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Quand Vénus était habillée… et impudique

J’ai déjà parlé plusieurs fois de la Venus Pudica (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« , « La Vénus doublement pudique« , « La Vénus doublement pudique (épisode 2 en couleurs)« ).

Toutes ces Vénus sont nues car elles s’apprêtent à prendre leur bain. Quand elles remarquent la présence d’un « voyeur » (le sculpteur, le spectateur…), elles tentent de cacher leur « intimité » (leur sexe, qu’on appele aussi pudenda) avec la main. Aussi les appelle-t-on des Vénus pudiques alors qu’elles sont nues.

Statue d’Aphrodite et Eros, dite « Aphrodite d’Este » – Copie romaine d’un original grec du 5ème siècle avant JC – Kunsthistorisches Museum, Vienne – Photo : Yair Haklai – Source : Wikimedia Commons

Vénus (ou Aphrodite, la déesse de l’amour et de la beauté, en mythologie grecque) est la seule déesse habituellement représentée nue ou torse nue mais il existe également de nombreuses représentations de Vénus habillées. Ce que je trouve intéressant, c’est que ces Vénus vêtues sont, elles, très souvent impudiques, ce qui peut sembler contradictoire.

Ainsi, regardez l’Aphrodite d’Este, ci-dessus : La pose lascive, la tunique défaite sur une épaule, les seins à peine couverts d’une étoffe transparente, les tétons qui pointent à travers le vêtement, les plis du tissu qui mettent en évidence le triangle du pubis !

L’Aphrodite à la tortue, pourtant un peu plus habillée, apparaît encore plus impudique.

Statue d’Aphrodite dite « à la tortue » trouvée au temple d’Artémis de Doura Europos (Syrie) – Datée entre 27 avant JC et 235 après JC – Musée du Louvre – Photo par Chatsam – Source : Wikimedia Commons

En effet, alors qu’un deuxième vêtement lui couvre les jambes, celui-ci semble glisser pour découvrir le pubis, à peine caché par une étoffe transparente. L’oeil est immanquablement attiré par  l’entrejambe de cette Vénus strip-teaseuse. Notez que le déhanchement rappelle la position du « tribangha » et ces divinités orientales dont on a déjà parlé (Voir « Maya, la madonne de l’Est« )

Le sculpteur se sera peut-être inspiré de Polyclète dont l’Aphrodite trouvée à Epidaure dévoile complètement un sein tout en laissant deviner son bas-ventre. Une Vénus en armes qui vaut bien toutes les Amazones !

Statue d’Aphrodite en armes trouvée à Épidaure – Copie romaine du 1er s. ap. J.-C. d’un original daté vers 400 av. J.-C. attribué à l’école de Polyclète – Musée Archéologique National, Athènes – Photo : Marsyas – Source : Wikimedia Commons

Les chefs d’oeuvre antiques étaient abondamment copiés. On peut voir une petite soeur de la Vénus d’Epidaure  à la Glyptothèque de Münich et une Aphrodite déhanchée au musée de Bergama (Pergame) en Turquie qui ressemble beaucoup à la Vénus du Louvre.

Enfin, pour essayer d’être exhaustif, il faudrait encore ajouter l’Aphrodite de type « Héra Borghese », à la poitrine excitante bien que cachée, à la liste des Venus impudica habillées.

Tout cela vient illustrer le fait que l’impudeur, ce n’est pas « montrer » mais « attirer l’oeil sur ». Question d’intention. Rajoutez-y le regard de l’autre et, s’il est de qualité, l’érotisme n’est plus loin.

Pudica et Impudica, versions contemporaines, photographiées

Après les copies romaines de statues grecques et les peintures du 19ème siècle, c’est un grand plaisir de rappeler à la mémoire de tous cette superbe Venus Pudica à la clope par Peter Lindbergh que l’on trouve en haute déf sur le web (cliquer sur la photo pour admirer l’Aphrodite Monica Bellucci).

Pour en savoir plus sur Peter Lindbergh (photographe du noir et blanc et admirateur de Van Gogh !), allez donc voir son site. Ne manquez pas l’édition spéciale 30 ans de Vogue Allemagne par Peter Lindbergh. Magnifique. L’édition spéciale de Vogue Espagne n’est pas mal non plus.

En opposition à la Vénus pudique (et pour compléter l’article précédent), voici son pendant impudique, la Vénus de l’Esquilin aux bras relevés, sous la forme d’une jeune fille tatouée qui se déshabille.Remarquez au passage qu’il s’agit de la deuxième fois que je mets sur le blog une photo glanée sur le web de ce total inconnu qu’est Kevin Jordan, qui semble nous venir des froides terres canadiennes.

Le modèle classique de la Vénus Impudique

On a déjà beaucoup parlé de la « Venus Pudica » : L’originale, celle de Cnide, qui se cache le sexe mais pas les seins ainsi que la variante dite « Capitoline » (du nom de la colline de Rome où on a trouvé une de ses copies) qui se cache les seins en plus du sexe. On n’a pas encore parlé de la Vénus qui ne cache rien et qu’on pourrait donc appeler « impudique ».

Il s’agit d’une Vénus qui lève les bras, généralement pour bricoler quelque chose dans ses cheveux. Les anglophones l’appellent d’ailleurs « hair-binding Venus ». Elle peut se confondre avec les Vénus Anadyomène (« surgies de l’eau ») peintes au 19ème siècle par Bouguereau, Chassériau, Ingres ou Amaury-Duval qui, toutes, lèvent leur bras pour nouer leurs cheveux.

Depuis la découverte à Rome, en 1874, lors de travaux sur la colline de l’Esquilin, d’une Aphrodite très « cnidienne » dans la pose (fesses serrées, déhanchement, debout à côté d’un vase sur lequel sont posés ses vêtements) mais aux bras relevés (du moins faut-il le déduire par ce qui reste des épaules car les bras sont cassés), on appelle ce type de représentation féminine une « Vénus de l’Esquilin ».

Venus de l'Esquilin

Vénus de l'Esquilin - Copie romaine d'un original grec - Musée du palais des conservateurs, salle des Horti Lamiani (musées capitolins, Rome) - Photo par didi46 sur Wikimedia

[Cliquer pour voir la Vénus sur le site des musées capitolins et sur Flickr]

Hormis celle-ci, les statues de type « Esquilin » les plus célèbres se trouvent au Louvre (également une copie romaine aux bras cassés) et au musée de Pergame (Pergamonmuseum) à Berlin.

Nulle doute que la découverte de cette statue a directement influencé plusieurs tableaux exécutés quelques années plus tard :

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De gauche à droite :

A sculptor’s model (aussi appelé Venus Esquilina), 1877, par Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), collection particulière

Diadumeme, 1883, par Edward John Poynter (1836-1919), Royal Albert Memorial Museum and Art Gallery, Exeter.

Phryné à la fête de Poséidon à l’Eleusinion, 1889, par Henryk Hector Siemiradzki (1843-1902), Musée russe de Saint-Petersbourg

Pudeurs modernes : ne cachez que le haut !

La première VENUS PUDICA, celle que Praxitèle a sculptée et que les Cnidiens ont installée dans leur temple (voir article), cachait son sexe, pas ses seins. La variante dite « capitoline » cachait à la fois son sexe et ses seins (voir article). Il manquait une autre variante : celle où la Vénus pudique cache ses seins mais pas son sexe. Les photographes contemporains ont entrepris de combler ce vide.

Cuisses serrées, une jambe pliée, corps déhanché : oui, ce sont bien 3 Aphrodite de Cnide que je vous présente, une variante moderne par 3 excellents photographes de nus.

tomas rucker,aphrodite de cnide,venus pudique,venus pudicaLes photos en noir et blanc de Tomas Rucker sont d’une qualité exceptionnelle . Il s’en dégage une beauté plastique et une froideur que seul peut égaler… le marbre. Ce type, c’est le Praxitèle de la photo. Ca tombe bien.  N’hésitez pas à visiter la « black gallery » de son site  tomasrucker.com.

dan west,liz ashley,venus pudicaOn ne peut pas se lasser de contempler les photos de Liz Ashley par Dan West. Celle-ci avait déjà gratifié le site d’une magnifique photo (voir ici),  elle aussi « cnidienne ».

Liz Ashley incarne parfaitement l’esprit de la Venus Pudica. Remarquez notamment son dos légèrement voûté par l’action de masquer  ses seins (cf le torse d’Aphrodite conservé au Louvre sur le site du musée ou sur wikipedia).

Pour voir d’autres photos par l’excellent Dan West : sublime-nudes.com (réservé aux plus de 18 ans).

jeff davidson,jessica,venus pudica,venus esquilin,cnideEt voici Cosmic frog / Cosfrog /Jeff Davidson (l’habitude qu’ont prise les photographes actuels de se donner des pseudos n’aurait pas étonné un Negreto / Negretti / Palma il Vecchio) dont les modèles adoptent souvent des poses cnidiennes (cf cosfrog.deviantart.com et exposingbeauty.com).

Notez que Jessica n’est pas une « vraie » Venus Pudica comme l’est Liz Ashley : Son dos n’est pas légèrement courbé mais il est cambré (autant que lui permet la position de ses bras). Le dos cambré exprime la défiance, la fierté ou la confiance et non la honte ou la soumission.

Ainsi, même si elle est « pudique » en cachant ses seins, Jessica adopte plutôt la posture d’une variante de l’Aphrodite de Cnide dont on n’a pas encore parlé. Il s’agit d’une Vénus aux cuisses serrées et au déhanchement caractéristique des Vénus de Cnide mais elle n’est pas dans une position de pudicité : ses bras ne tentent pas de cacher une partie de ses attributs sexuels, son dos n’est pas légèrement voûté ; Au contraire, elle se cambre et relève les bras comme pour nouer ses cheveux. On l’appelle « Vénus de l’Esquilin » et nous en parlerons plus tard.

La Vénus doublement pudique (épisode 2, en couleurs)

La Vénus dite « Capitoline » est la variante la plus répandue de l’Aphrodite de Cnide. Elle est même plus connue que l’originale et Sandro Botticelli (1444-1510) n’est sans doute pas étranger à ce succès : Il a en effet peint la plus célèbre Vénus Capitoline dans son tableau « La naissance de Vénus« , exposé à la Galerie des Offices. L’atelier de Botticelli a repris la Vénus, seule sur un fond noir, dans un très beau tableau visible à la Gemäldegalerie de Berlin (Ci-dessous à gauche – Photo © Jörg P. Anders – Cliquer ici pour voir une HD).

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A droite (image wikimedia commons – voir HD), Lorenzo di Credi (1459-1537) a réalisé une variante de la Capitoline (une variante de la variante !). Il s’est amusé à inverser les gestes : Ici, c’est la main droite qui prétend cacher le pubis, comme sur la statue de Cnide. La variante de Di Credi s’éloigne néanmoins du modèle sur d’autres points : Le sexe trop peu caché et les cuisses trop peu serrées en font une Vénus à peine pudique.

Titien (1490-1576), lui, s’est encore plus amusé en transposant la position sur une Vénus assise qui se regarde dans un miroir, tableau qu’imitera plus tard Rubens dans son « Vénus et Cupidon » du musée Thyssen-Bornemisza.

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Vénus au miroir - Titien - vers 1555 - National Gallery of Art, Washington - image visible sur wikimedia commons

Et voici une version moderne de la Vénus doublement Pudica (même posture que la Vénus de Botticelli : jambe droite en avant, main gauche sur le pubis, mains droite sur les seins, tête tournée vers la gauche). C’est une photo pas très courante car, sur les photos de nues – y compris celles de Jeff Davidson -, les femmes ne cachent plus leur sexe, et encore moins leurs seins.

[Female Canvas III par Cosfrog/Jeff Davidson – Photo extraite de son site sur DeviantArt]