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Les précurseurs du cul – XVIIIe – François Boucher

Autant le dire tout de suite : Je ne suis pas une grosse fan de François Boucher (1703-1770). Boucher le bien-nommé. Le spécialiste de la viande rouge. Viande rose, en fait. Non, rien à faire ! Pour moi, il y a trop de fi-filles à l’air nunuche qui exposent leur viande rose et potelée chez cet artisan-Boucher.

Mais je pense aussi que François Boucher a été un vrai et grand (énorme, même, si j’osais le dire…) précurseur de la représentation du nu féminin et, à ce titre, il me faut lui donner la place qu’il mérite dans ce blog.

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François Boucher - "L'odalisque" - 1745 ? - Musée du Louvre - Source : site du musée (cliquer l'image pour voir la notice) © R.M.N./D. Arnaudet

Voici peut-être le tableau le plus connu de Boucher :  « L’odalisque » exposée au Louvre. Il suffit de retourner voir la Vénus de Velázquez à l’article précédent (« Les précurseurs du cul – XVIIème – Velázquez ») pour mesurer le chemin parcouru entre ces deux représentations de femme nue allongée.

Désormais, plus de déesse Vénus mais une simple femme. Plus de corps nu mais un corps qui se déshabille (Seule la Vénus callipyge avait osé cela avant). Plus de cuisses serrées mais des fesses largement ouvertes. Plus de regard fuyant ou pudique. Plus d’intimité surprise mais un corps public.

Avec cette odalisque, on a changé de monde.

On n’est plus dans l’adoration du corps féminin, aussi ancienne que l’Aphrodite de Cnide (voir article « Le jour où commença le culte du corps féminin« ), on entre dans le boudoir d’une femme qui offre ses fesses, son corps, son sexe. Quand on sait qu’il s’agit de la femme de Boucher, l’affaire devient encore plus piquante. Le peintre nous présente sa femme qui se donne (avec un petit sourire faussement innocent) à tous. On pourrait être sur un site porno échangiste en 2011.

Boucher est aussi un précurseur parce qu’il a industrialisé cette représentation de la femme. « Premier peintre » du roi de France Louis XV, il débite des femmes nues, en cette époque réputée pour son libertinage, à l’attention d’un public avide de ses oeuvres. L’odalisque du Louvre est d’ailleurs parfois appelée « odalisque brune » par opposition à « l’odalisque blonde » exposée à l’Ancienne Pinacothèque de Münich (Là-bas, elle s’appelle « Ruhendes Mädchen« , la femme au repos. Certains pensent qu’il s’agirait d’une maîtresse de Louis XV, Marie-Louise O’Murphy peinte par Boucher en 1752, alors qu’elle avait… 15 ans).

Enfin, comme tout précurseur, Boucher a eu une descendance. Et, cette fois-ci, pas besoin d’attendre deux siècles car elle commence avec son beau-fils, Jean-Baptiste Henri Deshays de Colleville (1729-1765), peintre injustement méconnu, à la vie courte mais intense.

Voici d’abord « Le singe peintre », un tableau à la signification bien obscure (et la notice du musée des beaux-arts de Rouen ne m’éclaire pas vraiment).

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Jean-Baptiste Henri Deshays de Colleville - "Singe peintre" - Musée des Beaux-Arts de Rouen - Source : Wikipedia/pascal3012

Il semblerait que Deshays cherche à se moquer de ces peintres qui se contentent de reproduire des modèles de nu, leur manque d’originalité, leur manque d’ « humanité  » ? Une critique des écoles comme l’Académie Royale des Beaux-Arts, l’école des Elèves Protégés du Roy ou l’Académie de Rome dont il fera lui-même partie ? Ou peut-être s’agit-il d’un exercice de style visant à copier (de qui se moque-t-on ?) le « singe peintre » de Jean-Siméon Chardin (1699-1779) visible au musée du Louvre ou les « singeries » d’Abraham Téniers (1629-1660)…

Avec Deshays, c’est le personnage tout entier qui reste un mystère. Considéré jusque récemment comme un peintre religieux, spécialiste d’oeuvres légères et gaies comme « Le Martyre de saint André », « Saint André conduit par ses bourreaux pour être flagellé », « Saint André mis au tombeau », « Saint Benoît mourant » (…), voici maintenant qu’on se demande s’il n’est pas le père d’oeuvres un peu plus hard, comme « Jupiter et Sémélé ».

Jean-Baptiste Henri Deshays de Colleville - "Jupiter et Sémélé" (détail) - vers 1760 - Musée Norton Simon, Pasadena, Californie - Image © 2011 The Norton Simon Foundation

Il n’y a pas si longtemps, ce tableau était appelé « Vertumne et Pomone » et attribué à François Boucher. On pense maintenant qu’il s’agirait de « Jupiter (hors cadre) et Sémélé ». Notez bien que, quelque soit la métamorphose de Zeus qu’on choisit, la femme au premier plan n’a rien à y faire. Elle n’est là que pour… montrer son cul. Qu’elle a fort beau, par ailleurs.

Que ce soit avec Boucher ou avec son gendre, nous voici donc désormais dans le bel âge du cul.

Les précurseurs du cul : XVIIème – Velázquez

Vous avez le droit de vous étonner. Velázquez, précurseur du cul ? Diego Velázquez ? Celui qui a peint des chevaliers et des infantes d’Espagne, des papes et des cardinaux, des saintes et des paysans, des Christ et des nains ? Oui, celui-là même. Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660). Parce qu’il a aussi peint un cul. Un seul. C’était d’ailleurs le seul nu qu’il ait jamais peint (autant qu’on sache). Et ce cul-là était le pur travail d’un précurseur car on n’avait jamais peint un cul comme ça (autant que je sache… et j’espère ne pas me tromper).

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Diego Velázquez - "The Toilet of Venus" ou "The Rokeby Venus" - 1647-51 - National Gallery, Londres - Source : Wikipedia (Cliquer pour voir l'oeuvre sur le site du musée)

Alors ? Qu’est-ce que ce cul a de si original ? Certes, ce n’est pas la première fois qu’on peint un nu allongé. Sûrement pas. Mais c’est la première fois qu’on le peint dans ce sens. Cette « Vénus » allongé nous tourne le dos. Elle nous montre son cul. Et si ce n’était pour le miroir, on ne verrait même pas son visage.

Il faudra attendre 2 siècles pour revoir ce type de peinture. Et je ne pense pas à la « grande odalisque » d’Ingres qui nous montre beaucoup son visage mais très peu ses fesses (voir article « Rallongez-moi ce dos !« ). Je pense plutôt aux toiles de trois autres Français : Lefebvre, Pils et Sieffert.

Jules-Joseph Lefebvre (1836-1911), « Odalisque », 1874, The Art Institute of Chicago
Isidore Pils (1813-1875), « Study of a reclining nude », 1841, The Cleveland Museum of Art
Paul Sieffert (1874-1957), « Grand nu », Collection privée ?

Un de ces trois peintres est un véritable spécialiste de l’odalisque de dos : Paul Sieffert à qui j’ai déjà consacré un petit article (« Les nues allongées de Sieffert« ). L’oeuvre de Sieffert est une rareté car les nues allongées, reclining nudes et autres odalisques sont généralement peintes de face (voir, par exemple, l’article « Seins et hanches » consacré à Zinaïda Serebriakova).

Putain ? Et alors (Par Manet)

Ah ! Les mules d’Olympia !

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Edouard Manet - Olympia - 1863 - Musée d'Orsay, Paris - Image Wikimedia Commons

On l’imagine trotter partout avec ses mules au pied, Olympia. Nue, si ce n’est pour un collier, un bracelet, une fleur dans les cheveux… et ses mules. Parfois, elle jette une robe de chambre sur ses épaules et la noue vaguement à la taille. C’est cette robe de chambre qui est en vrac sur le lit, sous les fesses d’Olympia. Il paraît que c’est une prostituée qui attend le client dans un décor oriental (un décor classique de bordel au 19ème siècle : pour info, lire la petite pièce de Guy de Maupassant, « A la feuille de rose – Maison turque »). Son client lui aurait fait monter des fleurs par le petit groom de service. Il va bientôt se pointer et la sauter pour un gros billet. Et Olympia semble nous dire : « Oui… Et alors ? »

Cette nonchalance dans la nudité m’amuse. Elle n’est pas si fréquente, même à notre époque submergée par les photos porno. J’ai trouvé cette prise de vue de Léo Graas (extraite du site photokonkurs.com) où le modèle a adopté une pose très similaire : le collier, les coussins (qu’on imaginera orientaux…) et sûrement des mules aux pieds ! Leo Graas,photo,indécente,nue,assise,jambes écartées,pubis,poils,odalisque(Ce n’est pas moi qui ai ajouté le cadre : une petite pensée de Léo Graas pour Manet et la belle Olympia qui nous toise depuis son cadre à Orsay ?)