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The great nude, the orange and the cigarette

Puisqu’on a montré pas mal de seins dans les derniers articles, parlons donc de Tom Wesselmann.

Tom Wesselmann (1931-2004) est un des grands artistes du mouvement Pop-Art. Il a définitivement sa place dans ce blog en tant que chercheur-explorateur-décrypteur-représentateur de la forme féminine.

Regardez-le en plein travail !  Il cherche la courbe parfaite, lui aussi (cf l’article sur Aristide Maillol et la Vénus de Perpignan). La courbe du sein, du ventre ou du dos… Du sein, je parierai !

Tom Wesselmann, Self-portrait while drawing, 1983, source : http://www.all-art.org

Grand fan du Sein et du Téton. Tom l’est.

Il a réalisé (à la peinture acrylique, en sérigraphie, en lithographie, etc.) une grande quantité de nues, à savoir :
– des seins
– des seins + une bouche
– des seins + une bouche + un pubis.
Toujours des cheveux (plutôt longs et blonds).
Rarement des yeux.
Jamais (?) de nez.

Les lèvres sont toujours brillantes de rouge à lèvres. Les seins sont souvent blancs de la marque du soutien-gorge. Les tétons sont toujours ronds et bombés. Les pubis sont toujours poilus (ça se passe dans les sixties !).

On peut se poser la question : « Pourquoi pas d’yeux ? ».
J’ai envie de me poser la question : « Pourquoi les oranges et la cigarette ? »

[De gauche à droite et de haut en bas : Bedroom Painting N°13 – Great American Nude N°8, 1969, Collection Ludwig, Cologne –  Great American Nude N° 99, 1968, Collection MG Neumann, Chicago –  Great American Nude N°92, 1967, Collection privée, New York]

Vous avez vu les oranges ? Ca me fait penser aux peintures du Moyen-Age et de la Renaissance, toujours pleines de symbolique (le lys blanc pour ceci, la rose rouge pour cela…). Parlant de fleurs, il y en a aussi souvent (roses, jonquilles) dans les oeuvres de Wesselmann. On sait que les fleurs représente généralement le sexe féminin mais que dire des oranges ? Les oranges, rondes et fermes. Je dirai, sans prendre trop de risques, que les oranges, c’est une histoire de seins. Encore !

Les seins, toujours les seins ! Tom ne pensait-il pas au sexe de la femme ? Je dirais  que si. Beaucoup même. Car les bouches des femmes de Tom ressemblent à des vulves. Ce n’est pas pour rien que Tom aimait peindre des bouches avec une cigarette entre les lèvres. Un fin pénis fumant sur lequel tire la femme…

Tom Wesselmann – Smoker, 1 (Mouth, 12) – 1967 – Source : thescienceofdesign.blogspot.fr 

[Voir ici la version de Smoker#1 détenue par le Musée des Beaux-Arts de Montréal]

Le jour où Marie a été fécondée

Après deux articles sur Sainte-Anne et sur la vierge Marie, avec son double statut de « Vierge » et d’ « Immaculée Conception », j’ai envie d’écrire un article qui adresse clairement le problème : Puisque Marie n’a pas été ensemencée par Joseph (tout comme sa mère Anne n’aurait pas été ensemencée par son mari Joachim, c’est ce que dit le dogme catholique actuel), alors comment a-t-elle été fécondée ? Pour tenter de trouver une explication, je vais m’aider d’une des oeuvres les plus célèbres d’un des plus grands peintres flamands : le triptyque de l’Annonciation peint à Tournai aux alentours de 1430 par Robert Campin, alias « le Maître de Flémalle », et maintenant exposé aux Cloisters, l’annexe médiévale du Metropolitan  Museum of Art à New York.

Résumons les faits (les dates sont données suivant le calendrier grégorien pour simplifier les choses…) : Le 25 mars, Marie reçoit la visite de Gabriel. Neuf mois plus tard, jour pour jour, elle accouche de Jésus. Y a-t-il là un indice ?

Maintenant, regardons le triptyque (toutes photos par Ad Meskens, Wikimedia Commons) : Robert,Campin,Flémalle,MET,annonciation,triptyque,gabriel,marie,joseph,fécondationSur le volet gauche, Campin a peint les commanditaires de l’oeuvre qui semblent épier la scène qui se déroule sous leurs yeux (sans intérêt pour nous). Sur le volet droit, Joseph (particulièrement vieux et laid !) vaque à ses occupations de menuisier-charpentier. Au centre… vous allez dire que je psychote mais… Gabriel ressemble à un amant aux pieds de sa belle qui le snobe. campin,gabriel,marie,josephRegardons les visages en gros plan. Gabriel et Marie se ressemblent étrangement : même visage, mêmes cheveux blonds bouclés. Que vient faire là ce Joseph qui pourrait être leur père ? D’accord, je psychote. Gabriel n’est qu’un messager. C’est Dieu lui-même qui va féconder Marie ce jour-là.

Avant de passer aux choses sérieuses, remarquez que toute la scène respire le sexe (à mon humble avis). campin,gabriel,marie,annonciation,symboles,fécondation,vagin,vulvePourquoi Marie est-elle si lascive ? Elle est allongée devant le banc, comme si elle lisait sur son lit. Remarquez les fenêtres aux volets ouverts, le très large trou de la cheminée, le chaudron dans une fente verticale du mur au fond de la pièce ! Tous les historiens de l’art commentent les lys blancs ou les bougies éteintes. Moi, je ne vois que ces symboles vaginaux béants.  Et que dire de cette table au centre de la scène ! Un large ovale entre Gabriel et Marie comme une vulve entre les cuisses d’une fille.

Passons maintenant aux choses sérieuses : la semence divine. Elle pénètre la pièce par la gauche, à travers une fenêtre ronde. campin,vagin,semence,divine,fécondation,symboles,annonciationJe ne sais pas si les fenêtres rondes étaient fréquentes à Tournai au XVème siècle mais le rond, le cercle, la couronne, l’anneau sont des représentations usuelles de l’ouverture du vagin.

Pour Campin, la Vierge aurait donc été fécondée par le vagin (mais pouvait-il en être autrement ?), comme toutes les femmes. Le mode de transport de la semence divine, depuis le « ciel » jusqu’au ventre de Marie, reste assez flou. Quant à la transformation de cette semence en bébé qui babille, elle prendra neuf mois, comme pour tout le monde !

Deux mille ans de porno subtil (plus ou moins)

Avant la photo et Internet, le porno existait aussi, mais en plus subtil. Des images de pénétration sexuelle ont ainsi réussi à trouver leur place sur les murs et dans les palais, par l’intermédiaire d’un mythe tombé à pic (ce ne sera pas le seul) : Léda et le cygne. Léda, fille du roi d’Etolie et femme du roi de Sparte, est séduite (ou violée) par Zeus déguisé en cygne. Le même soir, elle couche avec son mari. Léda, deux fois pénétrée, deux fois imprégnée par deux hommes différents et deux fois mères de deux paires de jumeaux !

Si la représentation de la pénétration d’une femme par un homme a posé de tous temps quelques problèmes, il n’en était pas de même pour la pénétration d’une femme par un gros oiseau… Très curieusement ! Dans la copie de la « Léda » de Timothéos, on ne peut nier la suggestivité évidente du long cou du cygne qui part de la base du pubis de Léda, traverse son ventre et plonge entre ses seins (une sacrée pénétration !).

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Léda - Détail de la copie romaine d'une oeuvre du sculpteur grec Timothéos du IVeme siècle avant JC - Musée du Prado, Madrid - Cliquer l'image pour voir l'original sur le site du Prado

Et que dire de la Léda de Venise, loudement montée par ce gros cygne de Zeus ? Que dire de la main gauche de la reine de Sparte, dissimulée entre ses cuisses, sans doute occupée à fourrer dans son vagin la bite du volatile malhabile (scène très réaliste : les hommes ont souvent un peu de difficulté à viser le trou) ? Que dire de la main droite qui tient le long cou de la bête dont le bec cherche les lèvres de la femme ? Double pénétration ou petit baiser d’amour ?

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Léda - Copie romaine du 2ème siècle après JC d'une oeuvre grecque - Museo Archeologico Nazionale, Venise - Cliquer pour voir la photo originale sur Tumblr

A la réflexion, cette statue-là vaut bien toutes les photos porno.