Archives mensuelles : avril 2011

Courbes divines : Le fétichisme auriculaire

Dans le cadre de l’étude des courbes divines qui entraînent une réaction compulsionnelle masculine (qu’on appellera attirance, attraction, adoration ou fétichisme), j’avais proposé récemment un petit essai ovaloïde sur les courbes des fesses (voir « Les 8 O du Q« ) et, auparavant, un petit billet mandorlo-copernicien sur l’emplacement du trou du cul (voir « Pour une nouvelle cartographie de l’amande« ). Les fesses et la vulve sont des évidences. Comme les seins. Il y a aussi le visage, les yeux, la chute des reins ou les cheveux… Et puis il y a des parties du corps féminin auxquelles je n’aurais pas vraiment pensé. Moi, non, mais l »écrivain japonais Haruki Murakami,si.

Voici ce que dit le narrateur de « La course au mouton sauvage » (Ed. Kodansha, 1982 – Ed. du Seuil, 1990) devant des photos d’oreilles (féminines) prises en gros-plan :
C’était bien la première fois que je me trouvais aussi irrésistiblement attiré par une partie agrandie d’un corps humain (parties sexuelles comprises, naturellement). Comment dire, je voyais là comme un fatal, un énorme tourbillon.
Une courbe traversait d’un trait la photographie avec une audace défiant l’imagination ; une autre créait un filet de petites ombres d’une mystérieuse minutie ; une autre encore, telle une fresque antique, décrivait une infinité de légende. Le galbe du lobe dépassait en douceur toutes les courbes de la terre, le volume de sa chair transcendait le vie.

Le narrateur recherche la fille à qui appartiennent ces oreilles qui l’ont tellement ému. Il la trouve et l’invite au restaurant. Il est un peu déçu : Les cheveux de la fille couvrent ses oreilles et elle lui semble quelconque. Après plusieurs petits plats et verres de vin, elle consent enfin à découvrir ses oreilles.

Elle fit tenir dans sa bouche un élastique noir qu’elle avait sorti de son sac, releva ses cheveux des deux mains, les ramassa vers l’arrière et les noua prestement en leur imprimant une torsade.
« Comment tu trouves ? »
Je la regardais bouche bée, le souffle coupé. Ma gorge était désespérément sèche, mon corps se retrouva sans voix. Un instant, je crus voir onduler les murs en crépi blanc.(…) J’attendais un ressac de vague, respirais une bonne vieille odeur de crépuscule. Et ce n’était encore là qu’une infime partie de tout ce que je ressentis pendant ces quelques petits centièmes de secondes.
« Exquis ! éructai-je du fin fond de la gorge. Je ne peux pas croire que c’est la même personne.
– Exact », dit-elle.

[Cliquer ici pour voir à qui appartient cette oreille]

Portrait d’Alice Guérin par Paul-César Helleu

1884. Cette année-là, John Singer Sargent réalisait enfin son souhait de peindre « Madame X » (voir article précédent). Son ami Paul-César  Helleu recevait, lui, la commande du portrait d’une jeune fille aux longs cheveux roux dont il tombera amoureux et qu’il épousera deux ans plus tard.

Le pastel d’Alice Guérin est exposé au musée Bonnat de Bayonne, qui possède une des plus belles collections d’oeuvres de Helleu, suite au legs de sa fille, Paulette Howard-Johnston. Le musée a fermé ses portes ce mois-ci. On ne connaît pas la date de sa réouverture (2013 ?). Vous ne verrez donc pas prochainement le portrait d’Alice Guérin ou les pointes sèches de Helleu ou les toiles de Léon Bonnat. A la place, vous pouvez visiter la petite collection de clichés que « Clément » a pris sur place. Je lui ai emprunté l’image ci-dessus que j’ai un peu retouchée (il reste néanmoins son reflet sur la robe d’Alice). Qu’il en soit remercié.

Madame X

Madame X a un nom et ce n’est pas un secret : Il s’agit de Madame Pierre Gautreau, pour celles et ceux qui aiment donner aux femmes le nom de leur mari (Il y en a qui semblent penser que, pour une femme, tout change le jour de son mariage). Nous l’appellerons donc Virginie, fille du Major Avegno.

John Singer Sargent - "Portrait de Madame X" - 1884 - Metropolitan Museum of Art, New-York - Source : site du MET (cliquer l'image)

Gautreau ou Avegno, tout cela importe peu (X, c’est très bien). De même qu’il importe peu de connaître les raisons pour lesquelles cette Louisianaise s’expatria en France et épousa le sieur Gautreau, banquier de son état. Ce qui nous intéresse, en revanche, c’est que ce portrait a été peint par John Singer Sargent (1856-1925), le prolifique artiste américain aux 900 toiles et 2.000 aquarelles (selon l’article de Wikipedia qui lui est consacré) et que ce peintre déjà connu sur la place parisienne appela son tableau « Portrait de Mme *** » pour protéger le modèle (Mme Gautreau) du scandale.

Scandale ? Quel scandale ? Et bien oui, il avait bien prévu le coup, John. Le tableau a fait effectivement scandale au Salon de 1884 à Paris. Les critiques ont fusé de toutes parts. Ecoeuré, le malheureux Américain a quitté Paris et s’est installé à Londres. Je n’ai toujours pas bien compris pourquoi un tel scandale ! … Etait-ce à cause du décolleté ? Sargent l’avait pourtant « assagi » en ajoutant une bretelle par rapport à une esquisse précédente visible à la Tate Gallery à Londres (ci-dessous-cliquer l’image pour voir l’original sur le site du musée).

Cette toile a certes quelque chose de rare : l’absence de décor pour mettre en valeur le modèle, l’étrange vrillage du bras droit, le choix d’un portrait de profil, le contraste entre la robe, noire, et la peau, blanche. La peau blanche… On pense (et ce n’est sûrement pas un hasard) à la Galatée inaccessible de Polyphème (voir « Adoration, le cas Daphné« ) ou à l’idéal de beauté sculpté par Pygmalion (voir « Adoration, le cas Galatée« ) . Bref, cette toile est originale, sensuelle, pleine de sous-entendus mais méritait-elle un tel tir de barrage ?

Tout cela semble maintenant complètement aberrant. J’aime cependant la « petite histoire » derrière cette toile : Le fait que Sargent trouvait Virginie si jolie qu’il l’a longtemps poursuivie pour qu’elle accepte de poser pour lui , le fait qu’il a conservé le tableau (qu’il considérait comme une de ses plus belles oeuvres) bien en évidence dans son atelier, le fait qu’il l’a finalement vendue au MET en 1916, quelques temps après la mort de sa Galatée.

John Singer Sargent peignant dans son atelier - Photographie attribuée à Auguste Giraudon - Source : lediteursingulier.blogspot.com

[Le blog lediteursingulier a mis en ligne plusieurs photos noir et blanc de peintres dans leur atelier. Très intéressant]

Tentative de sublimation du corps par l’abus de textile

Je parcourais récemment le blog de Stoya, une actrice porno/mannequin/couturière américaine (… Why not ?). Dans un de ses billets, elle remarquait que ses 3 activités se rapportaient au sexe, y compris la couture car, in fine, les vêtements servent à paraître plus beau pour séduire l’autre. On pourrait ajouter que les vêtements servent aussi parfois à se protéger des éléments mais on a bien compris ce qu’elle veut dire et, ma foi, c’est plutôt vrai.

Les derniers articles que j’ai écrits ont présenté quelques unes des « locomotives » de la alt-fashion, la mode alternative, une mode particulièrement chargée sexuellement avec ses mannequins à moitié nues et l’usage intensif de matières comme le cuir ou le latex. Après 3 couturières et beaucoup de photos qui regorgent de seins et de fesses, j’ai soudain eu envie de voir autre chose. Moins de parties intimes exposées, mais plus de robes longues, de tissus satinés, de couleurs pastels. J’ai eu envie de quitter le milieu branché du Londres et du L.A. d’aujourd’hui pour retourner en France et retrouver ces peintres du XIXème siècle qui ont délaissé les sujets religieux, mythologiques ou historiques pour peindre leurs contemporain(e)s. Retrouver cette lumière d’été. Une journée lumineuse avec de jolies bourgeoises pomponnées mais un peu fanées. Un dimanche à la campagne.

J’ai sélectionné 6 peintures que j’aime bien. 6 femmes dans les fleurs. Les voici, en commençant (honneur aux dames, n’est-ce pas ?) par Berthe Morisot et Louise Abbéma.

A gauche : « Dans les fleurs », Louise Abbéma, 1892, Musée Intercommunal d’Etampes – A droite :  » Jeune femme assise devant la fenêtre », dit « l’Eté », Berthe Morisot, 1879, Musée Fabre, Montpellier

Louise Abbema Berthe Morisot

Ci-dessous, à gauche : « Le bouquet de lilas », James (Jacques Joseph) Tissot, vers 1875, collection privée ? (Quand on aime les robes alambiquées, on aime la robe du soir d’ « Evening » du même Tissot, au musée d’Orsay) – A droite : « Le billet », Auguste Toulmouche, 1883, Musée des Beaux-Arts de Nantes. Auguste Toulmouche est le champion des robes de bal et autres crinolines. J’ai beaucoup hésité entre « Le billet » et « Dans la serre« , également exposée à Nantes (Tissot et Toulmouche sont tous deux nés à Nantes), mais la robe du « billet » est simplement trop géniale !

James Tissot auguste toulmouche

Ci-dessous, à gauche : « Madame Valtesse de la Bigne », Henri Gervex, 1889, Musée d’Orsay – A droite : Un des portraits de Consuelo Vanderbilt peints par Paul César Helleu, vers 1900 ? Collection particulière ?

Henri gervex paul césar helleu

Ceci n’est qu’une petite sélection. On n’oubliera pas Pierre George Jeanniot et Julius Stewart (A voir tous les 2 à La Piscine de Roubaix), John Singer Sargent, Alfred Stevens, Gustave Léonard de Jonghe, Carolus Duran, Jean-Louis Forain, Jacques Emile Blanche, Léon Bonnat, Vittorio Matteo Corcos, Giovanni Boldini, Luis Alvarez Catala, et même Alexandre Cabanel (Miss Olivia Peyton Murray).

Portrait de Jesse Pagz par Chad Michael Ward

Je déroge complètement à mes principes en publiant deux portraits à la suite l’un de l’autre et, qui plus est, par le même photographe !

Je n’ai pas pu résister car ce cliché de Jesse Pagz doit absolument figurer sur le blog. Cheveux teints, visage maquillé, tatouage et bijoux : Cette photo est une superbe illustration de mes principes en termes d’habillement. J. Pagz est parfaitement vêtue. Plus serait trop.

Impossible de ne pas mettre cette photo… donc je la mets.

[Source : site de Chad Michael Ward]

Portrait de Bad Charlotte par Chad Michael Ward

charlotte par chad michael ward,mother of londonGénéralement coiffée de cheveux noirs de jais et d’une frange à la Bettie Page, Bad Charlotte (mm) a une place toute chaude dans le milieu de la couture alternative et du burlesque.

Pour cette séance de prise de vue pendant laquelle elle porte des produits Mother of London, Bad Charlotte n’est, pour une fois, pas brune. Chad Michael Ward (www) restitue une atmosphère très vintage, dans laquelle les couleurs ne sont pas complètement saturées, le sépia domine et le net joue avec le flou, qui est sa marque de fabrique.

Le petit « haut » (quel autre nom lui donner ?) de fleurs de roses et de feuilles en dentelles est exactement le même que celui porté par Mildred von dans l’article précédent.

Pour voir les autres photos de Bad Charlotte par Chad Michael Ward sur Coilhouse, cliquer ici.

Les nouvelles couturières : 3. Midred von (Mother of London)

Nous quittons Londres pour Los Angeles où est née « Mother of London » (mm), la petite marque qui monte. Sous ce nom dont j’ignore l’origine, se cache une jeune femme au nom tout aussi énigmatique : Mildred von Hildegard ! Pour nous, elle ne dévoilera que son sein gauche sur cette photo très sexy prise par Nadya Lev (mm,www) qui nous montre la couturière dans une de ses créations .

L’originalité des produits que conçoit Mother of London peut se résumer en 2 mots : cuir et asymétrie. Comme Rachel Freire ou Lady Lucie, elle profite pleinement de la synergie de sa production avec la photo de mode branchée et dénudée. Les vêtements qui ne couvrent que la moitié du corps (car asymétriques) sont particulièrement prisés.

Ainsi, c’est dans des créations de Mother of London (des tops seulement car, comme chacun sait, une femme est toujous plus belle cul-nu : bottomless, j’approuve) que Megan Renee est photographiée par le San Franciscain (ce type plein d’humour insiste lourdement sur ce point) Andy Wanderlust (www, mm, da). Les 2 photos sont visibles avec de nombreuses autres tout aussi superbes sur le site du photographe.

megan renee, andy wanderlust

Et, puisqu’on est en Californie, ce sera difficile d’échapper à Allan Amato. Pour l’occasion, il ne photographie pas Ulorin Vex mais une modèle locale, Scar (mm).

[Source de la photo : page modelmayhem de Mother of London]