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Shokushu goukan ou le fantasme du viol

Quand on surfe sur les sites de hentai, le « shokushu » spécialisé dans les tentacules se confond avec le sous-genre du « shokushu  goukan » axé sur le viol par des tentacules, tant il est vrai que lorsqu’on parle de tentacules, on parle surtout de viol.

Certain(e)s trouvent le shokushu bizarre ou tordu. Moi non : N’est-ce pas le fantasme masculin de base ? Pénétration multiple, domination, viol… Un truc de mec. Quand ils se laissent aller, ils foncent dans ce trip. Pour illustrer, je vous propose une planche d’un des maîtres du genre, Toshio Maeda (illustration extraite de la galerie publique du site officiel).

Les organes génitaux ont été effacés mais on comprend bien ce qui se passe : des petits tentacules qui convergent vers l’anus, un gros pour le sexe, un autre petit qui s’acharne sur le bouton du clitoris (gros-plan en bas à droite) et encore un autre qui encercle un sein et l’écrase pour le traire.

Les tentacules étaient autrefois un artifice pour contourner les lois qui ne permettaient pas de montrer le pénis. Les tentacules sont bien des bites. Les pieuvres et les monstres, ce sont des mecs. Un octopus, c’est un gangbang de 8.

Voici deux illustrations issues du site konachan.com dans lesquelles les tentacules ne cachent pas leur statut de bite.

Cliquez  pour voir le gros-plan : bites qui se frottent contre les seins (paizuri), contre le pubis, contre les fesses. On se croirait dans le métro en heure de pointe ! Pour passer aux choses sérieuses, la fille se retourne. Levrette, bien sûr ! Pénétration multiple et giclures de sperme tous azimuts.

Jusque là, le shokushu est plutôt tranquille : Mis à part le principe du viol fantasmé par de tranquilles illustrateurs vissés derrière leur planche à dessin, c’est juste une histoire de domination, de gangbang, de liquides qui giclent. Du cul, quoi ! Il vire parfois bizarre certes, avec hermaphrodites et seins énormes (bakunyuu). On passera carrément sur le malsain des looks enfantins, des femmes enceintes, du sanglant… Le côté obscur des désirs masculins.

Tentacules : du plaisir au viol

Au début du 19ème siècle, une fameuse estampe d’Hokusai (voir article « La plongeuse et le poulpe« ) montrait une pêcheuse d’ormeau se faisant lécher le sexe avec délectation par un poulpe. On connaît d’autres représentations d’un cunnilingus éxécuté sur une ama par un poulpe. Ainsi, ci-dessous à gauche, celle attribuée par AK Antiek à un artiste de l’école d’Utagawa vers 1840.

ama cunnilingus poulpe ama cunnilingus poulpe tentacules

Comme pour l’estampe d’Hokusai, on appréciera le plaisir que prend la fille. On pourrait penser les pieuvres bonnes suceuses et envier ces plongeuses zoophiles… et puis on tombe sur l’image de droite. Cette fois, la plongeuse ne semble plus prendre son pied. Le poulpe a enroulé ses tentacules autour des jambes et des bras de la fille qui n’apprécie pas le contact de la bête sur sa chatte. On est, de toutes évidences, passé de la relation consentie au viol.

Les poulpes japonais du 19ème ne se contentaient pas de cunnilingus. Une autre estampe japonaise, toujours attribuée à un artiste de l’école d’Utagawa, vers 1855, nous montre la bestiole dans la position du missionaire, un tentacule profondément fourré dans le sexe de la plongeuse (Et une oeuvre très similaire avec poulpe de couleur se trouve ici).

On retrouve le plaisir sur le visage de la fille. Pas de viol ici mais une pénétration volontaire. Remarquez que le poulpe au bandeau de ninja semble nerveux. Les veines de son front sont gonflées et l’oeil est inquiet. Mais la fille, elle, est relax. Elle baise tranquillement le je-ne-sais-quoi de son amant et offre sans gêne son trou du cul au regard.

Le violeur n’est cependant jamais loin, comme sur cette estampe  de  Katsukawa Shunsho (1726-1792), propriété du LACMA.

"Abalone Fishergirl with an Octopus" - Katsukawa Shunsho - vers 1773-74 - Los Angeles County Museum of Art (cliquer pour voir l'original sur le site du musée)

Les yeux furibonds du poulpe et le tentacule enroulé autour de la cheville de l’ama laissent peu de doutes sur l’objectif de l’autre tentacule dressé entre les jambes de la fille et pointé sur son sexe.

La pénétration des filles par des tentacules va donner lieu à une vaste iconographie et à un genre à part entière dont on parlera dans le prochain article. Si les filles prennent assez souvent leur pied dans les shunga du 19ème siècle, la tendance va se retourner au 20ème siècle. Il y a encore quelques nanas gâtées, bien sûr, comme celle-ci avec des baby pieuvres ou celle-là avec des grosses tentacules, ainsi que pour la fille ci-dessous (oui, cliquez sur l’image : elle a le sourire aux lèvres).


Enfin, je ne peux pas clore cet article sans donner un lien vers un gif animé qui, pour moi, illustre parfaitement le cérémoniel que certains Japonais ont construit autour de la pénétration par des tentacules. Attention, c’est « porno », bien sûr (Que dire d’autres ?) mais c’est surtout hypnotique et assez fascinant. En regardant cette animation, je me prends à rêver de tentacules… Ca se trouve ici et c’est un peu long à charger.

[Pour toutes les images, cliquer dessus pour retrouver la source sauf la dernière dont j’ignore l’auteur et la source]

Baigneuse et voyeur : 3. Suzanne et les vieillards

Il y a tellement de représentations de « Suzanne et les vieillards » ! Comment faire un choix ?

Au niveau esthétique, pour l’or et la lumière, j’aime les « Suzanne » de Chassériau et du Tintoret. Mais il y a aussi celle, si moderne pour son temps et méconnue, du Polonais Franciszek Żmurko. Et, par la suite, il y a aussi les 3 toiles de Franz von Stuck. Mais, pour des raisons que je détaillerai après, s’il faut n’en choisir qu’une, alors le choix est simple. La seule « Suzanne » possible, c’est celle peinte par Artemisia Gentileschi (1593-1652) en 1610 :

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Artemisia Gentileschi - "Suzanne et les vieillards" - 1610 - Collections d'art du comte de Schönborn, Schloss Weissenstein in Pommersfelden - Image sur Wikimedia Commons

Le doigt sur la bouche du vieux, c’est pour dire : « Tais-toi et laisse toi tirer ! ». Mais rappelons d’abord l’origine de cette histoire, en citant un extrait du chapitre 13 du Livre de Daniel (la Bible, encore) traduit par notre cher Crampon (Rappelez-vous ! Les « souillures » de Bethsabée, c’était lui)  :

19 Dès que les jeunes filles furent sorties, les deux vieillards se levèrent, coururent à Susanne et lui dirent:
20 « Vois, les portes du jardin sont fermées, personne ne nous aperçoit, et nous brûlons d’amour pour toi; consens donc à notre désir et sois à nous.
21 Si non, nous nous porterons témoins contre toi, et nous dirons qu’un jeune homme était avec toi, et que c’est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles. »
22 Susanne soupira et dit: « De tous côtés l’angoisse m’environne. Si je fais cela, c’est la mort pour moi, et si je ne le fais pas, je n’échapperai pas de vos mains.
23 Mais il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains sans avoir fait le mal que de pécher en présence du Seigneur. »

Je ne suis pas sûre que le Seigneur a beaucoup à voir là-dedans mais, ne l’oublions pas !, il s’agit d’un texte biblique. Voici donc nos deux bons pépés (juges de leur état), dégoulinant de lubricité et de désir pour la petite Suzanne. Ils se la feraient bien dans le jardin. Un truc à trois. Une pipe pour l’un et l’autre dans la chatte ? Ou anal + vaginal, l’un au-dessus, l’autre en dessous ? Ou chacun dans les trois trous et un bon facial pour finir, du foutre plein la gueule ? On ne saura jamais car Suzanne a dit : « non ». Tout cela n’a rien à voir avec Dieu, n’en déplaise aux bigots ; C’est juste qu’elle ne veut pas.

Avec l’histoire de « Suzanne », on est passé du voyeur au violeur (cf la réflexion amorcée dans l’article « bain et voyeurisme« ). Et c’est bien pour cela qu’Artemisia Gentileschi est le peintre le plus approprié. Elle a réalisé cette toile à l’âge de 17 ans et, deux ans plus tard, elle était violée par son précepteur,de 27 ans son aîné. S’en suivit un procès humiliant et brutal avec mise à la question (torture, en clair) dont elle sortit innocentée (Ouf ! Elle aurait pu être coupable de s’être fait violer). Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce procès, je recommande d’aller voir le site webwinds.com, en anglais. Vous découvrirez qu’il y avait en fait deux hommes accusés : un violeur et un apprenti violeur. Les deux vieillards de Suzanne/Artemisia.

Pour finir cet article, si vous souhaitez voir la violence des deux salopards peinte par un homme, il y a une toile de Pompeo Batoni.

Bain et voyeurisme

Il est temps de faire un point sur tous ces articles consacrés au bain. Pourquoi le thème est-il si populaire ? Pourquoi tant de femmes (et presque aucun homme) peintes ou photographiées, nues, au moment de leur toilette ? Il existe, à mon avis, 2 réponses :

1. LA NUDITE

Le moment de la toilette est le seul moment où la femme est forcément nue. Peindre une femme à sa toilette, c’est peindre une femme nue. Et les hommes étant ce qu’ils sont (c’est le sujet de ce blog), ils aiment représenter la femme nue. Le moment du bain est donc un prétexte.

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Baigneuse par Ludwig Krug (1490-1532), visible en HD sur le site du British Museum (cliquer l'image)

Remarquez que celui qui a lancé la vague de la représentation de femmes nues, Praxitèle avec l’Aphrodite de Cnide, l’a fait avec une femme à l’heure du bain (les vêtements d’Aphrodite sont posés à côté d’elle).

2. LE VOYEURISME (le viol ?)

La toilette est un moment d’intimité de la femme. Assiter à la toilette, c’est rentrer dans l’intimité de la femme. Par effraction. On parle d’ailleurs de « violer l’intimité ». Le voyeur est-il aussi un violeur ? N’y a-t-il pas dans l’inconscient des hommes quelque chose qui les excitent dans le viol (viol de l’intimité, pour les mieux éduqués ; viol de la personne, pour les plus libérés ?). Regardez ces photos trouvées sur le web, sur un site voyeuriste (nom du site flouté, photos volées, voleur volé) :

Il s’agit (à moins d’une mise en scène) de photos prises par effraction, comme il existe des caméras cachées dans les vestiaires, des webcams planquées dans les chiottes ou des mecs qui canardent au téléobjectif les plages naturistes. Si vous ne voyez pas le rapport entre les photos du site voyeur, ci-dessus, et les peintures de baigneuses ou de dames à leur toilette, jetez donc un coup d’oeil sur ces femmes peintes par Degas, rien qu’au Musée d’Orsay : « Baigneuse s’essuyant« , « Femme à sa toilette essuyant son pied gauche« , « Femme sortant du bain« , « Femme assise sur le bord d’une baignoire et s’épongeant le cou« , « Après le bain, femme nue s’essuyant la nuque« .

Le sujet du voyeurisme associé au moment du bain est très ancien, puisqu’il est déjà présent dans la mythologie grecque comme dans l’Ancien Testament. Voici les 3 occurences de femmes qui se baignent et de voyeurs qui regardent, maintes fois représentées par les artistes et que nous allons développer dans les prochains articles : DIANE (Artemis) et Actéon, BETHSABEE (Bathsheba) et David, SUZANNE et les deux vieillards.

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C.G. Allegrain - "Diane surprise par Actéon" (ou "Diane au bain") - 1778 - Musée du Louvre - Publié par Jastrow sur Wikipedia

Remarquez au passage que cette « Diane surprise par Actéon » sculptée par Christophe-Gabriel Allegrain (1710-1795) ressemble furieusement à l’Aphrodite de Cnide, surprise elle aussi par on ne sait qui. Certes, Diane ne cherche pas à cacher son sexe comme le fait l’Aphrodite de Praxitèle mais tout le monde sait que Diane/Artémis n’est pas aussi cool que Vénus/Aphrodite. Elle prépare déjà sa vengeance. Froidement. Pauvre Actéon !