Archives mensuelles : décembre 2010

Portrait de Violante par Titien

Titien,Tiziano,Violante,Bella gattaOn a longtemps pensé que Violante était la fille de Palma le Vieux et la maîtresse du Titien. Mais Palma n’avait vraisemblablement pas de fille et Violante était sûrement la belle chatte (« La bella gatta », nom parfois donné au portrait de Violante) de beaucoup d’hommes ! Le Kunsthistorisches Museum de Vienne qui abrite ce tableau l’attribue à Titien même si un certain nombre d’experts lui donne maintenant comme père Palma le vieux.

[image wikimedia commons]

Portrait de la Bella par Palma le Vieux

palma le vieux,il vecchio,bellaVoici un portrait magnifique de Palma le Vieux qu’on peut voir au Thyssen-Bornemisza de Madrid. La paternité du portrait est parfois disputée entre le Titien et Palma le Vieux. Quoiqu’il en soit, bravo à l’artiste : les longs cheveux dorés, le froissement des riches étoffes et le regard de la Belle… Ah ! Son regard… Magnifique, je vous dis.

Certains pensent que la Bella serait en fait Eleonara Gonzaga, duchesse d’Urbino et généreuse mécène. A vous de vous faire une idée en comparant avec le tableau de la duchesse peint par Titien.

[image wikimedia commons]

Courtisanes charnues

Jacopo de Antonio de Negreto, dit Jacopo Negretti, dit « Palma il Vecchio » ou « Palma le Vieux » en français (1480-1528) nous a laissé une brochette impressionante de courtisanes vénitiennes (peintes sur des toiles…). Si les jeunes filles de Domenico Tintoretto (article précédent) semblaient un peu rondes, les femmes de Palma sont vraiment charnues.

Une belle brochette de blondes (blond vénitien, bien sûr, mais aussi blondes platine) bien en chair ! Ce en quoi Palma semblait partager les goûts du Titien, son contemporain, au point qu’il est parfois difficile de savoir qui a peint quoi (Voir les deux prochains articles).


Pour retrouver ces peintures sur les sites des musées :
Femme blonde, Femme en bleu, Femme en vert, La courtisane, Femme au chapeau, Sibylle (Windsor)

Prostituées du Prado

Le Vénitien Domenico Robusti, appelé Domenico Tintoretto (1560-1635), fils de Jacopo Robusti / Tintoretto (Le Tintoret), a peint de nombreux portraits de jeunes femmes. Dans la Venise de la Renaissance, il y a peu de doute que la plupart de ces jeunes femmes sont, en fait, des prostituées. Au delà de leur blondeur (très « cliché » pour une courtisane de Venise), de leurs colliers de perles et de leurs tétons souvent découverts, une chose peut paraître étonnante : l’évidente jeunesse de ces filles qui ressemblent à des ados. Cette galerie de portraits de Vénitiennes ne se trouve pas à Venise. Ce serait trop simple. Elle vous attend au musée du Prado à Madrid.domenico tintoretto jeune fille vénitienne

Pour être complet, il faudrait ajouter un quatrième portrait peint par Domenico Tintoretto : Celui de la courtisane la plus connue de Venise, Veronica Franco, également exposé au Prado. Vous le retrouverez dans un article précédent.

[Toutes les photos proviennent du site du musée du Prado. Cliquer dessus pour voir la HD sur le site du musée.]

Fleurs, cyclisme, nudisme et solstice d’été

S’il fallait trouver un équivalent moderne des Floralies romaines (voir article), une fête populaire où se combinent retour des beaux jours et nudité (notamment féminine), alors je propose d’aller faire un tour dans l’état de Washington.

Depuis 1989, le Conseil des Arts de Fremont (Fremont Arts Council ou FAC) s’efforce de développer l’activité artistique pour renforcer  le lien social dans ce quartier de Seattle. Le FAC s’occupe notamment de la parade du solstice d’été qui défile dans les rues de Fremont le samedi précédant le solstice (soit, en général, le 3ème samedi de juin). Depuis plusieurs années, un groupe de cyclistes nus marque l’ouverture des festivités, dans une ambiance très bon enfant.

A la différence des Floralies, pas de fornication dans les allées, mais plutôt des ateliers de peinture corporelle. Quant aux couronnes de fleurs, elles sont bien là : Parfois dans les cheveux, parfois sur les casques. On trouve même des fleurs peintes sur les corps de certains participants. Voici une petite sélection de photos à thème floral prises pendant la fête du solstice d’été de Fremont et publiées sur photos-naturistes.fr.

2007

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2008

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2009

2010

Portrait idéal d’une courtisane en Flora par Bartolomeo Veneto

bartolomeo veneto,flora,lucrece,lucrezia borgia,courtisane,prostituée,blond vénitienCe portrait exécuté vers 1520-25 et exposé au musée du Städel à Francfort, a longtemps été présenté comme celui de Lucrèce Borgia. Ce n’est, semble-t-il, pas le cas. On a ici une très belle peinture de Flora, inspirée par une courtisane vénitienne. La couleur blond vénitien des cheveux est superbement restituée par Bartolomeo Veneto (1470-1531). Cette prostituée idéale, mince et aux petits seins, contraste avec celles que nous découvrirons bientôt sous le pinceau de Palma le Vieux ou de Domenico Tintoretto.

[Image wikimedia commons]

Flora à la Renaissance : de la couronne de fleurs aux seins nus

Flora, la déesse romaine des fleurs et du renouveau printanier et, par extension, déesse du sexe et patronne des prostituées, a connu une nouvelle jeunesse pendant la Renaissance italienne.

On connaît la magnifique représentation de Flora qui sème des pétales de roses, la tête couronnée de fleurs et le corps vêtu d’une robe au tissu fleuri, dans le tableau « Primavera » (Le Printemps) du Florentin Sandro Botticelli (1444-1510), peint vers 1480 et conservé à la galerie des Offices à Florence [image wikimedia commons].

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Au milieu du tableau, Vénus préside la scène avec des airs de Madonne (même air sage et tristoune que Marie, même robe longue que la mère de JC qui tranche sur la nudité habituelle de Vénus). Pendant ce temps, dans les airs, le fiston Cupidon-Amour s’apprête à tirer le cercle des trois Grâces (C’est le printemps !).

Notez la jeune fille en robe transparente blanche à l’extrême droite : C’est la même Flora, encore vierge, que Zéphyr s’apprête à prendre (littéralement puisqu’il va l’emmener et la violer avant de l’épouser). Après la pénétration par le vent doux et chaud (Zéphyr, donc), l’ex-vierge revient sous les traits de la déesse des fleurs, comme si le vent doux amenait la floraison. Image un peu étrange, sachant que la pénétration des fleurs amène plutôt des fruits !

La génération qui a suivi Botticelli, celle des Vénitiens Paris Bordon (1495-1570) et Titien (1490-1576) ou du Milanais Francesco Melzi (1491-1570), opte pour des représentations bien différentes de Flora.

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[Photo © Musée du Louvre/A. Dequier]

Cherchez les fleurs dans le portrait exécuté par Bordon et conservé au musée du Louvre ! On voit surtout les seins nus de Flore, son collier de perles (bijou qu’affectionnait Vénus, portée jusqu’aux rives cypriotes sur une coquille d’huître perlière) ou ses cheveux roux-châtain minutieusement frisés.

Idem pour le portrait très connu de Flore par le Titien, ci-dessous, réalisé en 1515 et exposé à la galerie des Offices à Florence : On ne voit guère la poignée de fleurs dans la main de Flora mais on ne peut pas manquer la chemise largement ouverte, la poitrine prête à s’offrir et les longs cheveux dorés.

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Francesco Melzi, enfin, a peint un portrait de Flora que ne renieraient pas les Romains du premier siècle après JC. Dans le tableau du musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg, pas de couronne de fleurs, certes, mais une belle robe jaune comme celle que porte Flora sur la mosaïque de Stabia près de Pompéi… Et toujours de très beaux cheveux blond-vénitien.francesco melzi, flora,hermitage,ermitage

Les Bordon, Titien et Melzi semblaient prendre plus de plaisir à peindre des femmes aux seins nus que des fleurs. La prostitution était extrêmement répandue à Venise à la Renaissance et les courtisanes étaient des modèles de choix. La femme du portrait du Titien est vraisemblablement une prostituée. Nous en verrons quelques autres prochainement.

Floralies : Quand les prostituées exposaient… leur fleur

Le culte de Flora aurait du être tout à fait secondaire. L’équivalent de celle-ci dans la mythologie grecque n’est même pas une déesse mais une simple nymphe (Chloris). Pourtant Flora disposait d’un temple au Quirinal avec ses propres prêtres puis d’un nouveau temple près du cirque Maxime. Des fêtes en l’honneur de Flora sont instaurées en 238 avant JC puis annualisées à partir de 173 avant JC. Question : Que fêtent donc ces « Floralia » ?

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Flora ou le Printemps, une des quatre saisons représentées sur la mosaïque du "Triomphe de Neptune", réalisée au deuxième siècle avant JC à la Chebba (Tunisie) et conservée au musée du Bardo à Tunis (photo publiée par Tony Hisgett sur Wikimedia commons)

A l’origine, Flora se fête au printemps, avec le retour des beaux jours et le bourgeonnement de la végétation. Flora est associée avec la croissance des plantes, leur floraison et leur fructification. Elle représente la bonne récolte, la fertilité, la fécondation. Par extension, son culte se trouve assimilé avec la fécondité féminine, puis avec le sexe. Sous l’Empire, pour lutter contre la dénatalité, les autorités romaines encouragent une pratique débridée de la sexualité. Les prostituées se multiplient et Flora devient leur patronne.

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Fresque de Flora de la villa Ariana, à Stabia (6 km de Pompéi), conservée au musée archéologique national de Naples. Remarquez les cheveux blonds et les vêtements jaunes, traditionnellement associés avec la prostitution (cf article précédent). Image sur le blog de Momina (la cliquer pour s'y rendre)

Les Floralies durent 6 nuits, du 28 avril-3 mai. Elles donnent lieu à des défilés et à des représentations théâtrales pendant lesquels les prostituées aguichent les curieux en dansant et en se déshabillant. On fêtait Flora en portant des couronnes de fleurs sur la tête et en forniquant en public aux alentours du temple de la déesse. Les Ludi Florales s’achevaient par des jeux au cirque tout proche (pour en savoir plus, consulter « La prostitution féminine dans la Rome antique » publié en 2007 par Robert Radford).

Les Floralies n’étaient pas les seules fêtes romaines associées au sexe ou à la prostitution. Il y avait aussi les Aphrodisies et autres fêtes de Vénus en avril, les nones caprotines en juillet, les fêtes de Cérès à la fin de l’été, les orgies pour la Bona Dea en décembre, ainsi que les fêtes d’Adonis et d’Isis, sans oublier les excès des bacchanales et des saturnales… On en reparlera un peu plus tard.

Ci-dessous, deux scènes d’orgies du film « Caligula » (Penthouse Films, 1979) de Tinto Brass (non crédité) et Bob Guccione, visibles sur toutlecine.com.caligula,film,orgiecaligula,film,orgie

Printemps et sexe, fleurs et amour. Les fêtes de Flora rappellent étrangement les festivités qui entouraient les dieux slaves Yarilo et Koupala (cf article).

Pourquoi la prostituée est blonde

On l’a vu dans les articles sur Marie-Madeleine : les blondes ont mauvais genre. Considérée comme une tapineuse repentie (à tord, cf l’article « Marie, la prostituée imaginée »), Marie-Madeleine est toujours représentée avec de très longs cheveux blonds (et comparez la « Marie-Madeleine repentante » nue du Titien conservée à Florence avec la version habillée exposée à Saint-Petersbourg, ci-dessous).

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Le Titien - Marie-Madeleine repentante - 1560-70 - Musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg - Image sur Wikimedia Commons

On en a déjà parlé mais la question qu’on n’a pas encore abordée, c’est : Pourquoi la putain a-t-elle des cheveux blonds ?

Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à la prostitution chez les Romains où les bordels ont longtemps été l’affaire des esclaves et des étrangères avant que, progressivement, la prostitution ne s’étende, se complexifie, voire même se généralise. Maggie McNeill, call-girl à la retraite, m’a aidé à explorer ce territoire inconnu (par blog interposé).

Pour résumer, on peut dire qu’à Rome, sous l’Empire, la prostitution ne se limite plus aux lupanars des quartiers mal famés de Subure et de Vélabre. On se prostitue partout. N’importe quelle femme peut être amenée à vendre sa « vertu » à certains moments de sa vie. Les raisons pour tapiner sont diverses, tout comme les façons de le faire, d’où l’incroyable variété du vocabulaire qui désigne les filles de joie.

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Fresque de la Casa del re di Prussia à Pompéi, conservée au Musée Archéologique National de Naples, réalisée avant l'an 79 (date de la destruction de la ville par l'éruption du Vésuve) - Notez l'inscription LE(NT)EIMPELLE ("Lente impelle" ou "Pénétrez lentement") au-dessus de ce qui est peut-être une scène de sodomie - On a trouvé ce type de fresques dans les lieux de prostitution (une trentaine à Pompéi, ville à la population estimée entre 8 et 12.000 habitants).

Il y a les prostituées qui sont enregistrées (meretrices) et celles qui ne le sont pas (prostibulae), les lupae qui hurlent comme des louves pour attirer le client (la louve qui a nourri Romulus et Remus est souvent assimilée à Acca Larentia, une femme publique qui tapinait dans les bois), les filles pas chères des auberges (blitidae), les chanteuses, musiciennes et danseuses qui font toutes des extras,  les pleureuses professionnelles entre deux enterrements, les servantes entre deux services, les bourgeoises de la haute société qui se dévergondent occasionnellement (famosae), les fellatrices spécialisées dans les pipes, celles qui bossent le soir, celles qui bossent la nuit, les filles des rues qui font le trottoir pour pas cher, celles qui exercent dans les thermes, celles qui pratiquent dans les temples, les femmes publiques qui font ça à la maison, les amicae lesbiennes, les filles à soldats, les putains de la campagne qu’on trouve le long des routes, les vendeuses de pain… Ce commerce n’est pas limité au sexe féminin : il est également pratiqué par des garçons et des hommes.

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Andrea Mantegna - "Les captifs", septième des neuf tableaux de la série des "triomphes de César", célébrant l'entrée triomphale de Jules César à Rome après sa victoire sur les Gaulois - 1484-92 - The Royal Collection, Hampton Court, UK - Image sur Wikimedia commons

Les filles des premiers lupanars étaient des esclaves gauloises ou germaines ramenées à Rome après les victoires militaires des troupes romaines, blondes pour la plupart, à la différence des Romaines, plutôt brunes (la population de la péninsule italique prendra un coup de « blond » à la fin de l’empire romain avec les invasions barbares et la création des royaumes ostrogoth puis lombard à partir du VIème siècle après JC). La blondeur a donc été très rapidement associé à Rome avec la prostitution. Il s’agit aussi de la couleur des cheveux de Vénus dont le culte est lié au tapinage (comme celui de Flora, de Cérès ou d’Isis) : Vénus Volgivava (Vénus « qui fait le trottoir ») est fêtée par les filles de joie le 23 décembre.

Pour les distinguer des autres femmes (les matrones, qui portent la stola), les filles des rues doivent s’habiller avec une toge, comme les hommes. Les courtisanes de haut rang parviennent cependant à conserver leurs stolae mais elles doivent les teindre de couleurs vives, notamment le jaune, pour se différencier.

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Fresque d'Herculanum (ville voisine du Vésuve détruite en même temps que Pompéi) représentant une prostituée pendant un banquet

Peu à peu, la couleur des cheveux des prostituées (et de Vénus) devient à la mode. les Romaines aisées, si elles sont brunes, vont commencer à se décolorer les cheveux et à les teindre, notamment avec du safran, d’où cette phrase de Tertullien (150-230) : « Nos femmes échangent leurs cheveux contre du safran ; Elles rougissent d’être Romaines ; Elles veulent qu’on les prennent pour des Gauloises ou des Germaines et elles abjurent leur patrie jusque sur leur chevelure » (in « De cultu feminarum »).

Déjà un siècle avant Tertullien, la jeune Messaline (25-48), troisième femme de l’empereur Claude, revêtait une perruque blonde pour se rendre au lupanar de Subure où tout Rome venait la sauter.

Les Romaines ont, d’une certaine façon, inventé en leur temps le porno-chic et la it-prostitution.

Jacques louis David

Jacques-Louis David (1748-1825) - Vénitienne à sa toilette - image sur albumvenitien.blogspot.com

Plusieurs siècles plus tard, Venise au faîte de sa puissance connaît exactement le même phénomène que Rome au temps de l’Empire (La Sérénissime République de Venise dure 1100 ans, de 697 à 1797; Le XVème siècle correspond à son apogée politique et économique quand ses navires contrôlent le commerce entre l’Europe et l’Asie; Le déclin commence au XVIème qui reste néanmoins une période faste au niveau artistique).

En 1509, on recense plus de 11.000 prostituées à Venise (A cette époque, Venise est une des plus grandes villes d’Europe avec environ 200.000 habitants, sans compter les nombreux commerçants de passage). Certaines tapineuses, telle la célèbre Veronica Franco (1546-1591), gagnent très bien leur vie en tant que cortigiana onesta (« courtisane honnête ») : Elles offrent aux hommes aisés leur compagnie et leur culture en plus de leur sexe. Ces prostituées sont enviées pour leur liberté et leur fortune (cf article de Veniceguide).

Le Tintoret, Tintoretto, Veronica Franco

Portrait d’une jeune femme dénudant son sein, vraisemblablement la célèbre courtisane vénitienne Veronica Franco, réalisé par Domenico Tintoretto, exposé au musée du Prado, Madrid. Image © 2010 Museo Nacional del Prado. Cliquer pour voir l'image originale sur le site du musée.

Tout comme à Rome à l’époque de l’Empire romain, la blondeur est la couleur à la mode, chez les femmes du monde comme chez les filles des rues. « Blond vénitien » ou « rouge du Titien » (le célèbre peintre vénitien représentera maintes fois ses contemporaines blondes) désigne un blond-roux obtenu par décoloration et teinture.

Enfin, de même que les prostituées romaines de haut rang portaient une stola jaune pour annoncer leur activité, les courtisanes vénitiennes doivent nouer un foulard jaune autour de leur cou.

A Venise aussi, la blondeur et le jaune sont les couleurs de la prostitution.

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La femme au miroir - Le Titien - vers 1512-15 - Musée du Louvre - Image sur Wikimedia commons

[Retrouvez « la femme au miroir » sur le site du Louvre]

Vénus tchèques

Il était impossible de  parler de la Vénus tchèque de Dolni Vestonice (voir article sur les 3 Vénus préhistoriques de Dolni Vestonice, Moravany et Willendorf) sans évoquer les Vénus, certes 30.000 ans plus jeunes mais tout aussi grasses, du photographe tchèque Jan Saudek (1935-). Ainsi, n’hésitez pas à comparer le « tête-bêche » de cette carte à jouer avec les vues avant et arrière de la petite céramique du Gravettien :

jan saudek,card 353

jan saudek, card 353
[Carte N°353, 1987, photo sur http://www.saudek.com]

Le plus intéressant, c’est que Saudek  pose en quelques photos la question du sens de ces Vénus et, sans y répondre, il propose les trois mêmes options que celles que confrontent en vain les archéologues.

Première option : Les Vénus préhistoriques représentent des déesses de la fécondité ou une forme de déesse-mère primordiale.

jan saudek,the matrimony[« The matrimony », c’est à dire « Le mariage ». Mais dans « matrimony », il y a aussi le mot « mater », non ? La mère, comme dans « maternité ». On pense à un « matrimoine » qui reviendrait à la mère comme le « patrimoine » relèverait du père… Peut-être. 1985. Photo sur http://www.saudek.com]

Deuxième option : Elles  sont véritablement des Vénus, des déesses de la beauté. Elles sont des objets d’art qui montrent ce que les hommes préhistoriques trouvaient beau : des formes féminines amples et rondes.

jan saudek,slavic beauty[« Beauté slave », 1988, photo sur http://www.saudek.com]

Troisième option : Ces petites statuettes sont des objets érotiques que les hommes tripotaient ou regardaient en se masturbant, comme une photo dans un magazine « pour homme », mais en 3 dimensions. Tout cela ne serait alors qu’une bonne vieille histoire de cul.

jan saudek,at the waterfront[« At the waterfront » qu’on pourrait peut-être traduire par « Face à la mer » ou « Le pied dans l’eau » ? Photo sur http://www.galeriemoderna.cz]