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Wonder Woman, l’Amérique Allégorique

On a déjà parlé « allégorie » : Souvenez-vous de l’article sur la mère patrie russe, la mère patrie ukrainienne, la mère patrie géorgienne et la mère patrie arménienne (voir « la plus grande femme« ). Une allégorie, c’est la représentation humaine (féminine) d’une idée ou d’un concept. Ici, en l’occurence, le concept de patrie (avec toute l’ambiguité, déjà évoquée, de représenter la patrie -de « pater », père, comme « fatherland » ou « Vaterland »- par une femme !).

En matière d’allégorie patriotique, Wonder Woman, c’est pas mal :

Couverture du N°272 de Wonder Woman, Octobre 1980 - Illustration par Dave Cockrum et Dick Giordano - Source : http://www.wwcomics.com

D’abord, on se rappellera que Wonder Woman fut créée l’année de Pearl Harbor, dans un contexte donc très martial et patriotique.

Regardez son uniforme ! Seul celui  de Captain America est aussi patriotique. Les couleurs du drapeau américain et les étoiles sur la culotte. L’aigle sur la poitrine (oui, sur le bustier/corset de WW, c’est bien un aigle qui étend ses ailes sur ses seins : voir, par exemple la couverture du N°5). J’aime la couverture du numéro 272 pour son aspect simple et efficace : WW avec un aigle sur le poignet, devant le « Stars and Stripes » et le dôme du Capitole de Washington, DC. On entendrait presque les premiers accords du « Star-spangled banner ».

Cette allégorie de la mère-patrie américaine en rappelle d’autres, européennes celles-là :

[De haut en bas et de gauche à droite : Couverture de Wonder Woman N°72, 1993, Illustration par Brian Bolland – Source : artsuperhero.com –  Reconstitution de la statue d’Athéna-Parthénos par Alan LeQuire, 1990, Parthénon, Nashville, Tennessee, Photo : Dean Dixon, Source : Wikipedia – « Germania » par Friedrich August von Kaulbach, 1914, Deutsches Historisches Museum, Berlin, Source : Wikipedia – Détail de « La liberté guidant le peuple » par Eugène Delacroix, 1830, Musée du Louvre, Source : Wikipedia]

Par ses origines « grecques », puisque c’est une princesse amazone de l’île de Thémiscyra » (voir « Le bras de la Justice et de la vérité« ), Diana-WonderWoman nous rappelle immédiatement Athéna, patronne de la ville d’Athènes. Les citoyens athéniens construisirent en 438 avant JC un temple dédié à Athéna-Parthénos (Athéna vierge), le Parthénon, qui dominait la ville. La statue cryséléphantine (d’or et d’ivoire), oeuvre du sculpteur Phidias, était connue de tout le monde antique. Maintenant disparue, on peut voir une tentative de reconstitution au Parthénon de Nashville, Tennessee. Elle tient Nike, déesse de la victoire dans la main droite et son fameux bouclier, l’Egide (celui-là même qui aurait servi à forger les bracelets de WW !-) dans la main gauche.

WW et Athéna rappellent aussi la « Germania » allemande ou la « Marianne » française, symbole de la République (comme dans la statue qui domine la place de la République à Paris) ou de la Liberté (comme dans celle qui mène les Parisiens lors de la révolution de juillet 1830).

Jusqu’à présent, j’ai dit des choses évidentes. Maintenant, j’aimerais parler briévement du numéro 273 d’octobre 2001. Regardez bien la couverture :

Couverture du N°173 de Wonder Woman, octobre 2001, Illustration : Adam Hughes - Source : wonderwomanmuseum.com

Voici une Wonder Woman en armure (et très en colère) qui mène ses troupes au combat au cri de « Vengeance ! ». On est dans les numéros « Our worlds at war » (Nos mondes en guerre) qui suivent les 2 numéros de mai-juin 2001 intitulés « Paradise Island Lost », jeu de mot sur « Paradise Lost » (Le Paradis perdu) quand l’île des Amazones (« île du Paradis » donc, mais aussi île de la Justice puisque Thémis en est la déesse) sombre dans la guerre. Personne chez DC Comics n’avait pu envisager les événements du 11 septembre 2001. Et pourtant, étrangement, voilà qu’arrive à point nommé une Wonder Woman prête au combat pour défendre son pays sous le choc, son havre de justice qui se délite, son paradis en perdition. Prophétique ?

Nuit de noces, version Rops

Félicien Rops - Les Sataniques, l'enlèvement - Source : Wikipedia

La nuit de noces de notre jeune sorcière, vue par le Belge Félicien Rops (1833-1898), n’est pas très différente de celle de l’article précédent.

Cette-foi-ci cependant, pas de cheval pour emporter la sorcière : L’époux vole, tout comme la belle, et il ne semble pas gêné par l’interminable queue qui s’enroule autour de sa jambe (une queue serpenteuse pour rappeler que le Tentateur est aussi un reptile ?). Notons que l’époux partage l’avis commun que le manche à balai n’est pas uniquement un moyen de transport (cliquer l’image pour voir de près).

Tout comme le sabbat de van Maele, celui de Rops est également une messe noire. La sorcière se trouve encore allongée nue sur l’autel pour accomplir la cérémonie mais, cette fois-ci, pas de prêtre ou de bébé. Pour cette nuit de noces, il n’y a que la femme et son époux satanique.

Félicien Rops - Les Sataniques, l'offrande - Source : Wikipedia

L’objectif de la messe (du mariage, du sabbat, de la nuit de noces) est simple : fourrer l’énorme phallus  de l’époux dans la chatte de la jeune sorcière. A la vue du sang  qui coule entre ses jambes et contre l’autel, je me pose cette question : Rops voit-il un accouplement brutal et sanglant qui déchire le sexe de la femme ou représente-il simplement le dépucelage de la vierge, le soir de sa nuit de noces, et le saignement induit par la rupture de son hymen ?

Une nuit de noces finalement bien ordinaire !

Nuit de noces chez les sorcières

Comment ne pas trouver les 3 sorcières de Baldung très ressemblantes aux 3 vierges folles qui accompagnent le « Tentateur » sur le portail de la cathédrale de Strasbourg (voir article précédent) ? La sorcière au sol paraît tout autant hallucinée que la vierge à côté du diable de Strasbourg. Et la présence de ce  qui ressemble à une coupe de feu ajoute à la confusion.

Hans Baldung Grien - "Trois sorcières (drei Hexen)" - vers 1514 ? - Albertina, Vienne - Source : wikimedia (cliquer l'image)

Il ne manque que l’époux infernal, le Tentateur, Satan.

Sur la plupart des illustrations anciennes, les sorcières enfourchent un balai ou chevauchent une chèvre pour aller rejoindre leur satanique époux, comme sur cette gravure de Baldung visible au cabinet des estampes de Dresde.

Plus original, c’est parfois le Diable lui-même qui enlève une sorcière (sur son cheval !) pour l’emmener au sabbat.

Olaus Magnus (Olaf Stor, 1490-1557) - "Le diable chevauche son cheval avec la sorcière“, gravure tirée de l'Historia de Gentibus Septentrionalibus - 1555 - Photo :AKG - Source : historicum.net (cliquer l'image)

L’emplacement du sabbat s’appelle en allemand « le lieu où dansent les sorcières » (Hexentanzplatz) et en espagnol El aquelarre (mas o menos « Le champ du bouc » en basque). Francisco Goya a donné sa propre vision de l’aquelarre  en 1797 (Fundación Lázaro Galdiano, Madrid).

On retrouve l’époux satanique sous les traits d’un bouc sur cette illustration plus récente et plus érotique de Martin van Maele. A la danse allemande ou à l’assemblée de Goya, il préfère mettre en scène prêtres et femmes nues pour une messe noire comme celles que l’abbé Guibourg célébrait sur le ventre de la Montespan complètement nue (si le commandant général de police La Reynie n’a pas raconté de sornettes sur la maîtrsse de Louis XIV).

Martin van Maele (1863-1926) - Messe noire, illustration pour une édition de 1911 (?) de "La sorcière" de Jules Michelet (1862) - Source : Wikimedia

Pour terminer cet article, voici les premières lignes de l’introduction de « La sorcière », ouvrage publié en 1862 par l’historien et romancier Jules Michelet :

Sprenger dit (avant 1500) : « Il faut dire l’hérésie des sorcières, et non des sorciers ; ceux-ci sont peu de chose. » — Et un autre sous Louis XIII : « Pour un sorcier dix mille sorcières. »
« Nature les a fait sorcières. » — C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorcière, et fait le sort, du moins endort, trompe les maux.
Tout peuple primitif a même début ; nous le voyons par les Voyages. L’homme chasse et combat. La femme s’ingénie, imagine ; elle enfante des songes et des dieux. Elle est voyante à certains jours ; elle a l’aile infinie du désir et du rêve. Pour mieux compter les temps, elle observe le ciel. Mais la terre n’a pas moins son cœur. Les yeux baissés sur les fleurs amoureuses, jeune et fleur elle-même, elle fait avec elles connaissance personnelle. Femme, elle leur demande de guérir ceux qu’elle aime.
Simple et touchant commencement des religions et des sciences ! Plus tard, tout se divisera ; on verra commencer l’homme spécial, jongleur, astrologue ou prophète, nécromancien, prêtre, médecin. Mais au début, la Femme est tout.

Mariage bien arrosé, mariée bien fécondée

Voici un tableau riche en symboles qui illustre de façon très intéressante ce que représente le mariage à la Renaissance. Il a été peint à la fin des années 1520 par Lorenzo Lotto (vers 1480-1556) et il est maintenant exposé au Metropolitan Museum of Art de New York.

Le tableau s’intitule « Vénus et Cupidon » mais il n’y a pas de doute que Vénus joue ici le rôle d’une jeune mariée : Elle est coiffée de la tiare nuptiale vénitienne ainsi que du voile. On pense que le tableau a été offert à l’occasion d’un mariage.

Cupidon, le fils de Vénus, représente ici le mari. On ne sera pas surpris par ce nouvel exemple des rapports troubles entre Vénus et Cupidon, mère et fils, Beauté et Amour qu’on a déjà évoqués (« Vénus incestueuse ? »).

On remarquera sans trop de peine les symboles sexuels qui entourent la tête de la mariée : une conque à l’ouverture béante et un voile soulevé par une branche raide. Difficile de faire des allusions plus claires à la pénétration vaginale et au déchirement de l’hymen. Ici, mariage = dépucelage.

Ce qui attire l’oeil cependant est ailleurs : Pourquoi Cupidon pisse-t-il sur sa mère (ou le jeune marié sur sa femme) ? La notice du MET dit que Cupidon qui urine symbolise la fertilité… Pardon ? Depuis quand urine = fertilité ? On peut penser que les experts du MET ont sciemment simplifié leur explication. En fait Cupidon qui pisse = Cupidon qui éjacule. On peut alors effectivement parler de fécondation.

Vous remarquez aussi que « l’urine » de Cupidon retombe sur le bas-ventre de Vénus et que les jambes de celle-ci sont couvertes de pétales (défloration de la rose de Vénus ?).

Ce que je trouve le plus intéressant dans ce tableau, c’est la couronne que tient la mariée et à travers laquelle son mari pisse/éjacule. Il n’y a aucun doute dans mon esprit que la couronne que Vénus tend à Cupidon, c’est sa propre couronne, l’orifice de son vagin.

Ainsi ce joyeux tableau offert aux jeunes mariés par des amis bien intentionnés prépare la nuit de noces et annonce le programme des réjouissances. Il leur dit « Bonne bourre ! » ou « Reproduisez-vous ! ». Comme on voudra.

[Source : wikimedia]