Archives de Catégorie: Lucas Cranach le Vieux

Hexe ou nixe ?

Avez-vous lu, deux articles plus tôt (« Femelletemple… à l’envers »), la  légende sous la gravure de Marie-Antoinette pelotant la bite de Priape ? Je vous la donne : Invocation de la Reine et de Mademoiselle Théroigne à la figure de Priape au moment qu’elles ornent de guirlandes le membre vigoureux de ce dieu, le premier des fouteurs des Syrennes du Ciel et de la Terre.

Un des Priapes d'époque romaine du Musée Archéologique National de Naples (remarquez l'anneau sur sa tête pour le suspendre)

Question : Qui sont donc ces Sirènes du Ciel et de la Terre dans lesquelles Priape a si bien enfourné son membre ?

Priape, fils d’Aphrodite, est connu pour son énorme bite (vraiment ENORME, pas juste un truc de film porno) qui en a fait une divinité associée à la fertilité, à la Nature et à la protection des jardins et de la propriété privée. Pour éloigner les voleurs qui pénètrent sans qu’on les ait invités, j’aime notamment cette petite mise en garde :

Je te préviens, garçon, je t’enculerai ; jeune fille, je te foutrai ; une troisième peine attend le voleur barbu (Percidere, puer, moneo; futuere, puella; barbatum furem tertia poena manet).
Si une femme me vole, ou un homme, ou un garçon ; l’une me donnera son con, l’autre sa tête et le dernier son cul (Femina si furtum faciet mihi virve puerve, haec cunnum, caput hic praebeat, ille nates).
Ma bite traversera les garçons par le milieu, les filles par le milieu mais avec les barbus, elle ne visera que le sommet (Per medios ibit pueros mediasque puellas mentula, barbatis non nisi summa petet).

Ainsi, dans l’Antiquité, l’éjaculation faciale était considérée une peine plus lourde que se faire enculer ! Instructif. Si vous souhaitez en apprendre davantage, vous pouvez lire toutes sortes de poèmes, invocations et autres menaces recensés sur le site marcopolo.

La vie sexuelle de Priape n’est pas très bien connue. Il est considéré comme un violeur de nymphes, suite à l’épisode au cours duquel il tenta en vain de pénétrer la virginale Lotis pendant son sommeil. Ainsi, Priape est généralement représenté comme un barbu (cf illustration ci-dessus) bien membré qui viole les vierges.

Comme Pan ou les satyres.

Comme Satan le bouc, l’époux infernal qui baise les jeunes sorcières (voir articles précédents).

Sorcière de Luis Ricardo Falero - 1880 - Collection privée ? - Source : sexywitch.wordpress.com

Questions :

Et si les sirènes du ciel étaient les jeunes sorcières sur leur balai ?

Et si les sirènes de la terre étaient les nymphes ?

Sorcière / Nymphe ? Hexe / Nixe ?

Lucas Cranach l'Ancien - "Liegende Quellnymphe" - 1518 - Museum der bildenden Künste, Leipzig - Source : wikipedia

Fontis nympha sacri / somnum ne rumpe / quiesco : Je suis la nymphe de la source / Ne rompez pas mon sommeil / Je me repose. Voici l’inscription qui se trouve sur le tableau de Cranach. Exactement la même que sur les autres « Fontis nympha » peintes par Cranach. Nymphe de la source ? Quellnymphe ? En allemand on pourrait dire « Nixe ».

La nixe est une créature des pays germaniques, une nymphe qui fréquente les sources et les rivières. « Ondine » est son meilleure équivalent en français. C’est une sorte de sirène mais sans queue de poisson. Elle est plutôt jeune et jolie. Plutôt vierge aussi. La nixe est un esprit de la Nature, mal disposé envers les humains. Son équivalent en Flandre rôde dans les marais et les canaux et habite sous les ponts.  C’est un homme noir et particulièrement mauvais : le Nekker.

Nul doute que le Nekker trouverait les nixes à son goût.

[Pour lire de très intéressants articles sur les sorcières de Luis Falero, je vous recommande sexywitch]

Baigneuse et voyeur : 1. Diane et Actéon

En 2009, la National Gallery de Londres a acheté (en partenariat avec les National Galleries of Scotland) le tableau « Diane et Actéon » peint par le Titien (v. 1490-1576). La National Gallery possédait déjà depuis 1972 « La mort d’Actéon » du même Titien. Hormis la lecture des « métamorphoses » d’Ovide (Livre III : Métamorphose d’Actéon en cerf), le déplacement à Londres est donc devenu la façon la plus simple de comprendre cette histoire.

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Titien, "Diane et Actéon", vers 1556-59, National Gallery et National Galleries of Scotland - Photo © National Gallery 2011

Après une journée de chasse bien remplie, Actéon se ballade dans la forêt avec ses chiens. Il tombe par hasard sur la déesse de la chasse, Diane/Artémis, à l’heure où elle se baigne avec ses nymphes. Méchant destin : la déesse vierge est pudique et sans pitié. Actéon la fait rougir. Il va mourir (Appréciez pleinement le regard terrible de la déesse – celle qui porte un croissant de Lune dans les cheveux – en cliquant sur la photo pour atteindre le site de la National Gallery et en zoomant).

Ecrit par Ovide, ça donne ceci : « Tandis que Diane se baigne dans la fontaine de Gargaphie, Actéon errant d’un pas incertain dans ce bocage qui lui est inconnu, arrive dans l’enceinte sacrée, entraîné par le destin qui le conduit. À peine est-il entré dans la grotte où coule une onde fugitive, que les nymphes l’apercevant, frémissent de paraître nues, frappent leur sein, font retentir la forêt de leurs cris, et s’empressent autour de la déesse pour la dérober à des yeux indiscrets. Mais, plus grande que ses compagnes, la déesse s’élevait de toute la tête au-dessus d’elles. Tel que sur le soir un nuage se colore des feux du soleil qui descend sur l’horizon; ou tel que brille au matin l’incarnat de l’aurore naissante, tel a rougi le teint de Diane exposée sans voiles aux regards d’un mortel. Quoique ses compagnes se soient en cercle autour d’elles rangées, elle détourne son auguste visage. Que n’a-t-elle à la main et son arc et ses traits rapides ! À leur défaut elle s’arme de l’onde qui coule sous ses yeux; et jetant au front d’Actéon cette onde vengeresse, elle prononce ces mots, présages d’un malheur prochain : « Va maintenant, et oublie que tu as vu Diane dans le bain. Si tu le peux, j’y consens ». Elle dit, et soudain sur la tête du prince s’élève un bois rameux; son cou s’allonge; ses oreilles se dressent en pointe; ses mains sont des pieds; ses bras, des jambes effilées; et tout son corps se couvre d’une peau tachetée. »

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Titien, "La mort d'Actéon", v. 1559-75, National Gallery, Photo © National Gallery 2011

Le deuxième tableau, sombre et tourmenté, montre la fin du malheureux chasseur transformé en cerf. Titien a pris quelques libertés avec le poème romain : Diane n’aura pas besoin de planter ses flèches dans le corps de la « bête ». Ses chiens se chargeront de le dévorer. Il semble d’ailleurs que c’est le même chien noir et blanc qui accompagne son maître dans le premier tableau et qui lui bouffe la jambe dans le second.

« (…) la meute arrive, fond sur lui, le déchire, et bientôt sur tout son corps il ne reste aucune place à de nouvelles blessures. Il gémit, et les sons plaintifs qu’il fait entendre, s’ils différent de la voix de l’homme, ne ressemblent pas non plus à celle du cerf. Il remplit de ses cris ces lieux qu’il a tant de fois parcourus; et, tel qu’un suppliant, fléchissant le genou, mais ne pouvant tendre ses bras, il tourne en silence autour de lui sa tête languissante (…) Mais ses chiens l’environnent; ils enfoncent leurs dents cruelles dans tout son corps, et déchirent leur maître caché sous la forme d’un cerf. Diane enfin ne se crut vengée que lorsque, par tant de blessures, l’affreux trépas eut terminé ses jours. »

Pauvre Actéon ! Franchement, le malheureux ne méritait pas ça et la déesse Diane est une sacrée garce. On ne transigeait pas avec la pudeur, aux temps des Grecs anciens !

Pour les puristes, j’ajouterai que Titien n’a pas montré le moment où Diane jette l’eau sur Actéon et scelle ainsi son destin. Ce détail n’a pas été oublié sur deux peintures que j’aime beaucoup : Le « Diane et Actéon » de Matteo Balducci (1509-1554), propriété d’un collectionneur privé mais visible sur friendsofart.net (remarquez le regard indifférent de la déesse alors qu’Actéon se fait bouffer !), et celui de Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), visible, en principe, au Wadsworth Atheneum Museum of Art à Hartford, Connecticut.

1 femme nue = 1,33 million d’euros

Le 17 décembre 2010, on a  appris que le musée du Louvre avait bouclé son budget pour acquérir le tableau « Les trois Grâces » de Lucas Cranach l’ancien. 4 millions d’euros pour 3 toutes petites femmes nues (une trentaine de centimètres chacune), soit 1,33 million d’euros pour une seule toute petite femme nue. Ah ! Quand je vous disais que c’est inscrit dans le code génétique des hommes ! Ils feraient n’importe quoi pour une jolie nana bien roulée. Il n’a fallu qu’un mois (du 13 novembre au 17 décembre) pour réunir le dernier million d’euros auprès de 5.000 généreux donateurs privés.

Puisqu’il faudra attendre jusqu’au 2 mars 2011 pour les voir (elles ont toujours été conservées dans une collection privée), voici en avant-première ces trois demoiselles :

On reconnaît sans difficulté le style de Lucas Cranach l’ancien (1472-1553) : des jeunes filles nues, toutes jeunes, toutes simples, toutes roses, avec des cheveux dorés et des yeux en amande, presque bridés comme ceux des filles d’Oulan-Bator, et un fin voilage transparent qui ne sert à rien. Le sol lunaire et le ciel noir donnent à l’ensemble un petit aspect extra-terrestre qu’on peut observer sur d’autres toiles de Cranach. On trouve aussi ce  fond noir sur des toiles de son contemporain et compatriote Hans Baldung-Grien ou sur des portraits de maîtres plus anciens comme Botticelli.

Le Louvre possède déjà un Cranach très similaire : sa « Vénus debout dans un paysage« . Même jeune fille pâle, blonde et bridée. Même cheveux dorés. Même voile transparent inutile. Même sol caillouteux. Alors pourquoi tant d’empressement à acquérir un Cranach de plus ? Je peux voir 2 raisons :

1- On n’a jamais trop de jeunes filles nues sous la main, surtout quand elles sont faites par Cranach.

2- Cranach a peint beaucoup de Vénus (et aussi beaucoup d’Eve) qui remplissent les musées de la vieille Europe mais il n’a réalisé que deux tableaux représentant les trois grâces : celui-ci et un autre qui se trouve non pas à Berlin, à Francfort, à Münich, à Vienne, à Londres ou à Saint-Petersbourg mais à… Kansas City !

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Lucas Cranach l'ancien - Les trois Grâces - 1535 - The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas-City - Image terminartors.com

Le tableau de Kansas-City est magnifique, lui aussi : Les fesses et les jointures de genoux de la fille de gauche, le profil de celle de droite, les jambes et le ventre de celle du milieu ! Rien à dire ! Sauf que… il manque un truc ; Un truc qui placerait immédiatement ces trois grâces dans  leur époque (je ne parle pas du chapeau de velours rouge) : Les colliers en or.

Nudité et dorures : Voilà bien la marque de fabrique d’un Cranach. Et n’avait-il pas raison ? La seule chose qui puisse embellir une femme nue, n’est-ce pas un bijou en or ?

Diane/Artemis, la pucelle volontaire

C’est Artemis qui demanda à son père Zeus la faveur de rester vierge toute sa vie. Elle fut ainsi préservée des avances possibles de son père (grand séducteur de nymphettes) et de son frère jumeau, Apollon, dieu de la musique et de la poésie et jeune homme d’une grande beauté.

Apollon et Diane - Lucas Cranach le Vieux (1472-1553) - The Royal Collection, H.M.Q. Elizabeth II

[Image disponible sur sur le site Wikipedia ou sur celui de la collection royale de la reine d’Angleterre]