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Les shunga ont-ils popularisé les poils de chattes ?

On connaît l’influence sur les Impressionistes des estampes japonaises, tout juste découvertes par les Occidentaux. Monet les collectionnait.

Cependant, à côté des paysages d’Hiroshige et d’Hokusai, on ne doit pas oublier les milliers de shunga imprimés depuis des siècles en Chine et au Japon.

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Trois vulves examinées dans un miroir – Estampe érotique japonaise – vers 1850 – Source : wikimedia

« Shunga », ça veut dire « images de printemps » parce qu’au printemps… les pénis gonflent et rentrent dans les vagins humides… on resterait presque dans le bucolique, finalement !

Regardez tous les shunga que vous pouvez, vous y trouverez toujours des poils. Les pubis des femmes et des hommes sont toujours couverts d’une toison noire parfois énorme, en opposition totale avec la représentation occidentale traditionnelle du nu.

Idem pour les sculptures. On trouve de jolies scènes érotiques gravées sur des netsuke (un « netsuke » est un petit accessoire de la garde-robe japonaise traditionnelle qui permettait d’accrocher des objets à la ceinture) et, regardez bien, ça ne manque jamais de poils !

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Intérieur d’un « hako netsuke » représentant une scène d’accouplement – Fin du 19ème siècle – Source : Maison de vente aux enchères Kunsthandel Klefisch

Sur le netsuke ci-dessus, l’artiste a encré une seule chose : les poils ! Cheveux noirs, sourcils noirs, cils noirs et poils pubiens noirs sur des corps d’ivoire. On ne voit que les poils !

Question : les images de printemps et autres netsuke porno étaient-ils connus des artistes de la fin du 19ème siècle ? A n’en pas douter ! J’ai même découvert qu’à cette époque, l’expression « Viens voir mes estampes ! » signifiait « Allons baiser ! » (document « Voir le mal en face : L’origine du monde de Gustave Courbet« ). Dans ce cas, les Japonais sont-ils derrière les chattes noires de Courbet, Schiele, Modigliani… ? C’est vraisemblable, non ?

La rupture artistique du poil

Si l’on compare la « Vérité » peinte par Jules Joseph Lefebvre en 1870 et la « Véritée nue » peinte par Gustav Klimt un quart de siècle plus tard, on constate qu’elles tiennent bien toutes les deux un miroir dans la main droite mais que la Vérité de Klimt est effectivement plus « nue » que celle de Lefebvre : elle ose montrer ses poils pubiens.

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« La Vérité » (extrait) par Jules Joseph Lefebvre – 1870 – Musée d’Orsay, Paris – Source : Wikimedia

Dans le dernier quart du 19ème siècle, une révolution est passée, celle de ce qu’on peut appeler l’ « anti-académisme », commencée dès le milieu du siècle par le réaliste Gustave Courbet et les impressionistes, prolongée à la fin du même siècle par le sécessioniste Gustav Klimt.

J’avais déjà parlé des seins lourds des nues de Courbet, Manet et Renoir (voir article « Les gros seins datent d’hier« ) en opposition aux petits seins de la peinture occidentale classique.

Voici maintenant, en opposition aux traditionnels pubis glabres des représentations féminines depuis l’Antiquité (il y a quelques exceptions dont je reparlerai), le pubis poilu de Gustave Courbet (« L’origine du monde », bien sûr, en 1866, qui reste une exception camouflée au milieu d’une oeuvre moins poilue), la « femme étendue sur un divan » (1873) et le « Nu au divan » (vers 1881) de Gustave Caillebotte (les seuls nus féminins de Caillebotte), la « Nuda Veritas » au pubis roux et les Gorgones aux pubis noirs (à la gauche du géant et des passions coupables dans la frise des « forces hostiles » de la frise de Beethoven peinte en 1902) par Gustav Klimt.

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« Nuda Veritas » par Gustav Klimt – 1899 – Österreichisches Theatermuseum, Vienne

La révolution artistique du 19ème siècle donnera cependant peu d’oeuvres de nues avant 1900 (et encore moins de nues au pubis poilu : voir les 4 tableaux des 3 Gustave mentionnés ci-dessus !).

Les belles alanguies de Modigliani et les femmes sans culotte d’Egon Schiele arriveront à la veille de la première guerre mondiale, suivies de l’Eve de Klimt et de l’Aphrodite de Franz van Stuck, puis des nues allongées de Foujita et de Suzanne Valadon dans les « Années folles ». A cette époque, l’académisme aura définitivement lâché l’affaire et les pubis fleuris abonderont… mais cela est une autre histoire…

Le retour du poil ?

Il y a 15 jours, un article de oystermag.com (le site web du magazine féminin australien Oyster) prévoyait que 2014 serait l’année du retour du big « bush », c’est à dire du pubis plein de poils, c’est à dire du pubis au naturel. Que la nature soit à la mode… why not !… mais le retour du big bush… waouh !… Vraiment ?

Le précurseur de cette nouvelle tendance serait la marque de vêtements American Apparel dont les mannequins du magasin du quartier  de Soho à New-York ont fait le buzz.

Clientes devant la vitrine du magasin American Apparel de East Houston Street, janvier 2014 - Source :

Lécheuses de vitrine devant le magasin American Apparel de East Houston Street, New York, janvier 2014 – Source : mirror.co.uk

Le "bush" - source : oystermag.com

Le « bush » – source : oystermag.com

3 mannequins avec un postiche pubique dans la culotte (voir l’article « Pour remplacer le poil, le postiche pubique« ) qui ont attiré les curieux.

Je pense que ce ne sont pas 3 pauvres mannequins dans une vitrine plutôt sinistre (franchement !) d’un magasin finalement assez petit qui devraient révolutionner la façon dont les femmes gèrent les poils de leur pubis. Ce qui me surprend plus, ce sont les photos du catalogue en ligne.

La marque American Apparel nous a maintenant habitué(e)s à une communication assez dénudée, voire même un peu sulfureuse et les photos de la collection actuelle ne dérogent pas à cette règle de conduite. Elles montrent plusieurs lapins poilus, notamment le bunny de Miss Holiday.

Body en mesh de la collection Cali chez American Apparel

Le mannequin Bunny Holiday dans un body en mesh de la collection Cali Sun & Fun, American Apparel, Janvier 2014 – Source : americanapparel.net

Cette exposition de poils dans le catalogue américain d’une marque grand public a quand même de quoi surprendre. Il y a là une vraie audace qui ne s’est pas fait censurer. Le poil (de chatte) redevriendrait-il acceptable ?

Pour remplacer le poil, le postiche pubique

Voici un accessoire de mode assez étonnant. Il a fait une timide apparition sur certains sites marchands il y a 2 ans (me semble-t-il) et reste, à ce jour, un obscur objet de désir, peu vu, peu connu, peu vendu. Le livre que prépare Kit Darling (photographies par Erika Tanith) va peut-être le médiatiser un peu plus.

merkin how to

Ce que les Américains appellent un « merkin » est un postiche pubique (oui, ça existe !), fabriqué en cheveux, en poils, en laine, en moquette, en gazon artificiel (vu sur American Merkin Project) ou en tout ce qu’on veut, et qui se colle sur un pubis préalablement soigneusement rasé/épilé.

Ca sert à décorer, bien sûr, et moi, je trouve ça assez joli. Ca sert aussi à exciter les sens de ceux qui regardent pusiqu’un merkin ne couvre pas le sexe lui-même et ne s’embarrasse pas de cordons pour rester en place.

L’histoire de l’objet est confuse. J’ai lu deux explications différentes (et il y en a sûrement d’autres) : Il aurait servi, dans les années 1960-70, à couvrir les pubis traditionnellement glabres (cela mériterait une vérification que je n’ai pas faite) des prostituées vietnamiennes pout les GI’s habitués, eux, aux pubis poilus. Il aurait servi, dans les bordels du 19ème siècle, à couvrir les pubis rasés pour cause de morpions ou de poux. Ces 2 explications renvoient à une « obligation » de couvrir le pubis et à l’univers de la prostitution. Pas étonnant dans ce cas, de trouver les merkins chez les danseuses burlesques qui reprennent les codes et les accessoires du strip-tease et des cabarets.

La star du burlesque Michelle L'Amour habillée de cache-tétons et d'un merkin (source : wikipedia)

Michelle L’Amour au travail en 2007 habillée de cache-tétons et d’un merkin (source : wikipedia / Michael Albov)

Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette « mode » un peu étrange d’une autre mode récente (et également très confidentielle) qui consiste à coller des bijoux ou des cristaux Swarovski sur le pubis. Dans les deux cas, il s’agit de se raser complèement la chatte pour la couvrir avec autre chose que ses poils naturels.

Cette idée-déco lancée il y a quelques années aux US (me semble-t-il) s’appelle le « vajazzling » (de « vagina » et « bedazzling », soit en français, « envoûtement vaginal »).

L’artiste sud-africaine Frances Goodman a réalisé elle-même et photographié plusieurs « envoûtement vaginaux ». Il est intéressant de lire les commentaires des femmes sud-africaines qui ont participé au projet sur la page « Vajazzling Series – South Africa » (2012) du site de l’artiste, ainsi cette femme qui considère cette expérience comme un moyen d’améliorer son estime de soi et de célébrer le corps de la femme.

Notez qu’il y a aussi une autre « Vajazzling Series » sur le site, réalisée à New York cette fois, avec une variation sur le thème « I Do » dont fait partie la photo ci-dessous :

i do 3 par frances goodman 2012

Que l’on remplace le poil naturel du pubis par du poil artificiel, de la verroterie ou tout autre objet rapporté, la femme commence toujours par se raser ou s’épiler la chatte, ce qui semble une normalité de nos jours. Normalité ? Cela mérite quelques articles de plus…

De même, pour celles qui trouveraient que tout cela va trop loin et qu’il y en a marre de se prendre ainsi la tête sur son bas-ventre, notez le travail de critique (sur le mode « laissez nos chattes tranquilles ! ») par la photographe Rhiannon Schneidermann (Tumblr) qui est décrit dans un article du Huffington Post.

Pour élargir le débat, voir aussi l’article « L’importance de marquer le pubis« .

Pubis selon Foujita

Pour mettre en évidence le pubis, on a vu qu’il y a ceux qui recourent aux marquages et ceux qui jouent sur les contrastes. Le peintre Foujita (1886-1968) appartient aussi à ceux qui jouent sur les contrastes

Foujita – Nu allongé – 1922 – Musée des Beaux Arts de Nîmes ? – Source : arthistory.about.com

Corps blanc sur un lit blanc. Seul se détache, au centre de la toile, le triangle noir du pubis.

Ainsi sur le portrait de Kiki de Montparnasse conservé au musée d’art moderne de la ville de Paris (voir ci-dessous), parmi d’autres toiles de l’Ecole de Paris.

Ainsi aussi pour cette autre nue (voir ci-dessus) qu’on trouve sur le web et qui semble être exposée à Nîmes.

Foujita – Nu couché à la toile de Jouy – 1922 – Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris – Source : devoir-de-philosophie.com

Si on connaît mieux les odalisques de Modigliani, contemporain de Foujita, c’est peut-être parce qu’elles sont plus pudiques, Amedeo privilégiant les yeux quand Léonard nous montre des poils pubiques.

Portrait de Diane Webber

diane webber,naturisme,nudisme,seins nus,nudité,pubis poiluSon nom, c’est Diane Webber (1932-2008) pour les afficionados américains du naturisme, les collectionneurs de calendriers avec pinups rétro et les fans de danse orientale (qu’elle pratiqua avec la troupe « perfumes of Araby ») mais les anciens lecteurs de Playboy (éditions de 1955 et 1956) la connaissent sous son nom de jeune fille : Marguerite Diane Empey.

Ce fut difficile de choisir parmi les 26 pages de photos qui lui sont consacrées sur le site myarchives.net mais comme cette femme incarne d’abord un certain idéal du nudiste, je souhaitais la voir dans la nature, et je souhaitais qu’elle nous montre ses seins et aussi son pubis poilu. Pour toutes ces bonnes raisons, j’aime beaucoup ce portrait.