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La photo, à peine née, montre du nu, du sexe et… du poil !

La technique photographique est à peine née (on retient habituellement 1839, date de la présentation du daguerréotype à l’Académie des Sciences comme date de naissance) qu’elle sert déjà à montrer la nudité.

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Félix Jacques Antoine Moulin – Fille nue debout tenant une chemise dans la main – Daguerréotype, 1849 – Albertina, Vienne

La photo est une révolution. Elle montre les choses telles qu’elles « sont » (mais en noir et blanc) et les femmes nues sont en général… poilues. Cette représentation poilue du pubis féminin a, sans nul doute, ouvert la voie aux peintres Courbet, Caillebotte et Klimt (voir article « La rupture artistique du poil« ).

Les premiers photographes célèbres de nus sont les Français Félix Jacques Antoine Moulin (1802-vers 1875), Auguste Belloc (1805-1867) et Pierre Ambroise Richebourg (1810-1875).

Les photos de nus vont devenir rapidement une juteuse affaire commerciale. Bon nombre de ces photos ne sont pas même des nus au sens strict puisqu’il s’agit souvent de filles qui de retroussent leurs jupes pour montrer leur sexe.

Les nouvelles techniques, comme la stéréoscopie, sont immédiatement récupérées pour la production de clichés érotiques encore plus réalistes. Les modèles sont souvent des filles très jeunes, comme Céline Cerf, qui commence à travailler pour Félix Moulin à l’âge de 16 ans (voir cliché ci-dessus).

Auguste Belloc - Femme assise avec un drap sur la tête - Daguerréotype stéréocopique, vers 1855 - Source : Musée d'Orsay, Paris

Auguste Belloc – Femme assise avec un drap sur la tête – Daguerréotype stéréoscopique, vers 1855 – Source : Musée d’Orsay, Paris

Le peintre Courbet possédait une collection de photos érotiques. La ressemblance entre l’ « Origine du Monde » et cette photo visible sur le web et attribuée à Belloc est intrigante.

A la fin du siècle, les Allemands Guglielmo (Wilhelm) von Plüschow (1852-1930) et son cousin Wilhelm von Gloeden (1856-1931) sont les pionniers de la photographie homosexuelle, en immortalisant en noir et blanc de jeunes éphèbes siciliens complètement nus. Leur modèle Vincenzo Galdi (1871-1961) ouvre son propre studio à Rome en 1900.

Galdi photographie de nombreux modèles féminins, ainsi que des scènes à la limite de la pornographie, comme ces fumeurs de Gitanes qui comparent leur sexe, ou des mises en scène très signifiantes comme celle d’un garçon et d’une fille qui s’étreignent mais détournent le visage alors que le garçon semble mal résister à son attirance pour un autre garçon…

Poursuivis pour détournement de mineurs, von Plüschow et Galdi cessent leurs activités dans le nu en 1907.

Les femmes accroupies de Chypre

Dans le billet précédent, j’ai parlé des représentations de femme nue aux jambes écartées en forme de M et aux bras relevés que l’on trouve en Inde et qu’on appelle (entre autres noms) Lajja Gauri et dont on ne sait pas trop s’il s’agit d’une femme prête à accoucher ou d’une femme prête à s’accoupler.

Le Web bruisse de rumeurs bizarres sur cette « déesse » énigmatique. J’ai même lu un article qui associe la forme des jambes (M) à la forme du pubis (V) pour créer le symbole M+V d’une « déesse de la sexualité ».

Ce qui m’a le plus étonnée, c’est qu’on peut trouver des représentations assez proches de la Lajja Gauri indienne un peu partout dans le monde (Bulgarie, Roumanie, Iran, Grèce, Egypte, Chypre…) et à diverses époques. Prenons le cas de Chypre. Voici la représentation de Lajja Gauri trouvée à Chypre qui est souvent reprise par les sites « spécialisés » :

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Détail (femme assise sur un tabouret, jambes écartées, bras levés) d’un sceau cylindrique trouvé à Chypre, datée de 1400-1150 avant JC et conservé au Walters art museum de Baltimore, USA – Taille : 25 x 12 mm – Source : Walters Art Museum

Le sceau se compose en fait de 2 femmes nues aux jambes en M assises sur un tabouret et aux bras relevés (cliquer le lien du musée pour voir les vues alternatives du sceau). Il est très ancien : presque deux mille ans plus vieux que les Lajja Gauri indiennes.

Certes je ne suis pas une archéologue spécialiste de Chypre mais, en dépit de mes recherches en amateur, je n’ai trouvé aucune autre représentation de ce qu’on pourrait appeler « Lajja Gauri » à Chypre. Pourtant l’île d’Aphrodite (Rappelez-vous : C’est sur les côtes cypriotes que la déesse de l’amour et de la reproduction est sortie des ondes) ne manque pas de représentations féminines !

On trouve en particulier dans le district de Paphos, au sud-ouest de l’île de nombreuses représentations de femmes accroupies.

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Figurine d’une femme accroupie trouvée dans le district de Paphos (Kissonerga-Mosphilia ?) – Datée vers 3500-2500 avant JC – Conservée au musée archéologique du district de Paphos – Source : National Museum of Natural History, Smithsonian Institution, Washington DC

Des fouilles réalisées à Kissonerga-Mosphilia près de Lemba à une dizaine de kilomètres de Paphos ont mis à jour de nombreux objets qui pourraient être liés à un culte de l’enfantement. Je manque d’éléments pour en dire plus mais regardez donc la statuette ci-dessus : N’est-ce pas là le ventre d’une femme enceinte ?

La découverte la plus intéressante a été reprise sur un timbre. L’image n’est pas très précise mais il s’agit de la représentation d’une femme qui accouche (un enfant sort entre ses jambes) assise sur un tabouret.

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Timbre cypriote représentant une femme en train d’accoucher (l’enfant sort entre ses jambes) assise sur un tabouret – Figurine trouvée à Kissonerga-Mosphilia près de Lemba (District de Paphos) – Datée de 3500-3200 avant JC – Conservée au musée de Chypre à Nicosie (Cyprus museum, Lefkosia) – Source : archeofil.pl

Ces 3 images mises côte à côte ne sauraient représenter la preuve d’une nature « accouchante » de la Lajja Gauri mais elles constituent, je pense, des indices très intéressants de l’existence d’une fabrication importante de statuettes de femmes enceintes accroupies, aux jambes écartées et aux bras relevés dans les environs de Paphos. La présence de gisements de « picrolithe » a aussi lancé une industrie de statuettes dans cette matière (voir la femme accroupie conservée à la Fondation Nicholas et Dolly Goulandris à Athènes).

Jambes en M – Le cas de la Lajja Gauri

Surprise par la beauté et la sensualité totalement impudique de cette statue, j’ai décidé de passer un peu de temps à essayer de comprendre ce qu’elle représentait.

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Statue de Lajja-Gauri trouvée au temple chalukya de Naganath près de la ville de Badami, état de Karnataka (Inde) – Sculptée vers 650 après JC – Conservée au musée archéologique de Badami

La tâche est ingrate car malgré les milliers de pages pondues sur le sujet, personne ne semble savoir avec certitude de quoi il s’agit.  Qui est donc cette femme nue (mais couverte de bijoux sur les bras, les pieds, le cou, la poitrine et le ventre) , accroupie avec les jambes largement ouvertes en forme de M, avec les bras en l’air, la poitrine exposée, la tête coupée et remplacée par une fleur de lotus (pour compliquer les choses, elle n’est parfois pas nue et elle a parfois une tête) ?

Suivant qu’on s’intéresse à la position de ses jambes, à son absence de pudeur, à l’absence de sa tête ou à la fleur de lotus qui la remplace ou à d’autres critères encore, on l’appelle « Aditi Uttanapada », « Nagna Kabandha », « Lajja Gauri » et plein d’autres jolis noms. « Lajja Gauri » est le plus fréquent.

Il existerait une centaine de représentations connues de la Lajja Gauri en Inde. Je n’en ai trouvé qu’une poignée sur le web :

1Lajja-Gauri-deccan british museum

Statuette de Lajja Gauri en stéatite de 6,6×7,6cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire du plateau du Deccan en Inde et conservée au British Museum à Londres

2Lajja-Gauri-Madhya Pradesh MET

Statuette de Lajja Gauri de 10.3 x 10.3 cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire de l’état de Madhya Pradesh en Inde et conservée au Metropolitan Museum à New York

3lajja-gauri-orissa

Plaque N°2 de Lajja Gauri en calcaire de 11×12 cm, datée de la fin du 8ème siècle ou du 9ème siècle, découverte dans le district de Nuapada, état d’Orissa en Inde et conservée par son inventeur, M. Singh Deo

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Statue de Lajja Gauri datée d’environ 650 après JC, originaire du temple de Sangamesvara près de Kudavelli, état d’Andhra Pradesh en Inde et conservée au musée d’Alampur

Certains experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme en train d’accoucher, même si son ventre n’est pas gros et qu’aucun bébé ne pointe le bout de la tête comme on peut le voir sur des représentations de déesses-mères (comme celle de Dharti-Mata, par exemple).

D’autres experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme prête à accueillir une relation sexuelle.

Une déesse de la fécondité dans un cas, une déesse du plaisir dans l’autre ?

D’autres avancent par ailleurs qu’une femme sans tête ne saurait être une déesse mais plutôt une sorte de fétiche. Vu la taille réduite de la plupart des Lajja Gauri représentées ci-dessus, faudrait-il les comparer aux tout aussi énigmatiques « Vénus » préhistoriques retrouvées en Europe ?

Pour ajouter ma touche au débat, je me permettrai de signaler que la position de la Lajja Gauri n’est pas une position érotique « naturelle ». Jambes en M, bras en l’air et seins apparents ?  Non. Quand une femme s’assoit avec les jambes écartées, elle a généralement la poitrine cachée par les jambes et les bras en bas. Voici une des rares photos érotiques de pose en M qui pourrait correspondre à la Lajja Gauri (imaginez une fleur de lotus à la place du visage de Vic E et, surtout, son corps couvert de bijoux) :

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Vic-E dans « The only way I know » – Source : femjoyhunter.com

Amusez-vous à feuilleter les centaines de photos de pose en M sur ce site, aucune ne correspond vraiment à la Lajja Gauri. Peut-on en déduire que cette forme si particulière a été créée un jour quelque part puis, pour des raisons inconnues, copiée et disséminée ?

Post-scriptum : Je mets à jour l’article avec une photo que j’avais complètement oubliée. J’ignore malheureusement le nom de la modèle et du photographe. Et, bien sûr : Trop de chaussures, pas assez de bijoux, trop de visage, pas assez de fleur de lotus… Comme il se doit. Néanmoins, avez-vous remarqué ce qui fait que cette femme n’adopte PAS la pose de Lajja Gauri ?

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Pour moi, le problème vient des bras : La Lajja Gauri lève les bras, certes, mais elle tient aussi quelque chose dans les mains, ce qui n’est pas le cas de la modèle ci-dessus qui passe les mains dans ses cheveux, ce qui rappelle plutôt certaines représentations de Vénus/Aphrodite. Je reviendrai sur la pose de la Lajja Gauri un peu plus tard, quand je parlerai des « maîtresses » du Louristan.

Jambes en M – La version occidentale

J’ai consacré plusieurs billets aux jambes en X. Il est temps de passer à une autre lettre de l’alphabet, le M. Le web regorge de photos de femmes nues et, en particulier, de photos de femmes accroupies, leur jambes en forme de M, leur vulve exposée au regard de tous (Pour s’en convaincre, les majeurs pourront consulter le forum consacré à la « beautiful pose » ou « sitting with knees up pose »).

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« Aphrodite Goddess of love crouching in wait » – Source : imgur.com

La pose accroupie avec jambes en M est une pose très érotique et très féminine. La photo ci-dessus n’est-elle pas intitulée « Aphrodite, déesse de l’Amour, attendant accroupie » ?

Cette pose était sans doute trop audacieuse pour les artistes occidentaux (je parlerai plus tard de l’Orient) car elle n’est presque jamais représentée en Europe jusqu’à la fin du 19ème siècle. Hans Sebald Beham a certes dessiné quelques femmes  aux jambes relevées au 16ème siècle (cf : « Le bain selon les frères Beham : Peu de lavage, beaucoup de tripotage« ) mais il faut attendre Auguste Rodin (1840-1917) pour voir une vraie image de femme aux jambes en M.

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« La femme accroupie » ou « Luxure » – Auguste Rodin – 1881-82 – Conservée au musée Rodin, Paris – ADAGP – Photo Erik et Petra Hesmerg

L’oeuvre photographiée ci-dessus est une terre cuite visible au musée Rodin. On y trouve aussi un plâtre et un bronze. Un autre bronze est installé dans le jardin de sculptures du musée Kröller-Müller aux Pays-Bas.

Cette pose sensuelle et animale (le site du musée Rodin parle d’un « éros sombre et inquiet, considéré souvent comme obscène », d’une « sensualité quasi animale de « grenouille » ou de « batracienne » qui en fit le succès ») est reprise par Rodin dans le groupe sculpté « Je suis belle« , appelé également « L’Enlèvement », « L’Amour charnel » ou « La Chatte ».

20 ans plus tard, Aristide Maillol (1861-1944) a réalisé sa propre version de la femme accroupie aux jambes en M.

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« Femme accroupie » – Aristide Maillol – 1900-09 – Musée de l’Ermitage, St Petersbourg – Source : hermitagemuseum.org

Le même bronze est visible au MET de New York, sous le titre « Crouching Woman with Crab« .

Si la femme accroupie avec les jambes en M a été peu représentée en Europe jusqu’à la multiplication des sites de photos érotiques sur le web, la situation était légèrement différente en Orient. J’en parlerai prochainement.

Portrait par Mária Szánthó

Maria, Szantho, 1944,beauté blondeBeauté blonde nue, peinte en 1944 par Mária Szánthó. Peinture visible et achetable sur la galerie en ligne de Boris Wilnitsky (cliquer sur l’image).

Seins roses par Mária Szánthó

La Hongroise Mária Szánthó (1897-1998) a peint des nues, beaucoup de nues, en buste ou allongées. Les pomettes roses de ses femmes rappellent les illustrations de Norman Rockwell, son contemporain, et les tétons roses rappellent les pin-ups d’Elvgren. Mais pas de porte-jarretelles ou de jupes retroussées pour Mária Szánthó ! Juste des nues, très classiques si ce n’est pour la lourdeur et la rondeur de leurs seins qui rappellent un peu ceux de la « femme à la vague » de Courbet ou des dévatas indiennes ou khmères. Voici une toute petite sélection de jeunes filles au tambourin.

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[Comme souvent avec les artistes contemporains, leurs oeuvres sont surtout visibles dans des galeries ou lors de leur vente aux enchères. C’est le cas pour ces 3 tableaux. Voici les liens pour voir les images originales : 1 2 3]

Putain ? Et alors (Par Manet)

Ah ! Les mules d’Olympia !

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Edouard Manet - Olympia - 1863 - Musée d'Orsay, Paris - Image Wikimedia Commons

On l’imagine trotter partout avec ses mules au pied, Olympia. Nue, si ce n’est pour un collier, un bracelet, une fleur dans les cheveux… et ses mules. Parfois, elle jette une robe de chambre sur ses épaules et la noue vaguement à la taille. C’est cette robe de chambre qui est en vrac sur le lit, sous les fesses d’Olympia. Il paraît que c’est une prostituée qui attend le client dans un décor oriental (un décor classique de bordel au 19ème siècle : pour info, lire la petite pièce de Guy de Maupassant, « A la feuille de rose – Maison turque »). Son client lui aurait fait monter des fleurs par le petit groom de service. Il va bientôt se pointer et la sauter pour un gros billet. Et Olympia semble nous dire : « Oui… Et alors ? »

Cette nonchalance dans la nudité m’amuse. Elle n’est pas si fréquente, même à notre époque submergée par les photos porno. J’ai trouvé cette prise de vue de Léo Graas (extraite du site photokonkurs.com) où le modèle a adopté une pose très similaire : le collier, les coussins (qu’on imaginera orientaux…) et sûrement des mules aux pieds ! Leo Graas,photo,indécente,nue,assise,jambes écartées,pubis,poils,odalisque(Ce n’est pas moi qui ai ajouté le cadre : une petite pensée de Léo Graas pour Manet et la belle Olympia qui nous toise depuis son cadre à Orsay ?)