Archives de Catégorie: Sculptures de seins, etc.

Les seins de Michel Ange

Puisque je parlais de seins dans mon dernier billet (écrit il y a 3 mois !), j’ai envie de m’attarder un peu sur la poitrine de l’allégorie de la nuit (voir photo ci-dessous) qui se trouve dans la Nouvelle Sacristie des chapelles des Médicis à Florence.

La nuit MichelAnge

« La Nuit » (détail) par Michel-Ange – Tombe de Julien, duc de Nemours , Nouvelle Sacristie, Chapelles des Médicis, Basilique San Lorenzo, Florence – 1520-1534 – Source : Wikimedia

Cette oeuvre de Michel-Ange (1475-1564) a apporté de l’eau au moulin des critiques qui considèrent que le grand artiste italien ne savait représenter que des hommes. Ces mêmes critiques avancent que Michel-Ange n’employait pas de femmes comme modèles, qu’il n’utilisait que des hommes, même pour ses représentations féminines. Pour faire une femme, il collait deux boules en guise de seins et une tête de femme sur un corps d’homme. On remarquera en effet les fesses d’athlète de la belle ainsi que ses 2 seins ronds qui font l’effet de postiches. On pourrait faire la même remarque pour d’autres femmes de Michel-Ange, comme Léda (voir l’article « Le missionnaire de Michel-Ange et la levrette de Klimt : les positions perdues de Léda« ) ou la Vénus copiée par Pontormo (voir « Vénus incestueuse ?« ).

Il y a quelque chose de moderne dans ces femmes musclées aux poitrines-boules. Elles ne choquent pas l’oeil contemporain. Leur musculature et leurs seins ronds rappellent les bodybuildeuses aux poitrines siliconées qui sont peu à peu devenues des icônes sexuelles pour certain(e)s.

bodybuilder

Bodybuildeuse – Source : nude-femalebodybuilders.com

A la Renaissance, il n’y avait cependant si salle de musculation, ni silicone. Les artistes représentaient généralement les femmes avec de petits seins. Les femmes de Michel-Ange sont donc parfaitement anachroniques et je me demande ce qu’en pensaient les contemporaines de ce dernier.

Quelques décennies plus tard, le peintre Hendrick Goltzius (1558-1617) qui aimait, lui aussi, peindre des corps nus et musculeux, a représenté quelques poitrines qui feraient la fierté de cliniques de chirurgie esthétique.

Ainsi Minerve, peinte avec des seins en forme d’obus (ci-dessous).

Hendrick Goltzius

Minerve (détail) par Hendrick Goltzius – 1611 – Frans Hals Museum, Haarlem  – Source : Wikimedia – Photo : Niek Sprakel

Coïncidence cocasse, les deux femmes aux seins ronds sont accompagnées d’une chouette, animal nocturne (pour « La Nuit ») et symbole de la Sagesse (pour Minerve/Athéna). Seins, nuit, chouette… nous voilà en plein paradygme féminin, à tout le moins pour les représentations des femmes chères aux mythologies grecque et romaine.

« Sans pain et sans vin, pas d’Amour » dit en substance le vers du poète carthaginois Térence repris par Goltzius en 1600 (voir ci-dessous).

sine Cerere

Sine Cerere et Libero friget Venus (Sans Ceres et sans Bacchus, il fait froid auprès de Vénus – Traduction de Daniel de la Feuille, 17ème siècle) par Hendrick Goltzius – 1600-1603 – Philadelphia Museum of Art – Source : Wikimedia / Google Art Project

Le peintre a pourtant essayé de mettre tous les atouts du côté de la déesse de la beauté et de l’amour en la dotant d’une poitrine que peu (pas ?) de femmes développent naturellement.

La jolie fille photographiée par Andrey Starchenko (ci-dessous) a le même type de seins et, franchement, je doute qu’ils soient naturels.

andrey starchenko

Photo par Andrey Starchenko  – Source : photodom.com

Une fois de plus, je me pose la question : « A quoi sert l’article que je viens d’écrire ? »

A faire remarquer que certains artistes avaient imaginé les seins siliconés avant que la science ne les rende possibles ?

A rappeler que l’idéal fémininin de Michel-Ange était la bodybuildeuse, avant même que celle-ci n’existe ?

Admettons…

Idoles qui se pressent les seins

Les anciennes cultures et civilisations des bords de la Mer Noire, de la Caspienne et du Proche Orient ont fourni de très nombreuses représentations de femmes qui tiennent leurs seins dans leurs mains (je reviendrai plus tard – un jour …. – sur le cas d’Astarte).

hamangia-baia-H19-cm-W8-cm 5000-4600bc mus nat d histoire de roumanie Statuette-of-a-female-caspienne-1er mill bc-MET

[A gauche : Figurine de femme en terre cuite de la culture de Hamangia-Baïa en Roumanie, datée de 5000-4600 avant JC et conservée au Musée National  d’Histoire de la Roumanie à Bucarest – Dimensions : 19 cm (H) x 8 cm (L) – Source : Institute for the Study of the Ancient World, New York University – A droite : Statuette de femme en céramique creuse du 1er millénaire avant JC d’une hauteur de 31,3 cm, originaire du nord-ouest de l’Iran (région de la Caspienne), conservée au Metropolitan Museum, New York – Source : MET]

Personne ne sait précisément ce que représente ce geste. L’interprétation la plus évidente consiste dans une « présentation » des seins, une mise en avant de la féminité (de la capacité à nourrir ? de la fécondité ?).

Dans la société actuelle, l’image d’une femme qui présente ses seins (je ne parle pas de « montrer » ou « dévoiler ») n’est pas fréquente. Voici à quoi ça ressemble :

Grzegorz-Zawadzki

Photo par Grzegorz Zawadzki

Ce n’est pas une pose naturelle. Il y a beaucoup de respect et d’attention portés aux seins, comme à l’occasion d’un rite ou d’un culte en leur honneur.

Sur l’île de Chypre, la mission Couchoud a trouvé en 1903 une statuette très particulière de femme assise qui se presse les seins.

A la réflexion, on peut se demander si d’autres figurines qui se tiennent la poitrine (comme la statuette de femme « à tête d’oiseau » ci-dessous à droite) ne représentent pas également une femme qui se presse les seins.

La question peut sembler triviale mais je la trouve en fait intéressante.

idole-de-fecondite-4emill-avt jc chypre louvre Terracotta-statuette-of-a-woman 1725-1450bc chypre MET

[A gauche : Idole de fécondité : Figure féminine assise pressant ses seins – Statuette de terre cuite de 12 cm (H) x 6,10 cm (L) x 8,60 cm (Pr), datée du 4ème millénaire avant JC, trouvée dans la région d’Alaminos (district de Larnaca, Chypre), conservée au musée du Louvre – Source : RMN (c) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski – A droite : Statuette de femme en terre cuite, originaire de Chypre, datée de 1725-1450 avant JC et conservée au Metropolitan Museum, New York – Dimension : 26,5 cm (H) – Source : MET]

Intéressante, cette question, car la représentation d’une femme qui se presse les seins est quelque chose de très rare, même dans l’iconographie érotique et porno actuelle, pourtant abondante. On y trouve pléthore de femmes qui montrent leurs seins ou qui les cachent ou qui les dévoilent en partie (parfois avec leurs mains ou leurs bras)… Bref, il s’agit de strip-tease. Voici ci-dessous à gauche une des rares photos de femme qui se presse les seins que j’ai pu trouver.

oliver-Marzischewski xxxlactation119

[A gauche : Photo Oliver Marzischewski, source : yandex – A droite :  galleries.adult-empire.com]

L’image est sensuelle, bien sûr, mais elle a surtout quelque chose d’impudique, voite même d’obscène, que j’attribuerai à un changement de point de vue sur la femme. Cette dernière est ici dans une situation de pouvoir. Elle joue avec son corps comme elle l’entend et, plus particulièrement, avec ses attributs féminins.

On peut même aller un peu plus loin et se demander si la femme antique qui pressait ses seins ne s’amusait pas en fait à en faire jaillir le lait (cf photo de droite). Ce serait alors une façon pour elle de mettre en évidence sa capacité à nourrir (tout comme sa fécondité) et de jouer avec cela.

Il y aurait dans cette imagerie, je pense, une grande affirmation de pouvoir féminin, à la différence des images érotiques et pornographiques, habituellement machos et phallocrates car réalisées par des hommes, pour des hommes.

Les autres femmes de Chypre

La République de Chypre a émis en 2007 un timbre représentant une « idole » féminine assise. On en a déjà parlé (voir « Les femmes accroupies de Chypre« ). Elle a aussi émis en 1975, pour l’année internationale de la femme, un timbre représentant une figurine féminine cruciforme. Depuis 2008, année de l’adoption de l’euro à Chypre, elle frappe ses pièces de 1 et de 2 euros avec l’image d’une autre statuette cruciforme : « L’idole de Pomos ».

idole-de-pomos-sur-euro-cyp

Idole de Pomos représentée sur une pièce cypriote de 2 euros

L’idole de Pomos a été trouvée près de Pomos sur la côte nord-ouest de Chypre. Elle est datée de 3000 avant JC et conservée au musée de Chypre à Nicosie. J’ai remarqué que le site du musée de Chypre l’identifie comme « idole de Lemba », ce qui me semble être une erreur très bizarre : De nombreuses statuettes féminines cruciformes ont été trouvées à Lemba (sur la côte sud-ouest) mais celle qui figure sur les pièces a, en principe, été trouvée à Pomos, à une quarantaine de kilomètres de là. Si j’ai commis une erreur, merci de laisser un commentaire !

Bref ! Ce qui m’intéresse ici, c’est l’originalité de ces statuettes cruciformes trouvées à Chypre.

cruciforme getty flickr mharrsch lemba-idol-3000-2500-B.C-cyprus museum nicosie

[A gauche : Déesse de la fertilité en calcaire découverte à Chypre (lieu précis inconnu) , datée de 3000-2500 avant JC et conservée au musée J. Paul Getty à Malibu, Californie – Dimensions : 38 x 25 x 41 cm – Source : Galerie photo Flickr de mharrsch – A droite : « Mabel », anagramme de « Lemba », statuette féminine cruciforme de 36 cm de haut, trouvée à Lemba, datée de 3000 avant JC et conservée au musée de Chypre à Nicosie (Cyprus museum Lefkosia) ]

Elles sont parfois grandes (une trentaine de centimètres), comme s’il s’agissait effectivement d’idoles que les anciens Cypriotes vénéraient. Elles sont parfois petites, comme des amulettes portées en collier. L’idole de Pomos est par ailleurs remarquable par la croix (non chrétienne, car fabriquée 3000 ans avant JC) qu’elle porte au cou.

Je remarque aussi les seins qui pendent, représentés pour Mabel comme un V similaire à celui du pubis. La femme du Getty est assise mais pas Mabel qui se tient debout et exhibe de larges cuisses, à l’instar de déesses du Proche-Orient (Astarte par exemple) dont je parlerai une autre fois.

Les bras écartés de ces statuettes rappellent la forme des bras d’autres statuettes, fabriquées 2000 ans plus tard et également très nombreuses à Chypre : Les figurines de femmes aux bras levés.

terracotta-cypriot-950-750bc-met terre-cuite-7es-bc-terre-cuite cycladic museum

[A gauche : Figurine féminine en terre cuite aux bras levés, originaire de Chypre (lieu précis inconnu), datée de 950-750 avant JC et conservée au Metropolitan Museum of Art, New York – Hauteur : 23,2cm – Source : MET – A droite : Figurine féminine en terre cuite aux bras levés, originaire de Chypre (lieu précis inconnu), datée du 7ème siècle avant JC et conservée à la fondation Nicholas et Dolly Goulandris (Museum of Cycladic Art), Athènes – Dimensions : H.: 16,5 cm / L.: 7,5 cm – Source : Museum of Cycladic Art]

On ne sait pas ce que représentent ces figurines : des déesses ? des prêtresses ? autre chose ? La forme des bras est similaire à celle des Lajja-Gauri (voir « Jambes en M : Le cas de la Lajja Gauri« ) mais y a-t-il un rapport ?

Autres statuettes, tout aussi énigmatiques : Les figurines debout aux seins nus et au large pubis.

terracotta-cypriot-MET-gd

Figurine féminine en terre cuite originaire de Chypre, haute de 15,9 cm, datée de 1450-1200 avant JC et conservée au Metropolitan Museum of Art, New York – Source : Met

On sait peu de choses de ces statuettes dont la plupart sont visibles au Metropolitan Museum de New-York (conséquence des fouilles effectuées entre 1865 et 1877 par Luigi Palma di Cesnola, alors consul des Etats-Unis à Larnaca, dont l’incurie a entraîné la destruction de milliers de pièces – si l’on en croit l’article de Wikipedia consacré au Musée de Chypre à Nicosie – avant qu’il ne devienne directeur du Met en 1879).

Certaines ont un visage humain, d’autres un visage d’oiseau. Les mains sont sous la poitrine ou sur les hanches. Certaines figurines tiennent un enfant. Toutes ces femmes sont représentés nues avec un pubis tellement grand qu’on pourrait parfois croire qu’il s’agit d’une culotte !

On a trouvé des statuettes de femmes qui tiennent leurs seins un peu partout au Proche-Orient mais on a trouvé à Chypre une statuette (à ma connaissance, unique !) de femme qui presse ostensiblement ses seins. J’en parlerai dans le prochain billet.

Jambes en M – Le cas de la Lajja Gauri

Surprise par la beauté et la sensualité totalement impudique de cette statue, j’ai décidé de passer un peu de temps à essayer de comprendre ce qu’elle représentait.

Lajja-Gauri-Karnataka

Statue de Lajja-Gauri trouvée au temple chalukya de Naganath près de la ville de Badami, état de Karnataka (Inde) – Sculptée vers 650 après JC – Conservée au musée archéologique de Badami

La tâche est ingrate car malgré les milliers de pages pondues sur le sujet, personne ne semble savoir avec certitude de quoi il s’agit.  Qui est donc cette femme nue (mais couverte de bijoux sur les bras, les pieds, le cou, la poitrine et le ventre) , accroupie avec les jambes largement ouvertes en forme de M, avec les bras en l’air, la poitrine exposée, la tête coupée et remplacée par une fleur de lotus (pour compliquer les choses, elle n’est parfois pas nue et elle a parfois une tête) ?

Suivant qu’on s’intéresse à la position de ses jambes, à son absence de pudeur, à l’absence de sa tête ou à la fleur de lotus qui la remplace ou à d’autres critères encore, on l’appelle « Aditi Uttanapada », « Nagna Kabandha », « Lajja Gauri » et plein d’autres jolis noms. « Lajja Gauri » est le plus fréquent.

Il existerait une centaine de représentations connues de la Lajja Gauri en Inde. Je n’en ai trouvé qu’une poignée sur le web :

1Lajja-Gauri-deccan british museum

Statuette de Lajja Gauri en stéatite de 6,6×7,6cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire du plateau du Deccan en Inde et conservée au British Museum à Londres

2Lajja-Gauri-Madhya Pradesh MET

Statuette de Lajja Gauri de 10.3 x 10.3 cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire de l’état de Madhya Pradesh en Inde et conservée au Metropolitan Museum à New York

3lajja-gauri-orissa

Plaque N°2 de Lajja Gauri en calcaire de 11×12 cm, datée de la fin du 8ème siècle ou du 9ème siècle, découverte dans le district de Nuapada, état d’Orissa en Inde et conservée par son inventeur, M. Singh Deo

lajja

Statue de Lajja Gauri datée d’environ 650 après JC, originaire du temple de Sangamesvara près de Kudavelli, état d’Andhra Pradesh en Inde et conservée au musée d’Alampur

Certains experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme en train d’accoucher, même si son ventre n’est pas gros et qu’aucun bébé ne pointe le bout de la tête comme on peut le voir sur des représentations de déesses-mères (comme celle de Dharti-Mata, par exemple).

D’autres experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme prête à accueillir une relation sexuelle.

Une déesse de la fécondité dans un cas, une déesse du plaisir dans l’autre ?

D’autres avancent par ailleurs qu’une femme sans tête ne saurait être une déesse mais plutôt une sorte de fétiche. Vu la taille réduite de la plupart des Lajja Gauri représentées ci-dessus, faudrait-il les comparer aux tout aussi énigmatiques « Vénus » préhistoriques retrouvées en Europe ?

Pour ajouter ma touche au débat, je me permettrai de signaler que la position de la Lajja Gauri n’est pas une position érotique « naturelle ». Jambes en M, bras en l’air et seins apparents ?  Non. Quand une femme s’assoit avec les jambes écartées, elle a généralement la poitrine cachée par les jambes et les bras en bas. Voici une des rares photos érotiques de pose en M qui pourrait correspondre à la Lajja Gauri (imaginez une fleur de lotus à la place du visage de Vic E et, surtout, son corps couvert de bijoux) :

vic-e-the-only-way-i-know-08

Vic-E dans « The only way I know » – Source : femjoyhunter.com

Amusez-vous à feuilleter les centaines de photos de pose en M sur ce site, aucune ne correspond vraiment à la Lajja Gauri. Peut-on en déduire que cette forme si particulière a été créée un jour quelque part puis, pour des raisons inconnues, copiée et disséminée ?

Post-scriptum : Je mets à jour l’article avec une photo que j’avais complètement oubliée. J’ignore malheureusement le nom de la modèle et du photographe. Et, bien sûr : Trop de chaussures, pas assez de bijoux, trop de visage, pas assez de fleur de lotus… Comme il se doit. Néanmoins, avez-vous remarqué ce qui fait que cette femme n’adopte PAS la pose de Lajja Gauri ?

18-ptt

Pour moi, le problème vient des bras : La Lajja Gauri lève les bras, certes, mais elle tient aussi quelque chose dans les mains, ce qui n’est pas le cas de la modèle ci-dessus qui passe les mains dans ses cheveux, ce qui rappelle plutôt certaines représentations de Vénus/Aphrodite. Je reviendrai sur la pose de la Lajja Gauri un peu plus tard, quand je parlerai des « maîtresses » du Louristan.

Jambes en M – La version occidentale

J’ai consacré plusieurs billets aux jambes en X. Il est temps de passer à une autre lettre de l’alphabet, le M. Le web regorge de photos de femmes nues et, en particulier, de photos de femmes accroupies, leur jambes en forme de M, leur vulve exposée au regard de tous (Pour s’en convaincre, les majeurs pourront consulter le forum consacré à la « beautiful pose » ou « sitting with knees up pose »).

aphrodite

« Aphrodite Goddess of love crouching in wait » – Source : imgur.com

La pose accroupie avec jambes en M est une pose très érotique et très féminine. La photo ci-dessus n’est-elle pas intitulée « Aphrodite, déesse de l’Amour, attendant accroupie » ?

Cette pose était sans doute trop audacieuse pour les artistes occidentaux (je parlerai plus tard de l’Orient) car elle n’est presque jamais représentée en Europe jusqu’à la fin du 19ème siècle. Hans Sebald Beham a certes dessiné quelques femmes  aux jambes relevées au 16ème siècle (cf : « Le bain selon les frères Beham : Peu de lavage, beaucoup de tripotage« ) mais il faut attendre Auguste Rodin (1840-1917) pour voir une vraie image de femme aux jambes en M.

la-femme-accroupie-ou-Luxure 1881-82 musee rodin_ADAGP - Photo  Erik et Petra Hesmerg

« La femme accroupie » ou « Luxure » – Auguste Rodin – 1881-82 – Conservée au musée Rodin, Paris – ADAGP – Photo Erik et Petra Hesmerg

L’oeuvre photographiée ci-dessus est une terre cuite visible au musée Rodin. On y trouve aussi un plâtre et un bronze. Un autre bronze est installé dans le jardin de sculptures du musée Kröller-Müller aux Pays-Bas.

Cette pose sensuelle et animale (le site du musée Rodin parle d’un « éros sombre et inquiet, considéré souvent comme obscène », d’une « sensualité quasi animale de « grenouille » ou de « batracienne » qui en fit le succès ») est reprise par Rodin dans le groupe sculpté « Je suis belle« , appelé également « L’Enlèvement », « L’Amour charnel » ou « La Chatte ».

20 ans plus tard, Aristide Maillol (1861-1944) a réalisé sa propre version de la femme accroupie aux jambes en M.

femme-accroupie_-maillol_Ermitage 1900-09

« Femme accroupie » – Aristide Maillol – 1900-09 – Musée de l’Ermitage, St Petersbourg – Source : hermitagemuseum.org

Le même bronze est visible au MET de New York, sous le titre « Crouching Woman with Crab« .

Si la femme accroupie avec les jambes en M a été peu représentée en Europe jusqu’à la multiplication des sites de photos érotiques sur le web, la situation était légèrement différente en Orient. J’en parlerai prochainement.

Quand Vénus était habillée… et impudique

J’ai déjà parlé plusieurs fois de la Venus Pudica (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« , « La Vénus doublement pudique« , « La Vénus doublement pudique (épisode 2 en couleurs)« ).

Toutes ces Vénus sont nues car elles s’apprêtent à prendre leur bain. Quand elles remarquent la présence d’un « voyeur » (le sculpteur, le spectateur…), elles tentent de cacher leur « intimité » (leur sexe, qu’on appele aussi pudenda) avec la main. Aussi les appelle-t-on des Vénus pudiques alors qu’elles sont nues.

Statue d’Aphrodite et Eros, dite « Aphrodite d’Este » – Copie romaine d’un original grec du 5ème siècle avant JC – Kunsthistorisches Museum, Vienne – Photo : Yair Haklai – Source : Wikimedia Commons

Vénus (ou Aphrodite, la déesse de l’amour et de la beauté, en mythologie grecque) est la seule déesse habituellement représentée nue ou torse nue mais il existe également de nombreuses représentations de Vénus habillées. Ce que je trouve intéressant, c’est que ces Vénus vêtues sont, elles, très souvent impudiques, ce qui peut sembler contradictoire.

Ainsi, regardez l’Aphrodite d’Este, ci-dessus : La pose lascive, la tunique défaite sur une épaule, les seins à peine couverts d’une étoffe transparente, les tétons qui pointent à travers le vêtement, les plis du tissu qui mettent en évidence le triangle du pubis !

L’Aphrodite à la tortue, pourtant un peu plus habillée, apparaît encore plus impudique.

Statue d’Aphrodite dite « à la tortue » trouvée au temple d’Artémis de Doura Europos (Syrie) – Datée entre 27 avant JC et 235 après JC – Musée du Louvre – Photo par Chatsam – Source : Wikimedia Commons

En effet, alors qu’un deuxième vêtement lui couvre les jambes, celui-ci semble glisser pour découvrir le pubis, à peine caché par une étoffe transparente. L’oeil est immanquablement attiré par  l’entrejambe de cette Vénus strip-teaseuse. Notez que le déhanchement rappelle la position du « tribangha » et ces divinités orientales dont on a déjà parlé (Voir « Maya, la madonne de l’Est« )

Le sculpteur se sera peut-être inspiré de Polyclète dont l’Aphrodite trouvée à Epidaure dévoile complètement un sein tout en laissant deviner son bas-ventre. Une Vénus en armes qui vaut bien toutes les Amazones !

Statue d’Aphrodite en armes trouvée à Épidaure – Copie romaine du 1er s. ap. J.-C. d’un original daté vers 400 av. J.-C. attribué à l’école de Polyclète – Musée Archéologique National, Athènes – Photo : Marsyas – Source : Wikimedia Commons

Les chefs d’oeuvre antiques étaient abondamment copiés. On peut voir une petite soeur de la Vénus d’Epidaure  à la Glyptothèque de Münich et une Aphrodite déhanchée au musée de Bergama (Pergame) en Turquie qui ressemble beaucoup à la Vénus du Louvre.

Enfin, pour essayer d’être exhaustif, il faudrait encore ajouter l’Aphrodite de type « Héra Borghese », à la poitrine excitante bien que cachée, à la liste des Venus impudica habillées.

Tout cela vient illustrer le fait que l’impudeur, ce n’est pas « montrer » mais « attirer l’oeil sur ». Question d’intention. Rajoutez-y le regard de l’autre et, s’il est de qualité, l’érotisme n’est plus loin.

Vulve de marbre, vulves fruitées

Après Judy Chicago, voici un autre artiste que hier encore je ne connaissais pas : le Péruvien Fernando de la Jara (né en 1948) qui habite maintenant en Allemagne.

Fernando de la Jara – Pi-Chacan – 2002 – Université de Tübingen, Allemagne – Source : wikipedia

« Pi-Chacan » est une vulve de la taille d’une femme taillée dans un bloc de marbre et installée devant l’institut de microbiologie médicale et d’hygiène de l’université de Tübingen.

J’ai cherché à en savoir plus sur cette sculpture pas banale et sur son nom. Je n’ai rien trouvé là-dessus mais j’ai découvert son auteur et ses autres oeuvres (voir delajara.com). De la Jara aime peindre des jeunes filles et ses toiles sont souvent truffées d’objets symboliques. Cela m’a plu, bien sûr. Je me permets de présenter 2 fruits-vulves.

Fernando de la Jara – El mundo del origen – 1999 – Collection particulière, Allemagne – Source : catalogue visible sur delajara.com

« Le monde de l’origine » est un clin d’oeil à « L’origine du Monde », bien sûr. Voilà une nature morte qui ne devrait pas déclencher la polémique !

Et quant à cette grenade ouverte entre les jambes de la jeune fille… quoi de plus innocent et champêtre. Un goûter sur l’herbe, un après-midi d’été…

Fernando de la Jara – La granada – 2006 – Collection Wiedenhofer – Source : delajara.com

Je vous laisse découvrir sur le site du peintre-sculpteur les jeunes filles, la maison du père, etc.