Archives de Catégorie: Ce que cherchent les hommes : Vénus/Aphrodite

Seins : Le combat symbolique

Les seins font la une. Après les actions topless des Femen et la mastectomie d’Angelina Jolie, voici la plainte déposée le 15 mai 2013 par Holly van Voast contre la police de New-York pour faire respecter la décision de justice qui autorise depuis 1992 les femmes de l’état de New-York à se promener torse nu dans la rue (suite à l’arrestation de plusieurs femmes « qui avaient dénudé la zone de leur corps située sous le haut de l’aréole » dans un parc de Rochester).

holly van voast msn

L’activiste et photographe Holly van Voast attend l’arrivée de Bill Clinton à New York – 9 novembre 2011 – Source : msn.com

Cela rappelle des combats plus anciens comme le « brûlage de soutiens-gorges » des féministes de 68 ou les seins nus de la femme qui proteste les propositions traditionnalistes (et favorables à la famille) de Jean Royer en 74.

Alors, pourquoi tant de bruit autour des seins de la femme ?

Une femme effectue un strip-tease lors d’un meeting du candidat à l’élection présidentielle Jean Royer, le 26 avril 1974 à Toulouse. Ph. DR

Une femme montre ses seins lors d’un meeting à Toulouse de Jean Royer, candidat à l’élection présidentielle – 26 avril 1974 – Ph. DR – Source : Le Bien Public

D’abord, un constat : Dans la société occidentale contemporaine, les tabous qui entourent le pénis et ceux qui entourent le vagin sont plus ou moins les mêmes. Il y a cependant des tabous qui concernent les seins de la femme et non la poitrine de l’homme. Pourquoi ?

Il y a, je pense, deux traditions qui expliquent cette différence de traitement : la pudeur grecque et la valorisation (déification ?) de l’allaitement maternel.

PUDEUR GRECQUE

Dans la société grecque antique, les femmes étaient des citoyens de seconde zone (elles n’étaient d’ailleurs pas des citoyens, tout comme les enfants, les esclaves et les étrangers : la citoyenneté était réservée aux hommes adultes, tradition qui se perpétuera dans le système électoral français jusqu’en 1944, année de l’ouverture du scrutin aux femmes). Les femmes mariées restaient à la maison et sortaient voilées. Cette pudeur (ce « voilage ») n’était pas exigée des hommes (voir « Homme nu, femme habillée : un concept très antique« ).

Même dans la statuaire antique, seule Aphrodite apparaît parfois nue, suite à la « révolution » initiée par Praxitèle lorsqu’il vendit sa statue de déesse dénudée aux habitants de Cnide (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ). Encore faut-il ajouter que si l’Aphrodite de Cnide cachait son pubis de la main, les Venus Pudica ultérieures cacheront également leur poitrine (voir « La Vénus doublement pudique« ).

VALORISATION DE L’ALLAITEMENT MATERNEL

A la différence de l’homme, la femme enfante et allaite. Cette particularité de la plus haute importance, voire même ce mystère, a sans nul doute fait l’objet de respect et de vénération depuis les temps les plus reculés : citons les déesses-mères, les idoles de fécondité, Astarte, les idoles crétoises (voir « Idoles qui se pressent les seins« ), Isis qui allaite Horus et, bien sûr, Marie qui allaite Jésus.

Par fusion de ces deux traditions (pudeur grecque et valorisation du sein qui nourrit), le seul sein nu acceptable est le sein allaitant. En dehors de ce cas particulier, une femme qui montre ses seins ne peut être qu’une prostituée (ou toute profession assimilée telle que musicienne, danseuse ou, parfois, bergère). Pour simplifier, une femme qui montre ses seins est soit une respectable mère allaitante, soit une pute.

Se battre pour une égalité de statuts entre la poitrine de la femme et celle de l’homme, c’est donc se battre contre les traditions relatives à la pudeur et à l’allaitement (donc à la famille). C’est dire : « Les seins ? Bof, ce n’est pas très important ». C’est là que la mastectomie d’Angelina Jolie rejoint la plainte d’Holly van Voast.

[Voir aussi : « Le sein, une histoire » par Marilyn Yalom, Galaade Editions, 2010 et « Pudeurs féminines » par Jean-Claude Bologne, Editions du Seuil, 2010]

Les femmes accroupies de Chypre

Dans le billet précédent, j’ai parlé des représentations de femme nue aux jambes écartées en forme de M et aux bras relevés que l’on trouve en Inde et qu’on appelle (entre autres noms) Lajja Gauri et dont on ne sait pas trop s’il s’agit d’une femme prête à accoucher ou d’une femme prête à s’accoupler.

Le Web bruisse de rumeurs bizarres sur cette « déesse » énigmatique. J’ai même lu un article qui associe la forme des jambes (M) à la forme du pubis (V) pour créer le symbole M+V d’une « déesse de la sexualité ».

Ce qui m’a le plus étonnée, c’est qu’on peut trouver des représentations assez proches de la Lajja Gauri indienne un peu partout dans le monde (Bulgarie, Roumanie, Iran, Grèce, Egypte, Chypre…) et à diverses époques. Prenons le cas de Chypre. Voici la représentation de Lajja Gauri trouvée à Chypre qui est souvent reprise par les sites « spécialisés » :

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Détail (femme assise sur un tabouret, jambes écartées, bras levés) d’un sceau cylindrique trouvé à Chypre, datée de 1400-1150 avant JC et conservé au Walters art museum de Baltimore, USA – Taille : 25 x 12 mm – Source : Walters Art Museum

Le sceau se compose en fait de 2 femmes nues aux jambes en M assises sur un tabouret et aux bras relevés (cliquer le lien du musée pour voir les vues alternatives du sceau). Il est très ancien : presque deux mille ans plus vieux que les Lajja Gauri indiennes.

Certes je ne suis pas une archéologue spécialiste de Chypre mais, en dépit de mes recherches en amateur, je n’ai trouvé aucune autre représentation de ce qu’on pourrait appeler « Lajja Gauri » à Chypre. Pourtant l’île d’Aphrodite (Rappelez-vous : C’est sur les côtes cypriotes que la déesse de l’amour et de la reproduction est sortie des ondes) ne manque pas de représentations féminines !

On trouve en particulier dans le district de Paphos, au sud-ouest de l’île de nombreuses représentations de femmes accroupies.

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Figurine d’une femme accroupie trouvée dans le district de Paphos (Kissonerga-Mosphilia ?) – Datée vers 3500-2500 avant JC – Conservée au musée archéologique du district de Paphos – Source : National Museum of Natural History, Smithsonian Institution, Washington DC

Des fouilles réalisées à Kissonerga-Mosphilia près de Lemba à une dizaine de kilomètres de Paphos ont mis à jour de nombreux objets qui pourraient être liés à un culte de l’enfantement. Je manque d’éléments pour en dire plus mais regardez donc la statuette ci-dessus : N’est-ce pas là le ventre d’une femme enceinte ?

La découverte la plus intéressante a été reprise sur un timbre. L’image n’est pas très précise mais il s’agit de la représentation d’une femme qui accouche (un enfant sort entre ses jambes) assise sur un tabouret.

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Timbre cypriote représentant une femme en train d’accoucher (l’enfant sort entre ses jambes) assise sur un tabouret – Figurine trouvée à Kissonerga-Mosphilia près de Lemba (District de Paphos) – Datée de 3500-3200 avant JC – Conservée au musée de Chypre à Nicosie (Cyprus museum, Lefkosia) – Source : archeofil.pl

Ces 3 images mises côte à côte ne sauraient représenter la preuve d’une nature « accouchante » de la Lajja Gauri mais elles constituent, je pense, des indices très intéressants de l’existence d’une fabrication importante de statuettes de femmes enceintes accroupies, aux jambes écartées et aux bras relevés dans les environs de Paphos. La présence de gisements de « picrolithe » a aussi lancé une industrie de statuettes dans cette matière (voir la femme accroupie conservée à la Fondation Nicholas et Dolly Goulandris à Athènes).

Jambes en M – Le cas de la Lajja Gauri

Surprise par la beauté et la sensualité totalement impudique de cette statue, j’ai décidé de passer un peu de temps à essayer de comprendre ce qu’elle représentait.

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Statue de Lajja-Gauri trouvée au temple chalukya de Naganath près de la ville de Badami, état de Karnataka (Inde) – Sculptée vers 650 après JC – Conservée au musée archéologique de Badami

La tâche est ingrate car malgré les milliers de pages pondues sur le sujet, personne ne semble savoir avec certitude de quoi il s’agit.  Qui est donc cette femme nue (mais couverte de bijoux sur les bras, les pieds, le cou, la poitrine et le ventre) , accroupie avec les jambes largement ouvertes en forme de M, avec les bras en l’air, la poitrine exposée, la tête coupée et remplacée par une fleur de lotus (pour compliquer les choses, elle n’est parfois pas nue et elle a parfois une tête) ?

Suivant qu’on s’intéresse à la position de ses jambes, à son absence de pudeur, à l’absence de sa tête ou à la fleur de lotus qui la remplace ou à d’autres critères encore, on l’appelle « Aditi Uttanapada », « Nagna Kabandha », « Lajja Gauri » et plein d’autres jolis noms. « Lajja Gauri » est le plus fréquent.

Il existerait une centaine de représentations connues de la Lajja Gauri en Inde. Je n’en ai trouvé qu’une poignée sur le web :

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Statuette de Lajja Gauri en stéatite de 6,6×7,6cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire du plateau du Deccan en Inde et conservée au British Museum à Londres

2Lajja-Gauri-Madhya Pradesh MET

Statuette de Lajja Gauri de 10.3 x 10.3 cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire de l’état de Madhya Pradesh en Inde et conservée au Metropolitan Museum à New York

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Plaque N°2 de Lajja Gauri en calcaire de 11×12 cm, datée de la fin du 8ème siècle ou du 9ème siècle, découverte dans le district de Nuapada, état d’Orissa en Inde et conservée par son inventeur, M. Singh Deo

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Statue de Lajja Gauri datée d’environ 650 après JC, originaire du temple de Sangamesvara près de Kudavelli, état d’Andhra Pradesh en Inde et conservée au musée d’Alampur

Certains experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme en train d’accoucher, même si son ventre n’est pas gros et qu’aucun bébé ne pointe le bout de la tête comme on peut le voir sur des représentations de déesses-mères (comme celle de Dharti-Mata, par exemple).

D’autres experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme prête à accueillir une relation sexuelle.

Une déesse de la fécondité dans un cas, une déesse du plaisir dans l’autre ?

D’autres avancent par ailleurs qu’une femme sans tête ne saurait être une déesse mais plutôt une sorte de fétiche. Vu la taille réduite de la plupart des Lajja Gauri représentées ci-dessus, faudrait-il les comparer aux tout aussi énigmatiques « Vénus » préhistoriques retrouvées en Europe ?

Pour ajouter ma touche au débat, je me permettrai de signaler que la position de la Lajja Gauri n’est pas une position érotique « naturelle ». Jambes en M, bras en l’air et seins apparents ?  Non. Quand une femme s’assoit avec les jambes écartées, elle a généralement la poitrine cachée par les jambes et les bras en bas. Voici une des rares photos érotiques de pose en M qui pourrait correspondre à la Lajja Gauri (imaginez une fleur de lotus à la place du visage de Vic E et, surtout, son corps couvert de bijoux) :

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Vic-E dans « The only way I know » – Source : femjoyhunter.com

Amusez-vous à feuilleter les centaines de photos de pose en M sur ce site, aucune ne correspond vraiment à la Lajja Gauri. Peut-on en déduire que cette forme si particulière a été créée un jour quelque part puis, pour des raisons inconnues, copiée et disséminée ?

Post-scriptum : Je mets à jour l’article avec une photo que j’avais complètement oubliée. J’ignore malheureusement le nom de la modèle et du photographe. Et, bien sûr : Trop de chaussures, pas assez de bijoux, trop de visage, pas assez de fleur de lotus… Comme il se doit. Néanmoins, avez-vous remarqué ce qui fait que cette femme n’adopte PAS la pose de Lajja Gauri ?

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Pour moi, le problème vient des bras : La Lajja Gauri lève les bras, certes, mais elle tient aussi quelque chose dans les mains, ce qui n’est pas le cas de la modèle ci-dessus qui passe les mains dans ses cheveux, ce qui rappelle plutôt certaines représentations de Vénus/Aphrodite. Je reviendrai sur la pose de la Lajja Gauri un peu plus tard, quand je parlerai des « maîtresses » du Louristan.

Quand Vénus était habillée… et impudique

J’ai déjà parlé plusieurs fois de la Venus Pudica (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« , « La Vénus doublement pudique« , « La Vénus doublement pudique (épisode 2 en couleurs)« ).

Toutes ces Vénus sont nues car elles s’apprêtent à prendre leur bain. Quand elles remarquent la présence d’un « voyeur » (le sculpteur, le spectateur…), elles tentent de cacher leur « intimité » (leur sexe, qu’on appele aussi pudenda) avec la main. Aussi les appelle-t-on des Vénus pudiques alors qu’elles sont nues.

Statue d’Aphrodite et Eros, dite « Aphrodite d’Este » – Copie romaine d’un original grec du 5ème siècle avant JC – Kunsthistorisches Museum, Vienne – Photo : Yair Haklai – Source : Wikimedia Commons

Vénus (ou Aphrodite, la déesse de l’amour et de la beauté, en mythologie grecque) est la seule déesse habituellement représentée nue ou torse nue mais il existe également de nombreuses représentations de Vénus habillées. Ce que je trouve intéressant, c’est que ces Vénus vêtues sont, elles, très souvent impudiques, ce qui peut sembler contradictoire.

Ainsi, regardez l’Aphrodite d’Este, ci-dessus : La pose lascive, la tunique défaite sur une épaule, les seins à peine couverts d’une étoffe transparente, les tétons qui pointent à travers le vêtement, les plis du tissu qui mettent en évidence le triangle du pubis !

L’Aphrodite à la tortue, pourtant un peu plus habillée, apparaît encore plus impudique.

Statue d’Aphrodite dite « à la tortue » trouvée au temple d’Artémis de Doura Europos (Syrie) – Datée entre 27 avant JC et 235 après JC – Musée du Louvre – Photo par Chatsam – Source : Wikimedia Commons

En effet, alors qu’un deuxième vêtement lui couvre les jambes, celui-ci semble glisser pour découvrir le pubis, à peine caché par une étoffe transparente. L’oeil est immanquablement attiré par  l’entrejambe de cette Vénus strip-teaseuse. Notez que le déhanchement rappelle la position du « tribangha » et ces divinités orientales dont on a déjà parlé (Voir « Maya, la madonne de l’Est« )

Le sculpteur se sera peut-être inspiré de Polyclète dont l’Aphrodite trouvée à Epidaure dévoile complètement un sein tout en laissant deviner son bas-ventre. Une Vénus en armes qui vaut bien toutes les Amazones !

Statue d’Aphrodite en armes trouvée à Épidaure – Copie romaine du 1er s. ap. J.-C. d’un original daté vers 400 av. J.-C. attribué à l’école de Polyclète – Musée Archéologique National, Athènes – Photo : Marsyas – Source : Wikimedia Commons

Les chefs d’oeuvre antiques étaient abondamment copiés. On peut voir une petite soeur de la Vénus d’Epidaure  à la Glyptothèque de Münich et une Aphrodite déhanchée au musée de Bergama (Pergame) en Turquie qui ressemble beaucoup à la Vénus du Louvre.

Enfin, pour essayer d’être exhaustif, il faudrait encore ajouter l’Aphrodite de type « Héra Borghese », à la poitrine excitante bien que cachée, à la liste des Venus impudica habillées.

Tout cela vient illustrer le fait que l’impudeur, ce n’est pas « montrer » mais « attirer l’oeil sur ». Question d’intention. Rajoutez-y le regard de l’autre et, s’il est de qualité, l’érotisme n’est plus loin.

Homme nu, femme habillée : un concept très antique

Après un article sur l’absence d’érotisme de la nudité masculine et sur la spécificité féminine de la pudeur (voir « La nudité masculine, elle, n’est pas érotique« ), il me semble intéressant de faire un petit voyage dans le passé pour tester tout cela au pays des JO (on vient aussi d’en parler), berceau de l’Occident: la Grèce . A l’instar de la société occidentale moderne, la Grèce antique ne débordait-elle pas de représentations de femmes nues ? Non. Sûrement pas. Comme les cariatides de l’Erechthéion, les femmes grecques sont toujours montrées couvertes. Seules exceptions : les prostituées, les danseuses et, bien sûr, Aphrodite (en tous cas depuis qu’elle fut représentée ainsi à Cnide : lire « Le jour où commença le culte du corps féminin« ).

[Ci-dessus, à gauche : « Phrasikleia Korè », 1 mètre 79, datée de 550-540 avant JC, servait à indiquer l’emplacement d’une tombe , trouvée à Myrrhinus (Grèce), photo par Saïko – A droite : « Kroisos Kouros », 1 mètre 94, daté de 540-515 avant JC, servait à indiquer l’emplacement d’une tombe , trouvé à Anavysos (Grèce), photo par Mountain – Les deux statues sont exposées au Musée Archéologique National à Athènes – Source des photos : Wikipedia]

Hommes nus, femmes habillées, les exemples antiques abondent. Ainsi notamment pour les kouros (ou couros), sculptures parfois monumentales de jeunes gens debouts et toujours nus, et les korè (ou corè), statues de jeunes femmes debouts, toujours habillées.

On pourrait dire la même chose pour les représentations des dieux, souvent nus, alors que les déesses, elles, sont toujours couvertes (à l’exception d’Aphodite, dont on reparlera plus tard). Ainsi pour le dieu des mers, Poséidon, quand il poursuit Amymone de ses avances, la bite à l’air :

Poséidon poursuivant Amymone – Détail d’un vase daté à 440 avant JC conservé au Museum of Fine Arts, Boston

Pour les mortels, même combat. A part l’éventuel sein nu d’une danseuse, les femmes ne montrent pas laur chair, alors que les hommes ne s’en privent pas : soldats et sportifs sont généralement  nus.

On pourrait peut-être tenter cette conclusion : L’Occident des origines a mis la charge de la pudeur sur la femme et laissé l’homme nu. Les missionnaires chrétiens se sont chargés d’habiller l’homme qui ne s’est plus jamais dévêtu. L’érotisme associé à la seule nudité féminine (dans un monde dominé par les hommes ?) et la libération des esprits (à la Renaissance, au 18ème puis au 20ème siècle) ont permis de développer une iconographie pléthorique de la femme nue, renversant ainsi le couple antique femme habillée-homme nu (Voir aussi le billet « Le monde à l’envers« ).

Hathor, fille du soleil

Ca ressemble au titre d’un roman pour adolescents et pourtant c’est vrai : Hathor, la déesse-vache, généralement représentée par une vache (bien sûr), une femme avec le disque solaire entre ses cornes ou par un visage de femme avec des oreilles de vache, était la fille de Râ et la mère de Pharaon.

Hathor en visage de femme à oreilles de vache - Colonne hathorique du temple de la reine Hatchepsout, complexe funéraire de Deir el-Bahari (Louxor, Egypte) - Photo par Pascal - Source : http://louxor-egypte.e-monsite.com/album/deir-el-bahari/2

En plus du disque solaire, les attributs d’Hathor sont le ménat (« lourd collier de perles à contrepoids, qui produisaient en s’entrechoquant un son comparable au bruissement des fourrés de papyrus qui représente le lieu de gestation mythique », pour citer  mythologica) et le sistre, un type de crécelle utilisée par les danseuses. Ces attributs n’ont pas été choisis au hasard puisque la déesse est associée à la reproduction et à la fécondité d’un côté, à la fête, la joie, l’ivresse, la musique et  la danse d’un autre côté.

Hathor est généralement associée à Hor (Horus), son « parèdre » ou époux, l’homme à tête de faucon. D’ailleurs, le mot Hathor veut dire « la maison d’Horus » (son hiéroglyphe est un faucon dans le plan carré d’une maison), ce qui évoque, selon moi, avec vigueur, l’image des liens du couple et du sens de la pénétration sexuelle.

Hathor (au centre), Horus (à gauche) et Trajan - Bas-relief du temple de Denderah (période gréco-romaine, 4e siècle avant JC) - Source : photo Bernard Gagnon sur wikipedia

Il est aussi intéressant de noter qu’Hathor sera à certaines époques et dans certains lieux de culte amalgamée à Isis, la déesse au sistre, la grande déesse nourricière qui donne le sein au petit Horus assis sur ses genoux. Hathor femme et mère d’Horus, en quelque sorte… Comme c’est original ! Cela apporte aussi un autre éclairage sur le sens de la « maison d’Hor », déesse de la fécondité, qui abrite Horus en son sein.

Sans surprise, les Grecs associeront Hathor à Aphrodite, leur déesse de l’amour et de la fécondité.

Alors pourquoi cet article qui dit des choses déjà écrites ailleurs sur la toile ? D’abord parce que, sur « femelletemple », il faut bien citer Hathor, cette déesse si « féminine » de la fécondité. Ensuite parce que je trouve intéressant que les Egyptiens associaient fécondité (sexe et maternité) avec festivités (joie et ivresse). Et enfin, je trouve dans les représentations d’Hathor les symboliques abracadabrantes que j’aime tant, comme le visage triangulaire, très pubique, de l’Hathor des chapiteaux de colonnes, ou le rond qu’elle porte toujours sur sa tête, entre ses cornes. D’accord, c’est le soleil. Mais moi j’aime penser au rond de son ventre ou au rond qu’elle a entre les cuisses, celui qu’Horus pénètre à chaque fois qu’il rentre à la maison.

Recherche de la courbe parfaite : Le cas de la Vénus de Perpignan

Comme en contrepoint au torse de Robert Farnham (voit article précédent) coincé entre deux cadres de fenêtre, voici un autre torse dans un encadrement de fenêtre : la Vénus au collier (sans collier) de la place de la Loge à Perpignan. Celle-là même qui posa tant de soucis à son créateur, Aristide Maillol.

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

La Vénus originale en plâtre, achevée vers 1928 est le résultat d’une quinzaine  d’années de travail. Elle portait un collier qui n’est plus sur la version en bronze de Perpignan. La Vénus de Perpignan n’est pas unique : 9 autres bronzes ont été coulés, oeuvres des fondeurs Rudier et Vatsuani. Ils sont à présent à la Tate Gallery de Londres (version avec collier), au musée des beaux-arts de Lyon, au Saint Louis Art Museum (with necklace), à la Kunsthalle Bremen, à la Kunsthaus Zürich (avec collier)… Et cette promeneuse sur les pelouses des Tuileries ne lui ressemble-elle pas aussi beaucoup (tous les Maillol des Tuileries ici) ?

Le processus de création de cette Vénus par Aristide Maillol est très intéressant. Je me permets de reprendre quelques extraits du mémoire de DEA de Monique Compagnon (Maillol et le Roussillon, Perpignan, Université de Perpignan, 1999, 161 p.), eux-mêmes cités sur frontierescatalogne.chez.com.

Maillol se confie à Henri Frère :
« J’étais parti d’un dessin, d’une chose très large… Je voulais arriver à donner dans la statue cette grandeur. J’appelais cette figure « l’Eté ». Au début, c’était très réussi. Ça faisait un torse magnifique avec la tête penchée. Je l’avais arrangée avec une draperie, ça faisait un effet inouï. Rodin trouvait ça épatant. Ensuite, je l’ai perdue. En poussant mon travail, je l’ai abîmée. Alors, je l’ai changée et j’en ai fait une Vénus. On ne fait pas toujours ce que l’on voulait faire… »
(source : Henri Frère, La Vénus de Maillol -Tramontane-1950,page 283)

H.Frère cite R. Rey:
« Je ne crois pas que la sculpture contemporaine ait créé deux figures d’une plénitude égale à la grande Vénus que Maillol façonne depuis près de dix ans sans se résoudre à l’achever. Il en a cent fois modifié la ligne, insatisfait chaque fois. On comprendrait combien ce labeur est énorme et subtil en comparant les différents états par lesquels cette statue a passé, s’acheminant chaque fois vers un sentiment plus ample et plus religieux ».

[Source photos : petit-patrimoine.com]

Pour René Puig:
« Il est particulièrement curieux de savoir que Maillol avait gardé très longtemps la statue dans son atelier sans se résoudre à la terminer. Les jambes et les bras ne lui convenaient pas. Il attendait une inspiration… le trait de génie : une longue patience ! »
Puis l’auteur laisse parler l’artiste :  » J’ai attendu quinze ans la ligne des jambes de ma Vénus, quinze ans j’ai mis du plâtre… je l’ai enlevé… j’en ai remis… j’ai regratté. Peine perdue ! Un beau jour, après quinze ans de ce travail toujours recommencé, toujours inutile, avec de longues périodes de silence, au retour de Banyuls, devant la statue que je n’avais pas vue depuis six mois, la ligne m’est apparue, brusquement… Elle semble pourtant bien simple ! (…)
Il ne lui manque que les bras. Ils sont faits dans ma pensée. Je n’ai plus qu’à les placer. Encore quelques jours de travail et l’œuvre est finie. Dans quel geste ? Très simple : bras levés et arrondis. Vénus met un collier. Il faut qu’elle donne une impression harmonieuse, une statue est une construction architecturale. Tout se suit. Tout se tient. Regarde ces lignes. »
Maillol fait tourner l’œuvre inachevée, effleurant le plâtre de ses mains. « Voici le plus beau, dit-il en suivant les lignes du flanc droit. Il est très difficile de faire une femme debout. »
Maillol ajoute en considérant son œuvre: « Ce n’est pas encore ça. Ce n’est jamais ça. Une Vénus devrait être la perfection. Mais tu sais, la perfection ! (…) Cet équilibre que tu constates en faisant tourner la statue, je ne l’ai réalisé qu’au prix d’un travail extraordinaire. »
(source : René Puig, Maillol, sa vie misérable et glorieuse, Tramontane, 1965)

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]