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Les précurseurs du cul : XVIème – Dürer

D’abord une petite définition : Par « précurseur du cul », j’entends un artiste qui a présenté le cul (d’une femme) comme personne ne l’a fait avant lui. A ce stade, je vous demande l’indulgence : je ne suis pas une historienne de l’art et je vais peut-être me tromper par ignorance (ce n’est pas une bonne excuse, je sais). Allez ! Tout cela n’est pas très grave. Je me lance.

Mon premier précurseur sera donc l’Allemand Albrecht Dürer (1471-1528) et je l’ai choisi pour ce bas-relief visible au MET :

Albrecht Dürer - "Femme nue vue de derrière" - 1509 - Metropolitan Museum of Art, New York (Cliquer la photo pour voir l'original sur le site du musée)

C’est à ma connaissance la première représentation d’une femme seule, nue, debout, de dos (j’attends avec impatience le bombardement de contre-exemples par tous ceux qui se gaussent déjà de mes lacunes). Mais, même si je me trompe, Dürer mérite sa place de précurseur. N’oublions pas qu’il a formé dans son atelier mes amis et géniaux pornographes Pencz et Beham frères !

Je remarque que le thème de la baigneuse qui montre ses fesses devait être dans l’air du temps en Allemagne à cette époque. Je vous ai déjà montré la gravure d’une « Badende » aux belles fesses exécutée par un contemporain de Dürer, Ludwig Krug, dans l’article « bain et voyeurisme« .

Ce thème va redevenir à la mode deux siècles et demi plus tard, avec l’Italien Hayez et, surtout, plusieurs peintres français.

Hayez et Baudry justifient encore leurs images de nues par l’intention de représenter la déesse Vénus. Courbet prétend encore flirter avec l’allégorie (mais qui a donné ce nom à cette toile ?). Chassériau, lui, ne s’encombre plus de prétexte.

 

Francesco Hayez (1791-1882), « Vénus aux deux colombes » ou « Portrait de la ballerine Charlotte Chabert en Vénus », 1830, Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto, Palazzo delle Albere, Trento (Italie)

 

Paul Baudry (1828-1886), « La toilette de Vénus », 1858, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

Théodore Chassériau (1819-1856), « Baigneuse », 1842, Bayerische Staatsgemäldesammlungen (Nouvelle Pinacothèque ?), Münich

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Gustave Courbet (1819-1877), « La source », 1862, The Metropolitan Museum of Art, New York

Certains appellent ces femmes des « Vénus callipyges » (voir article « l’exception callipyge« ) parce qu’elles ont de belles fesses. Même si cela semble vrai, étymologiquement, moi je préfère penser que l’important n’est pas que ces femmes ont de belles fesses mais c’est plutôt qu’elles les montrent.

Des millénaires d’art sans cul

Après deux articles illustrés de jolies photos de cul, il me semble nécessaire de rappeler que nous avons beaucoup de chance de vivre en 2011. Parce que, pendant des millénaires, on n’a pas osé (voulu ? pu ? su ?) le montrer, ce joli cul.

Vous en doutez ? Alors cherchons !

Commençons par éliminer toute la statuaire ! Je sais bien qu’il y avait des statues de femmes nues il y a 4000 ans en Egypte (cf article « Belles toutes nues« ) et qu’on en a réalisé des milliers depuis plus de 2300 ans en Europe (cf article « Le jour où commença le culte du corps féminin« ) et je sais qu’elles ont toutes un cul, généralement nu, mais ces statues ne comptent pas : Leur but n’était pas de montrer leurs fesses (sauf dans un cas très précis sur lequel je reviendrai bientôt). C’est la face avant qui comptait, les seins, le pubis. Le cul n’était que la cerise sur le gateau, au mieux.

Après la statuaire, j’ai râtissé les fresques, les mosaïques, les peintures et, jusqu’à la renaissance, j’ai trouvé très peu de culs (à une exception près que je me réserve pour le prochain article). Quand les culs existent, ils sont secondaires, annexes, en aparté.

C’est à partir de la Renaissance que le cul des personnages principaux des tableaux commence à s’afficher.

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Dessus, à gauche : Annibale Carracci (1560-1609), « Vénus avec un satyre et des putti », vers 1590?, Galerie des Offices, Florence – A droite : Pieter-Paul Rubens (1577-1640), « Vénus devant le miroir », 1613-14, Liechtenstein Museum, Vienne

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Dessus à gauche : Titien (1490-1576), « Vénus et Adonis », après 1554, Metropolitan Museum of Art, New York – A droite : Paolo Véronèse (1528-88), « Vénus et Adonis », 1562, Schaezlerpalais, Augsbourg

Vous aurez remarqué que, sur toutes ces peintures, on ne voit pas l’ensemble des fesses mais plutôt la naissance de la raie. Vous aurez aussi noté que, comme souvent, Titien et Véronèse ont peint un même thème de façon assez similaire. Quant à la « Vénus au miroir » de Rubens, elle rappelle beaucoup celle du même Véronèse dont on peut admirer la raie du cul au Joslyn Museum of Art d’Omaha. Enfin, comme par hasard, ces 4 femmes sont des Vénus.

Et si on veut un cul tout entier ? C’est possible mais ce n’est pas sur le personnage principal (sauf erreur de ma part). Ainsi pour cette très belle paire de fesses peinte par Rubens et visible au Louvre : il s’agit d’une simple néréide, dans l’eau au pied du bateau dont va débarquer Marie de Medicis, future reine de France et commanditaire de l’oeuvre.

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Pieter-Paul Rubens - "Le débarquement de la reine à Marseille" (détail) - vers 1622 - Musée du Louvre - Cliquer pour voir la peinture entière sur Wikipedia

Maintenant, allons donc voir l’exception : Cette femme qui depuis 2000 ans nous montre ses fesses. Indice : Elle n’est pas seule mais c’est la seule des 3 qui nous montre son cul.