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Pour finir, Lily au bain par Dan West

J’en ai marre : Il est plus que temps de mettre un terme à cette (trop) longue série d’articles consacrés aux baigneuses et autres dames à leur toilette. Mais il est hors de question de terminer avec la jeune Suzanne et ses deux vieux salopards (cf article précédent). On va achever cela avec un peu de beauté – féminine, bien sûr – et avec quelques clichés de Lily pris par Dan West en 2008.

Vous retrouverez bien sûr les photos de cet excellent photographe de nues sur danwestphotos.com.

Le tub

Puisqu’on évoque depuis quelques temps déjà le thème du bain, arrêtons-nous, le temps d’un article, sur un objet très en vogue auprès des peintres de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème : le tub.

Le succès de cette bassine circulaire (pas très différente des baquets utilisés au bain par les femmes des frères Beham dans l’article précédent) commence avec deux artistes impressionnistes : Edouard Manet (1832-1883) et, surtout, le très prolifique Edgar Degas (1834-1917) qui n’a pas peint que des danseuses et des chevaux.

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Ci-dessus à gauche : « Le tub » par Edgar Degas, 1886, exposé au musée d’Orsay à Paris – A droite : « Le tub » par Edouard Manet, 1878, musée d’Orsay.

20 ans plus tard, ce sont les « Nabis » qui prennent le relais, notamment Pierre Bonnard (1867-1947) qui peint un grand nombre de femmes nues au bain dans des portraits pleins de couleurs comme le magnifique contrejour, ci-dessous, visible à Bruxelles. C’est aussi un grand plaisir de faire figurer Félix Vallotton (1865-1925) dans cette liste, grâce à ces « Femmes à leur toilette » à l’ambiance très surprenante de bains turcs (mais ce n’en sont pas !) trouvées par hasard sur le site de la maison Sotheby’s.

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Ci-dessus à gauche : « Nu à contre jour » par Pierre Bonnard, vers 1908, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles – A droite : « Femmes à leur toilette » par Félix Vallotton, 1897, collection particulière.

A cette même époque, on trouve le Suédois hors-norme (et spécialiste du nu) Anders Zorn (1860-1920) ainsi que le génial Gantois, pointilliste et membre des « Vingts », Théo Van Rysselberghe (1862-1926). Notez que la « jeune fille au tub » fait beaucoup plus penser à une peinture hyper-réaliste contemporaine à la Lee Price ou à la Cynthia Westwood (on en parlera bientôt) qu’à une toile pointilliste à la Seurat. Cette jeune fille mériterait d’être vue de plus près !

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Ci-dessus à gauche : « Le tub » par Anders Zorn, 1888, collection particulière – A droite :  « Jeune fille au tub » par Théo van Rysselberghe, 1925, collection particulière.

Enfin, pour finir, pourquoi ne pas mettre côte à côte une toile du célébrissime Pablo Picasso (1881-1973) et une de l’inconnu Emil Pap (1884-1949?) ?

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Ci-dessus à gauche : « La chambre bleu » (The blue room) par Pablo Picasso, 1901, The Phillips Collection à Washington DC – A droite : « La baigneuse » (The bather) par Emil Pap.

Le bain selon les frères Beham : Peu de lavage, beaucoup de tripotage

Les frères Beham ne sont pas vraiment prudes : Hans Sebald (1500-1550) et son frère cadet Barthel (1502-1540) représentent à tour de bras des paysans qui se tripotent ou qui s’embrassent (et pas mal de mecs qui vomissent leur quatre heures), des vieux qui pelotent des jeunes, des bites qui pendent, des types qui tiennent la bite d’un autre et, bien sûr, des chattes. Très peu d’artistes occidentaux ont jamais montré la fente du sexe de la femme (cf « En Orient, le femme a le pubis fendu« ) et c’est aussi le cas au 16ème siècle, époque confuse de la Renaissance, époque de raffinement artistique et d’affrontements sanglants entre catholiques et protestants, époque de la prostitution à grande échelle pour les unes et des femmes voilées pour les autres. Pourtant, les Beham, eux, n’hésitent pas : leurs femmes écartent les cuisses et présentent leur fente au monde (quand elles ne se la font pas tripoter). Le moment du bain est parfait pour exposer tous ces attributs. Exemples :

Hans Sebald Beham, Frau mit zwei Kindern in der Badestube (femme avec deux enfants dans la salle de bains), apr. 1540, gravure visible entre autres à la Kunsthalle zu Kiel et au musée du Louvre (sous le titre de "La femme se lavant les pieds")

Cette femme nue qui se regarde dans un miroir, affairée à sa toilette  avec deux putti pour l’assister, est vraisemblablement une Vénus. La ressemblance avec la Vénus au miroir peinte par le Titien en 1555 est frappante… en plus cru ! Jambes écartées, pubis rasé, lèvres du sexe apparentes : les frères Beham n’hésitent pas à montrer la femme sous toutes les coutures, en partie par goût personnel sans doute, en partie peut-être aussi pour assurer le succès commercial de leurs créations, sortes de précurseurs des BD pour adultes.

Cette gravure est aussi un travail collectif des deux frères puisqu’on pense que la petite cuve et les deux putti ont été ajoutés par Hans Sebald à une planche originale de son frère (Barthel, bien que deux ans plus jeune que Sebald, est mort 10 ans avant son frère aîné).

Hans Sebald Beham, Les trois femmes au bain, 1548, visible entre autres au musée du Louvre

La pose de cette femme-là est pour le moins inhabituelle : debout, les jambes largement écartées, un putto devant, une femme vieille et grasse derrière qui lui caresse le sexe pendant qu’une troisième femme lui masse le dos !

Il s’agit encore d’une sorte d’oeuvre « collective » puisque cette gravure de Hans Sebald est la copie inversée d’un original de Barthel que l’on peut voir au Louvre.

Hans Sebald Beham, Le bouffon et les baigneuses, 1541, visible entre autres au musée du Louvre et à l'Art Institute de Chicago

Et voici la dernière image de « femme au bain » par les Beham que j’ai pu trouver. Cette fois-ci, pas de femmes qui s’admirent dans un miroir ou qui se tripotent mais deux femmes nues qui, pendant leur bain, s’attaquent à un bouffon pour le déshabiller. Pas de fente apparente ici, mais 1 bite et ses 2 petites couilles.

Les gravures des Beham étaient conformes à leur vision du monde souvent non orthodoxe, voire « révolutionnaire »… et elles leur apportèrent quelques ennuis. Après un séjour de Thomas Münzer à Nuremberg en 1524, les jeunes frères Beham et leur ami (et collègue graveur) Georg Pencz sympathisent avec les idées du pasteur réformateur et ancien disciple de Luther. On peut cependant douter que les trois compères rejoignent le mouvement de Münzer (qui préconise la « guerre des paysans » contre les princes et le clergé pour travailler moins et consacrer plus de temps à Dieu ), vu la foi très incertaine des Beham et de Pencz. En janvier 1525, les trois artistes, surnommés « gottlosen » (sans Dieu, impies), sont arrêtés avec d’autres accusés et traduits en justice. Alors que la ville est partagée sur les questions religieuses (cette même année, le conseil municipal soutenu par la majorité de la population décidera de réformer la ville suivant les idées de Martin Luther), ils sont condamnés à la peine relativement légère du bannissement. En 1527, Barthel s’installe à Munich où il deviendra le peintre officiel de la cour de Bavière. En 1528, Sebald retourne à Nüremberg d’où il est de nouveau expulsé l’année suivante, cette fois-ci pour diffusion d’oeuvres pornographiques. Il part travailler à Munich puis, à partir de 1532, il s’installe définitivement à Francfort où il tiendra un bar « mal famé » jusqu’à sa mort.

(Sur le procès des frères Beham et le bar mal famé de Sebald à Francfort, voir le livre de Jean Wirth « La jeune fille et la mort. Recherches sur les thèmes macabres dans l’art germanique de la Renaissance. » Genève, Librairie Droz, 1979)