Archives mensuelles : mars 2011

Les précurseurs du cul : XVIIème – Velázquez

Vous avez le droit de vous étonner. Velázquez, précurseur du cul ? Diego Velázquez ? Celui qui a peint des chevaliers et des infantes d’Espagne, des papes et des cardinaux, des saintes et des paysans, des Christ et des nains ? Oui, celui-là même. Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660). Parce qu’il a aussi peint un cul. Un seul. C’était d’ailleurs le seul nu qu’il ait jamais peint (autant qu’on sache). Et ce cul-là était le pur travail d’un précurseur car on n’avait jamais peint un cul comme ça (autant que je sache… et j’espère ne pas me tromper).

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Diego Velázquez - "The Toilet of Venus" ou "The Rokeby Venus" - 1647-51 - National Gallery, Londres - Source : Wikipedia (Cliquer pour voir l'oeuvre sur le site du musée)

Alors ? Qu’est-ce que ce cul a de si original ? Certes, ce n’est pas la première fois qu’on peint un nu allongé. Sûrement pas. Mais c’est la première fois qu’on le peint dans ce sens. Cette « Vénus » allongé nous tourne le dos. Elle nous montre son cul. Et si ce n’était pour le miroir, on ne verrait même pas son visage.

Il faudra attendre 2 siècles pour revoir ce type de peinture. Et je ne pense pas à la « grande odalisque » d’Ingres qui nous montre beaucoup son visage mais très peu ses fesses (voir article « Rallongez-moi ce dos !« ). Je pense plutôt aux toiles de trois autres Français : Lefebvre, Pils et Sieffert.

Jules-Joseph Lefebvre (1836-1911), « Odalisque », 1874, The Art Institute of Chicago
Isidore Pils (1813-1875), « Study of a reclining nude », 1841, The Cleveland Museum of Art
Paul Sieffert (1874-1957), « Grand nu », Collection privée ?

Un de ces trois peintres est un véritable spécialiste de l’odalisque de dos : Paul Sieffert à qui j’ai déjà consacré un petit article (« Les nues allongées de Sieffert« ). L’oeuvre de Sieffert est une rareté car les nues allongées, reclining nudes et autres odalisques sont généralement peintes de face (voir, par exemple, l’article « Seins et hanches » consacré à Zinaïda Serebriakova).

Les précurseurs du cul : XVIème – Dürer

D’abord une petite définition : Par « précurseur du cul », j’entends un artiste qui a présenté le cul (d’une femme) comme personne ne l’a fait avant lui. A ce stade, je vous demande l’indulgence : je ne suis pas une historienne de l’art et je vais peut-être me tromper par ignorance (ce n’est pas une bonne excuse, je sais). Allez ! Tout cela n’est pas très grave. Je me lance.

Mon premier précurseur sera donc l’Allemand Albrecht Dürer (1471-1528) et je l’ai choisi pour ce bas-relief visible au MET :

Albrecht Dürer - "Femme nue vue de derrière" - 1509 - Metropolitan Museum of Art, New York (Cliquer la photo pour voir l'original sur le site du musée)

C’est à ma connaissance la première représentation d’une femme seule, nue, debout, de dos (j’attends avec impatience le bombardement de contre-exemples par tous ceux qui se gaussent déjà de mes lacunes). Mais, même si je me trompe, Dürer mérite sa place de précurseur. N’oublions pas qu’il a formé dans son atelier mes amis et géniaux pornographes Pencz et Beham frères !

Je remarque que le thème de la baigneuse qui montre ses fesses devait être dans l’air du temps en Allemagne à cette époque. Je vous ai déjà montré la gravure d’une « Badende » aux belles fesses exécutée par un contemporain de Dürer, Ludwig Krug, dans l’article « bain et voyeurisme« .

Ce thème va redevenir à la mode deux siècles et demi plus tard, avec l’Italien Hayez et, surtout, plusieurs peintres français.

Hayez et Baudry justifient encore leurs images de nues par l’intention de représenter la déesse Vénus. Courbet prétend encore flirter avec l’allégorie (mais qui a donné ce nom à cette toile ?). Chassériau, lui, ne s’encombre plus de prétexte.

 

Francesco Hayez (1791-1882), « Vénus aux deux colombes » ou « Portrait de la ballerine Charlotte Chabert en Vénus », 1830, Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto, Palazzo delle Albere, Trento (Italie)

 

Paul Baudry (1828-1886), « La toilette de Vénus », 1858, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

Théodore Chassériau (1819-1856), « Baigneuse », 1842, Bayerische Staatsgemäldesammlungen (Nouvelle Pinacothèque ?), Münich

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Gustave Courbet (1819-1877), « La source », 1862, The Metropolitan Museum of Art, New York

Certains appellent ces femmes des « Vénus callipyges » (voir article « l’exception callipyge« ) parce qu’elles ont de belles fesses. Même si cela semble vrai, étymologiquement, moi je préfère penser que l’important n’est pas que ces femmes ont de belles fesses mais c’est plutôt qu’elles les montrent.

Pour celles qui vivent en culotte…

C’est trop dur de quitter un intermède lingerie…

Quand Lisa Z Morgan et Melanie Probert, artiste étudiante et poète, se sont rencontrées dans le tube de Londres, elles ont parlé culotte et découvert qu’elles partageaient une aversion commune pour la lingerie assortie (Comment deux inconnues en viennent-elles à parler culotte dans le métro ?). « Too predictable ! », s’esclaffèrent-elles en coeur et bientôt (2002) elles créaient la société Strumpet & Pink.

Voilà ce que dit la légende. Pourquoi pas ? C’est rigolo. Une chose est sûre : Ces deux-là aiment les fesses dans une jolie culotte. De jolies culottes inmettables sous un jean’s et abominablement chères. Strictement réservé aux filles riches qui traînent dans leur loft, les seins à l’air. J’en rêve.





Si vous avez 205 livres sterling à dépenser (ou plus), vous trouverez ces jolies culottes Strumpet&Pink qui s’ouvrent à l’arrière par des petits noeuds ou des boutons, qui sont crochetées (des culottes crochetées !) à la main ou pleines de noeuds et de froufrous, toutes à un prix complétement prohibitif chez glamorousamorous.com.

Intermède Aubade

Avant de reprendre l’écriture de cette série d’articles sur le cul, autrefois presque absent, maintenant presque partout (n’en déplaise aux sceptiques, nous progressons), je vais me faire le plaisir d’un petit intérmède Aubade. Dans la foisonnante collection des « Leçons de séduction », il y a eu une riche série de 6 très beaux culs entre les leçons 42 et 54 (Le photographe Hervé Lewis était à la manoeuvre pour les 5 premiers, Michel Perez pour le sixième).

Cela correspond à la période du calendrier 2003 (peut-être le meilleur à mon goût) dont voici quelques extraits. Je remarque que mars et décembre sont complètement dans l’esprit de la Vénus callipyge : l’art de relever ses vêtements pour dévoiler ses fesses.

(Pour voir le calendrier 2011, il y a la version téléchargeable sur le site Aubade)

A part ça, avez-vous vu la « Leçon interdite » N°1 par Aubade ? Attention ! Ca devient sexy, hot, calliente. Il suffit d’aller sur le site frenchartofloving.com, de cliquer sur le bon tiroir et de taper le code interdit18. A quand la leçon 2 ?

L’exception callipyge

Dans le triste paysage d’un monde sans cul (voir article « Des millénaires d’art sans cul« ), la Vénus callipyge est une remarquable exception. Bien sûr, les statues de femmes nues abondent depuis la Venus pudica de Cnide (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ) mais attention ! Les statues de femmes nues se regardent toujours de face. Le cul est là, bien sûr, puisqu’il s’agit d’une statue de femme nue mais il est derrière. Accessoire. Secondaire.

La Vénus callipyge est complétement différente. Elle est UNIQUE : Elle soulève sa robe pour montrer son cul qu’elle se retourne pour regarder. La partie la plus importante de la statue, c’est le cul. Sa face avant est son derrière.

Jean-Jacques Clérion - "Vénus callipyge" - 1686 - Parc du château de Versailles - Photo par Ackteon sur Flickr (Merci Ackteon ! Pour voir l'original, cliquer la photo)

La Vénus callipyge la plus ancienne connue date du 1er siècle avant JC et est actuellement exposée au musée archéologique national de Naples. Elle a été découverte à Rome au 16ème siècle sans sa tête. C’est à cette époque qu’on l’a restaurée avec une tête qui regarde son cul. On ne sait pas ce qu’elle regardait avant. L’érotisme que dégage cette Vénus était donc peut-être moindre à l’époque romaine. On pense qu’elle est la copie d’une statue plus ancienne qui était honorée dans un temple de Syracuse (ville grecque -à l’époque- de Sicile) consacré à Afrodite Kallipygos, l’Aphrodite aux belles fesses.

Cette Vénus a été copiée à son tour à la fin du 17ème siècle par Jean-Jacques Clérion (photo ci-dessus) pour décorer les jardins du château de Versailles.  Une autre copie destinée à Versailles (et maintenant exposée au Louvre) a été exécutée par François Barois à la même époque. Pour ne pas EFFAROUCHER LA PUDEUR du public (cf notice du Louvre), les fesses de la déesse ont été recouverte d’une draperie de plâtre. Cette draperie est toujours en place actuellement sur les fesses de Vénus. Notez par ailleurs que la notice du Louvre ne nous présente pas la statue « de face » (sachant que dans ce cas très particulier, sa face, c’est son cul). Serait-ce par pudeur ? Cette histoire rappelle la jupette de plâtre que la Vénus « Colonna » du Vatican portait jusqu’en 1932 (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ). Pour en finir avec ces histoires de pudeur, j’ajouterai que la Vénus callipyge de Naples a connu des aventures similaires en se retrouvant très longtemps exposée dans une cour fermée à clé, sous la surveillance d’un gardien (juste au cas où un dévot forcené du culte aphrodisiaque essayait de prendre la déesse de force et d’enfoncer son dard dans son cul de pierre ? Ne doutons pas de la puissance des pulsions masculines !).

La Vénus callipyge a bien sa place dans ce blog où il est surtout question de la dévotion que les hommes portent à leurs idoles féminines. Cul, impudeur, culte, beauté… Tout y est. Je reprendrai donc à mon tour les vers de Jean de La Fontaine dans son « conte tiré de l’Athénée » (ne me dîtes pas qu’il y a un jeu de mots avec con-tiré !) :

Du temps des Grecs deux soeurs disaient avoir
Aussi beau cul que fille de leur sorte;
La question ne fut que de savoir
Quelle des deux dessus l’autre l’emporte:
Pour en juger un expert étant pris,
A la moins jeune il accorde le prix,
Puis l’épousant lui fait don de son âme;
A son exemple un sien frère est épris
De la cadette, et la prend pour sa femme;
Tant fut entre eux, à la fin, procédé,
Que par les soeurs un temple fut fondé
Dessous le nom de Vénus belle-fesse;
Je ne sais pas à quelle intention;
Mais c’eût été le temple de la Grèce
Pour qui j’eusse eu plus de dévotion.

(Ce conte reprend une histoire racontée dans « Les Deipnosophistes », une série de 15 livres écrits au début du 3ème siècle après JC par Athénée de Naucratis, à l’origine du nom de la Vénus callipyge)

Le cas des 3 Grâces

Qui sont-elles, ces trois grâces, charités, gratiae ou kharites ? Aglae, Euphrosine et Thalie ? Rayonnement, Joie et Floraison ? Beauté, Douceur, Amitié ?

Cela n’a vraiment pas d’importance : Ce sont 3 femmes qu’on représente toujours nues et c’est cela qui a plu aux artistes depuis l’Antiquité. On les a placées de toutes les façons possibles (voir Wikipedia): en cercle, toutes de face, dos-face-profil, etc. Cependant, un type de représentation a eu beaucoup plus de succès que les autres et c’est celui-là qui m’intéresse dans le cadre de cet article.

Fresque des trois Grâces - Maison de Titus Dentatus Panthera, Pompéi - vers 65-79 apr. JC - Conservée au Musée Archéologique National de Naples - Source : pompeya (cliquer l'image)

La représentation qui m’intéresse est celle qui met au centre la femme de dos car, dans ce cas, c’est bien le cul que l’artiste privilégie.

Les Romains raffolaient des Gratiae qu’on retrouve à travers tout l’Empire et sur tous les supports : mosaïques (Narlikuyu, Turquie), fresques (Pompéi, ci-dessus), bas-reliefs (Sabratha, Lybie), statues (musée archéologique d’Antalya, Turquie). Pendant la période du Moyen-Age, les Grâces disparaissent, comme la plupart des images de nus. Elles renaissent, logiquement, avec la Renaissance qui a donné la version la plus connue, peinte par Raphaël (1483-1520).

Raphaël - "Les trois Grâces" - vers 1505 - Musée Condé, Chantilly - Source : Wikipedia / Addicted04

D’autres peintres suivront Raphaël, notamment Pieter-Paul Rubens dont les 3 Grâces grassouillettes sont exposées au musée du Prado. Celles que je préfère sont l’oeuvre de Jean-Baptiste Régnault (1754-1829). Voici un gros-plan des fessiers (Cliquer l’image pour accéder à la notice sur le site du Louvre et cliquer ici pour voir l’image en gros plan sur mypicasso.com). Cette disposition face-dos-profil rappelle le très beau travail de Leonhard Kern, en relief dans l’albâtre, exécuté un siècle avant Régnault.

Et pour finir cet article, je ne peux pas résister à ce génie tordu, lubrique et morbide de Beham (Sebald en l’occurence, mais son frère n’est pas mieux) dont voici la version pervertie des trois Grâces (les trois femmes nues et la mort) peinte dans la première moitié du 16ème siècle :

Des millénaires d’art sans cul

Après deux articles illustrés de jolies photos de cul, il me semble nécessaire de rappeler que nous avons beaucoup de chance de vivre en 2011. Parce que, pendant des millénaires, on n’a pas osé (voulu ? pu ? su ?) le montrer, ce joli cul.

Vous en doutez ? Alors cherchons !

Commençons par éliminer toute la statuaire ! Je sais bien qu’il y avait des statues de femmes nues il y a 4000 ans en Egypte (cf article « Belles toutes nues« ) et qu’on en a réalisé des milliers depuis plus de 2300 ans en Europe (cf article « Le jour où commença le culte du corps féminin« ) et je sais qu’elles ont toutes un cul, généralement nu, mais ces statues ne comptent pas : Leur but n’était pas de montrer leurs fesses (sauf dans un cas très précis sur lequel je reviendrai bientôt). C’est la face avant qui comptait, les seins, le pubis. Le cul n’était que la cerise sur le gateau, au mieux.

Après la statuaire, j’ai râtissé les fresques, les mosaïques, les peintures et, jusqu’à la renaissance, j’ai trouvé très peu de culs (à une exception près que je me réserve pour le prochain article). Quand les culs existent, ils sont secondaires, annexes, en aparté.

C’est à partir de la Renaissance que le cul des personnages principaux des tableaux commence à s’afficher.

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Dessus, à gauche : Annibale Carracci (1560-1609), « Vénus avec un satyre et des putti », vers 1590?, Galerie des Offices, Florence – A droite : Pieter-Paul Rubens (1577-1640), « Vénus devant le miroir », 1613-14, Liechtenstein Museum, Vienne

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Dessus à gauche : Titien (1490-1576), « Vénus et Adonis », après 1554, Metropolitan Museum of Art, New York – A droite : Paolo Véronèse (1528-88), « Vénus et Adonis », 1562, Schaezlerpalais, Augsbourg

Vous aurez remarqué que, sur toutes ces peintures, on ne voit pas l’ensemble des fesses mais plutôt la naissance de la raie. Vous aurez aussi noté que, comme souvent, Titien et Véronèse ont peint un même thème de façon assez similaire. Quant à la « Vénus au miroir » de Rubens, elle rappelle beaucoup celle du même Véronèse dont on peut admirer la raie du cul au Joslyn Museum of Art d’Omaha. Enfin, comme par hasard, ces 4 femmes sont des Vénus.

Et si on veut un cul tout entier ? C’est possible mais ce n’est pas sur le personnage principal (sauf erreur de ma part). Ainsi pour cette très belle paire de fesses peinte par Rubens et visible au Louvre : il s’agit d’une simple néréide, dans l’eau au pied du bateau dont va débarquer Marie de Medicis, future reine de France et commanditaire de l’oeuvre.

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Pieter-Paul Rubens - "Le débarquement de la reine à Marseille" (détail) - vers 1622 - Musée du Louvre - Cliquer pour voir la peinture entière sur Wikipedia

Maintenant, allons donc voir l’exception : Cette femme qui depuis 2000 ans nous montre ses fesses. Indice : Elle n’est pas seule mais c’est la seule des 3 qui nous montre son cul.