Archives de Tag: péché

Interros écrites sur la nudité

Femelletemple a déjà posé quelques questions sur la nudité, l’influence de la morale et de la Bible : Voir les articles « La faute à Eve« , « Quelques secondes avant l’invention de la pudeur : Profitons du spectacle !« , « Eve, évidemment – Episode 2 – De quel péché parle-t-on ?« .

Dans la série « The written Word »,  R.A. « Tony » Evans, Jr (Harlemphoto) propose quelques interrogations d’ordre moral (Vous savez, la Morale, quand il est question du Bien et du Mal et de comment faire le Bien).

« The man is responsible to guard is mind from impurity » n’est pas une injonction morale qu’on trouve telle quelle dans la Bible. Cette phrase a en fait été copiée-collée sur plusieurs sites américains de morale chrétienne et renvoie généralement au verset 8 du chapitre 4 de l’Epitre de Paul aux Philippiens : « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. » Ce n’est pas tout à fait pareil mais, dans tous les cas, pourquoi faudrait-il penser le corps de la femme comme impur ?

Les versets 27 et 28 du Sermon sur la montagne (Evangile selon Mathieu, chapitre 5) sont peut-être plus intéressants. Ils disent ceci : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » En bref, JC dit que ce n’est pas bien de regarder une femme pour la convoiter. Ceux qui ont écrit le Lévitique et le Deutéronome recommandaient même la mort comme sanction à l’adultère. Est-ce qu’un homme qui regarde une femme nue la convoite ? Si oui (et le « oui » reste à démontrer), est-ce qu’il mérite la mort (remarquez que la peine de mort ne s’appliquerait qu’à un homme marié, puisqu’il s’agit d’adultère et que seule la perspective masculine est considérée dans la Bible) ? Est-ce que vous pensez que parce que vous venez de regarder la photo ci-dessus, vous méritez la mort (si vous êtes un homme marié, bien sûr) ?

J’en remets une couche avec cette deuxième photo et l’inscription sur le bas-ventre :

« Est-ce que le problème, c’est mon corps ou est-ce que c’est toi ? » J’aime cette question qui me rappelle la phrase de Jean-Claude Bologne citée en marge de ce blog : « La pudeur réside moins dans la dissimulation du corps que dans la qualité du regard qui se pose sur lui » (Pudeurs féminines. Voilées, dévoilées, révélées – Editions du Seuil – 2010).

Je m’aperçois, une fois de plus, que la nudité en soi n’est pas un problème, pas même pour la Bible, comme déjà discuté dans « L’homme et sa femme étaient tous deux nus et n’avaient pas honte (Genèse 2 25)« … et ce n’est pas l’histoire incompréhensible des vêtements de peau (« Il les revêtit d’habits de peau« ) qui me fera penser le contraire.

La vraie question morale (si on adhère à la Bible comme source de moralité, bien sûr !), c’est celle de l’adultère. La nudité n’est alors un problème que si elle incite à l’adultère que la Bible condamne sévèrement (Detéronome 22 22 : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux »). Pour éviter tout ça et vivre en paix, un conseil simple : Femme, ne te marie JAMAIS ! (et vis nue par la même occasion).

Le péché

Je vais finir cette série d’articles sur Eve, le serpent et le péché avec celui qui a beaucoup tourné autour du sujet.

Je disais récemment que quand on parle de femmes fatales et de serpents, il est toujours utile de se rappeler des sécessionnistes viennois et münichois (cf « Un standard glamour : La femme nue allongée au serpent« ). Je laisserai tomber le Viennois (Klimt) pour cette fois et je m’intéresserai au Münichois : Franz von Stuck (1863-1928).

Pour commencer et par souci de symétrie par rapport aux articles précédents, voici déjà cette petite chose :

Franz von Stuck - "Die Sinnlichkeit" (La Sensualité) - vers 1891 - Oeuvre qui fit l'objet d'une vente forcée de la part de son propriétaire en 1941 et qui fut restituée aux héritiers de Fritz Gutmann en 2009 - Source : mutualart.com

Le tableau ne s’appelle pas « Eve ». Pas plus que les photos de Hannah et de Rachel Weisz.  Il s’appelle « La Sensualité » et ça ne nous étonne pas : On a déjà parlé de tout cela à l’article précédent. « Eve », c’est un autre nom pour l’érotisme ou le péché, la désobéissance ou le sexe. Alors, pourquoi pas « Sensualité » ?

Je pourrai continuer avec une autre femme enroulée dans un serpent. Une femme qui n’est pas debout mais allongée. C’est une oeuvre de von Stuck visible au musée Wallraf-Richartz de Cologne et qui s’appelle « Le Péché » (Die Sünde). Je vous laisse cliquer tout(e) seul(e). Moi, je préfère passer directement au Péché qui m’intéresse.

Voici la bête :

… ou plutôt, voici la Déesse.

On devine ses traits dans l’ombre du temple. Entre les colonnes de l’entrée, son corps s’offre à tous, tentateur. La peau blanche de la poitrine brille à la lueur du jour mais le visage reste dans l’ombre. Seuls ses yeux scintillent. Ils nous fixent. Tout comme ceux du serpent.

Le Péché dans son temple d’or. Eve, la Sensualité, le Péché, l’Erotisme, le Corps, le Sexe. La première femme dans son temple.

Lors de la présentation du « Péché » au public münichois, ce dernier a été enthousiasmé par cette vision de femme décomplexée, assumant pleinement son statut de pécheresse et de femme fatale. Voilà donc Eve en femme dominatrice et aventureuse qui entraîne l’homme dans sa chute. Adieu la Sainte, la Vierge, la Mère. Louanges à la Pécheresse, la Sulfureuse, la Diabolique. Adieu aussi les longs cheveux blonds au profit de la toison brune.

La Pinacothèque de Münich a acheté la toile, peinte en 1893.

D’autres versions ont été réalisées par von Stuck. Les plus connues sont celle de 1912, exposée à la Alte Nationalgalerie de Berlin, et celle de l' »autel » de la Villa Stuck à Münich.

Eve, évidemment – Episode 2 – De quel péché parle-t-on ?

Voici la « photo de couverture » d’un portfolio de clichés érotiques du mannequin Hannah proposé par le site X-art.

Comme pour la page de couverture du magazine Esquire (voir « Femme et serpent – Eve, évidemment« ), la représentation d’une femme nue avec un serpent enroulé autour de son corps entraîne immédiatement l’association avec Eve, puisque le titre du portfolio est « Original Sin », le péché originel.

A la vue de cette femme lascive, je me dis : « Mais… de quel péché parle-t-on ici ? »

Replongeons-nous brièvement dans la Genèse, le premier livre de la Bible (Chapitre 3, pour être précise – Voir article « La faute à Eve« ). Adam, Eve et Dieu vivent à 3 (si on ne compte pas les bestioles) dans le jardin d’Eden. Il y a dans ce jardin un « Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal » dont on ne sait pas grand chose sauf que Dieu a interdit qu’on en consomme les fruits… mais Eve se laisse convaincre par le serpent. Elle prend un fruit et partage avec Adam. Voici donc ce qu’est le péché originel, le fameux premier péché qui entraînera l’expulsion du Paradis (ainsi que la mortalité, l’obligation de travailler, l’accouchement dans la douleur…) : la consommation du fruit interdit et, par là même, la désobéissance aux règles imposées.

Pourtant, quand on voit l’Eve lascive, quand on pense au péché originel, quand on croque le fruit défendu, on pense d’abord « Sexe » pas « désobéissance ». Tout ce qui tourne autour d’Eve et de son péché sent le sexe. Regardez ces photos de serpents.

Elles ne représentent pas particulièrement Eve mais, tout comme la photo d’Hannah ou celle de Rachel Weisz, elles évoquent le péché et l’image de la première femme.

Quand on regarde la statue « Eve après le péché » d’Eugène Delaplanche exposée au Musée d’Orsay, on ne peut que constater l’érotisme intense qui s’en dégage. La contorsion du corps, la nudité, les longs cheveux écartés pour dégager le dos, le cul magnifique, le serpent qui s’entortille… la pierre taillée par Delaplanche dégouline de sexe.

Eugène Delaplanche - "Eve après le péché" - 1869 - Musée d'Orsay - Source : Base Joconde sur culture.gouv.fr

Si on considère que le Diable parle par la bouche du serpent, qu’Eve et son péché sont inséparables et que le péché est toujours une histoire de désobéissance, je propose de reformuler ainsi la question : « Quand le Diable  s’entortille autour du corps d’une femme nue, quelle désobéissance nous suggère-t-il ? »

Avant de tenter une réponse, je vous propose de jeter un coup d’oeil sur ces deux gravures très célèbres. A gauche, la première des 36 gravures sur bois d’Albrecht Dürer qui illustrent le péché originel puis la Passion rédemptrice du Christ (« Petite Passion sur bois », 1510, conservée au British Museum); Elle représente la fameuse scène où Eve accepte la pomme du serpent et s’appelle « La Chute » (The Fall). A droite, « La chute du genre humain » (Lapsus humani generis) gravée en 1511 par Hans Baldung Grien et également visible au British Museum.

Ce qui m’interpelle sur ces deux images, c’est l’intimité des personnages, leur nudité câline, leurs jeux érotiques (Adam qui presse le sein d’Eve sur le dessin de Baldung Grien) qui contrastent avec le titre tragique des oeuvres… Comme si la légèreté, la nudité et l’érotisme étaient la cause de la damnation humaine (Quelle damnation d’ailleurs ? Travailler, mourir un jour et accoucher dans la douleur ne sont pas si terribles !).

Voici maintenant ma tentative de réponse. Le serpent enroulé sur la femme nue dit : « Allez-y ! Baisez ! Jouissez ! ». Est-ce désobéir à Dieu ? Peut-être… Si celui-ci existe et s’il veut encore se venger de la désobéissance dans le jardin d’Eden en exigeant une société sans jouissance. La désobéissance aux règles (à la morale, au « politiquement correct ») attise cependant le plaisir, comme baiser en public, fesser la femme libérée ou tromper le mari auquel on a juré fidélité… Le Serpent aime la Loi car il peut la violer.

[Sources : x-art.com pour la photo d’Hannah (attention : site avec photos à caractère pornographique) – venusobservations.blogspot.com pour « The serpent », photo de serpent qui rampe entre des fesses, tirée du numéro de novembre 1976 de Penthouse – esensualimages.com pour la photo du « serpent sur un yoni » – Ministère de la culture/Base Joconde pour la statue de Delaplanche – Le British Museum pour la gravure de Dürer – Idem pour celle de Baldung Grien]

Femme et serpent – Eve, évidemment

Sur sa couverture d’avril 2004, le magazine américain pour hommes « Esquire » a utilisé  une très belle photo de l’actrice britannique Rachel Weisz (A prononcer comme le mot « Vice » en anglais !) par James White. Elle n’illustre pas l’article  « The naked truth about women » mais  un autre article consacré à l’actrice et intitulé « And God created Rachel Weisz… And we saw that it was good ». Si cette phrase vous rappelle  un certain verset de la Genèse, c’est normal (voir article « Eve inférieure ou égale à Adam ? C’est au choix« ).

Si, comme pour Esquire, comme pour moi,  cette femme vous rappelle Eve, cela semble également normal. Normal ? Mais pourquoi donc ?

Regardez les deux photos ci-dessous. A gauche : « Woman with snake », 1938, par Paul Outerbridge. A droite : Cindy Crawford, 1993, par Annie Leibovitz. Aucune de ces deux photos ne fait allusion à Eve et pourtant, immédiatement, on pense à elle. Encore une fois « Normal ! », me direz-vous, puisque c’est une femme nue qui tient un serpent. Et bien non !

Ce n’est pas si « normal » que ça pour une raison toute simple : Dans toutes ses représentations classiques comme dans le texte biblique, Eve ne tient jamais le serpent. Elle ne le touche même pas. Il n’est donc absolument jamais enroulé autour d’elle.

Ci-dessous, voici « Eve tempted », peinte vers 1877 par le Britannique John Roddam Spencer Stanhope. Eve est représentée sans Adam, ce qui est rare mais, à part ça, Stanhope reprend tous les poncifs traditionnels de la représentation d’Eve : La main gauche qui se saisit de la pomme, les longs cheveux blonds de la pécheresse (A ce sujet, voir aussi l’article « Pourquoi la prostituée est blonde« ), le serpent qui s’adresse à elle, enroulé autour de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal.

Notez que le serpent est enroulé autour de l’arbre, pas autour d’Eve.

John Roddam Spencer Stanhope - "Eve tempted" - vers 1877 - Manchester Art Gallery

Stanhope a peint une « Eve tempted by the serpent » très similaire à l’Eve ci-dessus et les deux oeuvres du Britannique ressemblent beaucoup au « Sündenfall »  (La chute par le péché) peint par Michel Coxcie au 16ème siècle et qui est exposé au Kunsthistorisches Museum de Vienne : Même attitude d’Eve, même arbre aux allures d’oranger.

Voici deux autres représentations classiques d’Eve et le serpent. A gauche : « Adam et Eve » peint par Raphael entre 1508 et 1511 au plafond de la Chambre de la Signature (Stanza Della Segnatura) des appartements du pape Jules II au Vatican. A droite : La même chose, peinte par Guido Reni vers 1620 et exposée au Musée des Beaux-Arts de Dijon.

Pour les 6 visuels, les scènes sont presque identiques : Une femme nue (Eve), un arbre, un serpent enroulé. L’arbre est absent de la photo de James White mais le fond vert fait illusion. Ainsi donc, notre cerveau assimile le serpent traditionnellement enroulé autour de l’Arbre de la Connaissance avec le serpent enroulé autour d’une femme nue.

C’est ainsi qu’une femme nue avec un serpent peut se passer de pomme. Même sans le fameux fruit défendu, elle se fera appeler Eve.

Pour ceux qui en veulent encore un peu plus, voici comment le sculpteur norvégien Per Ung se représente Eve. Cliquez. Vous ne serez pas surpris.

[Sources : theplace.ru pour la couverture d’Esquire, http://www.masters-of-photography.com pour la photo d’Outerbridge, soulcookie.tumblr.com pour la photo de Leibovitz, goldenagepaintings.blogspot.com pour la peinture de Stanhope, artmight.com pour la peinture de Raphaël, a4rizm.tumblr.com pour la peinture de Guido Reni (photo par Hugo Maertens)]

La faute à Eve

Après notre petit débat sur la création d’Eve et sur le dernier verset du chapitre 2 de la Genèse, nous voici donc au fameux chapitre 3. Pour ceux qui ont oublié de quoi il s’agit, le mieux est de le lire ou, sinon, de regarder ce petit résumé extrait des « Très riches heures du duc de Berry » (un livre d’heures regorge d’images saintes puisque c’est un recueil des prières à réciter en fonction des heures de la journée ou des jours de l’année) :

adam,eve,chassés du paradis,faute,pomme,serpent,enluminure,berry,eden,limbourg

Adam et Eve chassés du Paradis (Folio 25 des Très riches heures du duc de Berry) - Frères de Limbourg - 1411-16 - Musée Condé, Chantilly - (C) RMN (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Vous avez reconnu le jardin d’Eden, séparé du reste du monde par un mur. Au centre du jardin se trouve la fontaine, la source des 4 fleuves du Paradis, et ,à côté, l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal sur lequel est entortillé le serpent (Dieu ne l’a pas encore condamé à ramper sur son ventre !).

ACTE 1 (versets 1 à 5) : Eve discute avec le serpent. Elle lui rappelle que Dieu a interdit de consommer les fruits de l’arbre de la connaissance. Le serpent la convainc d’en manger quand même.

ACTE 2 (verset 6) : Eve prend une pomme et en offre à Adam. Ils consomment le fruit interdit.

adam,eve,serpent,eden,paradis,pomme,faute,enluminure,heures,berry,limbourg

ACTE 3 (versets 7-22) : Adam et Eve  s’aperçoivent qu’ils sont nus et, honteux, ils se couvrent le sexe (en principe avec des feuilles de figuier mais sur l’enluminure, ils se contentent de leurs mains). Dieu comprend ce qui s’est passé. Furieux, il condamne le serpent, la femme puis l’homme à différents tourments.

ACTE 4 (versets 23-24) :  Dieu chasse Adam (et Eve, donc, même si ce n’est pas précisé dans le texte) du Paradis pour qu’il n’ait plus accès à l’arbre de vie éternelle et en fait garder la porte par des chérubins.

adam,eve,serpent,eden,paradis,pomme,faute,enluminure,heures,berry,limbourg

Ce qui rend Dieu furieux, c’est la désobéissance.

Pour lui avoir désobéi, il condamne la femme à enfanter dans la douleur et à être dominée par son mari (la domination masculine est un châtiment !). Pour avoir écouté sa femme, il condamne Adam à travailler pour vivre (le travail est également un châtiment). Enfin, Dieu condamne Adam et Eve à la mortalité.

Ainsi, sans la curiosité/désobéissance d’Eve, ces deux-là auraient été immortels. Je suppose qu’ils auraient conservé pour l’éternité l’âge qu’ils avaient quand Dieu les a créés (quel âge ont-ils d’ailleurs ?) : pas d’enfance, d’adolescence, de maturité ou de vieillesse. Pas de descendance non plus, je suppose (une descendance de bébés immortels ? Et comment faire vivre une descendance immortelle, pléthorique, dans ce petit jardin ? Non. Inimaginable). Donc, sans la pomme, je n’aurais jamais existé. Vous non plus, cher lecteur. Si nous sommes là, c’est la faute à Eve…