Archives mensuelles : août 2012

La nudité masculine, elle, n’est pas érotique

Dans son livre (voir le billet « Homme fort, femme faible ?« ), Jean-Claude Bologne répète (je simplifie, bien sûr) que seule la femme est concernée par les questions de pudeur parce que seule la nudité féminine est considérée comme érotique. Ainsi la nudité masculine n’est pas érotique ? Bologne cite en exemple le monde du sport… Je réfléchis et, effectivement, un homme à poil, c’est autre chose.

1. Les vestiaires

Depuis 1979, un jugement fédéral américain autorise la présence de femmes-journalistes dans les vestiaires des hommes. Et elles y vont. En France aussi, les femmes journalistes fréquentent depuis longtemps les vestiaires des hommes. Et alors ? Pourquoi pas ? Finalement une femme au milieu des bites et des culs, ça passe bien.

Le type qui s’essuie le membre à l’arrière des vestiaires a l’air de trouver la situation amusante – Photo Washington Post

Les hommes aussi, par les mêmes lois qui établissent l’égalité entre hommes et femmes au travail, pourraient pénétrer les vestiaires féminins. Le font-ils ? Non, pas que je sache. Pas dans des vestiaires pleins de femmes nues en tous cas. Ils seraient taxés de goujaterie (je reprends le mot de Bologne) tandis que les sportives qui s’exhiberaient seraient considérées comme des… comme des quoi ?… Je vous laisse imaginer.

2. Le streaker

Oui, le streaker… Ce mec qui traverse le terrain à poil… c’est un mec. Presque toujours. Et ça passe bien. Pourquoi ? Parce qu’un mec à poil, c’est rigolo. Voilà, le mot est lâché : rigolo. Y’a là comme un truc de mec. La nudité masculine, ça va avec l’amitié virile, la franche camaraderie, la bonne rigolade et les tournées de bière : Bras dessus-bras dessous, bite contre bite, et glou et glou et glou… avale moi ça… il est des nô-ôtres…

3. Le calendrier

Ainsi en va-t-il aussi depuis 2000 avec la mise en vente du premier calendrier des rugbymen du Stade Français (« Les Dieux du Stade »), bien vite imités par d’autres équipes masculines. Les mecs avec les mecs, tous à poil, la transpiration, les potes. Ca sent la sueur sportive et la saine amitié.

Calendrier Dieux du Stade 2004 – Mois de Janvier : James Carroll, David Duchamp, Raphaël Poulain – Photo : François Rousseau

Regards sans gêne, jambes écartées, main sur le paquet ; Un truc d’hommes, à n’en pas douter. J’ai choisi une photo soft : Sur beaucoup d’autres, la bite est partiellement visible (Sylvain Letellier,  Yann Morand-Bruyard, Jérôme Prévitali, Frédéric Deltour) ou totalement (Alexandre Didy) ou moulée dans une serviette (Christophe Dominici). Imaginez une seconde l’accueil réservé à des sportives qui oseraient le même dénuement et les mêmes poses ?

Alors quoi ? Pas érotique la nudité masculine ? Ou alors seulement pour les gays ?

4. Les joueurs nus

Les équipes de sport qui jouent nues sont rares. La seule que je connaisse est une équipe (amateur et éphémère) d’hommes : Les « Nude Blacks » de Nouvelle-Zélande. Les voici  en 2011, devant 1500 spectateurs à Dunedin (Nouvelle-Zélande) lors de la coupe du monde de rugby, évoluant contre les « Spanish Conquistadores », une équipe féminine… habillée.

Nude Blacks vs Spanish Conquistadores – 2011 – Dunedin, Nouvelle-Zélande – Source : profimedia

Le monde du sport montre clairement que la nudité masculine est considérée avec beaucoup plus de légèreté et de bienveillance que celle des femmes. Mais les choses changent peut-être… lentement.

Ainsi quand Rachel Scott se joint aux Nude Blacks, il souffle, le temps d’un match, comme un petit vent d’égalité. Ajoutons qu’on trouve aussi quelques femmes-streakers et que les nanas qui achètent le calendrier des Dieux du Stade l’accrochent dans leur chambre parce qu’elles trouvent tous ces mecs très-très-très érotiques ! Oui, je vous assure.

Ah ! Pour remettre les compteurs à zéro, à quand Nelson Montfort entouré par les 11 de l’OL féminine complétement nues, le regard torve, les cuisses écartées et la main sur la chatte ?

Homme fort, femme faible ?

La relecture de « Pudeurs féminines » (Jean-Claude Bologne, Editions du Seuil, 2010) me donne l’envie d’écrire quelques billets, en commençant par celui-ci.

Dans le chapitre 4, Bologne exprime l’idée, qui m’a surprise, que le 19ème siècle a été un siècle rétrograde dans le traitement qui est réservé aux femmes. Alors que Madame d’Epinay écrivait en 1772 « Il est bien constant que les hommes et les femmes sont de même nature et de même constitution » et Madame de Coicy en 1785 « L’anatomie la plus exacte n’a pu encore remarquer aucune différence entre la tête de la femme et la tête de l’homme », le discours change au siècle suivant.

Kerri Pottharst sur l’épaule de Victor Anfiloff – Photo de James Houston parue dans « The Sydney Dream » – Source : beautystarsart.blogspot.fr

Après le libertinage et les expérimentations égalitaires du 18ème siècle, voilà que revient la vision d’une inégalité intrinsèque entre homme et femme : Les nerfs dominent chez cette dernière, les muscles chez l’homme (Bologne, p.214). Vision qui s’écrit noir sur blanc dans le Code civil de 1803 : « La force et l’audace sont du côté de l’homme, la timidité et la pudeur du côté de la femme » !

Ainsi s’explique alors l’origine de la pudeur (considérée comme exclusivement féminine) : Faible, donc incapable de résister physiquement à la force de l’homme, la femme se doit d’être timide (réservée, pudique) pour échapper à l’homme (ce violeur-né ! semble-t-il). Cela ressemble beaucoup à certains discours de religieux fondamentalistes actuels.

Quelques jours après la fin des JO de Londres, j’ai eu envie d’illustrer cette soi-disant inégalité de force entre hommes et femmes en montrant quelques photos qui indiquent le contraire.  Le magazine Black+White avait publié dès les JO d’Atlanta en 1996 des photos d’athlètes australiens des 2 sexes, nus et forts (la photo de Kerri Pottharst, championne olympique de beach volley à Sydney et médaillée de bronze aux JO d’Atlanta, sur l’épaule du beach volleyeur Victor Anfiloff est un clin d’oeil ironique du photographe James Houston repris dans « The Sydney Dream »).

Ronda Rousey – Photo par Peggy Sirota – ESPN « The body issue » 2012 – Source : thespreadit.com

La chaîne de sport américaine ESPN a adapté dans un format annuel le concept de Black+White en publiant depuis 2009 dans sa version papier une « Body issue » qui offre des photos d’athlètes nus, hommes et femmes confondus, comme celle de la judokate Ronda Rousey (vice-championne du monde 2007, médaillée de bronze à Pékin, MMA fighter of the year 2011) parue dans la toute récente édition 2012.

Pour terminer, jetez donc un coup d’oeil sur cet article de l’Observer Sport Monthly du 2 mars 2008 qui présente la cycliste Victoria Pendleton (championne olympique de Keirin à Londres, championne olympique de vitesse individuelle à Pékin, championne du monde de vitesse individuelle 2005, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2012) photographiée par Alan Mahon, nue sur un vélo.

« Sprint cycling is about machismo. So how did petite, feminine Victoria Pendleton become world champion? » Je traduis : « Comment la petite et féminine Victoria Pendleton a-t-elle pu devenir championne du monde ? » Voici le genre de question qu’on aurait pu se poser au 19ème siècle, ne pensez-vous pas ?

Vulve de marbre, vulves fruitées

Après Judy Chicago, voici un autre artiste que hier encore je ne connaissais pas : le Péruvien Fernando de la Jara (né en 1948) qui habite maintenant en Allemagne.

Fernando de la Jara – Pi-Chacan – 2002 – Université de Tübingen, Allemagne – Source : wikipedia

« Pi-Chacan » est une vulve de la taille d’une femme taillée dans un bloc de marbre et installée devant l’institut de microbiologie médicale et d’hygiène de l’université de Tübingen.

J’ai cherché à en savoir plus sur cette sculpture pas banale et sur son nom. Je n’ai rien trouvé là-dessus mais j’ai découvert son auteur et ses autres oeuvres (voir delajara.com). De la Jara aime peindre des jeunes filles et ses toiles sont souvent truffées d’objets symboliques. Cela m’a plu, bien sûr. Je me permets de présenter 2 fruits-vulves.

Fernando de la Jara – El mundo del origen – 1999 – Collection particulière, Allemagne – Source : catalogue visible sur delajara.com

« Le monde de l’origine » est un clin d’oeil à « L’origine du Monde », bien sûr. Voilà une nature morte qui ne devrait pas déclencher la polémique !

Et quant à cette grenade ouverte entre les jambes de la jeune fille… quoi de plus innocent et champêtre. Un goûter sur l’herbe, un après-midi d’été…

Fernando de la Jara – La granada – 2006 – Collection Wiedenhofer – Source : delajara.com

Je vous laisse découvrir sur le site du peintre-sculpteur les jeunes filles, la maison du père, etc.

Le dîner des grandes de ce monde

C’est en 2002 que la fondation Elizabeth A. Sackler a acheté le « Dinner Party » à son auteur, l’artiste Judy Chicago (née en 1939) pour l’héberger de façon permanente dans son Centre pour les Arts Féministes au Brooklyn Museum à New York. L’oeuvre n’était pas une nouveauté puisque, fabriquée de 1975 à 1979 par Chicago assistée par plus de 400 personnes (!), elle avait donné lieu à une exposition itinérante qui avait attiré à l’époque 1 million de visiteurs. Un million de visiteurs ! Personnellement, je n’avais jamais entendu parler de cette oeuvre, pas plus que de cette artiste. Et vous ?

La place d’Emily Dickinson à la table du « Dinner Table » – (c) Judy Chicago – Photo par Jook Leung Photography – Source : site web du Brooklyn Museum

Le « Dinner Party » est un hommage aux grandes femmes de l’humanité. L’installation principale est une table de banquet triangulaire dressée pour recevoir les 39 femmes sélectionnées comme les plus « remarquables ». Pour chaque invitée, un set de table et une assiette (souvent en forme de vulve) reprennent les éléments marquants de leur vie et de leur oeuvre.

Etude pour l’assiette d’Emily Dickinson – 1977 – (c) Judy Chicago – Photo (c) Donald Woodman – Source : site web du Brooklyn Museum

Les 39 femmes sont : La déesse première, la déesse de la fertilité, Ishtar, Kali, la déesse serpent, Sophie, l’Amazone, Hatchepsout, Judith, Sapphô, Aspasie, Boadicée, Hypathie, Sainte Marcelle de Rome, Sainte Brigitte d’Irelande, Théodora, Hrosvita, Trotula de Salerne, Aliénor d’Aquitaine, Hildegarde von Bingen, Pétronille de Meath, Christine de Pisan, Isabelle d’Este, Elizabeth R. (Elizabeth I d’Angleterre), Artemisia Gentileschi, Anna van Schurman, Anne Hutchinson, Sacagawea, Caroline Herschel, Mary Wollstonecraft, Sojourner Truth, Susan B. Anthony, Elizabeth Blackwell, Emily Dickinson, Ethel Smyth, Margaret Sanger, Natalie Barney, Virginia Woolf, Georgia O’Keeffe.

Etude pour l’assiette d’Emily Dickinson – 1977-78 – Judy Chicago – Source : site web du Five Colleges and Historic Deerfield Museum Consortium

Ne me faites pas croire que vous les connaissez toutes ! Pour en savoir plus, allez donc voir le site du Brooklyn Museum.

La nouvelle frontière sur le « runway » : pas de slip au défilé

Les mannequins ont pris depuis longtemps l’habitude d’exposer leurs seins sur les podiums des défilés. Dans l’article précédent, je tente une datation des premiers seins nus à 1994 mais la date précise importe peu. Voir la poitrine féminine, nue ou sous un tulle transparent, est désormais une normalité.

Il n’en va pas de même pour le sexe : Toutes les mannequins portent un string ou un shorty couleur chair sous leurs vêtements. Toutes ? En fait, non. Les choses changent peut-être à ce niveau aussi.

Je passerai sur la polémique russo-russe du défilé Printemps-été 2008 de Marmalade-Bearded Baby à l’Ural Fashion Week et de son mannequin au sexe bien visible sous une robe transparente (photos sur alexey-art.livejournal.com). Personne n’en a entendu parler.

Par contre, je ne passerai pas sur les premiers défilés de lingerie de ZAHIA DEHAR.

[A gauche : « Robe longue en tulle illusion jonchée de pétales de fleurs de cerisier en mousseline et tulle de soie rebrodé de strass Swarovski » pour reprendre les termes utilisés dans « Zahia for V magazine »,  Collection Printemps-été 2012, janvier 2012, Source : regionglobal.net – A droite, la robe de mariée portée par Zahia Dehar, petit clin d’oeil à la robe portée par Kate Moss dans le billet précédent, Collection Automne-hiver 2012-13, juillet 2012, Source : Photo ANP sur le blog « est100« ]

Pourquoi le buzz ? Peut-être parce que Zahia a acquis une grande notoriété grâce à l’affaire des services sexuels offerts par une mineure à des footballeurs de renom ; Peut-être parce que Karl Lagerfeld l’affectionne particulièrement ; Peut-être parce qu’elle ne portait pas de culotte à ses 2 shows.

Voir aussi les photos du défilé Printemps-été 2012 sur avaxnews. Voir les photos de Zahia « effleurant le cerisier » par Karl Lagerfeld sur visualoptimism.blogspot.fr.

Ce qu’a fait Zahia Dehar à Paris n’est cependant pas une nouveauté sur les runways londoniens (encore eux !).  Une styliste fameuse a fait tomber depuis longtemps les slips de ses mannequins, la Britannique PAM HOGG, dont je vous propose un extrait des 5 dernières collections :

Défilé Pam Hogg Automne-hiver 2012-13 – Source : weartrends

Voir toute la collection Automne-hiver 2012-13 sur weartrends et sur cozycot.

La couturière Pam Hogg (la blonde) au final de son défilé Printemps-été 2012 – Source : sleek-mag.com

Voir la collection Printemps-été 2012 sur Vogue UK, sur percevalties ou sur sleek.

Défilé Pam Hogg Automne-hiver 2011-12 – Source : weartrends

Voir la collection Automne-hiver 2011-12 sur weartrends.

La fameuse ceinture de chasteté du défilé Pam Hogg Printemps-été 2011 – Source : ekstrabladet.dk

Voir les clés de la ceinture sur freakdeluxe ainsi que le défilé Printemps-été 2011 sur zimbio.

Défilé Pam Hogg Automne-hiver 2010-11 – Source : onoff.tv

Voir quelques photos de la collection Automne-hiver 2010-11 sur onoff.tv.

J’aime beaucoup ce que fait Pam Hogg même si je trouve qu’elle n’innove plus vraiment. Elle reprend dans ses 5 derniers défilés (mais n’a-t-elle pas raison d’insister ?) les idées de sa collection la plus originale, celle de l’été 2010. J’ y reviendrai.