Archives de Tag: seins nus

Pierre et Chair

Je pense à un billet publié il y a déjà longtemps : « Etre à la mode, c’est être nue ?« . Je pense à « Couvertes de bijoux (… et rien d’autre)« .

Voici les photos prises par Grégory Derkenne pour un article du magazine Citizen K de l’été 2011 consacré à la joaillerie.

Vous trouverez ces photos sur les sites de Clémence Cahu et de Laurent Dombrowicz qui ont contribué à l’article. Les photos HD se trouvent sur le site de MyFashionDatabase.

Portrait de Micaela Schäfer

mic4Soit je deviens fan de cette Micaela Schäfer, soit je deviens conne (ou les deux) mais j’aime bien ce portrait pris pendant le défilé Kauffeld & Jahn à l’occasion de la Mercedes-Benz Fashion Week Spring/Summer 2015 à Berlin le 7 juillet dernier.

(source : ok-magazin.de)

Les seins de Michel Ange

Puisque je parlais de seins dans mon dernier billet (écrit il y a 3 mois !), j’ai envie de m’attarder un peu sur la poitrine de l’allégorie de la nuit (voir photo ci-dessous) qui se trouve dans la Nouvelle Sacristie des chapelles des Médicis à Florence.

La nuit MichelAnge

« La Nuit » (détail) par Michel-Ange – Tombe de Julien, duc de Nemours , Nouvelle Sacristie, Chapelles des Médicis, Basilique San Lorenzo, Florence – 1520-1534 – Source : Wikimedia

Cette oeuvre de Michel-Ange (1475-1564) a apporté de l’eau au moulin des critiques qui considèrent que le grand artiste italien ne savait représenter que des hommes. Ces mêmes critiques avancent que Michel-Ange n’employait pas de femmes comme modèles, qu’il n’utilisait que des hommes, même pour ses représentations féminines. Pour faire une femme, il collait deux boules en guise de seins et une tête de femme sur un corps d’homme. On remarquera en effet les fesses d’athlète de la belle ainsi que ses 2 seins ronds qui font l’effet de postiches. On pourrait faire la même remarque pour d’autres femmes de Michel-Ange, comme Léda (voir l’article « Le missionnaire de Michel-Ange et la levrette de Klimt : les positions perdues de Léda« ) ou la Vénus copiée par Pontormo (voir « Vénus incestueuse ?« ).

Il y a quelque chose de moderne dans ces femmes musclées aux poitrines-boules. Elles ne choquent pas l’oeil contemporain. Leur musculature et leurs seins ronds rappellent les bodybuildeuses aux poitrines siliconées qui sont peu à peu devenues des icônes sexuelles pour certain(e)s.

bodybuilder

Bodybuildeuse – Source : nude-femalebodybuilders.com

A la Renaissance, il n’y avait cependant si salle de musculation, ni silicone. Les artistes représentaient généralement les femmes avec de petits seins. Les femmes de Michel-Ange sont donc parfaitement anachroniques et je me demande ce qu’en pensaient les contemporaines de ce dernier.

Quelques décennies plus tard, le peintre Hendrick Goltzius (1558-1617) qui aimait, lui aussi, peindre des corps nus et musculeux, a représenté quelques poitrines qui feraient la fierté de cliniques de chirurgie esthétique.

Ainsi Minerve, peinte avec des seins en forme d’obus (ci-dessous).

Hendrick Goltzius

Minerve (détail) par Hendrick Goltzius – 1611 – Frans Hals Museum, Haarlem  – Source : Wikimedia – Photo : Niek Sprakel

Coïncidence cocasse, les deux femmes aux seins ronds sont accompagnées d’une chouette, animal nocturne (pour « La Nuit ») et symbole de la Sagesse (pour Minerve/Athéna). Seins, nuit, chouette… nous voilà en plein paradygme féminin, à tout le moins pour les représentations des femmes chères aux mythologies grecque et romaine.

« Sans pain et sans vin, pas d’Amour » dit en substance le vers du poète carthaginois Térence repris par Goltzius en 1600 (voir ci-dessous).

sine Cerere

Sine Cerere et Libero friget Venus (Sans Ceres et sans Bacchus, il fait froid auprès de Vénus – Traduction de Daniel de la Feuille, 17ème siècle) par Hendrick Goltzius – 1600-1603 – Philadelphia Museum of Art – Source : Wikimedia / Google Art Project

Le peintre a pourtant essayé de mettre tous les atouts du côté de la déesse de la beauté et de l’amour en la dotant d’une poitrine que peu (pas ?) de femmes développent naturellement.

La jolie fille photographiée par Andrey Starchenko (ci-dessous) a le même type de seins et, franchement, je doute qu’ils soient naturels.

andrey starchenko

Photo par Andrey Starchenko  – Source : photodom.com

Une fois de plus, je me pose la question : « A quoi sert l’article que je viens d’écrire ? »

A faire remarquer que certains artistes avaient imaginé les seins siliconés avant que la science ne les rende possibles ?

A rappeler que l’idéal fémininin de Michel-Ange était la bodybuildeuse, avant même que celle-ci n’existe ?

Admettons…

Seins : Le combat symbolique

Les seins font la une. Après les actions topless des Femen et la mastectomie d’Angelina Jolie, voici la plainte déposée le 15 mai 2013 par Holly van Voast contre la police de New-York pour faire respecter la décision de justice qui autorise depuis 1992 les femmes de l’état de New-York à se promener torse nu dans la rue (suite à l’arrestation de plusieurs femmes « qui avaient dénudé la zone de leur corps située sous le haut de l’aréole » dans un parc de Rochester).

holly van voast msn

L’activiste et photographe Holly van Voast attend l’arrivée de Bill Clinton à New York – 9 novembre 2011 – Source : msn.com

Cela rappelle des combats plus anciens comme le « brûlage de soutiens-gorges » des féministes de 68 ou les seins nus de la femme qui proteste les propositions traditionnalistes (et favorables à la famille) de Jean Royer en 74.

Alors, pourquoi tant de bruit autour des seins de la femme ?

Une femme effectue un strip-tease lors d’un meeting du candidat à l’élection présidentielle Jean Royer, le 26 avril 1974 à Toulouse. Ph. DR

Une femme montre ses seins lors d’un meeting à Toulouse de Jean Royer, candidat à l’élection présidentielle – 26 avril 1974 – Ph. DR – Source : Le Bien Public

D’abord, un constat : Dans la société occidentale contemporaine, les tabous qui entourent le pénis et ceux qui entourent le vagin sont plus ou moins les mêmes. Il y a cependant des tabous qui concernent les seins de la femme et non la poitrine de l’homme. Pourquoi ?

Il y a, je pense, deux traditions qui expliquent cette différence de traitement : la pudeur grecque et la valorisation (déification ?) de l’allaitement maternel.

PUDEUR GRECQUE

Dans la société grecque antique, les femmes étaient des citoyens de seconde zone (elles n’étaient d’ailleurs pas des citoyens, tout comme les enfants, les esclaves et les étrangers : la citoyenneté était réservée aux hommes adultes, tradition qui se perpétuera dans le système électoral français jusqu’en 1944, année de l’ouverture du scrutin aux femmes). Les femmes mariées restaient à la maison et sortaient voilées. Cette pudeur (ce « voilage ») n’était pas exigée des hommes (voir « Homme nu, femme habillée : un concept très antique« ).

Même dans la statuaire antique, seule Aphrodite apparaît parfois nue, suite à la « révolution » initiée par Praxitèle lorsqu’il vendit sa statue de déesse dénudée aux habitants de Cnide (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ). Encore faut-il ajouter que si l’Aphrodite de Cnide cachait son pubis de la main, les Venus Pudica ultérieures cacheront également leur poitrine (voir « La Vénus doublement pudique« ).

VALORISATION DE L’ALLAITEMENT MATERNEL

A la différence de l’homme, la femme enfante et allaite. Cette particularité de la plus haute importance, voire même ce mystère, a sans nul doute fait l’objet de respect et de vénération depuis les temps les plus reculés : citons les déesses-mères, les idoles de fécondité, Astarte, les idoles crétoises (voir « Idoles qui se pressent les seins« ), Isis qui allaite Horus et, bien sûr, Marie qui allaite Jésus.

Par fusion de ces deux traditions (pudeur grecque et valorisation du sein qui nourrit), le seul sein nu acceptable est le sein allaitant. En dehors de ce cas particulier, une femme qui montre ses seins ne peut être qu’une prostituée (ou toute profession assimilée telle que musicienne, danseuse ou, parfois, bergère). Pour simplifier, une femme qui montre ses seins est soit une respectable mère allaitante, soit une pute.

Se battre pour une égalité de statuts entre la poitrine de la femme et celle de l’homme, c’est donc se battre contre les traditions relatives à la pudeur et à l’allaitement (donc à la famille). C’est dire : « Les seins ? Bof, ce n’est pas très important ». C’est là que la mastectomie d’Angelina Jolie rejoint la plainte d’Holly van Voast.

[Voir aussi : « Le sein, une histoire » par Marilyn Yalom, Galaade Editions, 2010 et « Pudeurs féminines » par Jean-Claude Bologne, Editions du Seuil, 2010]

Portrait de femme qui presse son sein par Bettina Rheims


Ce très célèbre portrait de la femme à l’imperméable vert pris le 7 novembre 1991 à Paris est utilisé comme couverture pour le livre « Chambre Close » édité par Gina Kehayoff Verlag en 2000. Il est écrit par Serge Bramly (né en 1949) et illustré par la photographe  Bettina Rheims (née en 1952).

Après le billet sur les figurines cypriotes de femmes qui pressent leurs seins, cette photo confirme pour moi que cette pose est une attitude de prise de contrôle / de reconquête du pouvoir par la femme qui dispose de son corps comme elle le souhaite en affirmant sa féminité et en jouant avec elle.

Source : theformofbeauty.tumblr.com

Idoles qui se pressent les seins

Les anciennes cultures et civilisations des bords de la Mer Noire, de la Caspienne et du Proche Orient ont fourni de très nombreuses représentations de femmes qui tiennent leurs seins dans leurs mains (je reviendrai plus tard – un jour …. – sur le cas d’Astarte).

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[A gauche : Figurine de femme en terre cuite de la culture de Hamangia-Baïa en Roumanie, datée de 5000-4600 avant JC et conservée au Musée National  d’Histoire de la Roumanie à Bucarest – Dimensions : 19 cm (H) x 8 cm (L) – Source : Institute for the Study of the Ancient World, New York University – A droite : Statuette de femme en céramique creuse du 1er millénaire avant JC d’une hauteur de 31,3 cm, originaire du nord-ouest de l’Iran (région de la Caspienne), conservée au Metropolitan Museum, New York – Source : MET]

Personne ne sait précisément ce que représente ce geste. L’interprétation la plus évidente consiste dans une « présentation » des seins, une mise en avant de la féminité (de la capacité à nourrir ? de la fécondité ?).

Dans la société actuelle, l’image d’une femme qui présente ses seins (je ne parle pas de « montrer » ou « dévoiler ») n’est pas fréquente. Voici à quoi ça ressemble :

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Photo par Grzegorz Zawadzki

Ce n’est pas une pose naturelle. Il y a beaucoup de respect et d’attention portés aux seins, comme à l’occasion d’un rite ou d’un culte en leur honneur.

Sur l’île de Chypre, la mission Couchoud a trouvé en 1903 une statuette très particulière de femme assise qui se presse les seins.

A la réflexion, on peut se demander si d’autres figurines qui se tiennent la poitrine (comme la statuette de femme « à tête d’oiseau » ci-dessous à droite) ne représentent pas également une femme qui se presse les seins.

La question peut sembler triviale mais je la trouve en fait intéressante.

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[A gauche : Idole de fécondité : Figure féminine assise pressant ses seins – Statuette de terre cuite de 12 cm (H) x 6,10 cm (L) x 8,60 cm (Pr), datée du 4ème millénaire avant JC, trouvée dans la région d’Alaminos (district de Larnaca, Chypre), conservée au musée du Louvre – Source : RMN (c) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski – A droite : Statuette de femme en terre cuite, originaire de Chypre, datée de 1725-1450 avant JC et conservée au Metropolitan Museum, New York – Dimension : 26,5 cm (H) – Source : MET]

Intéressante, cette question, car la représentation d’une femme qui se presse les seins est quelque chose de très rare, même dans l’iconographie érotique et porno actuelle, pourtant abondante. On y trouve pléthore de femmes qui montrent leurs seins ou qui les cachent ou qui les dévoilent en partie (parfois avec leurs mains ou leurs bras)… Bref, il s’agit de strip-tease. Voici ci-dessous à gauche une des rares photos de femme qui se presse les seins que j’ai pu trouver.

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[A gauche : Photo Oliver Marzischewski, source : yandex – A droite :  galleries.adult-empire.com]

L’image est sensuelle, bien sûr, mais elle a surtout quelque chose d’impudique, voite même d’obscène, que j’attribuerai à un changement de point de vue sur la femme. Cette dernière est ici dans une situation de pouvoir. Elle joue avec son corps comme elle l’entend et, plus particulièrement, avec ses attributs féminins.

On peut même aller un peu plus loin et se demander si la femme antique qui pressait ses seins ne s’amusait pas en fait à en faire jaillir le lait (cf photo de droite). Ce serait alors une façon pour elle de mettre en évidence sa capacité à nourrir (tout comme sa fécondité) et de jouer avec cela.

Il y aurait dans cette imagerie, je pense, une grande affirmation de pouvoir féminin, à la différence des images érotiques et pornographiques, habituellement machos et phallocrates car réalisées par des hommes, pour des hommes.

Collet monté ?

Dans mon billet précédent (« L’art de montrer les épaules par JPG« ), je me lamentais sur la mode moderne et le peu d’attention qu’elle porte aux épaules.  Mais non ! Finalement, pas d’angoisse pour le décolleté !

[Ci-dessus : Défilé Printemps-été 2013 Haider Ackermann, Paris – Source : vogue.it]

La Fashion Week parisienne de ces 15 derniers jours (saison Printemps-été 2013) a vu défiler plein de mannequins décolletées chez Christian Dior, Martin Margiela et Haider Ackermann.

J’aurais pu montrer beaucoup de photos d’épaules découvertes par de larges décolletés mais après les illustrations des posts précédents, il y aurait eu un goût de « déjà vu ».

A la place, j’ai préféré présenter les cols remontés d’Haider Ackermann qui n’empêchent pas une grande sensualité.

[Ci-dessus : Défilé Printemps-été 2013 Haider Ackermann, Paris – Source : vogue.it]

Revoici donc les « collets montés » du 19ème siècle… en beaucoup moins pudiques.

Ackermann, grand amateur de transparence dans sa collection précédente, nous rappelle – s’il y en avait besoin – que c’est la subtilité du caché-découvert qui garantit la sensualité d’un vêtement.

Je me permets, dans la foulée, de faire un flashback sur la collection automne-hiver de Jean-Paul Gaultier (encore lui !).

Julia Schoenberg – Défilé Haute Couture Jean-Paul Gaultier 2012-2013 – Source : foto.delfi.lv

JPG a en effet présenté un très bel exemple de collet-monté impudique sur la personne de Julia Schoenberg. Les plus ancien(ne)s y auront décelé certaines ressemblances avec un des modèles présentés par Olivier Theyskens pour sa collection printemps-été en 1999.

Et je ne passerai pas sur une autre très belle création de JPG qui, elle aussi, cache le cou pour mieux valoriser les seins. Celle-ci me rappelle également un modèle plus ancien dont j’ignore le créateur.

Georgina Stojilkovic – Défilé Haute Couture Jean-Paul Gaultier Automne-Hiver 2012-2013 – Source : Vogue.it

Voilà !

J’arrête les décolletés pour l’instant. Il est temps de passer à autre chose.