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Le vagin qui dérange

J’ai déjà parlé d’Anish Kapoor en 2011 dans l’article « Queue, trompe, tentacule, serpent… » où il était question d’une vulve bien rouge et d’un long serpent blanc, une ouverture et un tuyau. Après plus de 6 mois de silence sur mon blog, j’envisageais de reprendre l’écriture pour parler de l’installation par Anish Kapoor d’un vagin géant dans le parc du château de Versailles et de l’émoi que ce vagin causait localement, exprimé dans une pétition que le groupe municipal d’opposition Versailles Familles Avenir a écrit à Catherine Pégard, la présidente de l’Etablissement Public du Château, du Musée et du Domaine National de Versailles, pour exiger  » le retrait de ces installations qui dénaturent Versailles et portent atteinte à la dignité de la femme » et qui a recueilli 10000 signatures.

Nettoyage de l'installation

Nettoyage de l’installation « Dirty Corner », Versailles, 18 juin 2015 – Photo par Michel Euler/AP – visible sur theguardian.com

L’actualité a rendu le sujet encore un peu plus « brûlant » puisque le vagin a été vandalisé il y a quelques jours par plusieurs jets de peinture blanche (ou jaune ?).

Ce qui m’intéresse dans tout cela, c’est d’abord l’obsession de Kapoor pour les formes expressément sexuelles, tuyaux, ouvertures… ou,ici, immense corne de brume. C’est le nom qu’il donne à installation : « Dirty Corner »… pourquoi le « Coin Sale » ? Souvenir d’une époque où c’était « sale » de se toucher le sexe, où le sexe était sale ? Kapoor a-t-il vécu cela ? Parle-t-il de cela ? Le Coin Sale est devenu le Vagin de la Reine quand Kapoor a comparé son installation au « Vagin d’une reine qui prend le pouvoir ». Là aussi, qu’est-ce que ça veut dire ? Que signifie-t-il ?

La polémique a rendu l’oeuvre de Kapoor beaucoup plus intéressante en dépassant l’obsession personnelle d’un artiste pour montrer la réaction du public, ses tabous, ses rejets. De toutes évidences, la représentation stylisée d’un vagin géant sur le tapis vert, entre le château et le Grand Canal, ça dérange. Si le Roi-Soleil contemplait encore le « Monde » depuis son perron, son regard tomberait sur le trou béant d’un vagin suggéré… est-ce acceptable ?

L’acte de vandalisme me semble encore plus intéressant : de la peinture blanche (jaune ?) jetée sur l’ouverture de l’oeuvre… comme une giclée de sperme (what else ?) à l’insu de son propriétaire. On ne sait trop si tout cela est une blague ou un viol. Ma réflexion, à ce stade, c’est : « Tiens, Louis a repris le pouvoir ».