Mugler l’avait osé dans ses shows des années 80 mais, faute de preuve, je proposerais plutôt la poitrine de Kate Moss lors du défilé Automne-hiver 1994-95 de Vivienne Westwood qui montrait beaucoup de mini mini-jupes, autant de jupes-poires à cul rond (le cul devenait alors un « boule » au sens propre), un seul string en fourrure mais aussi, subrepticement cette fois, les seins d’une autre mannequin (ci-dessous).

Les seins de Kate Moss sont restés assez confidentiels mais, quelques années plus tard, une autre poitrine nue allait connaître, cette fois, un succès planétaire : il s’agissait des seins de Shalom Harlow lors du défilé Automne-hiver 1997-98 de la maison Christian Dior. Qui était le couturier-star de Dior en 1997 ? John Galliano, bien sûr. Un Britannique, donc, tout comme Vivienne Westwood.

HUSSEIN CHALAYAN ET LE NU INTEGRAL

Après le défilé Dior de 1997, le sein allait se montrer de plus en plus souvent sur les podiums. Le nouveau défi, c’était de dénuder le sexe, ce qui arriva… quelques mois plus tard.

Défilé « Between » par Hussein Chalayan – Printemps-été 1998 – Londres – Source : tumblr

Hussein Chalayan est né à Chypre mais c’est à Londres qu’il se forme au stylisme et c’est là, fin 1997, qu’il présente « Between », sa fameuse collection Printemps-été 1998, aux femmes voilées mais aussi nues (voir « Nue au défilé ? En fait, déjà en 1997 !« ).

Le nu intégral disparaît ensuite des podiums pendant 9 ans pour réapparaître finalement à Paris à l’occasion d’un autre défilé du même Hussein Chalayan. A la fin de ce magnifique show (mon préféré de Chalayan, voir « Nue au défilé. Déjà en 2006« ), la robe de Leah de Wavrin est aspirée par son chapeau (!), la laissant complètement nue (elle ne cache pas tout le temps son sexe avec les mains).

Défilé « One hundred and eleven » par Hussein Chalayan – Printemps-été 2007 – Paris – Source : pony-ryder.com

Hussein Chalayan ayant la double nationalité britannique et chypriote turc, il est donc le troisième créateur britannique de cet article (sur 3 !).

HOUSE OF BLUE EYES

Voici sans doute le défilé de mode le moins connu de ce billet. House of Blue Eyes a été un rassemblement éphémère de créateurs autour du styliste (très méconnu) Johnnyblueeyes à Londres en 2008-2009. Il en est sorti, entre autres, un défilé automne-hiver présenté à la London Fashion Week 2009, avec femme enceinte et une nue intégrale.

Défilé House of Blue Eyes – London Fashion Week – Automne-Hiver 2009-10 – Source : zimbio.com

Au delà du nu, je pense qu’il faut mentionner l’ambiance de ce défilé (voir les photos sur zimbio.com), à la fois bon enfant, délirant et peu prude. Une ambiance qui rappelle le défilé printemps-été du groupement Andrea Crews présenté quelques mois plus tôt à Paris mais sans nu intégral (voir « Femme mode, femme fun, femme nue, femme active ?« ).

CHARLIE LE MINDU

J’en arrive maintenant aux shows du plus excentrique coiffeur français de Londres : Charlie le Mindu. On a déjà parlé des deux mannequins nues de son défilé Printemps-été 2011 (voir « Le nu marche toujours (la nue, en fait)« ).

Défilé Charlie le Mindu – London Fashion Week – Printemps-été 2011 – Source : not-just-another-fashion-blog.blogspot.fr

On pourrait ajouter la mannequin couverte de sang de son défilé Automne-Hiver 2011 et celle au serpent dessiné sur le pubis de « Burka curfew » (encore de la burqa, comme un hommage au show de Chalayan), son défilé Printemps-été 2012.

Le Mindu n’a pas innové avec le nu intégral (on en laissera la paternité à Chalayan) mais il l’a imposé, médiatisé, démocratisé trois saisons de suite. On se demandait que faire de plus avec le nu. C’est une Anglaise qui a apporté la réponse.

ROBYN COLES

La créatrice de chapeaux Robyn Coles n’a pas hésité : Lors de son défilé automne-hiver 2012, présenté en février dernier à la London Fashion Week (encore elle !), tous les mannequins étaient entièrement nus. En premier venait Sophia Cahill, enceinte de 8 mois, et, un peu plus loin, Jeff Leach, bite à l’air !

[Photos REUTERS/Suzanne Plunkett – Source : parismatch.com]

Et ensuite, quoi ?

En terme de nudité, il semble difficile d’aller plus loin que le nu intégral proposé par Chalayan, Le Mindu ou Coles. Cependant, n’oublions pas que Le Mindu et Coles montrent des coiffures (le nu intégral ne pose donc pas de souci par rapport à l’objectif du défilé) et que Chalayan, un créateur de vêtements, s’est contenté d’une ou deux mannequins nues. Pas de nudité, donc, pour les mannequins qui présentent des vêtements, à l’exception d’un sein nu par ci ou par là (on en revient à la poitrine de Kate Moss en 1994). Je vois là la possibilité d’une dernière « frontière » en terme de nudité : porter des vêtements mais montrer le sexe. Ca semble extrême ? Et bien non : Cela a déjà commencé.

Je citerais d’abord la mannequin Angela Martini à la robe violette largement échancrée, en juin 2011 aux « Fashion Awards » du CFDA (Council of Fashion Designers of America) à New York. J’ajouterais une autre mannequin, Anja Rubik, à la robe (blanche cette fois-ci) tout aussi échancrée, un an plus tard et dans la même ville, à l’occasion du gala de charité organisé par le Costume Institute.

Avec les robes fendues et portées sans sous-vêtement par ces 2 mannequins, on est toujours dans la mode mais on a quitté le petit monde des défilés. Je vais y revenir très vite, montrer des mannequins sans culotte et parler d’une styliste… britannique bien sûr.

Portrait de Hazel par Jean Gabriel Domergue

Dans la galerie des portraits, difficile de faire l’impasse sur une Parisienne de Domergue (voir article « L’invention de la pinup, par Domergue ?« ). Mince, chapeautée et décolletée, comme il se doit.

[Image tirée du site art-expertise.com]

L’invention de la pinup, par Domergue ?

« C’est moi qui ait inventé la pinup », aurait-il dit… Et il n’avait pas complètement tord.

[Dessus à gauche : Pamela Barton aux courses – A droite : L’avant-scène – Les Parisiennes de Domergue sont parfois accompagnées d’un homme, toujours le même, distingué et à monocle, quand elles se rendent aux courses ou au théâtre.]

Quand on regarde les huiles de Jean Gabriel Domergue (1889-1962), on ne peut s’empêcher de penser à Toulouse-Lautrec et à Degas, par les couleurs utilisées, par les lieux  (pas mal de cabarets) et par les personnages (pas mal de danseuses).

Il y a cependant de nombreuses différences : Domergue peint toujours une femme, généralement en plan rapproché (torse + tête), généralement seule, généralement habillée d’un chapeau et d’une robe  très décolletée qui montre les épaules (Admirez l’échancrure de Pamela Barton !).

Les femmes de Domergue se ressemblent toutes : même forme de visage, même minceur, mêmes petit nez retroussé et petites lèvres rouges, même élégance.

[Dessus à gauche : Au Ciros – A droite : Au Moulin Rouge – Les Parisiennes passent beaucoup de temps dans les bars et les cabarets, à boire, seules.]

On dit de Domergue qu’il a inventé l’image de la « Parisienne ». C’est à dire ? Une femme mince et élégante ? Une bourgeoise qui n’a pas beaucoup de choses à faire, si ce n’est aller aux courses ou au spectacle ? Une femme seule et disponible ? Une femme facilement nue, comme Rita, Pamela, Eliane… ? Une très belle femme nue, comme Joséphine Baker ?

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[Dessus à gauche : Music-hall Girl – A droite : Le modèle aux seins nus]

La Parisienne de Domergue est-elle une pinup ? Par son look habillé-dénudé et l’époque à laquelle elle a été créée (les années 30), on pourrait la raccrocher à la vague des pinups américaines. Il y a cependant une différence de taille : alors que la « Parisienne » est une bourgeoise (voire même une aristocrate) oisive, toujours assise ou allongée, habillée ou complètement nue, la pinup américaine est une fille du peuple qui travaille (quand bien même elle passe l’aspirateur !… Voir « Oups ! Tu me tires, chéri ?« ), qui bouge ses gambettes et n’hésite pas à soulever sa jupe et montrer ses cuisses. Il y a chez l’Américaine plus de vie, plus d’humour, plus de dévergondage.

Faut-il s’étonner si la fille du peuple fut plus populaire ?

[Les images ci-dessus sont toutes extraites du site art-expertise. Cliquer les vignettes pour voir les reproductions sur le site. Et pour voir de vraies toiles de Domergue, visitez jusqu’au 16 septembre 2012, l’expo « Et Domergue créa… la Parisienne » au musée du Montparnasse à Paris. ]

Interros écrites sur la nudité

Femelletemple a déjà posé quelques questions sur la nudité, l’influence de la morale et de la Bible : Voir les articles « La faute à Eve« , « Quelques secondes avant l’invention de la pudeur : Profitons du spectacle !« , « Eve, évidemment – Episode 2 – De quel péché parle-t-on ?« .

Dans la série « The written Word »,  R.A. « Tony » Evans, Jr (Harlemphoto) propose quelques interrogations d’ordre moral (Vous savez, la Morale, quand il est question du Bien et du Mal et de comment faire le Bien).

« The man is responsible to guard is mind from impurity » n’est pas une injonction morale qu’on trouve telle quelle dans la Bible. Cette phrase a en fait été copiée-collée sur plusieurs sites américains de morale chrétienne et renvoie généralement au verset 8 du chapitre 4 de l’Epitre de Paul aux Philippiens : « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. » Ce n’est pas tout à fait pareil mais, dans tous les cas, pourquoi faudrait-il penser le corps de la femme comme impur ?

Les versets 27 et 28 du Sermon sur la montagne (Evangile selon Mathieu, chapitre 5) sont peut-être plus intéressants. Ils disent ceci : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » En bref, JC dit que ce n’est pas bien de regarder une femme pour la convoiter. Ceux qui ont écrit le Lévitique et le Deutéronome recommandaient même la mort comme sanction à l’adultère. Est-ce qu’un homme qui regarde une femme nue la convoite ? Si oui (et le « oui » reste à démontrer), est-ce qu’il mérite la mort (remarquez que la peine de mort ne s’appliquerait qu’à un homme marié, puisqu’il s’agit d’adultère et que seule la perspective masculine est considérée dans la Bible) ? Est-ce que vous pensez que parce que vous venez de regarder la photo ci-dessus, vous méritez la mort (si vous êtes un homme marié, bien sûr) ?

J’en remets une couche avec cette deuxième photo et l’inscription sur le bas-ventre :

« Est-ce que le problème, c’est mon corps ou est-ce que c’est toi ? » J’aime cette question qui me rappelle la phrase de Jean-Claude Bologne citée en marge de ce blog : « La pudeur réside moins dans la dissimulation du corps que dans la qualité du regard qui se pose sur lui » (Pudeurs féminines. Voilées, dévoilées, révélées – Editions du Seuil – 2010).

Je m’aperçois, une fois de plus, que la nudité en soi n’est pas un problème, pas même pour la Bible, comme déjà discuté dans « L’homme et sa femme étaient tous deux nus et n’avaient pas honte (Genèse 2 25)« … et ce n’est pas l’histoire incompréhensible des vêtements de peau (« Il les revêtit d’habits de peau« ) qui me fera penser le contraire.

La vraie question morale (si on adhère à la Bible comme source de moralité, bien sûr !), c’est celle de l’adultère. La nudité n’est alors un problème que si elle incite à l’adultère que la Bible condamne sévèrement (Detéronome 22 22 : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux »). Pour éviter tout ça et vivre en paix, un conseil simple : Femme, ne te marie JAMAIS ! (et vis nue par la même occasion).