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Architectures coniennes

Vous avez sans doute déjà vu apparaître ici ou là, au détour d’un blog, une vulve en gros plan, croquée à la manière d’un détail architectural sur un dessin technique à l’ancienne, à la plume, avec légende et annotations, par un certain Jean-Jacques Lequeu (1757-1826), architecte et dessinateur de son état, particulièrement actif à l’époque de la Révolution française. J’ai rassemblé ici tous les croquis de vulve de Lequeu disponibles sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF (Bibliothèque nationale de France) et j’ai en partie déchiffré les annotations pour essayer de comprendre ce que Lequeu cherchait à accomplir.

Figure 1 : Age de puberté – Cratère d’une fille adolescente animée de désir déréglé : elle est couchée sur le dos les deux cuisses levées et bien ouvertes, de manière qu’on voit le pucellage forcé. Lequeu précise aussi l’emplacement du trou du cul et la naissance des poils pubiques (… où les poils poussent pour … les parties).

jean jacques lequeu,bnf

Cette première planche n’est donc pas vraiment anatomique. Elle appartient au registre de la représentation des désirs sexuels de la femme au moment de la puberté, c’est à dire au moment où celle-ci devient fertile, avec le développement hormonal correspondant. Il est logique, anatomiquement, qu’il précise le démarrage de la pilosité à cette étape du développement féminin mais qu’en est-il de ce « pucelage forcé » (parle-t-il de l’hymen que la fille se devait de préserver avant le mariage ?), de ce désir « déréglé » qui semble pourtant  normal à cet âge  ou  de  l’insistance, a priori sans intérêt, sur l’emplacement du trou du cul ? Le choix du thème (la puberté féminine) et le ton du texte (entre science, érotisme cru et condescendance -voire machisme, croyance ancienne ou ignorance-) rappelle beaucoup d’autres illustrations de Lequeu (entre femme qui pisse en s’écoutant et bacchante qui taille des pipes, entre curieuse qui mate son sexe dans un miroir et dieu Priape en érection), et notamment cette femme occupée à se masturber au mois de mai, comme il se doit.

Effets du mois de mai :

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Figure 2 : Avant l’âge de puberté – Un autre cratère d’une fille adolescente dont on voit la pureté virginale. Autres inscriptions : Rebondissement de la motte et Orifice … entrée du vagin … en coeur bail… imperforée.jean jacques lequeu,bnf

Lequeu a ici représenté une jeune fille prépubère ; Malsain dans un cadre érotique (on rentre sur le terrain glauque de la pédophilie) mais acceptable dans le cadre scientifique (d’où l’intérêt peut-être de jouer sur les deux tableaux, même si je ne sais pas si la pédophilie posait problème au 18ème siècle). Hymen et absence de pilosité… logique. J’aurais bien aimé que les annotations de droite ne soient pas tronquées et en savoir un peu plus sur cette histoire de « carnosité ».

Jeune con dans une attitude des conjonctions de Vénus. Notez l’indication du clitoris et la description de la « motte » : Partie de choix qui doit être couverte d’un poil noir et long, de vers le nombril jusqu’au coccyx, bien ombragé ; et qui à force d’attouchements lascifs ; à force de frotter avec l’index, les femmes jouissent ainsi que nous.jean jacques lequeu,bnf

En astrologie (et en astronomie), on parle de « conjonction » quand deux planètes, vues d’une troisième planète, semblent se rapprocher. Lequeu parle-t-il ici du rapprochement entre Vénus et Mars ? Je suppose. Le texte, d’ailleurs, n’a pas grand chose de scientifique (si ce n’est la description de la pilosité qui devrait courir du mont de Vénus jusqu’au coccyx, à travers le sexe et la raie des fesses) mais est franchement érotique. L’absence de poil sur ce « jeune con » tendrait à prouver des tendances pédophiles chez Lequeu.

Age nubile. Ce que j’ai pu déchiffrer du texte du haut : Les deux lèvres du con relevées pour voir le creux virginal des parties génitales en action (…) ; Et du texte du bas : (…) Cette matière séminale d’une odeur fade, d’une saveur piquante et un peu astringente est plus pesante que l’eau et l’urine la dissout.jean-jacques lequeu,bnf

Contrairement à la puberté, l’âge « nubile » ne correspond à aucune réalité physiologique mais à des conventions sociales, à savoir l’âge auquel un individu peut se marier. Les dessins de Lequeu ont été réalisés un peu avant ou pendant l’époque révolutionnaire qui fit passer l’âge nubile chez les filles de 12 à 13 ans (selon article wikipedia). Malgré l’abondante pilosité de la fille, on a donc vraisemblablement encore affaire au dessin de la vulve d’une jeune ado, juste avant la défloration maritale. Notez l’absence d’hymen et la description scientifico-gustative de ce qui doit être, je suppose, la cyprine.

Age pour concevoir. Il me manque quelques mots pour rendre le texte de gauche intelligible. Pour la « motte », par contre, c’est clair : Motte garnie de poils noirs frisés (Lequeu est très friant de poils noirs).jean-jacques lequeu,bnf

La notion d’âge pour concevoir n’a pas vraiment de sens ici puisqu’il devrait renvoyer à la puberté. Pour Lequeu, il s’agit vraisemblablement d’une femme adulte et déflorée. Enfin un sexe ouvert ! C’est d’ailleurs le plus beau dessin de vulve avec une très belle représentation de l’orifice du vagin et de sa couronne charnue. Lequeu utilise maintenant le terme de « matrice » et non plus seulement de « cratère », de « con » ou de « conin ».

Cette vulve de femme en âge de concevoir est sans doute la planche qui, par la précision et la qualité du dessin, ressemble le plus à ces dessins de bâtiments, de temples et de portes de temple que Lequeu a réalisés en abondance.

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Et comme la porte du temple est faite pour être un jour franchie, voici la dernière « figure lascive » de Lequeu.

Action des parties sexuelles d’une fille qui veut concevoir pour enfanter : elle était alors dépucelée. Annotation de droite : Le vagin qui conduit à la matrice, ou l’utérus, là se prend le mal (ou le « mâle » !?). Pour finir en beauté, je ne comprends rien à cette phrase ! jean jacques lequeu,bnf

En résumé, Lequeu est peut-être un bon reflet de son époque qui découvre des libertés nouvelles (notamment en bouleversant les vieilles conventions morales et religieuses) et qui se veut dirigée par la science et la raison. Son travail sur les « figures lascives » est néanmoins très empreint de la bonne vieille obsession pour la virginité féminine et des clichés relatifs à la femme hystérique.

Si vous avez mieux déchiffré les textes que moi, merci de m’en informer.

[Toutes les images se trouvent dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, Bibliothèque Nationale de France – Cliquer sur les images pour accéder au site Gallica]