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Sirènes et Amours dans les tombes de Myrina

Le vase des sirènes du British Museum m’a un peu étonnée : pourquoi 3 sirènes  d’un côté et 3 Amours (ou « Erotes », le pluriel de Eros) de l’autre ? Pourquoi 3 femmes ailées et 3 hommes ailés (même si Eros et ses frères sont parfois hermaphrodites) ?

Et puis je suis tombée sur la notice du musée du Louvre pour la statuette funéraire de sirène retrouvée à Myrina (une importante nécropole grecque située au nord d’Izmir, sur la côte turque). Et revoici Eros.

Les Grecs ont fréquemment associé la sirène à des rites funéraires (ci-dessus à gauche, sirène funéraire dans l’attitude de la pleureuse – une main sur la poitrine, l’autre dans les cheveux – trouvée à Myrina et conservée au Louvre, 1er siècle avant JC). C’est aussi parfois le cas des Erotes, notamment sous la forme d’Amours drapés  (ci-dessus à droite, Eros drapé trouvé à Myrina et conservé au Louvre, 1er siècle avant JC ).

Ces points communs aux sirènes et aux Amours sont assez troublants, tout comme le nombre de 3 (même si les sirènes sont parfois représentées par 2, 4, 5 ou plus ; même si Eros était d’abord unique avant de se multiplier en 3, voire 4), tout comme leur origine aquatique (le fleuve primitif Acheloüs pour les unes, la mer Méditerranée pour les autres), tout comme leurs ailes…

Sirènes et Amours jouent sur le désir sexuel, l’attirance, l’absence de contrôle. Je peux comprendre l’association des sirènes avec la mort (la sirène n’attirait-elle pas le marin à sa perte, comme la vie nous amène fatalement à la mort ?) mais pourquoi Eros ? Et puis j’ai pensé à ce magnifique sarcophage romain conservé au Metropolitan museum de New York. Regardez les Erotes volants qui tiennent le portrait du mort. Regardez, sur les côtés, Eros et Psyche qui se pelotent. Amour qui l’attrape par la mâchoire… L’amour à mort ? Je vous laisse chercher.

[Photos : Marie-Lan Nguyen/Jastrow – Source : wikipedia – Retrouvez plein de photos des sarcophages du Met sur ingredientsofawoman]

Menaces de mort pour quelques seins nus !

Pour tout le monde, une danseuse traditionnelle khmère (cambodgienne), ça ressemble à ça : danseuse,khmère,siem reap[Photo prise par Mike/SqueakyMarmot à Siem Reap, à côté d’Angkor au Cambodge, et disponible sur Wikimedia Commons]

C’est ce qu’on voit dans les restaurants ou dans les théâtres. La danseuse khmère est revêtue d’un sampot qui lui cache les jambes et d’un haut qui recouvre sa poitrine.

Fin 2008, le gouvernement cambodgien s’en est pris au jeune artiste américano-cambodgien Koke Lor qui vendait sur son site reahu.net des images de danseuses traditionnelles aux seins nus. Quelle horreur ! Tentative de fermeture du site (hébergé aux Etats-Unis), menaces de mort par mail pour l’infâme pornographe qui s’attaquait à la culture du pays. Pour info, voici une des images : apsara,seins nus,topless,koke lor[Retrouvez cette image et un résumé de la controverse sur le site asiafinest.com en cliquant sur l’image]

Et je suis sympa : je vous présente une photo « soft » ! Certaines sont bien pires : on y voit les seins (oui ! les seins !) en entier, de devant. Quelle horreur, vraiment !

Je rappelle  que cette polémique essentielle ne remonte pas à 1908 mais à décembre 2008 (moins de 2 ans !). Ainsi au pays du crime contre l’humanité des Khmers rouges (pour mémoire, presque 2 millions de morts entre 1975 et 1979, procès par un tribunal spécial de l’ONU en cours depuis 2009), montrer la poitrine des danseuses est un crime contre la culture !

Comme s’il ne suffisait pas que cette controverse soit absurde, en plus elle est ridicule. Oui, ridicule, car une danseuse traditionnelle, une apsara, ça ressemble à ça :apsara,devata,angkor,khmer,bas-relief… ou encore à ça (parce que les filles de la photo du dessus sont peut-être des « devata » alors que celles qui dansent ci-dessous sont, sans l’ombre d’un doute – puisqu’elles dansent -, des « apsara ») :

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Danseuses (apsaras) - Temple du Bayon (fin 12ème-début 13ème siècle), Angkor - Photo prise par David Wilmot et disponible sur Wikimedia Commons

Ces bas-reliefs sont similaires à toutes les représentations des apsaras : jupes fendues avec rabat pour cacher le pubis, seins nus. Comme en Egypte (voir « Belles toutes nues » et articles précédents), la danseuse traditionnelle a les seins nus.