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The girl who had long legs

Il faut bien une couverture ainsi que la quatrième de couverture pour faire tenir toute la longueur des jambes d’une femme dessinée par l’Américain Robert McGinnis (né en 1926).

Cet illustrateur hors pair et très prolifique est l’auteur d’une quantité incroyable  de couvertures de « romans de gare » dans les années 50 et 60 aux Etats-Unis (plus de 1200 d’après l’article Wikipedia).

Il a dessiné et peint des femmes, beaucoup de femmes, toujours très sensuelles. Les rares fois où il ne s’est pas attaqué au corps féminin, il a croqué… Bond, James Bond (beaucoup de Connery, un peu de Moore).

On reconnaît vite le style de McGinnis : des femmes minces et bien faites, des corps partiellement ou totalement dénudés et, surtout, des jambes interrrrrminables !

Interminables les jambes de la « girl who was posseseed » mais aussi celles de la fille de « Kill now – Pay later » ou de celle de « The Consumatta » (je vous laisse contrôler les filles des 1197 autres couvertures, par exemple sur le pool de groupes Flickr consacré aux couvertures illustrées par McGinnis).

Alors bien sûr, les Américaines ne sont pas génétiquement programmées pour avoir de très longues jambes. Comme Yū Minamoto croise les jambes des soeurs Ikaruga dans ses mangas (lire « Jambes en X – Démonstration par les soeurs Ikaruga« ), comme Arthur de Pins élargit le bassin et les fesses de ses petites nanas (voir billet précédent), McGinnis allonge les jambes de ses filles pour en accroître la féminité et le sex-appeal. Ah ! Et puis rappelez-vous ! Ingres avait usé du même subterfuge en 1814 pour sa Grande Odalisque (voir « Rallongez-moi ce dos !« ).

J’avais recherché des photos de filles aux jambes longues et d’autres aux jambes plus courtes pour enfoncer le clou : Oui, les jambes longues, c’est plus sexy. Et puis finalement j’ai trouvé cela tellement évident que j’ai laissé ce travail en plan.

Remarquez que McGinnis triche une deuxième fois en chaussant systématiquement ses filles en talons-aiguilles. Même nues ou en bikini, elles portent toujours des talons hauts !

Pour me contredire moi-même, j’ajouterai que McGinnis a raboté un peu les talons de la secrétaire en « vêtements de travail » orange et que pourtant, cela n’empêche pas cette dernière d’avoir des jambes de 3 kilomètres.

Les 3 illustrations ci-dessus sont extraites du blog de Catherine La Rose que je vous invite à visiter (catherinelarose.blogspot.com).

L’invention de la pinup, par Domergue ?

« C’est moi qui ait inventé la pinup », aurait-il dit… Et il n’avait pas complètement tord.

[Dessus à gauche : Pamela Barton aux courses – A droite : L’avant-scène – Les Parisiennes de Domergue sont parfois accompagnées d’un homme, toujours le même, distingué et à monocle, quand elles se rendent aux courses ou au théâtre.]

Quand on regarde les huiles de Jean Gabriel Domergue (1889-1962), on ne peut s’empêcher de penser à Toulouse-Lautrec et à Degas, par les couleurs utilisées, par les lieux  (pas mal de cabarets) et par les personnages (pas mal de danseuses).

Il y a cependant de nombreuses différences : Domergue peint toujours une femme, généralement en plan rapproché (torse + tête), généralement seule, généralement habillée d’un chapeau et d’une robe  très décolletée qui montre les épaules (Admirez l’échancrure de Pamela Barton !).

Les femmes de Domergue se ressemblent toutes : même forme de visage, même minceur, mêmes petit nez retroussé et petites lèvres rouges, même élégance.

[Dessus à gauche : Au Ciros – A droite : Au Moulin Rouge – Les Parisiennes passent beaucoup de temps dans les bars et les cabarets, à boire, seules.]

On dit de Domergue qu’il a inventé l’image de la « Parisienne ». C’est à dire ? Une femme mince et élégante ? Une bourgeoise qui n’a pas beaucoup de choses à faire, si ce n’est aller aux courses ou au spectacle ? Une femme seule et disponible ? Une femme facilement nue, comme Rita, Pamela, Eliane… ? Une très belle femme nue, comme Joséphine Baker ?

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[Dessus à gauche : Music-hall Girl – A droite : Le modèle aux seins nus]

La Parisienne de Domergue est-elle une pinup ? Par son look habillé-dénudé et l’époque à laquelle elle a été créée (les années 30), on pourrait la raccrocher à la vague des pinups américaines. Il y a cependant une différence de taille : alors que la « Parisienne » est une bourgeoise (voire même une aristocrate) oisive, toujours assise ou allongée, habillée ou complètement nue, la pinup américaine est une fille du peuple qui travaille (quand bien même elle passe l’aspirateur !… Voir « Oups ! Tu me tires, chéri ?« ), qui bouge ses gambettes et n’hésite pas à soulever sa jupe et montrer ses cuisses. Il y a chez l’Américaine plus de vie, plus d’humour, plus de dévergondage.

Faut-il s’étonner si la fille du peuple fut plus populaire ?

[Les images ci-dessus sont toutes extraites du site art-expertise. Cliquer les vignettes pour voir les reproductions sur le site. Et pour voir de vraies toiles de Domergue, visitez jusqu’au 16 septembre 2012, l’expo « Et Domergue créa… la Parisienne » au musée du Montparnasse à Paris. ]

Femme libérée, jambes écartées (2. Cowgirl)

Les jambes écartées, c’est un truc de mec et, pour moi, c’est avant tout un truc du mec entre les mecs : le cow-boy. Jambes écartées ? Je dis Lucky Luke (le vrai tout comme la version Dujardin ou celui d’Eric et Ramzy), je dis John Wayne et son gros pétard, je dis Fonda et Bronson, je dis Eastwood et son petit cigare (à machouiller longuement).

Quoi de plus tentant que faire adopter par des femmes ce code typiquement masculin ? Femme-mec, femme libre, femme qui donne son sexe à qui elle veut et si elle le veut. Voici donc la cow-girl aux jambes écartées :

Quand on a dit « Lucky Luke », on attend Calamity Jane. La voici donc, à gauche, dans une comédie musicale interprétée par Doris Day et réalisée par David Butler en 1953 (voir photos sur le site doctormacro.com). A droite, dans la même position, une des rares pinups dessinées par Gil Elvgren avec les jambes écartées (« Come and get it », 1959, source : the pinupfiles.com).

Les illustrations des années 50 sont pleines de symboles et d’allusions pas toujours fines (on en a déjà parlé : voir article  « Oups ! Tu me tires, chéri ? »). On peut se poser quelques questions en regardant ces deux affiches. Pourquoi ce holster représenté à côté de Doris Day ? Le holster étant une poche triangulaire dans laquelle on fourre le canon de son Colt, ne rappelle-t-on pas ainsi que Calamity Jane, malgré ses jambes écartées, n’en est pas moins une femme ? Quant à la pinup d’Elvgren, admirons le regard plein de promesses et le gigantesque triangle qu’elle fait vibrer avec son baton d’acier ! « Come and get it ». Viens et prends-le ! Quoi donc ? Le délicieux chili qui mijote dans la marmite ? Ca doit être ça.

Quittons ces années 50 étranges, coincées entre nouveauté et ringardise, pinups et puritanisme, pour entrer dans l’époque women’s lib soixante-huitarde avec un film de Christian-Jaque tourné en 1971. Un film où il est question de hors-la-lois, de terres et de pétrole dans l’ouest américain. Rien d’original sauf que ce sont des femmes qui occupent le haut de l’affiche. Et comme le pays est rude, ce sont des femmes aux jambes écartées…

Ci-dessus : Brigitte Bardot et Claudia Cardinale dans « Les Pétroleuses » – Source : cinemotions.com

Jenny’s redux : La petite robe verte en cours d’autodestruction

Deuxième article sur le film « Logan’s run » (l’âge de cristal) pour montrer quelques photos de la robe la plus portée par Jenny Agutter : une robe très mini et fortement échancrée sous les bras.

[Photo sur George’s Journal]

C’est une robe moins audacieuse que celle que Jenny/Jessica porte sur le « circuit » (voir article précédent) mais c’est quand même une robe qui dévoile pas mal, surtout quand on s’asseoit comme ça :

[Photo sur George’s Journal]

Cependant, le réalisateur a bien compris que la robe de l’héroïne méritait d’être encore un peu plus sexy. Après s’être dévêtue dans la grotte glacée et après avoir nagé nue dans la nature hors du dôme de la cité, Jenny/Jessica a vu sa robe se réduire et se déchirer progressivement. Résultat après quelques jours d’errance :

[Photo sur le site City of Domes, courtesy of Sci-fi Girls]

Pas mal, non ? Voilà comment on devient une pinup de cinéma.

Portrait de Diane Webber

diane webber,naturisme,nudisme,seins nus,nudité,pubis poiluSon nom, c’est Diane Webber (1932-2008) pour les afficionados américains du naturisme, les collectionneurs de calendriers avec pinups rétro et les fans de danse orientale (qu’elle pratiqua avec la troupe « perfumes of Araby ») mais les anciens lecteurs de Playboy (éditions de 1955 et 1956) la connaissent sous son nom de jeune fille : Marguerite Diane Empey.

Ce fut difficile de choisir parmi les 26 pages de photos qui lui sont consacrées sur le site myarchives.net mais comme cette femme incarne d’abord un certain idéal du nudiste, je souhaitais la voir dans la nature, et je souhaitais qu’elle nous montre ses seins et aussi son pubis poilu. Pour toutes ces bonnes raisons, j’aime beaucoup ce portrait.

Dans les années 20, on aime bien les petits seins

Les Ziegfeld Follies sont des spectacles de type « revues » organisés sur Broadway à New-York par Florenz Ziegfeld au début du XXème siècle. Les Follies sont restées célèbres par le faste de leurs costumes et le charme de leurs danseuses/actrices.  Ces dernières ont été immortalisées par le photographe Alfred Cheney Johnston dont un grand nombre de photos sont visibles sur myarchives.net. Les clichés de Johnston permettent de se faire une bonne idée du physique de ces starlettes du siècle dernier.alice wilkie,alfred cheney johnston,ziegfeld,topless,vintage,pin upAlice Wilkie, vers 1924-27virginia biddle,alfred cheney johnston,topless,vintage,pinup,ziegfeldVirginia Biddle Bulkley (1910-2003) vers 1928-31. louise brooks,alfred cheney johnston,ziegfeld,vinrage,pinup,topless,nueLouise Brooks (1906-1985), vers 1922-24 (Vedette du cinéma muet, célèbre pour sa coiffure -le « casque noir »-, elle avait la nudité facile mais le coeur inaccessible. Sa bio est étonnante.)

Pour rester dans le ton des articles précédents, j’ai regardé les filles de Ziegfeld au-dessus de la ceinture. Les photos de Johnston parlent toutes seules : les pinups des années 20 ont plutôt des petits seins.

[Le site doctormacro contient aussi de très nombreuses photos vintage classées par noms d’acteur]

Oups ! Tu me tires, chéri ?

Quand on parle de fantasmes masculins, les années 40 à 60 ressemblent à une époque dorée : Celle des pin-ups. Des illustrateurs dessinent à la chaîne des femmes pulpeuses aux jupes retroussées qui ne cachent rien de leurs jarretelles. Il n’est pas étonnant que cette époque s’achève avec les jarretelles, à la fin des années 1960.

Gil Elvgren a réalisé une série assez amusante de représentations de pin-ups truffées de symboles, à la manière des peintres anciens (cf « Le jour où Marie a été fécondée » pour une analyse personnelle de l’Annonciation de Robert Campin). Dans le cas d’Elvgren, on retrouve 4 éléments récurrents. De gauche à droite : Le « Oups ! » de surprise qui se matérialise par une bouche ronde entrouverte, en forme de O (pour ceux qui veulent en savoir plus sur la symbolique du « O », voir l’onglet « vulve », rubrique « Couronne sacrée »), une jupe soulevée et des cuisses à l’air, un symbole phallique, un symbole vaginal).

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Gil Elvgren - Something's bothering you (What's wrong ?) - 1957 - Vraisemblablement publié par Brown & Bigelow - Cliquer pour voir l'image sur diamondgalleries

Commençons par quelque chose de léger : Les lampions ronds et ouverts comme des vagins qui flottent, le manche du parapluie qui ne passe pas très loin de l’ouverture ronde de la bouche, le titre suggestif : Quelque chose te dérange ? C’est quoi le problème ? (Ca me rappelle la femme nue du déjeuner sur l’herbe de Manet et sa même attitude faussement innocente : Ouais ! C’est quoi le problème ?)

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Gil Elvgren - SkirtsAhoy! - 1967 - Publié par Brown and Bigelow - Cliquer pour voir la HD sur elvgrenpinup.com

Juste pour me contredire, pas de symbole phallique en vue dans « Skirts Ahoy ! » mais plutôt un « salut les jupes » comme dans « Hé ! Du bateau » à quoi on pourrait ajouter un « chatte en vue » comme un « terre en vue ». Peut-être que j’en rajoute mais, parlant de chatte, c’est quoi cet énorme trou rond qui occupe le quart droit de l’image ? Hé, matelots ! Enorme chatte en vue !

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Gil Elvgren - The last stand (Fare maiden) - 1961 - Publié par Brown and Bigelow - Cliquer pour voir l'image sur thepinupfiles.com

Ici, la fille nous montre le creux de sa chaussure d’où coule quelque chose (en langage ordinaire : « je mouille »). La grosse valise ronde contre le poteau bien droit se déchiffre aisément. Enfin une belle rafale de jeux de mot : le « dernier arrêt » (the last stand) à rapprocher de « tirer un coup » (one night stand) et le prix du billet (fare) à rapprocher de la blondeur de la vierge (fair maiden).

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Gil Elvgren - What's up ? - 1957 - Publié par Brown and Bigelow - Cliquer pour voir l'image sur elvgrenpinup.com

Maintenant, on arrive à la symbolique bien lourde : la fille qui branche la fiche dans les trous de la prise, le tuyau de l’aspirateur qui se dresse et soulève la jupe par derrière et le titre qui demande « What’s up ? » : « Comment ça va ? » ou « Qu’est ce qui est droit/dressé/debout ? » On se le demande.

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Gil Elvgren - A near miss (Right on target) - 1964 - Publié par Brown and Bigelow - Cliquer pour voir l'image sur elvgrenpinup.com

Enfin, peut-être le meilleur pour la fin : « A near miss » (presque loupé) ou « Right on target » (en plein dans le mille) ? Je vous laisse répondre. Moi, je l’aurais appelé « Tu me tires, chéri ? »