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Portrait d’une Egyptienne se préparant pour le bain, par Henri-Guillaume Schlesinger

Schlesinger_Henri_GuillaumeCette « Egyptienne se préparant pour le bain » a été peinte en 1869 par l’Autrichien né à Francfort et naturalisé Français Henri-Guillaume Schlesinger(1814-1893). Pour moi, ce portrait est l’exemple même de l’érotisme et de l’exotisme.

Erotisme par le retrait du voile et la transparence de la robe de cette jeune fille qui se déshabille. Erotisme par le regard de la fille qui n’est ni timide, ni pudique mais, au contraire, assuré et provocateur.

Exotisme par les vêtements orientaux et la citoyenneté « égyptienne » de la fille. Exotisme par les longs cheveux bruns, fantasme de la « belle (et dangereuse) inconnue brune » qui remplace l’autre fantasme : Celui de la Vénus antique ou de la prostituée blonde.

On remarque au passage que cette brune n’a pas l’air très égyptien. On voit ici l’Orient à travers les yeux d’un peintre orientaliste du 19ème siècle : Un Orient de harems et de hammams, de nababs basanés et de beautés blanches… Un Orient de cinéma. D’ailleurs, l’Egyptienne ressemble beaucoup à Jane Russell, fameuse actrice hollywoodienne des années 50, morte il y a quelques jours en Californie.

[Photo HD sur artrenewal.org – Cliquer sur l’image]

La toilette ou l’art de se coiffer

Voici encore 3 toiles très intéressantes sur le thème de la toilette. Dans les 3 cas, il n’y a ni eau, ni savon : ce ne sont pas des femmes en train de se laver. Elles ne sont pas non plus assises à leur cabinet de toilette comme pour les 3 portraits de l’Ecole de Fontainebleau. Les 3 femmes que j’ai sélectionnées lèvent un ou deux bras pour bricoler avec leurs cheveux. Ca vous rappelle quelque chose ? Oui, forcément, parce qu’on en a déjà beaucoup parlé : Ca rappelle les Vénus Anadyomène et ça rappelle les Vénus de l’Esquilin. Ici, cependant, les positions sont différentes. C’est ça qui m’a amusée.

Première femme : Esther peinte par Théodore Chassériau (1819-1856). Elle pourrait être une Vénus Esquiline si elle n’était pas assise. Remarquez au passage la mise en valeur de cette Esther blanche, blonde et dorée entre l’Arabe et la Noire (ce qui donne par ailleurs un petit côté « rois mages » à l’oeuvre).

Théodore Chassériau, "La toilette d'Esther" ou "Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus", 1841, Musée du Louvre, photo sur Wikimedia Commons

Deuxième femme : Florentine (c’est le nom du modèle) peinte par le Danois CW Eckersberg (1783-1853). Quelle magnifique chute de reins ! Quel dos ! Quelles épaules ! Ce type de pose est très rare et, pourtant, quelle beauté ! Le fait que les fesses de Florentine soient couvertes mais qu’on devine la naissance de la raie des fesses renforce l’érotisme de la situation. Le vêtement (ou le drap de bain) sur les jambes renvoie également au portrait d’Esther, peint la même année. On n’a pas de doute que c’est une scène de « toilette », même si le titre de la toile ne le précise pas.

C_W_Eckersberg

Cristoffer Wilhem Eckersberg, "Femme devant un miroir", 1841, Hirschsprungske Samling, Copenhague, photo Wikimedia Commons

Troisième femme : Une inconnue peinte par Theo Molkenboer (1871-1920). De Chassériau/Eckersberg à Molkenboer, on saute 1/2 siècle et on se retrouve au début du vingtième siècle, en pleine période Art Nouveau. Cette scène a un très fort contenu érotique : une jeune femme très jeune, longue, mince, pas entièrement nue (elle porte des ballerines et un collier), le pubis parfaitement rasé (alors qu’elle a des poils sous les bras) qui vérifie son chignon dans un miroir. De prime abord, on pourrait penser qu’elle se tient devant la cheminée du salon, ce qui rajouterait à l’érotisme de la scène, mais non : remarquez  la présence du tub en bas à gauche. On est dans la chambre de la jeune fille, au moment du bain.

Theo Molkenboer, "La Toilette", 1903, Stedelijk Museum Amsterdam, Photo Wikimedia Commons

Portrait de Samara par Cynthia Westwood

cynthia westwood, samara 2, 2007

N’est-ce pas le prototype même de la femme à sa toilette ? Pas de bijou, de collerette ou de voile transparent comme sur les portraits réalisés par des anonymes de l’Ecole de Fontainebleau, certes, mais une femme qui bricole dans ses cheveux (et quels cheveux !), comme sur tant de toiles des siècles passés. On en parlera dans le prochain article.

[Samara #2, peint en 2007 par C. Westwood, est visible sur le site de la galerie Bertrand & Gruner]

Le bathtub

Comme promis dans  l’article précédent, je vais parler un peu d’hyperréalisme tout en glissant doucement des tubs métalliques des années 1900 vers les bathtubs de céramique des années 2000.

D’abord, il s’agit bien ici de peinture et non de photos (pour les photos de femmes dans des baignoires, voir l’article sur les dames au bain ou le travail de Lucie et Simon). Concernant les artistes, il s’agit de 2 femmes, américaines toutes les deux.

La première, Lee Price, se spécialise dans un thème extrêmement pointu : la femme qui mange (et notamment nue dans sa baignoire) ! Il fallait y penser. Pour une raison que je ne m’explique pas, le résultat est assez envoûtant.

Lee-Price-Self-Portrait-in-tub with ice creamLee Price, « Self-portrait in tub with ice cream », 2007

Lee-Price-Strawberry-SwirlLee Price, « Strawberry Swirl »

L’autre artiste est Cynthia Westwood (née en 1969) qui s’intéresse à la femme nue dans sa salle de bains, qu’elle soit dans sa baignoire ou sous la douche, en train de se shampouiner ou de se sécher les cheveux… Dans la tradition d’un Bonnard, je suppose, qui raffolait du même sujet (mais ne le peignait pas du tout de la même façon).

cynthia westwood ,lying-in-bath 2007Cynthia Westwood, « Lying in bath », 2007

cynthia westwood,white-bath 2004Cynthia Westwood, « White bath », 2004

[Tous les visuels proviennent des sites des artistes, sauf « Lying in bath » qui est visible sur le site de la galerie Bertrand & Gruner à Genève]

Dames à leur toilette

D’accord. Cet article ne va pas vous épater par la profondeur de son texte ou l’originalité de ses images. Je veux juste faire le point sur une iconographie très particulière : celle des « Dame à sa toilette » avec gros plan sur jeune femme torse nu à sa table de toilette, main droite tenant une bague au dessus de la boîte à bijoux, main gauche entre les seins sur le bout d’un collier, large collerette et cheveux coiffés court, sorte de cape de voile ou mousseline transparente posée sur les épaules  et servante agenouillée à l’arrière-plan devant un coffre de rangement.

Bildnis einer Dame (portrait de femme), Ecole de Fontainebleau, 16ème siècle, Kunstmuseum de Bâle

Je tombe sans arrêt sur une représentation de « dame à sa toilette » dont l’auteur ou la localisation est fausse. Ce n’est pourtant pas compliqué : il n’y en a que trois !

Femme à sa toilette, vers 1550-1570, Ecole de Fontainebleau, Worcester Art Museum (Worcester, Maine, USA)

Pas de François Clouet, pas de musée Magnin, pas de Diane de Poitiers. Il est cependant vrai que le ressemblance entre les portraits de Worcester et de Dijon a pu créer une petite confusion.

Dame à sa toilette, anonyme, 16ème siècle, Musée des Beaux-arts de Dijon

Reste la question principale : c’est quoi ce portrait ? Pourquoi ces femmes sont nues ? De quelle toilette parle-t-on ? Pourquoi est-il plus question d’or et de bijoux que d’eau et de savon ? Pourquoi le bras droit est-il posé sur un coussin ? Pourquoi la bague, le collier, la collerette ? Enfin, pourquoi tant de copies et quel est l’original ? A cette dernière question, je proposerai un début de réponse : Il se dégage une telle sensualité de cette poitrine nue mais parée de bijoux sous un voile transparent qu’elle n’a pu qu’inspirer les artistes de cette époque. Question subsidiaire : Pourquoi pas plus de copies ?