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La rupture artistique du poil

Si l’on compare la « Vérité » peinte par Jules Joseph Lefebvre en 1870 et la « Véritée nue » peinte par Gustav Klimt un quart de siècle plus tard, on constate qu’elles tiennent bien toutes les deux un miroir dans la main droite mais que la Vérité de Klimt est effectivement plus « nue » que celle de Lefebvre : elle ose montrer ses poils pubiens.

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« La Vérité » (extrait) par Jules Joseph Lefebvre – 1870 – Musée d’Orsay, Paris – Source : Wikimedia

Dans le dernier quart du 19ème siècle, une révolution est passée, celle de ce qu’on peut appeler l’ « anti-académisme », commencée dès le milieu du siècle par le réaliste Gustave Courbet et les impressionistes, prolongée à la fin du même siècle par le sécessioniste Gustav Klimt.

J’avais déjà parlé des seins lourds des nues de Courbet, Manet et Renoir (voir article « Les gros seins datent d’hier« ) en opposition aux petits seins de la peinture occidentale classique.

Voici maintenant, en opposition aux traditionnels pubis glabres des représentations féminines depuis l’Antiquité (il y a quelques exceptions dont je reparlerai), le pubis poilu de Gustave Courbet (« L’origine du monde », bien sûr, en 1866, qui reste une exception camouflée au milieu d’une oeuvre moins poilue), la « femme étendue sur un divan » (1873) et le « Nu au divan » (vers 1881) de Gustave Caillebotte (les seuls nus féminins de Caillebotte), la « Nuda Veritas » au pubis roux et les Gorgones aux pubis noirs (à la gauche du géant et des passions coupables dans la frise des « forces hostiles » de la frise de Beethoven peinte en 1902) par Gustav Klimt.

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« Nuda Veritas » par Gustav Klimt – 1899 – Österreichisches Theatermuseum, Vienne

La révolution artistique du 19ème siècle donnera cependant peu d’oeuvres de nues avant 1900 (et encore moins de nues au pubis poilu : voir les 4 tableaux des 3 Gustave mentionnés ci-dessus !).

Les belles alanguies de Modigliani et les femmes sans culotte d’Egon Schiele arriveront à la veille de la première guerre mondiale, suivies de l’Eve de Klimt et de l’Aphrodite de Franz van Stuck, puis des nues allongées de Foujita et de Suzanne Valadon dans les « Années folles ». A cette époque, l’académisme aura définitivement lâché l’affaire et les pubis fleuris abonderont… mais cela est une autre histoire…

Quand Vénus était habillée… et impudique

J’ai déjà parlé plusieurs fois de la Venus Pudica (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« , « La Vénus doublement pudique« , « La Vénus doublement pudique (épisode 2 en couleurs)« ).

Toutes ces Vénus sont nues car elles s’apprêtent à prendre leur bain. Quand elles remarquent la présence d’un « voyeur » (le sculpteur, le spectateur…), elles tentent de cacher leur « intimité » (leur sexe, qu’on appele aussi pudenda) avec la main. Aussi les appelle-t-on des Vénus pudiques alors qu’elles sont nues.

Statue d’Aphrodite et Eros, dite « Aphrodite d’Este » – Copie romaine d’un original grec du 5ème siècle avant JC – Kunsthistorisches Museum, Vienne – Photo : Yair Haklai – Source : Wikimedia Commons

Vénus (ou Aphrodite, la déesse de l’amour et de la beauté, en mythologie grecque) est la seule déesse habituellement représentée nue ou torse nue mais il existe également de nombreuses représentations de Vénus habillées. Ce que je trouve intéressant, c’est que ces Vénus vêtues sont, elles, très souvent impudiques, ce qui peut sembler contradictoire.

Ainsi, regardez l’Aphrodite d’Este, ci-dessus : La pose lascive, la tunique défaite sur une épaule, les seins à peine couverts d’une étoffe transparente, les tétons qui pointent à travers le vêtement, les plis du tissu qui mettent en évidence le triangle du pubis !

L’Aphrodite à la tortue, pourtant un peu plus habillée, apparaît encore plus impudique.

Statue d’Aphrodite dite « à la tortue » trouvée au temple d’Artémis de Doura Europos (Syrie) – Datée entre 27 avant JC et 235 après JC – Musée du Louvre – Photo par Chatsam – Source : Wikimedia Commons

En effet, alors qu’un deuxième vêtement lui couvre les jambes, celui-ci semble glisser pour découvrir le pubis, à peine caché par une étoffe transparente. L’oeil est immanquablement attiré par  l’entrejambe de cette Vénus strip-teaseuse. Notez que le déhanchement rappelle la position du « tribangha » et ces divinités orientales dont on a déjà parlé (Voir « Maya, la madonne de l’Est« )

Le sculpteur se sera peut-être inspiré de Polyclète dont l’Aphrodite trouvée à Epidaure dévoile complètement un sein tout en laissant deviner son bas-ventre. Une Vénus en armes qui vaut bien toutes les Amazones !

Statue d’Aphrodite en armes trouvée à Épidaure – Copie romaine du 1er s. ap. J.-C. d’un original daté vers 400 av. J.-C. attribué à l’école de Polyclète – Musée Archéologique National, Athènes – Photo : Marsyas – Source : Wikimedia Commons

Les chefs d’oeuvre antiques étaient abondamment copiés. On peut voir une petite soeur de la Vénus d’Epidaure  à la Glyptothèque de Münich et une Aphrodite déhanchée au musée de Bergama (Pergame) en Turquie qui ressemble beaucoup à la Vénus du Louvre.

Enfin, pour essayer d’être exhaustif, il faudrait encore ajouter l’Aphrodite de type « Héra Borghese », à la poitrine excitante bien que cachée, à la liste des Venus impudica habillées.

Tout cela vient illustrer le fait que l’impudeur, ce n’est pas « montrer » mais « attirer l’oeil sur ». Question d’intention. Rajoutez-y le regard de l’autre et, s’il est de qualité, l’érotisme n’est plus loin.

Homme nu, femme habillée : un concept très antique

Après un article sur l’absence d’érotisme de la nudité masculine et sur la spécificité féminine de la pudeur (voir « La nudité masculine, elle, n’est pas érotique« ), il me semble intéressant de faire un petit voyage dans le passé pour tester tout cela au pays des JO (on vient aussi d’en parler), berceau de l’Occident: la Grèce . A l’instar de la société occidentale moderne, la Grèce antique ne débordait-elle pas de représentations de femmes nues ? Non. Sûrement pas. Comme les cariatides de l’Erechthéion, les femmes grecques sont toujours montrées couvertes. Seules exceptions : les prostituées, les danseuses et, bien sûr, Aphrodite (en tous cas depuis qu’elle fut représentée ainsi à Cnide : lire « Le jour où commença le culte du corps féminin« ).

[Ci-dessus, à gauche : « Phrasikleia Korè », 1 mètre 79, datée de 550-540 avant JC, servait à indiquer l’emplacement d’une tombe , trouvée à Myrrhinus (Grèce), photo par Saïko – A droite : « Kroisos Kouros », 1 mètre 94, daté de 540-515 avant JC, servait à indiquer l’emplacement d’une tombe , trouvé à Anavysos (Grèce), photo par Mountain – Les deux statues sont exposées au Musée Archéologique National à Athènes – Source des photos : Wikipedia]

Hommes nus, femmes habillées, les exemples antiques abondent. Ainsi notamment pour les kouros (ou couros), sculptures parfois monumentales de jeunes gens debouts et toujours nus, et les korè (ou corè), statues de jeunes femmes debouts, toujours habillées.

On pourrait dire la même chose pour les représentations des dieux, souvent nus, alors que les déesses, elles, sont toujours couvertes (à l’exception d’Aphodite, dont on reparlera plus tard). Ainsi pour le dieu des mers, Poséidon, quand il poursuit Amymone de ses avances, la bite à l’air :

Poséidon poursuivant Amymone – Détail d’un vase daté à 440 avant JC conservé au Museum of Fine Arts, Boston

Pour les mortels, même combat. A part l’éventuel sein nu d’une danseuse, les femmes ne montrent pas laur chair, alors que les hommes ne s’en privent pas : soldats et sportifs sont généralement  nus.

On pourrait peut-être tenter cette conclusion : L’Occident des origines a mis la charge de la pudeur sur la femme et laissé l’homme nu. Les missionnaires chrétiens se sont chargés d’habiller l’homme qui ne s’est plus jamais dévêtu. L’érotisme associé à la seule nudité féminine (dans un monde dominé par les hommes ?) et la libération des esprits (à la Renaissance, au 18ème puis au 20ème siècle) ont permis de développer une iconographie pléthorique de la femme nue, renversant ainsi le couple antique femme habillée-homme nu (Voir aussi le billet « Le monde à l’envers« ).

Interros écrites sur la nudité

Femelletemple a déjà posé quelques questions sur la nudité, l’influence de la morale et de la Bible : Voir les articles « La faute à Eve« , « Quelques secondes avant l’invention de la pudeur : Profitons du spectacle !« , « Eve, évidemment – Episode 2 – De quel péché parle-t-on ?« .

Dans la série « The written Word »,  R.A. « Tony » Evans, Jr (Harlemphoto) propose quelques interrogations d’ordre moral (Vous savez, la Morale, quand il est question du Bien et du Mal et de comment faire le Bien).

« The man is responsible to guard is mind from impurity » n’est pas une injonction morale qu’on trouve telle quelle dans la Bible. Cette phrase a en fait été copiée-collée sur plusieurs sites américains de morale chrétienne et renvoie généralement au verset 8 du chapitre 4 de l’Epitre de Paul aux Philippiens : « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. » Ce n’est pas tout à fait pareil mais, dans tous les cas, pourquoi faudrait-il penser le corps de la femme comme impur ?

Les versets 27 et 28 du Sermon sur la montagne (Evangile selon Mathieu, chapitre 5) sont peut-être plus intéressants. Ils disent ceci : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » En bref, JC dit que ce n’est pas bien de regarder une femme pour la convoiter. Ceux qui ont écrit le Lévitique et le Deutéronome recommandaient même la mort comme sanction à l’adultère. Est-ce qu’un homme qui regarde une femme nue la convoite ? Si oui (et le « oui » reste à démontrer), est-ce qu’il mérite la mort (remarquez que la peine de mort ne s’appliquerait qu’à un homme marié, puisqu’il s’agit d’adultère et que seule la perspective masculine est considérée dans la Bible) ? Est-ce que vous pensez que parce que vous venez de regarder la photo ci-dessus, vous méritez la mort (si vous êtes un homme marié, bien sûr) ?

J’en remets une couche avec cette deuxième photo et l’inscription sur le bas-ventre :

« Est-ce que le problème, c’est mon corps ou est-ce que c’est toi ? » J’aime cette question qui me rappelle la phrase de Jean-Claude Bologne citée en marge de ce blog : « La pudeur réside moins dans la dissimulation du corps que dans la qualité du regard qui se pose sur lui » (Pudeurs féminines. Voilées, dévoilées, révélées – Editions du Seuil – 2010).

Je m’aperçois, une fois de plus, que la nudité en soi n’est pas un problème, pas même pour la Bible, comme déjà discuté dans « L’homme et sa femme étaient tous deux nus et n’avaient pas honte (Genèse 2 25)« … et ce n’est pas l’histoire incompréhensible des vêtements de peau (« Il les revêtit d’habits de peau« ) qui me fera penser le contraire.

La vraie question morale (si on adhère à la Bible comme source de moralité, bien sûr !), c’est celle de l’adultère. La nudité n’est alors un problème que si elle incite à l’adultère que la Bible condamne sévèrement (Detéronome 22 22 : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux »). Pour éviter tout ça et vivre en paix, un conseil simple : Femme, ne te marie JAMAIS ! (et vis nue par la même occasion).

Pudica et Impudica, versions contemporaines, photographiées

Après les copies romaines de statues grecques et les peintures du 19ème siècle, c’est un grand plaisir de rappeler à la mémoire de tous cette superbe Venus Pudica à la clope par Peter Lindbergh que l’on trouve en haute déf sur le web (cliquer sur la photo pour admirer l’Aphrodite Monica Bellucci).

Pour en savoir plus sur Peter Lindbergh (photographe du noir et blanc et admirateur de Van Gogh !), allez donc voir son site. Ne manquez pas l’édition spéciale 30 ans de Vogue Allemagne par Peter Lindbergh. Magnifique. L’édition spéciale de Vogue Espagne n’est pas mal non plus.

En opposition à la Vénus pudique (et pour compléter l’article précédent), voici son pendant impudique, la Vénus de l’Esquilin aux bras relevés, sous la forme d’une jeune fille tatouée qui se déshabille.Remarquez au passage qu’il s’agit de la deuxième fois que je mets sur le blog une photo glanée sur le web de ce total inconnu qu’est Kevin Jordan, qui semble nous venir des froides terres canadiennes.

Le modèle classique de la Vénus Impudique

On a déjà beaucoup parlé de la « Venus Pudica » : L’originale, celle de Cnide, qui se cache le sexe mais pas les seins ainsi que la variante dite « Capitoline » (du nom de la colline de Rome où on a trouvé une de ses copies) qui se cache les seins en plus du sexe. On n’a pas encore parlé de la Vénus qui ne cache rien et qu’on pourrait donc appeler « impudique ».

Il s’agit d’une Vénus qui lève les bras, généralement pour bricoler quelque chose dans ses cheveux. Les anglophones l’appellent d’ailleurs « hair-binding Venus ». Elle peut se confondre avec les Vénus Anadyomène (« surgies de l’eau ») peintes au 19ème siècle par Bouguereau, Chassériau, Ingres ou Amaury-Duval qui, toutes, lèvent leur bras pour nouer leurs cheveux.

Depuis la découverte à Rome, en 1874, lors de travaux sur la colline de l’Esquilin, d’une Aphrodite très « cnidienne » dans la pose (fesses serrées, déhanchement, debout à côté d’un vase sur lequel sont posés ses vêtements) mais aux bras relevés (du moins faut-il le déduire par ce qui reste des épaules car les bras sont cassés), on appelle ce type de représentation féminine une « Vénus de l’Esquilin ».

Venus de l'Esquilin

Vénus de l'Esquilin - Copie romaine d'un original grec - Musée du palais des conservateurs, salle des Horti Lamiani (musées capitolins, Rome) - Photo par didi46 sur Wikimedia

[Cliquer pour voir la Vénus sur le site des musées capitolins et sur Flickr]

Hormis celle-ci, les statues de type « Esquilin » les plus célèbres se trouvent au Louvre (également une copie romaine aux bras cassés) et au musée de Pergame (Pergamonmuseum) à Berlin.

Nulle doute que la découverte de cette statue a directement influencé plusieurs tableaux exécutés quelques années plus tard :

venus esquilin, alma-taderma, poynter, siemiradzki

De gauche à droite :

A sculptor’s model (aussi appelé Venus Esquilina), 1877, par Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), collection particulière

Diadumeme, 1883, par Edward John Poynter (1836-1919), Royal Albert Memorial Museum and Art Gallery, Exeter.

Phryné à la fête de Poséidon à l’Eleusinion, 1889, par Henryk Hector Siemiradzki (1843-1902), Musée russe de Saint-Petersbourg

Vertueuses et lesbiennes

Le Néerlandais Hendrick Goltz, dit Goltzius (1558-1617), est un peintre et graveur exceptionnel. Il a laissé une oeuvre abondante, tout particulièrement au Rijksmuseum d’Amsterdam. Une suite de quatre estampes, appelée « De verenigde deugden » (« Les vertus alliées »), m’a toujours semblé remarquable par ses couples de femmes qui s’embrassent langoureusement. Goltzius a traité des couples d’allégories de vertus comme autant de couples de lesbiennes.

1. Rechtvaardigheid en Voorzichdigheid (Iustitia + Prudentia)goltzius,iustitia,justitia,prudentia

Le premier couple est celui que forment Iustitia (le souci d’équité) avec Prudentia (le discernement). Iustitia et Prudentia sont deux des quatre vertus que les Grecs appelaient « cardinales ».

2. Kracht en Geduld (Fortitudo + Patientia) fortitudo,patientia,goltzius

Fortitudo (le courage) est la troisième vertu cardinale. Goltzius l’a associée avec la patience, bien que cette vertu-là ne soit pas cardinale. Elle remplace Temperentia, la retenue, que l’artiste a escamotée.

3. Hoop en Vertrouwen (Spes + Fidutia)fidutia,spes,goltzius

La confiance (Fidutia) et l’espérance (Spes) sont, elles, des vertus dites chrétiennes (même si on parle plutôt de « Fides », la foi, que de « Fidutia »). La troisième vertu chrétienne (« Charitas », la charité ou l’amour) a été larguée par  Goltzius mais ses quatre gravures ne regorgent-elles pas d’amour ?

4. Eendracht en Vrede (Concordia + Pax)concordia,pax, goltzius

[Toutes images visibles en HD sur le site du Rijksmuseum. Cliquer sur les images pour les voir]

Le jour où commença le culte du corps féminin

L’histoire  est belle (cf le témoignage confié par Just Jaeckin à Jean-Philippe Chatrier pour Paris-Match) : La star américaine Jane Fonda propose de poser nue en échange de la destruction de photos d’elle (nue également) prises à la dérobée par un paparazzi. S’en suivra une longue scéance photo de 3 jours près de Saint-Tropez qui ressemble à un hommage au corps nu de Vénus Anadyomène sur les rives de cette même Mer Méditerranée qui l’a vu naître.

C’est aussi une très jolie illustration de la phrase de Jean-Claude Bologne : « La pudeur réside moins dans la dissimulation du corps que dans la qualité du regard qui se pose sur lui » (in « Pudeurs féminines », Editions du Seuil, septembre 2010).

[Photo de Jane Fonda pudique, sur la plage de la Bastide blanche près de Saint-Tropez, août 1966 © Galerie Anne et Just Jaeckin – on trouve aussi cette photo sur le web avec un copyright Just Jaeckin/Sygma/Corbis]

Cette histoire me servira d’introduction à une autre histoire, bien plus connue : Celle du jour où commença le culte du corps nu de Vénus-Aphrodite. C’est un homme, bien sûr, qui créa cet événement : Le fameux sculpteur grec Praxitèle, le jour où il proposa un choix aux citoyens de l’île de Kos pour leur temple d’Aphrodite.

Il leur présenta une alternative à une énième statue d’Aphrodite revêtue d’un long chiton plissé (à l’image de toutes les Grecques dans une société extrêmement machiste où les femmes se montraient rarement en public et jamais nues). Il leur proposa une nouvelle vision de leur déesse : Aphrodite au moment où elle achève de se déshabiller pour prendre son bain ; Aphrodite complètement nue qui cache uniquement son pubis de la main, par pudeur, comme si elle était surprise par un intrus.

Les citoyens de Kos rejetèrent cette nouveauté mais, dans la péninsule d’en-face, ceux de la ville portuaire de Knidos (Cnide), par goût ou par défi, achetèrent la création de Praxitèle et l’installèrent au centre du temple rond dédié à la déesse qui dominait leur ville.

Cnide,Cnidos,Knidos,Aphrodite,Venus,Kos,carte,mapCnide,Cnidos,Knidos,plan,temple aphrodite,venus,port,merDe la ville de Cnide et de son temple d’Aphrodite, il ne reste pas grand chose. Pourtant, le nom est rentré dans l’histoire car, depuis ce jour du 4ème siècle avant JC où les citoyens de la ville ont installé au centre de leur temple circulaire la statue d’Aphrodite offrant son corps entier aux regards des fidèles, c’est cette représentation de Vénus qui s’est répandue dans tout le monde grec puis romain. Du culte de Vénus, on est passée au culte de Vénus nue.

Tout comme son temple, la statue de Praxitèle à été détruite. Les sculpteurs antiques l’ont cependant maintes fois copiée et son image a été préservée sur les pièces de monnaie frappées par la ville de Cnide.

Monnaie en bronze de Cnide représentant l'Aphrodite de Praxitèle, frappée à l'effigie de Caracalla et de Plautilla, Inv. 543, Bibliothèque Nationale de France, Paris - Photo publiée sur un mini-site du Louvre

Fesses serrées et genou gauche plié (ce qui entraîne un déhanchement dans la posture), main droite sur le pubis et main gauche tenant un vêtement au-dessus d’un vase : Voici l’image de l’Aphrodite de Praxitèle.

Plusieurs copies ont traversé les siècles en assez bon état, comme l’Aphrodite du Palazzo Altemps (Musée national de Rome) ou l’Aphrodite Braschi de la Glyptothèque de Münich mais on considère généralement qu’il en est une plus ressemblante à l’originale que les autres : Il s’agit de l’Aphrodite dite « Colonna », conservée dans le cabinet des masques du palais du Belvédère (Musée Pio-Clementino, Vatican).[Image publiée par F.Tronchin sur Flickr. Pour voir une meilleure photo en haute def, cliquer ici]

Coincée dans sa niche, Aphrodite n’offre plus ses fesses aux regards, contrairement à sa glorieuse ancêtre dont on pouvait faire le tour. Voici néanmoins une photo qui vient combler cette lacune (photo prise, semble-t-il dans un atelier de restauration, à moins qu’il ne s’agisse d’un moulage ? Beau cul, en tout cas).

[Photo tirée du livre d’Antonio Corso, The Art of Praxiteles II: The Mature Years, Rome: “L’Erma di Bretschneider”, 2007, et visible sur le site onassis.gr]

Pour ceux qui souhaitent vraiment tourner autour de la statue (ou, plutôt, la faire tourner sous leurs yeux), le virtuelles Antikenmuseum de l’université de Göttingen propose un Quicktime VR, ainsi que 4 photos HD d’un moulage.

Les statues de Vénus qui cachent leur sexe avec la main sont appelées VENUS PUDICA. On se rappellera pourtant qu’aux citoyens de Kos, elle ne semblait pas assez pudique. Idem pour les autorités vaticanes qui, jusqu’en 1932, ont fait ajouter un vêtement à la Vénus Colonna. Un vêtement qui tombe sous les fesses et, par devant, couvre à peine le pubis. Plutôt érotique, tout ça, je trouve… Pudeur ! Pudeur ? Ca veut dire quoi, exactement ?

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Vénus Colonna avant 1932, alors qu'une "jupe" de fortune avait été ajoutée pour lui couvrir les jambes et le sexe - image wikimedia commons

Couvertes de bijoux (…et rien d’autre)

L’Occident a connu une courte période  pendant laquelle il était  « à la mode » de représenter des femmes nues parées de leurs seuls bijoux (cf les 3 Grâces de Lucas cranach dans l’article précédent). Le reste du temps, nudité et bijoux, peau et or, ça a plutôt concerné les Egyptiennes (voir article) ou les Khmères (voir article).

Notre époque ne change rien à l’affaire : il circule des millions de photos de femmes nues ou en string, en corset, en latex, en cuir… mais si vous cherchez de l’or, filtrez patiemment le cours du web et, de temps en temps, vous trouverez peut-être une paillette.

Voici une photo prise par Andy Julia pour le joaillier Mazlo :

[Photo visible sur le site d’Andy Julia ainsi que d’autres prises de vue pour Mazlo. Cliquer sur le visuel pour atteindre le site du photographe.]

Le Britannique Nick Giles a réalisé plusieurs belles photos avec cet étrange collier qui sert de parure comme de vêtement : [Photo visible sur le site DeviantArt de Nick Giles ainsi que d’autres prises de vue avec ce collier. Cliquer sur le visuel pour atteindre le site]

Enfin voici un cliché dont j’ignore tout (y compris le nom du photographe – Kevin Jordan ? – ou du mannequin) mais ce serait vraiment dommage de ne pas le montrer. L’or n’a-t-il pas été inventé pour la peau noire ?