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Corset : Un survol rapide

1. Naissance à la Renaissance

… Comment ressembler à un homme ? Mais en écrasant les seins, bien sûr ! Et c’est exactement ce que font les corsets, inventés au 16ème siècle et qu’on appelle alors « corps ».

Portrait de Marguerite de Valois (1553-1615) par François Clouet (avant 1520-1572) - Musée Condé, Chantilly - Source : Wikipedia

Le 16ème siècle est un drôle de siècle qui fait côtoyer une forte libéralisation des moeurs pour certains (voir articles sur la prostitution à Venise) et une grande rigidification morale et religieuse pour d’autres (voir articles sur le voile en Europe).

Le corset est un outil de rigueur morale : maintenir le corps de la femme, le redresser et l’enfermer. Bonjour les symboles ! Pas étonnant que c’est la cour austère et gravement pincée du cul du roi d’Espagne qui a lancé la mode.

En France, la mode a été adoptée par les reines (ci-dessus, Marguerite de Valois, surnommée la Reine Margot, qui deviendra reine de France quand Henri de Navarre accédera au trône de France) tout comme par les courtisanes… Ce qui m’intéresse dans ce portrait du musée Condé, c’est la forme du corset. On voit clairement que l’arrondi de la poitrine n’est pas dessiné. Il s’agit bien d’un corset conique qui souligne légèrement la taille mais sert surtout à écraser les seins.

2. L’âge classique du corset

Le corset changera peu jusqu’au 19ème siècle, àge d’or de ce sous-vêtement qui prendra  des formes variées mais surtout la forme la plus classique, dite « en sablier ».

Source : Galerie de Julie Hsu - Picasa photos albums

La photo ci-dessus explique parfaitement le principe : la taille est creusée, les hanches élargies et les bonnets bien arrondis. Il ne s’agit plus d’écraser les seins mais de les maintenir, les écarter et les mettre en valeur.

Du corset suppôt de la rigueur morale, on passe ainsi au corset à fort contenu érotique.

La photo permet également de bien voir la lamelle verticale et rigide, au centre du corset qui s’appelle le « busc ». Au 19ème siècle, on invente un busc en acier qui peut s’ouvrir et se fermer grâce à des crochets. Cette innovation n’est pas mineure puisqu’elle permet à la femme d’enlever seule son corset.

Nul doute que cela démocratisera également l’usage du corset, puisque dorénavant, il n’y a plus besoin d’une domestique pour le lacer et le délacer (les lacets sont dans le dos, bien sûr).

Paul Signac - "Femme se coiffant", Opus 227 (arabesques pour une salle de toilette) - 1892 - Collection particulière - Source : http://www.aidart.fr/category/galerie-maitres/neo-impressionnisme/paul-signac

C’est ce type de corset qui a survécu jusqu’à nos jours. Il est assez agréable à porter et permet de souligner la taille tout en mettant les seins en valeur. Voici, ci-dessous, le modèle « Nora » de la marque (disparue ? …comme quoi la survie du corset reste un phénomène fragile) Lunatic-Fashion.

On retrouve la forme doublement évasée du corset classique et on voit clairement l’impact esthétique/érotique sur les seins, poussés vers le haut et bien séparés.

3. L’éphémère corset droit

L’âge d’or du corset se termine avec une dernière invention, aussi populaire qu’éphémère : Le corset droit ou « droit devant », appelé « corset abdominal » par sa créatrice Inès Gaches-Sarraute.

Il s’agit d’un corset qui cambre très fortement le corps (On parle alors d’un profil en « S »).

Ce corset a été promu par Inès Gaches-Sarraute pour ses vertus physiologiques dans son livre « Le Corset : étude physiologique et pratique », paru en 1900 (voir texte intégral dans wikisource). Ses thèses ont été par la suite très sérieusement contestées mais le produit a quand même connu un beau succès, sans doute pour le profil très esthétique qu’il donne au corps de la femme (le fameux profil en S !).

Catalogue des Grands Magasins Du Louvre, Paris, été 1908, page 17 - Source : wikipedia

Ces corsets « 1900 » (ils ont coincidé avec la « Belle Epoque », du début du 20ème siècle jusqu’à la première guerre mondiale, période de l’Art Nouveau) sont appelés « Edwardian corsets » par les Anglais (Edward VII a régné de 1901 à 1910) pour les différencier des corsets en sablier du 19ème siècle, appelés outre-manche « Victorian corsets » (pour info, Victoria a régné de 1837 à 1901).

Ce modèle de corset est très peu fabriqué de nos jours mais l’exemple ci-dessous, trouvé sur la boutique Etsy de la corsetière canadienne LaBelleFairy,  me semble intéressant, même si la cambrure n’est pas très marquée (vraisemblablement pour des raisons de confort).

(Voir différence entre corset classique en sablier et corset droit ici)

4. La fin du corset

Les années 20 sont marquées par la  forte évolution du rôle de la femme dans la société d’après-guerre.

Le corset rigide disparaît très rapidement au profit d’un sous-vêtement souple, la gaine, qui sert uniquement à maintenir et affiner le ventre. Finis les seins protubérants (pour l’instant) !

Et, comme chacune sait, la gaine connaîtera également le sort de toute chose : la disparition.

[Photo d’Henri Maccheroni – Source : le clown lyrique]

Dames au bain : le méli-mélo des copier-coller

Après la mise au point concernant les peintures représentant une « dame à sa toilette », je vais m’attaquer avec délectation à un sujet beaucoup plus bordélique : les représentations des « dames au bain » par ce qu’on appelle, pour faire simple, l’école de Fontainebleau.

Commençons par la seule « dame au bain » officiellement attribuée à François Clouet (av. 1520-1572) :

françois clouet

A lady in her bath (Femme au bain), François Clouet, vers 1571, National Gallery of Art, Washington

Tout comme les 3 « dames à leur toilette » de l’article précédent sont maintenant considérées des femmes anonymes, la dame au bain portraiturée par Clouet n’a pas reçu de nom par les spécialistes de la National Gallery of Art de Washington. Ces derniers refusent d’y voir le visage de Diane de Poitiers (1500-1566), la maîtresse et confidente d’Henri II (1519-1559), roi de France et mari de Catherine de Médicis.

Le musée Condé de Chantilly n’a pas tant de scrupules : Pour lui, le portrait de Washington est bien celui de Diane de Poitiers tout comme le « clone » qu’il possède serait celui de Gabrielle d’Estrées (apr. 1570-1599), maîtresse du roi de France Henri IV (1553-1610) qui épousera Marie de Médicis à la mort de Gabrielle. Les 2 enfants seraient les « bâtards » mâles de Gabrielle et Henri : César et Alexandre.

gabrielle d'estrées, chantilly

Gabrielle d'Estrées au bain, école française, 4ème quart du 16ème siècle ou 1er quart du 17ème siècle, musée Condé, Chantilly, © Réunion des musées nationaux ; © René Gabriel Ojéda

Plus intéressant et nettement plus connu, voici Gabrielle d’Estrées au bain avec une des ses soeurs. Le pince-téton indiquerait que Gabrielle est enceinte (?).

Gabrielle d'Estrées et une de ses soeurs, Ecole de Fontainebleau, 4ème quart du 16ème siècle, Musée du Louvre, image sur Wikimedia Commons

Et voici, ci-dessous, une copie des 2 soeurs au bain. La pose est légèrement différente et le pince-téton n’est plus de mise mais la vieille nourrice des deux premières toiles est de retour, bien qu’inversée.

Gabrielle d'Estrées et sa soeur, la duchesse de Villars, 4ème quart du 16ème siècle-début du 17ème siècle, Musée National du Château de Fontainebleau, © C. Jean Réunion des musées nationaux

Et pour finir en beauté ce petit tour des copies, voici une miniature du 18ème siècle qui s’appelle « deux jeunes femmes nues », pour ne pas citer Gabrielle et sa soeur. La nourrice a dégagé, remplacée par… ce bon vieux roi Henri !!!

Deux jeunes femmes nues dans une baignoire, dans le fond Henri IV, 18ème siècle, musée du Louvre département des Arts graphiques, © Musée du Louvre, M. Beck-Coppola