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Le pénis limite

Si le pénis des représentations classiques (voir billet précédent « Le pénis académique« ) est toujours court et calotté, force est de constater que cette petite bête peut présenter dans la réalité  des allures très différentes, même « au repos » : testicules plus ou moins grosses et pendantes, verge plus ou moins longue et plus ou moins large, gland plus ou moins apparent.

Assortiment de pénis par C. Mueller - 2011

Assortiment de pénis par C. Mueller – 2011 – Source : phallusandart.tumblr.com

La quasi-totalité des dessins d’hommes nus classiques de l’école des beaux-arts de Paris représente des hommes à petites bites calottées. L’italien Landini a fait une exception pour le nu ci-dessous.

J’ai mis en face une très jolie photo prise par Dylan Rosser : queue longue et calottée, comme pour le modèle de Landini, mais on perçoit (imagine ?) un début de gonflement : le moment où l’homme commence à s’affoler et à perdre la raison (comme Aristote, voir « Dresseuse d’hommes« ). A la limite du tabou…

nu masculin par Andrea Landini Christopher Bailey par Dylan Rosser

[Ci-dessus à gauche : Nu masculin par Andrea Landini (1847-1935), vers 1908 – Source : male-warriors.tumblr.com – A droite : Christopher Bailey par Dylan Rosser – Source : gymnosophistry.tumblr.com]

Deuxième limite, après le pénis long : le gland apparent, même sur une verge qui roupille.

J’ai choisi une photo d’athlète parmi la vaste collection de clichés pris par David Martin, le prolifique artiste de la région de San Francisco (à l’instar de Bruce Harry Bellas, dit Bruce de Los Angeles ou Douglas de Détroit, tous actifs dans la photo de nus masculins aux Etats-Unis entre les années 40 et 60), ainsi qu’une oeuvre du peintre québécois Daniel Barkley pour illustrer cela : 2 glands apparents… Et alors ?

Jim Frost par david martin icare IV par daniel barkley 2010

[A gauche : Jim Frost photographié par David Martin – Source : malemodelsvintagebeefcake.blogspot.fr, années 1950 ou 60 ? – A droite : « Icare IV » par Daniel Barkley (né en 1962), 2010 – Source :  danielbarkley.com]

Enfin, si on additionne les deux « tabous », la verge longue et le gland apparent, on arrive à la limite extrême avant l’érection. Tout y est mais ça ne bande pas encore. Le célèbre photographe Richard Avedon a jugé celà suffisamment trivial pour que ça ne l’empêche pas de photographier le danseur Noureïev « au naturel », avec son beau gros pénis à l’air.

Rudol Nureyev par Richard Avedon - 1961 - Source :

Le danseur étoile de l’Opéra de Paris Rudolf Noureïev (1938-1993) photographié par Richard Avedon (1923-2004) – Paris, 1961 – Source  : thepinksnout.blogspot.fr

Les photographes de nus masculins (Dave Martin, par exemple) n’ont pas hésité à briser le tabou en prenant de très nombreux clichés d’hommes aux pénis longs, décallotés et en érection. Le dessinateur Tom of Finland (1920-1991) a aussi contribué à imposer l’image du gros phallus au delà du milieu homosexuel masculin. La presse et le web gay regorgent désormais de sexes en érection. C’est le retour des phallus dionysiaques et aussi un renversement des codes : qui penserait encore qu’on mesure la « bite de pouvoir » (voir billet « Courte et calottée : La bite de pouvoir« ) à sa petitesse ? Le pouvoir de la bite a remplacé le pouvoir sur la bite. La capacité de pénétration a supplanté le contrôle de la Raison. Non ?

Un standard glamour : La femme nue allongée au serpent

Quand il s’agit de nudité, de beauté, de femmes et de serpents, c’est toujours une bonne idée de faire un saut dans le passé, au tournant du 20ème siècle, et de s’intéresser au travail de ces artistes qui ont contribué aux mouvements sécessionnistes viennois et münichois.

De façon générale, c’est tout le mouvement « Art Nouveau » qui a fait la part belle  à une vision novatrice de la femme comme « femme fatale », dangereuse séductrice, attirante et toxique, belle et mortelle, dans un monde végétal coloré et fleuri. Fleur et femme fatale ? Un hommage à la mortelle digitale, peut-être.

"Wasserschlangen II" ou "Freundinnen II" - Gustav Klimt - 1904-07 - Collection privée ? - Source : Wikipedia

Gustav Klimt (1862-1918) a peint ces remarquables « serpents d’eau » sans y mettre de serpent. Ce sont juste des femmes. Reptiliennes. Aquatiques. Un thème à la mode chez lui et ses collègues. Femme, eau, sirènes, hydre… On les appellent parfois « Freundinnen », les amies. Des lesbiennes couchées ensemble sur un lit de fleurs ? On sait que le célibataire Klimt, grand consommateur de femmes (surtout les modèles qui traînaient à longueur de journée, nues, dans son atelier) aimait peindre les femmes ensemble.

Peut-être inspirée par Klimt, l’association de la femme nue allongée et du serpent a été photographiée par Richard Avedon (encore lui ! Rappelez-vous « Dovima et les éléphants » dans l’article « Queue, trompes, tentacule, serpent… »).

"Nastassja Kinski and the serpent" - Richard Avedon - 14 juin 1981 - Source : http://ars-photographica.blogspot.com

Suite à ce cliché culte, se faire photographier nue, allongée avec un serpent, est devenu un standard de la photo glamour.

Après Nastassja Kinski, sa fille y est passée, ainsi qu’un certain nombre de mannequins et autres semi-stars qui se voudraient femmes fatales comme celles de Gustav Klimt : Sonja Kinski, Jenifer, Devon Aoki, Laura Harring, Nadja Auermann, Stephanie Seymour, Eva Herzigova

Queue, trompe, tentacule, serpent…

Quand la reine Maya rêve qu’elle se fait pénétrer par un éléphant blanc (voir article précédent), je ne peux m’empêcher de penser à une histoire de trompe. Une trompe qui la pénètre… Le songe d’une énorme bite. J’ai tord. Ou, plutôt, je raisonne comme une Occidentale.

« Dovima with elephants » – 1955 – Richard Avedon – Source : rvrenard.wordpress.com

Quand la célèbre mannequin américaine Dovima (Dorothy Virginia Margaret Juba, 1927-1990) pose pour Richard Avedon (1923-2004) en août 1955 dans une robe dessinée par Yves Saint-Laurent pour Christian Dior devant deux éléphants du Cirque d’Hiver à Paris, on obtient une des photos de mode les plus connues dans le monde. Une des plus sensuelles aussi : La femme sophistiquée et fragile qui pose délicatement sa fine main blanche sur la trompe dressée de la grosse bête primitive, rugueuse et grise. La Belle et la Bête. La blanche Galatée et le brutal Polyphème (voir : « Adoration, le cas Daphné« ).

Inexistant en Europe mais bien connu en Asie, l’éléphant est un animal puissant et utile qui devient incontrôlable et dangereux quand il est pris d’un coup de folie. Pas l’éléphant blanc. Celui-ci ne connaît pas la folie. Il symbolise la puissance maîtrisée et, pour cela, il est infiniment respecté en Asie. Ce n’est donc pas la trompe de l’éléphant qui intéresse la reine Maya mais sa couleur. Elle sera fécondée par un être puissant qui a appris à maîtriser sa force : l’éléphant blanc.

Je viens de lire une autre différence entre la vision occidentale et celle des Orientaux. C’est assez surprenant et, je l’avoue, parfois mystérieux. Les Occidentaux voient le sexe comme la pénétration de l’homme dans la femme et l’injection en elle de la semence du mâle. « Normal ! », me direz-vous. Et bien non ! Il semble que les Orientaux voient l’acte sexuel comme l’introduction par la femme de son énergie dans le corps de l’homme (on avait déjà évoqué le rôle énergétique de la compagne ou shakti des dieux hindous dans la « Petite discussion sur Shiva, le mâle et son pénis« ). Le sexe de l’homme devient comme une vulve pénétrée par la force féminine. Dans le ventre de l’homme devenu un être idéal hermaphrodite se forme une semence nouvelle qui monte le long de la colonne vertébrale jusqu’à la tête, comme un serpent (voir le blog chine-immortelle).

slug Anish Kapoor[« Slug » par Anish Kapoor – Source : pinterest –  2011  – Anish Kapoor est au Grand Palais à Paris du 11 mai au 23 juin 2011]

Si j’ai bien compris, c’est ce serpent qu’a représenté Anish Kapoor, Britannique d’origine indienne (né en 1954 à Bombay). Ainsi qu’une grosse vulve rouge. Vulve et serpent de l’homme hermaphrodite ? On pourrait aussi y voir une belle grosse chatte de femme et une interminable queue d’homme. Queue, trompe, tentacule, serpent… Voici une transition toute trouvée vers les prochains articles.