Archives mensuelles : juin 2012

Portrait d’Engel Schrei et son chat par « Bent Photo »

Voici une photo de la mannequin américaine Engel Schrei (voir sur modelmayhem) prise par le Canadien Bent Photo (voir sur modelmayhem et Tumblr).

Ce cliché m’amuse beaucoup. Après la vision de Foujita (voir « Pubis selon Foujita« ), c’est une une autre façon de mettre en évidence la chatte noire sur une peau blanche : en ajoutant un gros matou noir.

Pubis selon Foujita

Pour mettre en évidence le pubis, on a vu qu’il y a ceux qui recourent aux marquages et ceux qui jouent sur les contrastes. Le peintre Foujita (1886-1968) appartient aussi à ceux qui jouent sur les contrastes

Foujita – Nu allongé – 1922 – Musée des Beaux Arts de Nîmes ? – Source : arthistory.about.com

Corps blanc sur un lit blanc. Seul se détache, au centre de la toile, le triangle noir du pubis.

Ainsi sur le portrait de Kiki de Montparnasse conservé au musée d’art moderne de la ville de Paris (voir ci-dessous), parmi d’autres toiles de l’Ecole de Paris.

Ainsi aussi pour cette autre nue (voir ci-dessus) qu’on trouve sur le web et qui semble être exposée à Nîmes.

Foujita – Nu couché à la toile de Jouy – 1922 – Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris – Source : devoir-de-philosophie.com

Si on connaît mieux les odalisques de Modigliani, contemporain de Foujita, c’est peut-être parce qu’elles sont plus pudiques, Amedeo privilégiant les yeux quand Léonard nous montre des poils pubiques.

Sainte vulve dans son ostensoir

Sur femelletemple, on ne peut pas faire l’impasse sur une vulve entourée de rayons lumineux, comme la tête d’Apollon ou du Christ ceinte d’une auréole, comme une relique sainte entourée de rayons de métal doré (pour en savoir plus sur l’auréole, voir aussi « Sombre fente ou lumineuse flamme ?« ).

Qu’est ce donc que ces bites raides et éjaculant comme des pénis bhoutanais (voir « Penis Art au Bhoutan« ) autour d’une vulve poilue ? Une danse de vifs par Martin Van Maele (1863-1926) ? Un alignement de bites  sataniques par Félicien Rops (1833-1898) ? Un nouvel exemple de « symplegme » par Johann Heinrich Füssli (Henry Füseli 1741-1825) ?)

Il s’agit en fait d’un dessin d’Antoine Borel (1743-1810) gravé par François-Roland Elluin (1745-1810) pour le livre de François-Félix Nogaret (1740-1831), l’Arétin français, publié à Londres en 1787.

Cette illustration est placée en début du livre qui, outre des textes érotiques, compte 18 gravures de positions sexuelles. Ces dernières rappellent les 16 positions  gravées par Marcantonio Raimondi dans le recueil « I Modi » (1524) et basées sur des peintures de Giulio Romano. La seconde édition fut accompagnée de textes de Pietro Aretino (Pierre l’Arétin). Ces gravures furent ensuite copiées par Agostino Caracci (Augustin Carrache) et Jacques-Joseph Coiny ainsi que Jean-Frédéric Waldeck (voir les images des différentes versions d’I Modi sur eroticart) .

Ceci dit, les illustrations des positions sexuelles me semblent bien moins intéressantes que la gravure ci-dessus qui place le sexe féminin « au centre du monde ».

Portrait de Levee par Sean

Ce portrait de la « Suicide girl » Levee est extrait du set « Ring Ring » photographié en avril 2010 par Sean pour le site suicidegirls.com.

Après l’article où on parle de pubis marqués pour attirer l’attention, voici un pubis vierge de tout (ni tatouage, ni piercing, ni poil) qui attire pourtant l’attention de tous. Comme quoi…

(J’ai beaucoup hésité entre cette photo et celle d’Echo Nittolitto prise par « Scottworldwide » dont les pages deviantart sont truffées de très très belles photos de femmes, souvent tatouées)

[Source : Tumblr]

L’importance de marquer le pubis

Alors que je traversais le parvis des Droits de l’Homme, en route vers la place du Trocadéro, je constatais que certaines des statues dorées alignées sur le bord du parvis étaient « graffitées », d’autres non. Seules les femmes nues avaient droit à l’encre du marqueur ou à la colle qu’on tartine sous les affiches. Le lieu du marquage m’a semblé aussi très intéressant : le pubis, toujours.

« Le Printemps » par Paul Niclausse, 1937, Parvis des Droits de l’Homme (Palais de Chaillot, Paris)

Alors, pourquoi le pubis ?

Sans rentrer dans de la psychologie lourde (j’en serais incapable !), on peut supposer ceci :

1. Graffiter, c’est transgresser. Le faire sur l’emplacement le plus intime d’un corps (fut-ce une statue) ajoute du poids à la transgression.

2. Le passant mâle jettera un coup d’oeil sur le pubis (ou les seins) davantage que sur les autres parties du corps. Graffiter le pubis, c’est donc garantir plus de visibilité à son message.

3. En inscrivant son nom à l’endroit le plus intime (sur la photo, il ne s’agit certes pas d’une signature mais le tag de pubis est fréquent : Regardez les statues, les affiches dans le métro…), le type a cherché à marquer son territoire.

4. Le type a pris plaisir a tripoter l’intimité d’une femme ?

Le marquage du pubis n’est pas seulement un truc de mecs. Il intéresse aussi les filles, en particulier celles qui se tatouent le pubis.

Nue au pubis tatoué, Ponderosa Nude Festival 2007, photo de Bryan Le Nu, Wikimedia Commons

Je ne parle pas des filles qui se tatouent partout et, entre autres, sur le bas-ventre. Je pense à celles qui ne le font qu’à cet endroit, comme celle qui pose sur la photo ci-dessus.

Je n’ai aucun doute qu’un tel tatouage prend de l’importance parce qu’il est placé à l’emplacement le plus intime. On pourrait voir ça comme une marque de pudeur : « Je me marque le corps mais personne ne le sait ».  Je pense que c’est le contraire. La fille est « impudique » et tient à le faire savoir, d’abord en confiant son intimité à un tatoueur, ensuite en attirant les regards sur le seul tatouage qu’offre son corps, donc sur l’emplacement de son sexe (ça suppose bien sûr que la fille soit nue). Ainsi, ce qui devrait être caché devient le centre d’attention.

A cela, j’ajouterais que le tatouage du pubis est aussi, peut-être, un choix esthétique. Le sexe photographié ci-dessous, tatoué et percé de boucles d’or, n’est-il pas magnifique ?

Tatouage pubique photographié par Stan Spanker, Wikimedia Commons

Le papillon est un grand classique des tatouages pubiques, comme ici ou ici. La forme triangulaire de la bestiole quand elle déploie ses ailes est bien sûr parfaitement adaptée à la forme du bas-ventre. Les ailes rappellent aussi les lèvres de la chatte (voir « Quand la chatte ressemble au papillon« ). Il y a aussi autre chose, je pense, comme une légèreté, un souffle de liberté…

Allégories de Chaillot

Le Palais de Chaillot, un monument Art Déco construit en 1937 face à la Tour Eiffel, est aussi un temple à la Grande Femelle : Elle est partout.

Voici par exemple les bas-reliefs qui décorent l’aile Passy au sud, le long de la rue Benjamin Franklin.

« Océanie » par Henry Arnold

Ces “grandes femelles”-là sont, comme les mères-patries de l’article “La plus grande femme” ou les vertus de “Vertueuses et lesbiennes“, des allégories, c’est à dire des représentations humaines d’idées ou de concepts. “Allégorie” est un mot féminin, comme la plupart des allégories. Ca tombe bien.

Des femmes, donc, pour représenter des continents, en commençant par l’Océanie, symbolisée par deux femmes nues aux cheveux longs qui s’enlacent au milieu d’hommes nus qui bricolent sous les palmiers et d’une femme allongée qui glande, comme les “Femmes de Tahiti” peintes cinquante ans plus tôt par Gauguin.

« Afrique » par Antoine Sartorio

Pour symboliser l’Afrique, Sartorio a utilisé aussi deux femmes : une Maghrébine voilée devant un dromadaire et un minaret, et une Noire portant un masque devant un djembé et un éléphant.

La “Négresse” vêtue de ses seuls bijoux (ceinture, bracelets, collier, boucles d’oreilles) et de sa chevelure travaillée est magnifique : elle rappelle les Egyptiennes dont on a déjà parlé (voir “Belles toutes nues (avec plein de bijoux)“. Ses seins coniques sont aussi les plus beaux de la rue Benjamin Franklin.

« Asie » par Georges Saupique

Les seins de l’Asiatique sont moins poitus et dépourvus de tétons. C’est comme ça que Saupique a choisi de représenter sa femme, dans un style, il est vrai, différent de celui de Sartorio. L’autre personnage pourrait être Bouddha.

Beaucoup de courbettes et de dévotion pour l’une ou pour l’autre, un samouraï qui bande son arc ou qui le tend (pour elle ?), un dragon et un(e) tigre(sse) qui s’entredéchirent/s’entredévorent/s’embrassent. Yin-Yang. L’Asie, quoi.

Le bas-relief de l’Amérique est bien plus obscur.

« Amérique » par Jacques Zwoboda ?

Il y a de nouveau deux personnages centraux, deux femmes nues comme pour l’Océanie. On peut supposer qu’il s’agit de l’Amérique du Nord et de l’Amérique latine… Peut-être. Pourquoi les deux femmes allongées ? Mississipi et Amazone ? Pourquoi le cheval et pourquoi l’homme ? Obscur, vraiment.

Il reste à trouver le bas-relief de l’Europe qui pourrait être celui :

« Europe » ou « Marine à Vapeur » ?

L’Europe? Vraiment ? Deux femmes, une fois de plus, mais pourquoi l’ancre, le paquebot, la rose des vents et le phare ? Est-ce un hommage à l’Europe des explorateurs-colonisateurs ou est-ce autre chose ? N’oublions pas que ces sculptures sont sur le mur du musée de la marine !

Regardez, ci-dessous, cet autre bas-relief de l’aile Passy. Au centre, une Aphrodite aux cheveux longs sort de sa coquille, nue. Elle tient un bateau dans sa main gauche. Cette Aphrodite est aussi une allégorie, celle de la marine à voile !

« Marine à Voile » par Gaston Contesse

Si on songe que l’aile Passy abrite aussi le musée de l’Homme alors on comprend mieux le but de ces sculptures : allégories de marines pour l’un, allégories de continents exotiques pour l’autre. Tant pis pour l’Europe qui n’aura pas ses nudistes.