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Portrait de Micaela Schäfer

mic4Soit je deviens fan de cette Micaela Schäfer, soit je deviens conne (ou les deux) mais j’aime bien ce portrait pris pendant le défilé Kauffeld & Jahn à l’occasion de la Mercedes-Benz Fashion Week Spring/Summer 2015 à Berlin le 7 juillet dernier.

(source : ok-magazin.de)

Pour en finir avec les « people » qui prétendent se mettre à nu

Chaque semaine amène son lot de peoples et autres semi-mondaines qui prétendent attirer le photographe avec l’exposition d’un quart de téton ou d’une demi-fesse à l’occasion d’une festivité quelconque.

C’est fini. Qu’elles aillent toutes se rhabiller !

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La people Micaela Schäfer (personne sans aucune utilité avérée, comme tous les peoples dignes de ce nom) vient de se promener à poil – ou plutôt vêtue d’un chapeau, d’un collier et d’un bracelet, le sexe soigneusement camouflé par un petit sac à main – lors du vernissage de l’exposition « Berlin Bohême » organisée par la Gallery Rath au Humboldtbox à Berlin du 1 au 5 octobre dernier. Voici 2 photos de Micaela en compagnie d’Oliver Rath et d’une incommue (vous retrouverez ces photos en HD sur le site icelev ou sur le site d’Oliver Rath).

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Voilà, c’est fait! On ne peut pas faire mieux.

Seins : Le combat symbolique

Les seins font la une. Après les actions topless des Femen et la mastectomie d’Angelina Jolie, voici la plainte déposée le 15 mai 2013 par Holly van Voast contre la police de New-York pour faire respecter la décision de justice qui autorise depuis 1992 les femmes de l’état de New-York à se promener torse nu dans la rue (suite à l’arrestation de plusieurs femmes « qui avaient dénudé la zone de leur corps située sous le haut de l’aréole » dans un parc de Rochester).

holly van voast msn

L’activiste et photographe Holly van Voast attend l’arrivée de Bill Clinton à New York – 9 novembre 2011 – Source : msn.com

Cela rappelle des combats plus anciens comme le « brûlage de soutiens-gorges » des féministes de 68 ou les seins nus de la femme qui proteste les propositions traditionnalistes (et favorables à la famille) de Jean Royer en 74.

Alors, pourquoi tant de bruit autour des seins de la femme ?

Une femme effectue un strip-tease lors d’un meeting du candidat à l’élection présidentielle Jean Royer, le 26 avril 1974 à Toulouse. Ph. DR

Une femme montre ses seins lors d’un meeting à Toulouse de Jean Royer, candidat à l’élection présidentielle – 26 avril 1974 – Ph. DR – Source : Le Bien Public

D’abord, un constat : Dans la société occidentale contemporaine, les tabous qui entourent le pénis et ceux qui entourent le vagin sont plus ou moins les mêmes. Il y a cependant des tabous qui concernent les seins de la femme et non la poitrine de l’homme. Pourquoi ?

Il y a, je pense, deux traditions qui expliquent cette différence de traitement : la pudeur grecque et la valorisation (déification ?) de l’allaitement maternel.

PUDEUR GRECQUE

Dans la société grecque antique, les femmes étaient des citoyens de seconde zone (elles n’étaient d’ailleurs pas des citoyens, tout comme les enfants, les esclaves et les étrangers : la citoyenneté était réservée aux hommes adultes, tradition qui se perpétuera dans le système électoral français jusqu’en 1944, année de l’ouverture du scrutin aux femmes). Les femmes mariées restaient à la maison et sortaient voilées. Cette pudeur (ce « voilage ») n’était pas exigée des hommes (voir « Homme nu, femme habillée : un concept très antique« ).

Même dans la statuaire antique, seule Aphrodite apparaît parfois nue, suite à la « révolution » initiée par Praxitèle lorsqu’il vendit sa statue de déesse dénudée aux habitants de Cnide (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ). Encore faut-il ajouter que si l’Aphrodite de Cnide cachait son pubis de la main, les Venus Pudica ultérieures cacheront également leur poitrine (voir « La Vénus doublement pudique« ).

VALORISATION DE L’ALLAITEMENT MATERNEL

A la différence de l’homme, la femme enfante et allaite. Cette particularité de la plus haute importance, voire même ce mystère, a sans nul doute fait l’objet de respect et de vénération depuis les temps les plus reculés : citons les déesses-mères, les idoles de fécondité, Astarte, les idoles crétoises (voir « Idoles qui se pressent les seins« ), Isis qui allaite Horus et, bien sûr, Marie qui allaite Jésus.

Par fusion de ces deux traditions (pudeur grecque et valorisation du sein qui nourrit), le seul sein nu acceptable est le sein allaitant. En dehors de ce cas particulier, une femme qui montre ses seins ne peut être qu’une prostituée (ou toute profession assimilée telle que musicienne, danseuse ou, parfois, bergère). Pour simplifier, une femme qui montre ses seins est soit une respectable mère allaitante, soit une pute.

Se battre pour une égalité de statuts entre la poitrine de la femme et celle de l’homme, c’est donc se battre contre les traditions relatives à la pudeur et à l’allaitement (donc à la famille). C’est dire : « Les seins ? Bof, ce n’est pas très important ». C’est là que la mastectomie d’Angelina Jolie rejoint la plainte d’Holly van Voast.

[Voir aussi : « Le sein, une histoire » par Marilyn Yalom, Galaade Editions, 2010 et « Pudeurs féminines » par Jean-Claude Bologne, Editions du Seuil, 2010]

Jambes en M – Le cas de la Lajja Gauri

Surprise par la beauté et la sensualité totalement impudique de cette statue, j’ai décidé de passer un peu de temps à essayer de comprendre ce qu’elle représentait.

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Statue de Lajja-Gauri trouvée au temple chalukya de Naganath près de la ville de Badami, état de Karnataka (Inde) – Sculptée vers 650 après JC – Conservée au musée archéologique de Badami

La tâche est ingrate car malgré les milliers de pages pondues sur le sujet, personne ne semble savoir avec certitude de quoi il s’agit.  Qui est donc cette femme nue (mais couverte de bijoux sur les bras, les pieds, le cou, la poitrine et le ventre) , accroupie avec les jambes largement ouvertes en forme de M, avec les bras en l’air, la poitrine exposée, la tête coupée et remplacée par une fleur de lotus (pour compliquer les choses, elle n’est parfois pas nue et elle a parfois une tête) ?

Suivant qu’on s’intéresse à la position de ses jambes, à son absence de pudeur, à l’absence de sa tête ou à la fleur de lotus qui la remplace ou à d’autres critères encore, on l’appelle « Aditi Uttanapada », « Nagna Kabandha », « Lajja Gauri » et plein d’autres jolis noms. « Lajja Gauri » est le plus fréquent.

Il existerait une centaine de représentations connues de la Lajja Gauri en Inde. Je n’en ai trouvé qu’une poignée sur le web :

1Lajja-Gauri-deccan british museum

Statuette de Lajja Gauri en stéatite de 6,6×7,6cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire du plateau du Deccan en Inde et conservée au British Museum à Londres

2Lajja-Gauri-Madhya Pradesh MET

Statuette de Lajja Gauri de 10.3 x 10.3 cm, datée du 6ème siècle après JC, originaire de l’état de Madhya Pradesh en Inde et conservée au Metropolitan Museum à New York

3lajja-gauri-orissa

Plaque N°2 de Lajja Gauri en calcaire de 11×12 cm, datée de la fin du 8ème siècle ou du 9ème siècle, découverte dans le district de Nuapada, état d’Orissa en Inde et conservée par son inventeur, M. Singh Deo

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Statue de Lajja Gauri datée d’environ 650 après JC, originaire du temple de Sangamesvara près de Kudavelli, état d’Andhra Pradesh en Inde et conservée au musée d’Alampur

Certains experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme en train d’accoucher, même si son ventre n’est pas gros et qu’aucun bébé ne pointe le bout de la tête comme on peut le voir sur des représentations de déesses-mères (comme celle de Dharti-Mata, par exemple).

D’autres experts avancent que la position des jambes indique qu’il s’agit d’une femme prête à accueillir une relation sexuelle.

Une déesse de la fécondité dans un cas, une déesse du plaisir dans l’autre ?

D’autres avancent par ailleurs qu’une femme sans tête ne saurait être une déesse mais plutôt une sorte de fétiche. Vu la taille réduite de la plupart des Lajja Gauri représentées ci-dessus, faudrait-il les comparer aux tout aussi énigmatiques « Vénus » préhistoriques retrouvées en Europe ?

Pour ajouter ma touche au débat, je me permettrai de signaler que la position de la Lajja Gauri n’est pas une position érotique « naturelle ». Jambes en M, bras en l’air et seins apparents ?  Non. Quand une femme s’assoit avec les jambes écartées, elle a généralement la poitrine cachée par les jambes et les bras en bas. Voici une des rares photos érotiques de pose en M qui pourrait correspondre à la Lajja Gauri (imaginez une fleur de lotus à la place du visage de Vic E et, surtout, son corps couvert de bijoux) :

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Vic-E dans « The only way I know » – Source : femjoyhunter.com

Amusez-vous à feuilleter les centaines de photos de pose en M sur ce site, aucune ne correspond vraiment à la Lajja Gauri. Peut-on en déduire que cette forme si particulière a été créée un jour quelque part puis, pour des raisons inconnues, copiée et disséminée ?

Post-scriptum : Je mets à jour l’article avec une photo que j’avais complètement oubliée. J’ignore malheureusement le nom de la modèle et du photographe. Et, bien sûr : Trop de chaussures, pas assez de bijoux, trop de visage, pas assez de fleur de lotus… Comme il se doit. Néanmoins, avez-vous remarqué ce qui fait que cette femme n’adopte PAS la pose de Lajja Gauri ?

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Pour moi, le problème vient des bras : La Lajja Gauri lève les bras, certes, mais elle tient aussi quelque chose dans les mains, ce qui n’est pas le cas de la modèle ci-dessus qui passe les mains dans ses cheveux, ce qui rappelle plutôt certaines représentations de Vénus/Aphrodite. Je reviendrai sur la pose de la Lajja Gauri un peu plus tard, quand je parlerai des « maîtresses » du Louristan.

Jambes en M – La version occidentale

J’ai consacré plusieurs billets aux jambes en X. Il est temps de passer à une autre lettre de l’alphabet, le M. Le web regorge de photos de femmes nues et, en particulier, de photos de femmes accroupies, leur jambes en forme de M, leur vulve exposée au regard de tous (Pour s’en convaincre, les majeurs pourront consulter le forum consacré à la « beautiful pose » ou « sitting with knees up pose »).

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« Aphrodite Goddess of love crouching in wait » – Source : imgur.com

La pose accroupie avec jambes en M est une pose très érotique et très féminine. La photo ci-dessus n’est-elle pas intitulée « Aphrodite, déesse de l’Amour, attendant accroupie » ?

Cette pose était sans doute trop audacieuse pour les artistes occidentaux (je parlerai plus tard de l’Orient) car elle n’est presque jamais représentée en Europe jusqu’à la fin du 19ème siècle. Hans Sebald Beham a certes dessiné quelques femmes  aux jambes relevées au 16ème siècle (cf : « Le bain selon les frères Beham : Peu de lavage, beaucoup de tripotage« ) mais il faut attendre Auguste Rodin (1840-1917) pour voir une vraie image de femme aux jambes en M.

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« La femme accroupie » ou « Luxure » – Auguste Rodin – 1881-82 – Conservée au musée Rodin, Paris – ADAGP – Photo Erik et Petra Hesmerg

L’oeuvre photographiée ci-dessus est une terre cuite visible au musée Rodin. On y trouve aussi un plâtre et un bronze. Un autre bronze est installé dans le jardin de sculptures du musée Kröller-Müller aux Pays-Bas.

Cette pose sensuelle et animale (le site du musée Rodin parle d’un « éros sombre et inquiet, considéré souvent comme obscène », d’une « sensualité quasi animale de « grenouille » ou de « batracienne » qui en fit le succès ») est reprise par Rodin dans le groupe sculpté « Je suis belle« , appelé également « L’Enlèvement », « L’Amour charnel » ou « La Chatte ».

20 ans plus tard, Aristide Maillol (1861-1944) a réalisé sa propre version de la femme accroupie aux jambes en M.

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« Femme accroupie » – Aristide Maillol – 1900-09 – Musée de l’Ermitage, St Petersbourg – Source : hermitagemuseum.org

Le même bronze est visible au MET de New York, sous le titre « Crouching Woman with Crab« .

Si la femme accroupie avec les jambes en M a été peu représentée en Europe jusqu’à la multiplication des sites de photos érotiques sur le web, la situation était légèrement différente en Orient. J’en parlerai prochainement.

Hé, ho ! Je te parle avec mes jambes

Je suis tombée par hasard sur cette photo dans un article de madmoizelle.com qui posait la délicate question : « Comment faire durer un fuck friend ?« 

Après 3 billets sur les jambes en X, voici un assortiment de jambes dont 3 paires sur 4 sont en forme de X !

Comme évoqué dans l’article précédent, serrer les genoux et rentrer les pieds est un signe de pudeur et de modestie, 2 attributs (en d’autres temps ou dans d’autres cultures, j’aurais pu écrire « 2 vertus » ou « 2 qualités ») considérés dans notre culture (et ce n’est pas la seule) comme typiquement féminins.

Mais on peut essayer d’aller un peu plus loin et voir dans la façon de tenir ses jambes un message un peu plus complexe que « je suis pudique » ou « je ne suis pas pudique ». Ainsi, s’il fallait tenter de qualifier les 4 femmes de la photo ci-dessus sur la base de leurs jambes, ne pourrait-on pas dire, de gauche à droite : timide, entreprenante, expectative, réservée ?

Tentons l’exercice avec d’autres jambes, toutes glanées sur le site de la marque anglaise de collants Pamela Mann.

Pieds rentrés et genoux serrés, les deux paires de jambes ci-dessus expriment la timidité, comme déjà évoqué précédemment. Notons qu’avec une mini-jupe, des jarretelles, des bas résille et des talons hauts, la candeur prend une nouvelle dimension : celle de la candeur feinte pour rassurer l’homme et l’encourager à agir. Ainsi la modestie, fausse, est en fait utilisée comme une arme de séduction.

Bien droites, les jambes disent autre chose :

A gauche, moi je vois une fille sérieuse, une étudiante bosseuse qui serre les fesses. Je l’imagine avec une pile de bouquins dans les bras et des lunettes sur le nez. Ce sont peut-être les leggings (et leur air de grandes chaussettes d’hiver) qui me donnent cette impression car les jambes tout aussi droites sur l’autre photo me semblent appartenir à une secrétaire dominatrice qui aurait troqué les livres pour le fouet, jarretelles obligent.

Une fois les jambes écartées, que voit-on ? De la décontraction et du jeu à gauche, de la sévérité et de la domination à droite ? Pourquoi pas. Position, vêtements, chaussures : tout compte.

La communication est un art délicat.

Jambes en X – Démonstration par les soeurs Ikaruga

« High school samurai » est un manga récent qui conte la rencontre du jeune et « innocent » Yoichi Karasuma (élevé dans les montagnes dans la voie du samourai) avec la modernité et, au passage, les 4 soeurs Ikaruga qui gèrent leur propre dojo. Voici les 4 soeurs : Ibuki, l’aînée aux cheveux pourpre, Chiaya aux cheveux verts, Ayame aux cheveux blonds et la petite Kagome aux cheveux bleu marine.

Sur les 4 dessins, les soeurs Ikaruga adoptent une pose en X avec leurs jambes. Genoux en dedans, pieds en dedans, voilà exactement la pose inverse de celle qu’on attend d’un homme (jambes écartées et pieds ouverts : voir billet « Femme libérée, jambes écartées (1. Cabaret) » et suivants).

Comme souvent dans les mangas, les filles ont des allures de fillette : pommettes roses et poses qui indiquent la timidité, la réserve, voire la candeur. Bien sûr, les Japonais ont des fantasmes bien connus (écolières et petites culottes) mais le manga permet aussi de rappeler que la pose en X exprime de toutes façons une forme de retenue ou de pudeur. Quand on rentre les genoux, on serre en fait les fesses et on bloque l’accès au sexe (seules les filles aux jambes minces conservent un espace ouvert).

La pose en X est donc une pose « pudique » (voir les nombreux billets sur la Venus Pudica dont « Le jour où commença le culte du corps féminin« ) et la pudeur est typiquement associée à la fémininité. On y revient toujours !

Le bal : Seul endroit où la poitrine respirait

Ainsi le 19ème siècle fut-il un siècle rétrograde pour la femme (voir billet « Homme fort, femme faible ?« ) !

Je pense que ça peut se deviner dans l’habillement de l’époque. Après l’excentricité des Merveilleuses du Directoire (voir « Liberté, Egalité, Sexualité ?« ) et les robes ouvertes au ras du téton des dames de l’Empire (cf « Les vertigineux décolletés de l’Empire« ), les femmes de la Restauration, du Second Empire et de la Troisième République remontent leurs cols et ferment les boutons.

Jean Béraud – La Pâtisserie Gloppe – 1889 – Musée Carnavalet, Paris – Source : Wikimedia Commons

Ce n’est pas parce qu’il fait froid que les clientes de la pâtisserie Gloppe sont  couvertes de la tête aux pieds (regardez bien : seule la peau du visage et des mains dépasse !) mais parce que c’est comme ça qu’il faut s’habiller. Les promeneuses peintes en 1909 par Joaquin Sorolla sur une plage ensoleillée n’exposent pas plus de peau. Vérifiez toutes les peintures et tous les daguerréotypes que vous pourrez trouver ! C’est toujours ainsi. Pendant un siècle, entre l’Empire et les Années Folles, le corps des femmes est entièrement camouflé dans des vêtements qui ne laissent à nu que la tête et les mains. Remarquez que c’est la même chose pour les hommes, engoncés dans leur costumes.

Il existait cependant pour les femmes, dans ce monde sans chair apparente, un moment d’exception ; Un moment où il fallait découvrir sa poitrine et ses épaules : Le bal.

Charles Chaplin – « Prête pour le bal masqué » – Collection particulière – Source : artmight.com

J’ai longtemps cherché une scène de soirée parisienne comme parallèle à la scène de jour de la pâtisserie Gloppe. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Il y avait bien le « bal » de Julius Leblanc Stewart (1855-1919) mais faute d’informations précises sur cette oeuvre (Est-ce une photo colorisée ? Quand fut-elle réalisée ? Où se passe ce bal ?…), j’ai laissé tomber. Quant au tableau « Une soirée » de Jean Béraud (1848-1935), il montre plus les hommes que les femmes.

A la place, je suis heureuse d’afficher une oeuvre assez peu connue de Chaplin (1825-1891), peintre portraitiste de grand talent, très intéressé par les épaules et les  poitrines, ainsi que par les très jeunes filles, leur colombe et leur nid (il faudra absolument que je consacre un billet à cela !). Le tableau représente une jeune femme prête pour le bal (masqué) et vêtue d’une robe profondément ouverte.

Je ne résiste pas au plaisir d’ajouter le portrait d’une autre jeune femme dans une robe de bal, également avec un « grand décolleté » (le nec plus ultra du décolleté,  qui dégage les épaules) exécuté par Berthe Morisot (1841-1895).

Berthe Morisot – « Au bal » ou « Femme à l’éventail » – 1875 – Musée Marmottan-Monnet, Paris – Source : the-athenaeum.org

La « jeune femme en robe de bal » du musée d’Orsay, peinte 4 ans plus tard par la même Berthe Morisot, vaut également un clic.

Dans « Pudeurs Féminines » (Editions du Seuil, 2010, pp 227-230) Jean-Claude Bologne expose la complexité des codes de l’habillement féminin à la fin du 19ème siècle. La robe à grand décolleté est le vêtement qui convient (en latin decet) pour le bal. C’est le vêtement décent pour l’occasion. Mais certaines femmes ne le trouvent pas assez pudique et réduisent l’échancrure du col ou le couvrent d’une étoffe. D’autres remontent franchement leur col. La jeune femme en jaune peinte dans « Evening » par James Tissot en 1885 fait  de toutes évidences partie de ces bêcheuses au « collet monté ».

Notez que la robe décolletée est en fait une robe de sortie ou robe du soir. Elle s’utilise pour le bal, bien sûr, mais aussi pour le théâtre, pour l’opéra ou pour un dîner mondain. L’Américaine Mary Cassatt (1844-1926), une élève de Charles Chaplin, a peint plusieurs portraits de femmes à l’Opéra de Paris :

Mary Cassatt – « Woman (vraisemblablement Lydia, la soeur de Mary) with a Pearl Necklace in a Loge » ou « Dans la Loge » – 1879 – Philadelphia Museum of Art – Source : Wikimedia Commons

PS : Les illustrations que j’ai choisies nous ont emmenés dans le petit monde de la bourgeoisie et de l’aristocratie parisienne. La situation était tout à fait similaire dans la haute société des autres pays européens (cf « Hush ! » de James Tissot qui nous présente une soirée mondaine à Kensington en 1875). Quant au « petit peuple », qu’il soit parisien ou provincial, sa garde-robe était plus limitée et sûrement pas plus déshabillée.

Quand Vénus était habillée… et impudique

J’ai déjà parlé plusieurs fois de la Venus Pudica (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« , « La Vénus doublement pudique« , « La Vénus doublement pudique (épisode 2 en couleurs)« ).

Toutes ces Vénus sont nues car elles s’apprêtent à prendre leur bain. Quand elles remarquent la présence d’un « voyeur » (le sculpteur, le spectateur…), elles tentent de cacher leur « intimité » (leur sexe, qu’on appele aussi pudenda) avec la main. Aussi les appelle-t-on des Vénus pudiques alors qu’elles sont nues.

Statue d’Aphrodite et Eros, dite « Aphrodite d’Este » – Copie romaine d’un original grec du 5ème siècle avant JC – Kunsthistorisches Museum, Vienne – Photo : Yair Haklai – Source : Wikimedia Commons

Vénus (ou Aphrodite, la déesse de l’amour et de la beauté, en mythologie grecque) est la seule déesse habituellement représentée nue ou torse nue mais il existe également de nombreuses représentations de Vénus habillées. Ce que je trouve intéressant, c’est que ces Vénus vêtues sont, elles, très souvent impudiques, ce qui peut sembler contradictoire.

Ainsi, regardez l’Aphrodite d’Este, ci-dessus : La pose lascive, la tunique défaite sur une épaule, les seins à peine couverts d’une étoffe transparente, les tétons qui pointent à travers le vêtement, les plis du tissu qui mettent en évidence le triangle du pubis !

L’Aphrodite à la tortue, pourtant un peu plus habillée, apparaît encore plus impudique.

Statue d’Aphrodite dite « à la tortue » trouvée au temple d’Artémis de Doura Europos (Syrie) – Datée entre 27 avant JC et 235 après JC – Musée du Louvre – Photo par Chatsam – Source : Wikimedia Commons

En effet, alors qu’un deuxième vêtement lui couvre les jambes, celui-ci semble glisser pour découvrir le pubis, à peine caché par une étoffe transparente. L’oeil est immanquablement attiré par  l’entrejambe de cette Vénus strip-teaseuse. Notez que le déhanchement rappelle la position du « tribangha » et ces divinités orientales dont on a déjà parlé (Voir « Maya, la madonne de l’Est« )

Le sculpteur se sera peut-être inspiré de Polyclète dont l’Aphrodite trouvée à Epidaure dévoile complètement un sein tout en laissant deviner son bas-ventre. Une Vénus en armes qui vaut bien toutes les Amazones !

Statue d’Aphrodite en armes trouvée à Épidaure – Copie romaine du 1er s. ap. J.-C. d’un original daté vers 400 av. J.-C. attribué à l’école de Polyclète – Musée Archéologique National, Athènes – Photo : Marsyas – Source : Wikimedia Commons

Les chefs d’oeuvre antiques étaient abondamment copiés. On peut voir une petite soeur de la Vénus d’Epidaure  à la Glyptothèque de Münich et une Aphrodite déhanchée au musée de Bergama (Pergame) en Turquie qui ressemble beaucoup à la Vénus du Louvre.

Enfin, pour essayer d’être exhaustif, il faudrait encore ajouter l’Aphrodite de type « Héra Borghese », à la poitrine excitante bien que cachée, à la liste des Venus impudica habillées.

Tout cela vient illustrer le fait que l’impudeur, ce n’est pas « montrer » mais « attirer l’oeil sur ». Question d’intention. Rajoutez-y le regard de l’autre et, s’il est de qualité, l’érotisme n’est plus loin.

La nudité masculine, elle, n’est pas érotique

Dans son livre (voir le billet « Homme fort, femme faible ?« ), Jean-Claude Bologne répète (je simplifie, bien sûr) que seule la femme est concernée par les questions de pudeur parce que seule la nudité féminine est considérée comme érotique. Ainsi la nudité masculine n’est pas érotique ? Bologne cite en exemple le monde du sport… Je réfléchis et, effectivement, un homme à poil, c’est autre chose.

1. Les vestiaires

Depuis 1979, un jugement fédéral américain autorise la présence de femmes-journalistes dans les vestiaires des hommes. Et elles y vont. En France aussi, les femmes journalistes fréquentent depuis longtemps les vestiaires des hommes. Et alors ? Pourquoi pas ? Finalement une femme au milieu des bites et des culs, ça passe bien.

Le type qui s’essuie le membre à l’arrière des vestiaires a l’air de trouver la situation amusante – Photo Washington Post

Les hommes aussi, par les mêmes lois qui établissent l’égalité entre hommes et femmes au travail, pourraient pénétrer les vestiaires féminins. Le font-ils ? Non, pas que je sache. Pas dans des vestiaires pleins de femmes nues en tous cas. Ils seraient taxés de goujaterie (je reprends le mot de Bologne) tandis que les sportives qui s’exhiberaient seraient considérées comme des… comme des quoi ?… Je vous laisse imaginer.

2. Le streaker

Oui, le streaker… Ce mec qui traverse le terrain à poil… c’est un mec. Presque toujours. Et ça passe bien. Pourquoi ? Parce qu’un mec à poil, c’est rigolo. Voilà, le mot est lâché : rigolo. Y’a là comme un truc de mec. La nudité masculine, ça va avec l’amitié virile, la franche camaraderie, la bonne rigolade et les tournées de bière : Bras dessus-bras dessous, bite contre bite, et glou et glou et glou… avale moi ça… il est des nô-ôtres…

3. Le calendrier

Ainsi en va-t-il aussi depuis 2000 avec la mise en vente du premier calendrier des rugbymen du Stade Français (« Les Dieux du Stade »), bien vite imités par d’autres équipes masculines. Les mecs avec les mecs, tous à poil, la transpiration, les potes. Ca sent la sueur sportive et la saine amitié.

Calendrier Dieux du Stade 2004 – Mois de Janvier : James Carroll, David Duchamp, Raphaël Poulain – Photo : François Rousseau

Regards sans gêne, jambes écartées, main sur le paquet ; Un truc d’hommes, à n’en pas douter. J’ai choisi une photo soft : Sur beaucoup d’autres, la bite est partiellement visible (Sylvain Letellier,  Yann Morand-Bruyard, Jérôme Prévitali, Frédéric Deltour) ou totalement (Alexandre Didy) ou moulée dans une serviette (Christophe Dominici). Imaginez une seconde l’accueil réservé à des sportives qui oseraient le même dénuement et les mêmes poses ?

Alors quoi ? Pas érotique la nudité masculine ? Ou alors seulement pour les gays ?

4. Les joueurs nus

Les équipes de sport qui jouent nues sont rares. La seule que je connaisse est une équipe (amateur et éphémère) d’hommes : Les « Nude Blacks » de Nouvelle-Zélande. Les voici  en 2011, devant 1500 spectateurs à Dunedin (Nouvelle-Zélande) lors de la coupe du monde de rugby, évoluant contre les « Spanish Conquistadores », une équipe féminine… habillée.

Nude Blacks vs Spanish Conquistadores – 2011 – Dunedin, Nouvelle-Zélande – Source : profimedia

Le monde du sport montre clairement que la nudité masculine est considérée avec beaucoup plus de légèreté et de bienveillance que celle des femmes. Mais les choses changent peut-être… lentement.

Ainsi quand Rachel Scott se joint aux Nude Blacks, il souffle, le temps d’un match, comme un petit vent d’égalité. Ajoutons qu’on trouve aussi quelques femmes-streakers et que les nanas qui achètent le calendrier des Dieux du Stade l’accrochent dans leur chambre parce qu’elles trouvent tous ces mecs très-très-très érotiques ! Oui, je vous assure.

Ah ! Pour remettre les compteurs à zéro, à quand Nelson Montfort entouré par les 11 de l’OL féminine complétement nues, le regard torve, les cuisses écartées et la main sur la chatte ?