Archives de Catégorie: Eve

Le péché

Je vais finir cette série d’articles sur Eve, le serpent et le péché avec celui qui a beaucoup tourné autour du sujet.

Je disais récemment que quand on parle de femmes fatales et de serpents, il est toujours utile de se rappeler des sécessionnistes viennois et münichois (cf « Un standard glamour : La femme nue allongée au serpent« ). Je laisserai tomber le Viennois (Klimt) pour cette fois et je m’intéresserai au Münichois : Franz von Stuck (1863-1928).

Pour commencer et par souci de symétrie par rapport aux articles précédents, voici déjà cette petite chose :

Franz von Stuck - "Die Sinnlichkeit" (La Sensualité) - vers 1891 - Oeuvre qui fit l'objet d'une vente forcée de la part de son propriétaire en 1941 et qui fut restituée aux héritiers de Fritz Gutmann en 2009 - Source : mutualart.com

Le tableau ne s’appelle pas « Eve ». Pas plus que les photos de Hannah et de Rachel Weisz.  Il s’appelle « La Sensualité » et ça ne nous étonne pas : On a déjà parlé de tout cela à l’article précédent. « Eve », c’est un autre nom pour l’érotisme ou le péché, la désobéissance ou le sexe. Alors, pourquoi pas « Sensualité » ?

Je pourrai continuer avec une autre femme enroulée dans un serpent. Une femme qui n’est pas debout mais allongée. C’est une oeuvre de von Stuck visible au musée Wallraf-Richartz de Cologne et qui s’appelle « Le Péché » (Die Sünde). Je vous laisse cliquer tout(e) seul(e). Moi, je préfère passer directement au Péché qui m’intéresse.

Voici la bête :

… ou plutôt, voici la Déesse.

On devine ses traits dans l’ombre du temple. Entre les colonnes de l’entrée, son corps s’offre à tous, tentateur. La peau blanche de la poitrine brille à la lueur du jour mais le visage reste dans l’ombre. Seuls ses yeux scintillent. Ils nous fixent. Tout comme ceux du serpent.

Le Péché dans son temple d’or. Eve, la Sensualité, le Péché, l’Erotisme, le Corps, le Sexe. La première femme dans son temple.

Lors de la présentation du « Péché » au public münichois, ce dernier a été enthousiasmé par cette vision de femme décomplexée, assumant pleinement son statut de pécheresse et de femme fatale. Voilà donc Eve en femme dominatrice et aventureuse qui entraîne l’homme dans sa chute. Adieu la Sainte, la Vierge, la Mère. Louanges à la Pécheresse, la Sulfureuse, la Diabolique. Adieu aussi les longs cheveux blonds au profit de la toison brune.

La Pinacothèque de Münich a acheté la toile, peinte en 1893.

D’autres versions ont été réalisées par von Stuck. Les plus connues sont celle de 1912, exposée à la Alte Nationalgalerie de Berlin, et celle de l' »autel » de la Villa Stuck à Münich.

Eve, évidemment – Episode 2 – De quel péché parle-t-on ?

Voici la « photo de couverture » d’un portfolio de clichés érotiques du mannequin Hannah proposé par le site X-art.

Comme pour la page de couverture du magazine Esquire (voir « Femme et serpent – Eve, évidemment« ), la représentation d’une femme nue avec un serpent enroulé autour de son corps entraîne immédiatement l’association avec Eve, puisque le titre du portfolio est « Original Sin », le péché originel.

A la vue de cette femme lascive, je me dis : « Mais… de quel péché parle-t-on ici ? »

Replongeons-nous brièvement dans la Genèse, le premier livre de la Bible (Chapitre 3, pour être précise – Voir article « La faute à Eve« ). Adam, Eve et Dieu vivent à 3 (si on ne compte pas les bestioles) dans le jardin d’Eden. Il y a dans ce jardin un « Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal » dont on ne sait pas grand chose sauf que Dieu a interdit qu’on en consomme les fruits… mais Eve se laisse convaincre par le serpent. Elle prend un fruit et partage avec Adam. Voici donc ce qu’est le péché originel, le fameux premier péché qui entraînera l’expulsion du Paradis (ainsi que la mortalité, l’obligation de travailler, l’accouchement dans la douleur…) : la consommation du fruit interdit et, par là même, la désobéissance aux règles imposées.

Pourtant, quand on voit l’Eve lascive, quand on pense au péché originel, quand on croque le fruit défendu, on pense d’abord « Sexe » pas « désobéissance ». Tout ce qui tourne autour d’Eve et de son péché sent le sexe. Regardez ces photos de serpents.

Elles ne représentent pas particulièrement Eve mais, tout comme la photo d’Hannah ou celle de Rachel Weisz, elles évoquent le péché et l’image de la première femme.

Quand on regarde la statue « Eve après le péché » d’Eugène Delaplanche exposée au Musée d’Orsay, on ne peut que constater l’érotisme intense qui s’en dégage. La contorsion du corps, la nudité, les longs cheveux écartés pour dégager le dos, le cul magnifique, le serpent qui s’entortille… la pierre taillée par Delaplanche dégouline de sexe.

Eugène Delaplanche - "Eve après le péché" - 1869 - Musée d'Orsay - Source : Base Joconde sur culture.gouv.fr

Si on considère que le Diable parle par la bouche du serpent, qu’Eve et son péché sont inséparables et que le péché est toujours une histoire de désobéissance, je propose de reformuler ainsi la question : « Quand le Diable  s’entortille autour du corps d’une femme nue, quelle désobéissance nous suggère-t-il ? »

Avant de tenter une réponse, je vous propose de jeter un coup d’oeil sur ces deux gravures très célèbres. A gauche, la première des 36 gravures sur bois d’Albrecht Dürer qui illustrent le péché originel puis la Passion rédemptrice du Christ (« Petite Passion sur bois », 1510, conservée au British Museum); Elle représente la fameuse scène où Eve accepte la pomme du serpent et s’appelle « La Chute » (The Fall). A droite, « La chute du genre humain » (Lapsus humani generis) gravée en 1511 par Hans Baldung Grien et également visible au British Museum.

Ce qui m’interpelle sur ces deux images, c’est l’intimité des personnages, leur nudité câline, leurs jeux érotiques (Adam qui presse le sein d’Eve sur le dessin de Baldung Grien) qui contrastent avec le titre tragique des oeuvres… Comme si la légèreté, la nudité et l’érotisme étaient la cause de la damnation humaine (Quelle damnation d’ailleurs ? Travailler, mourir un jour et accoucher dans la douleur ne sont pas si terribles !).

Voici maintenant ma tentative de réponse. Le serpent enroulé sur la femme nue dit : « Allez-y ! Baisez ! Jouissez ! ». Est-ce désobéir à Dieu ? Peut-être… Si celui-ci existe et s’il veut encore se venger de la désobéissance dans le jardin d’Eden en exigeant une société sans jouissance. La désobéissance aux règles (à la morale, au « politiquement correct ») attise cependant le plaisir, comme baiser en public, fesser la femme libérée ou tromper le mari auquel on a juré fidélité… Le Serpent aime la Loi car il peut la violer.

[Sources : x-art.com pour la photo d’Hannah (attention : site avec photos à caractère pornographique) – venusobservations.blogspot.com pour « The serpent », photo de serpent qui rampe entre des fesses, tirée du numéro de novembre 1976 de Penthouse – esensualimages.com pour la photo du « serpent sur un yoni » – Ministère de la culture/Base Joconde pour la statue de Delaplanche – Le British Museum pour la gravure de Dürer – Idem pour celle de Baldung Grien]

Femme et serpent – Eve, évidemment

Sur sa couverture d’avril 2004, le magazine américain pour hommes « Esquire » a utilisé  une très belle photo de l’actrice britannique Rachel Weisz (A prononcer comme le mot « Vice » en anglais !) par James White. Elle n’illustre pas l’article  « The naked truth about women » mais  un autre article consacré à l’actrice et intitulé « And God created Rachel Weisz… And we saw that it was good ». Si cette phrase vous rappelle  un certain verset de la Genèse, c’est normal (voir article « Eve inférieure ou égale à Adam ? C’est au choix« ).

Si, comme pour Esquire, comme pour moi,  cette femme vous rappelle Eve, cela semble également normal. Normal ? Mais pourquoi donc ?

Regardez les deux photos ci-dessous. A gauche : « Woman with snake », 1938, par Paul Outerbridge. A droite : Cindy Crawford, 1993, par Annie Leibovitz. Aucune de ces deux photos ne fait allusion à Eve et pourtant, immédiatement, on pense à elle. Encore une fois « Normal ! », me direz-vous, puisque c’est une femme nue qui tient un serpent. Et bien non !

Ce n’est pas si « normal » que ça pour une raison toute simple : Dans toutes ses représentations classiques comme dans le texte biblique, Eve ne tient jamais le serpent. Elle ne le touche même pas. Il n’est donc absolument jamais enroulé autour d’elle.

Ci-dessous, voici « Eve tempted », peinte vers 1877 par le Britannique John Roddam Spencer Stanhope. Eve est représentée sans Adam, ce qui est rare mais, à part ça, Stanhope reprend tous les poncifs traditionnels de la représentation d’Eve : La main gauche qui se saisit de la pomme, les longs cheveux blonds de la pécheresse (A ce sujet, voir aussi l’article « Pourquoi la prostituée est blonde« ), le serpent qui s’adresse à elle, enroulé autour de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal.

Notez que le serpent est enroulé autour de l’arbre, pas autour d’Eve.

John Roddam Spencer Stanhope - "Eve tempted" - vers 1877 - Manchester Art Gallery

Stanhope a peint une « Eve tempted by the serpent » très similaire à l’Eve ci-dessus et les deux oeuvres du Britannique ressemblent beaucoup au « Sündenfall »  (La chute par le péché) peint par Michel Coxcie au 16ème siècle et qui est exposé au Kunsthistorisches Museum de Vienne : Même attitude d’Eve, même arbre aux allures d’oranger.

Voici deux autres représentations classiques d’Eve et le serpent. A gauche : « Adam et Eve » peint par Raphael entre 1508 et 1511 au plafond de la Chambre de la Signature (Stanza Della Segnatura) des appartements du pape Jules II au Vatican. A droite : La même chose, peinte par Guido Reni vers 1620 et exposée au Musée des Beaux-Arts de Dijon.

Pour les 6 visuels, les scènes sont presque identiques : Une femme nue (Eve), un arbre, un serpent enroulé. L’arbre est absent de la photo de James White mais le fond vert fait illusion. Ainsi donc, notre cerveau assimile le serpent traditionnellement enroulé autour de l’Arbre de la Connaissance avec le serpent enroulé autour d’une femme nue.

C’est ainsi qu’une femme nue avec un serpent peut se passer de pomme. Même sans le fameux fruit défendu, elle se fera appeler Eve.

Pour ceux qui en veulent encore un peu plus, voici comment le sculpteur norvégien Per Ung se représente Eve. Cliquez. Vous ne serez pas surpris.

[Sources : theplace.ru pour la couverture d’Esquire, http://www.masters-of-photography.com pour la photo d’Outerbridge, soulcookie.tumblr.com pour la photo de Leibovitz, goldenagepaintings.blogspot.com pour la peinture de Stanhope, artmight.com pour la peinture de Raphaël, a4rizm.tumblr.com pour la peinture de Guido Reni (photo par Hugo Maertens)]

Transition du poulpe aux serpents

Ca fait maintenant un bout de temps qu’on traîne au Japon et c’est le moment d’aller voir ailleurs… Sous peine de grosse lassitude. On va partir avec une dernière image de tentacules (Illustration de Huyu visible sur le site de Toshio Maeda dont on a parlé dans l’article précédent). Des tentacules bien phalliques ! Histoire de confirmer que la représentation des bites est de nouveau autorisée au pays du soleil levant mais pas la pénétration qui reste pixellisée.

Les tentacules, c’est un truc 100% nippon. Peut-être parce que le Japon, c’est une île, un pays de bouffeurs de fruits de mer.

Chez les bouffeurs de calamars, autour de la Méditerranée et puis dans toute l’Europe, ce ne sont pas les tentacules de poulpe qui rampent sur les femmes, leur enserrent les cuisses et leur lèchent le sexe. En Europe (et, par extension, en Amérique du Nord et en Australie), ce sont les serpents.

Des photos comme celle-ci, il y en a beaucoup (et souvent, comme ci-dessus, sans auteur connu). C’est difficile de faire un choix. J’aime beaucoup celles d’Angélique Ashley parues dans le numéro de « Men Only » d’avril 1972 et reprises sur le site venusobservations.blogspot.com (« Venus observations » : Tout un programme ! Un site très riche, vraiment à la hauteur de la tâche).

J’ai retardé au maximum cette échéance. Parler de femmes et de serpents, c’est partir pour un voyage extrêmement long. Je vais devoir être très sélective. Dur, dur ! On parlera un peu d’Eve, forcément, mais il n’y a pas qu’elle. L’association de la femme avec le monde souterrain grouillant de reptiles est ancienne. L’iconographie aussi est foisonnante et souvent très belle et sensuelle.

Avant de m’embarquer avec vous, je voudrais juste liquider une éventuelle remarque. Je viens de dire qu’en Occident, ce sont les serpents qui lèchent les sexes des femmes, pas les poulpes. Pour celles et ceux qui doutent, cliquez donc ici et découvrez un exemple au milieu de la galerie de photos prises par Andrew Blake et qui mettent en scène Valentina Vaughn et son serpent.

Portrait de Lydia Fatale par Doug Hoeschler

Difficile de quitter nos fameux « pasties » sans un joli portrait de femme tatouée. Ici, c’est Lydia Fatale, prise par Doug Hoeschler. La photo est visible avec beaucoup d’autres sur le site marchand etsy.com de la société qui fabrique les cache-tétons Gothfox Designs.

Difficile de ne pas se poser la question du sens de cette photo. Lydia parle de « apple of my eyes ? » sur son site ModelMayhem. Je penserais plutôt à la pomme qu’Eve tend à Adam : Croque, mon bonhomme ! Tu seras moins bête après. Très belle Eve nue et sans honte. Ou plutôt une Eve seulement habillée de tatouages, de cache-tétons et de maquillage, prête à l’expulsion du jardin d’Eden. Serait-ce donc ça, les vêtements de peau ?

Il les revêtit d’habits de peau

Avant de chasser Adam et Eve du Paradis, l’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit (Genèse 3:21). J’ai beaucoup réfléchi à cette phrase que j’admets ne pas comprendre. Et puis un jour, je suis tombé sur cette photo, sur la page d’accueil du site de l’artiste Nicole Tran Ba Vang :nicole tran ba vang,nudité,peau,skin clothesIl s’agit de « Sans titre 06 »  de la collection printemps-été 2001. Je ne suis pas sûr que ça explique le verset 3:21 mais ça ouvre des perspectives…

Retrouvez la collection de vêtements de peau de Nicole Tran Ba Vang sur son site :

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Quelques secondes avant l’invention de la pudeur : profitons du spectacle !

J’ai du mal à croire que ce tableau a été peint il y a 500 ans (en 1531, en l’occurence, par Hans Baldung Grien).  Trop sensuel ? Trop érotique ? Trop  impudique ?

Nous voici donc au jardin d’Eden. Le serpent a fait son oeuvre et Eve a pris une pomme mais personne n’a croqué le fruit : L’homme et la femme sont encore nus et sans honte (voir article « L’homme et sa femme étaient tous deux nus et ils n’avaient pas honte – Genèse 2:25« ).

baldung grien,adam,eve,serpent,paradis,eden,nudité[Cliquer l’image pour voir la haute déf sur le site du musée Thyssen-Bornemisza à Madrid]

Le petit voile transparent sur le pubis d’Eve n’est là que pour préserver l’oeil vertueux du spectateur du XVIème siècle. Dans le jardin d’Eden, pas question de se voiler les poils pubiens.

Bientôt, Adam et Eve vont enfreindre l’ordre de Dieu et croquer le fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du mal. Ils vont alors constater qu’ils sont nus, rougir de honte et se couvrir le sexe. La pudeur est née.

Question : Quel rapport entre la connaissance, le Bien et le Mal, la pudeur ? Je ne comprends pas. Est-ce que la nudité, c’est mal ? Est-ce que Adam et Eve comprennent ça en croquant la pomme ? Pourtant Dieu a voulu la nudité sans honte. C’est lui qui l’a créée. D’ailleurs, ne sera-t-il pas furibond quand il verra que ses deux créatures ont couvert leur sexe de feuilles de figuier ? Est-ce que ce que Dieu a voulu peut être mal ?

Je ne comprends pas…

La faute à Eve

Après notre petit débat sur la création d’Eve et sur le dernier verset du chapitre 2 de la Genèse, nous voici donc au fameux chapitre 3. Pour ceux qui ont oublié de quoi il s’agit, le mieux est de le lire ou, sinon, de regarder ce petit résumé extrait des « Très riches heures du duc de Berry » (un livre d’heures regorge d’images saintes puisque c’est un recueil des prières à réciter en fonction des heures de la journée ou des jours de l’année) :

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Adam et Eve chassés du Paradis (Folio 25 des Très riches heures du duc de Berry) - Frères de Limbourg - 1411-16 - Musée Condé, Chantilly - (C) RMN (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Vous avez reconnu le jardin d’Eden, séparé du reste du monde par un mur. Au centre du jardin se trouve la fontaine, la source des 4 fleuves du Paradis, et ,à côté, l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal sur lequel est entortillé le serpent (Dieu ne l’a pas encore condamé à ramper sur son ventre !).

ACTE 1 (versets 1 à 5) : Eve discute avec le serpent. Elle lui rappelle que Dieu a interdit de consommer les fruits de l’arbre de la connaissance. Le serpent la convainc d’en manger quand même.

ACTE 2 (verset 6) : Eve prend une pomme et en offre à Adam. Ils consomment le fruit interdit.

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ACTE 3 (versets 7-22) : Adam et Eve  s’aperçoivent qu’ils sont nus et, honteux, ils se couvrent le sexe (en principe avec des feuilles de figuier mais sur l’enluminure, ils se contentent de leurs mains). Dieu comprend ce qui s’est passé. Furieux, il condamne le serpent, la femme puis l’homme à différents tourments.

ACTE 4 (versets 23-24) :  Dieu chasse Adam (et Eve, donc, même si ce n’est pas précisé dans le texte) du Paradis pour qu’il n’ait plus accès à l’arbre de vie éternelle et en fait garder la porte par des chérubins.

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Ce qui rend Dieu furieux, c’est la désobéissance.

Pour lui avoir désobéi, il condamne la femme à enfanter dans la douleur et à être dominée par son mari (la domination masculine est un châtiment !). Pour avoir écouté sa femme, il condamne Adam à travailler pour vivre (le travail est également un châtiment). Enfin, Dieu condamne Adam et Eve à la mortalité.

Ainsi, sans la curiosité/désobéissance d’Eve, ces deux-là auraient été immortels. Je suppose qu’ils auraient conservé pour l’éternité l’âge qu’ils avaient quand Dieu les a créés (quel âge ont-ils d’ailleurs ?) : pas d’enfance, d’adolescence, de maturité ou de vieillesse. Pas de descendance non plus, je suppose (une descendance de bébés immortels ? Et comment faire vivre une descendance immortelle, pléthorique, dans ce petit jardin ? Non. Inimaginable). Donc, sans la pomme, je n’aurais jamais existé. Vous non plus, cher lecteur. Si nous sommes là, c’est la faute à Eve…

L’homme et sa femme étaient tous deux nus et ils n’avaient pas honte (Genèse 2:25)

« L’homme et sa femme étaient tous deux nus et ils n’avaient pas honte » : C’est le dernier verset du deuxième chapitre de la Genèse. A la fin de deux chapitres consacrés au travail titanesque (ou plutôt divin, en l’occurrence) de création du ciel, de la Terre, de l’eau, de la lumière, de tout ce qui pousse, vole, court ou nage, de l’homme, de la femme… voilà qu’on nous parle de nudité et de honte. Pourquoi ? Qu’est-ce que ça vient faire là ?

Quoi qu’il en soit, « un homme et une femme, nus et sans honte », c’est l’image du bonheur humain au jardin d’Eden. J’ai cherché une illustration en pensant : « Rien de plus facile ! Il y a des tonnes de représentations d’Adam et Eve, tout nus au Paradis. » Rien de plus facile ? Non. Au contraire : très difficile. Impossible même (à ce stade de mes recherches). Savez-vous qu’il est impossible de trouver une image d’Adam et Eve au Paradis sans cette pomme ou ce serpent dans son arbre ou ces feuilles qui viennent cacher le sexe ? Impossible. Cranach ? Baldung Grien ? Titien ? Rubens ? Van Cleve ? Dürer ? Memling ? Van Haarlem ? Reni ? Goltzius… ? Pomme, serpent, pomme, serpent… Même Tamara de Lempicka n’a pas pu s’empêcher de placer une pomme dans la main d’Eve. Mais je n’en veux pas de cette pomme ! C’est pour le chapitre 3 et on n’est qu’au chapitre 2. Alors, où trouver une image de l’homme et de sa femme, nus et sans honte ?

Oublions les grands maîtres ! Il y a plus simple.diane webber,joe webber,naturisme,nudisme,adam et eve,paradis,edenJ’ai pensé à Diane Webber, la papesse du naturisme américain et son mari Joe. The man and his wife were both naked, and they felt no shame. Remarquez que sur la couverture de leur livre paru en 1967, on a recouvert le sexe de Joe par les lettres du titre. Allons ! Nus et sans honte. Voici la photo avec pubis et pénis :

diane webber,joe webber, nudisme,naturisme,nudité,eden,paradis,adam et eve[Photo visible sur le site http://www.lenaturisme.fr]

Avant de passer au chapitre 3 de la Genèse, sa pomme et son méchant serpent, rappelons-nous bien de ceci : la vie idyllique, la vie au Paradis, la vie qu’a voulue Dieu pour les hommes, c’est NUS ET SANS HONTE.

Eve inférieure ou égale à Adam ? C’est au choix

Les 3 premiers chapitres de la Genèse constituent un texte bref mais pourtant contradictoire et obscur. Ces quelques dizaines de phrases ont eu une telle importance sur la représentation de l’homme et de la femme dans la société chrétienne (et, je suppose, juive ou musulmane) ainsi que sur le rôle dévolu à chaque sexe que je me propose d’y réfléchir pendant quelques jours.

Tout commence avec la Création (cliquer pour lire le texte de la Bible). Dans le premier chapitre de la Genèse, on suit la Création jour par jour. Dans le second, on apprend que Dieu crée l’homme puis le jardin d’Eden puis les choses bonnes à manger puis le bétail et les oiseaux puis, finalement, la femme, Eve, à partir d’une cote d’Adam. Le chapitre 3 est consacré à l’épisode du serpent et à l’expulsion du Paradis ; On en parlera plus tard.

Revenons à la création d’Adam et d’Eve selon le chapitre 2 de la Genèse. Voici sans doute l’illustration la plus connue de ce texte :chapelle sixtine,vatican,michel-ange,adam,eve,creationIl s’agit, bien sûr, d’une petite partie du plafond de la chapelle Sixtine, au Vatican, peint de 1509 à 1511 par Michel-Ange. En bas : Dieu crée Adam. Au milieu : Dieu crée Eve qui sort du côté d’Adam, endormi.

Cette création d’Eve par Adam constitue un brillant renversement des rôles : Ici, contre nature, c’est l’homme qui accouche, qui met bas, qui enfante. Et l’homme accouche… de la femme, comme on le voit de façon encore plus parlante dans cette enluminure du quinzième siècle (dans la Genèse, Dieu façonne Eve à partir d’une cote d’Adam ; Ici, Eve sort du ventre d’Adam) :

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Naissance d'Eve, enluminure du manuscrit "Miroir de l'humaine salvation" conservé au musée Condé, château de Chantilly - Ecole française, XVème siècle - (C) RMN (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Cette étrange vision inversée de la maternité contredit la création de la femme donnée dans le chapitre 1 de la Genèse. Ce chapitre liste les oeuvres de Dieu pendant les 6 journées de la création. Voici ce que Dieu fit le sixième jour :

(…) 1.26. Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.
1.27. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.
1.28. Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.
(…) 1.31. Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

Ainsi, dans le premier chapitre, Dieu crée l’homme et la femme, directement. Pas l’homme d’abord puis la femme à partir de l’homme. Le chapitre suivant commence par le 7ème jour (logique, puisqu’on vient d’avoir l’énumération des six premiers jours), le jour du repos. Et puis voilà qu’un nouveau récit de la création de l’homme vient se coller là, celui dont on a déjà parlé, de la cote d’Adam. De nombreux analystes voient dans ces deux récits deux histoires différentes, deux origines différentes, collées bout à bout et finalement amalgamées.

De cet amalgame, c’est la version de l’homme accoucheur qui sort gagnante. Il n’y a quasiment aucune représentation de la création « paritaire » de l’homme et de la femme par Dieu (je n’en ai trouvée aucune) mais il y a quand même cette très belle vision d’Adam et Eve au Paradis qui mériterait, malgré sa modeste taille, de supplanter celle de Michel-Ange.

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La Création du monde et le mariage d'Adam et Eve - Enluminure du manuscrit français des "Antiquités judaïques" - Attribué au maître du Hannibal de Harvard - vers 1470-76 - Bibliothèque Nationale de France, Paris - Image templestudy.com

Cette enluminure est souvent attribuée à Jean Fouquet qui n’a cependant réalisé que 9 des 12 illustrations du manuscrit français des « Antiquitates iudaicae » de Flavius Josèphe (et pas celle-ci). Dans l’enceinte du jardin d’Eden, au terme des 6 journées de création, on assiste à la célébration divine du mariage d’Adam et Eve, cérémonie qui ne figure pas en tant que telle dans la Genèse. Ce qui est rarissime et plaisant dans cette enluminure, c’est de voir Adam et Eve au Paradis, sans aucune trace de domination, de honte ou d’une quelconque faute de l’un ou de l’autre. Juste l’homme et la femme, ensemble, nus et égaux sous la bénédiction de Dieu qui semble leur souhaiter bienvenue et longue vie dans le monde qu’il vient de créer.