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Fuck you par Marion Peck

fuck you,marion peck[Image sur le site de la galerie Sloan Fine Art]

J’ai lu que Marion Peck s’est inspirée du portrait de Madame Tallien par François Gérard pour réaliser son « Fuck you » en 2009. J’en doute un peu. Je trouve Madame Arnault (cf article précédent) plus ressemblante, non ? Quoiqu’il en soit, j’aime le concept : Je te plais ? Je te plais pas ? Fuck you. Tu me trouves sérieuse et bien rangée ? Fuck yoouuu !

Le site de Marion Peck : marionpeck.com.

Portrait de madame Arnault de Gorse par Louis-Léopold Boilly

louis leopold boilly,madame arnault de gorse,cheveux courtsPortrait réalisé par Louis-Léopold Boilly (1761-1845) et exposé au musée du Louvre. Photo © C2RMF visible sur le site du musée (cliquer sur la photo).

Difficile de savoir si ce portrait a été exécuté pendant la brève période révolutionnaire ou après. Madame Arnault affiche en tout cas une de ces coiffures courtes (à la Titus ?) qu’affectionnaient les « merveilleuses » sous le Directoire.

L’écrivain Antoine Vincent Arnault (1766-1834), grand admirateur de Boilly et cousin de sa deuxième femme, lui a commandé sept portraits de membres de sa famille dont celui-ci qui représente sa belle-soeur.

Liberté, Egalité, Sexualité ?

Louis-Léopold Boilly (1761-1845) est resté célèbre pour ses portraits et pour les scènes de la vie parisienne qu’il a peintes après son arrivée à Paris, notamment pendant l’époque révolutionnaire et napoléonienne.louis leopold boilly,incroyable et merveilleuseCette peinture est peut-être une des plus célèbres de Boilly et, en même temps, une des plus méconnues. Je ne sais pas où elle est exposée mais je sais qu’elle a donné lieu à une gravure dont le fond est blanc. Elle ne représente pas un homme qui méprend une femme pour une prostituée, comme on explique partout sur le web. Il s’agit d’un « incroyable » dans son costume de dandy décadent et d’une « merveilleuse » habillée, comme il se doit, à la grecque, avec robe légère transparente, sandales et cheveux tenues par une lanière. Le titre (Point de convention) est sans doute un jeu de mots car ces jeunes anti-révolutionnaires détestaient forcément la Convention (nom donné à l’assemblée qui siègea sous la Terreur). Pour plus d’explications, voir article précédent.

Le jeu de billard par Louis-Léopold Boilly - 1807 - Musée d'état de l'Ermitage, Saint-Petersbourg - Cliquer pour voir l'image HD sur le site du musée

Cette peinture réalisée sous l’Empire (13 ans après la Terreur) semble nous montrer une société apaisée de gens qui se mélangent (hommes, femmes, adultes, enfants…), qui se parlent, qui s’amusent. Une société d’aspect égalitaire où les femmes ont abandonné les perruques poudrées, les corsets et les robes à panier pour des cheveux courts et des robes légères, sur la trace des merveilleuses.

Portrait de jeune femme en blanc

portrait de jeune femme en blanc,cercle de jacques louis david,ngaPortrait réalisé par un peintre anonyme du cercle de Jacques-Louis David, vers 1798. Chester Dale Collection, National Gallery of Art, Washington, DC. Image © Board of Trustees, National Gallery of Art, Washington, D.C. Version HD disponible sur arthistory.about.com en cliquant sur l’image.

Cheveux courts et fine robe en partie transparente… Si cette jeune femme porte aussi des sandales, alors, pas de doute, il s’agit d’une de ces « merveilleuses » qui s’habillaient « à la grecque » sous le Directoire. Les deux premières années de la République (de la fin de la monarchie en août 1792 jusqu’à l’été 1794) sont placées sous le sceau de la paranoïa et d’une justice d’exception qui a guillotiné des milliers de Français à l’issue de parodies de procès. Après cette époque dite de « Terreur », la jeunesse aristocratique qui a vécu dans la peur mais a échappé à la mort affiche ouvertement un comportement anti-révolutionnaire et décadent, au goût prononcé pour le macabre et la provocation. C’est l’époque des « incroyables » et des « merveilleuses ».

Notez la ressemblance de ce portrait avec celui de Joséphine de Beauharnais par François Gérard. Maîtresse du député Barras puis épouse de Napoléon Bonaparte en 1796, Joséphine fut, avec Thérésa Tallien, une des femmes d’influence du Directoire.

Juliette Récamier : Libre et courtisée mais vierge (?)

Juliette Récamier reste l’une des femmes les plus connues de l’époque étrange et mouvementée qui court de la fin du règne de Louis XVI à la Restauration, à savoir la petite trentaine d’années couverte par la Révolution française et l’épopée napoléonienne. Pourtant, que sait-on de cette femme ? Franchement, pas grand chose… surtout si l’on s’intéresse à ce qui m’intéresse.

Question : Juliette Récamier, une vie marquée par le sexe ou la vie d’une vierge asexuée ?

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Madame Récamier, buste en terre cuite - Joseph Chinard - 1801-02 - Propriété du J. Paul Getty Trust - Cliquer l'image pour voir les photos du buste sur le site Getty

La vie de Juliette a probablement commencé sous le signe de l’inceste puisqu’elle épouse en 1792, à l’âge de 15 ans, le banquier Jacques Récamier, vieil amant de sa mère et vraisemblable père naturel de la jeune fille (la rumeur de l’inceste a circulé avec insistance dans le milieu feutré de la bourgeoisie lyonnaise et ces mots ambigus de Jacques Récamier renforcent le doute :  « On pourra dire que mes sentiments pour la fille tiennent à ceux que j’ai eus pour la mère. »)

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Madame Récamier, buste en marbre - Joseph Chinard - 1805-06 - Musée des Beaux-Arts de Lyon - Cliquer la photo pour accéder à la page sur le site du musée

Juliette se passionne pour les arts et tient un salon très couru par les intellectuels de l’époque. Juliette, femme très belle, est elle-même très courue par ceux qui fréquentent son salon. Elle est la mécène, voire la muse, de plusieurs artistes qui la peignent ou la sculptent dans ces fameuses « robes Empire » aux décolletés au ras du téton que Juliette affectionne tant. Elle est aussi courtisée de façon pressante par l’homme politique Benjamin Constant. Elle reste enfin jusqu’à sa mort l’amie intime de l’écrivain Chateaubriand.

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Portrait de Madame Récamier - François Gérard - 1802 - Musée Carnavalet, Paris - Image sur Wikimedia Commons

Pourtant, malgré sa beauté et ces hommes qui la pressent, Juliette serait demeurée vierge : Pas de sexe avec Récamier, son mari et (peut-être) père ? Rejet des avances de Constant ? Relations platoniques avec Chateaubriand ?

En cas de besoin, dans sa vie tumultueuse, Juliette a su trouver refuge auprès de l’écrivaine Germaine de Staël puis auprès de la comtesse de Bourgoing. Préférait-elle la compagnie des femmes ?

Reste ce Pierre-Simon Ballanche, un autre ami, auprès duquel elle repose aujourd’hui au cimetière de Montmartre.

Les vertigineux décolletés de l’Empire

Le sculpteur lyonnais Joseph Chinard (1756-1813) a laissé à la postérité quelques très jolis bustes de femme. L’époque s’y prêtait avec ses élégantes en « robes Empire », serrées sous les seins et largement échancrées par dessus. Ainsi, même l’impératrice exposait libéralement sa poitrine aux regards.

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Joseph Chinard - Buste de l'impératrice Joséphine - Malmaison, chateaux de Malmaison et Bois-Préau - Image disponible sur Wikimedia

A part le buste de Juliette Récamier dont nous aurons l’occasion de reparler, le portrait le plus attirant de Chinard est peut-être celui de cette jeune fille malheureusement sans nom :

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Joseph Chinard - Inconnue - 1802 - Musée du Louvre - Photo publiée par Tetraktys sur Wikimedia Commons

Portrait d’Hortense de Beauharnais par Girodet-Trioson

girodet-trioson, hortense de beauharnais,décolletéPortrait d’Hortense de Beauharnais exécuté par Girodet vers 1806 et exposé au Rijksmuseum d’Amsterdam. Image Wikimedia Commons.

S’il ne fallait conserver qu’une seule chose de l’Empire, alors ce ne serait pas le petit caporal ou la retraite de Russie mais ces jolies robes aux larges décolletés. N’est-ce pas ?