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Hé, ho ! Je te parle avec mes jambes

Je suis tombée par hasard sur cette photo dans un article de madmoizelle.com qui posait la délicate question : « Comment faire durer un fuck friend ?« 

Après 3 billets sur les jambes en X, voici un assortiment de jambes dont 3 paires sur 4 sont en forme de X !

Comme évoqué dans l’article précédent, serrer les genoux et rentrer les pieds est un signe de pudeur et de modestie, 2 attributs (en d’autres temps ou dans d’autres cultures, j’aurais pu écrire « 2 vertus » ou « 2 qualités ») considérés dans notre culture (et ce n’est pas la seule) comme typiquement féminins.

Mais on peut essayer d’aller un peu plus loin et voir dans la façon de tenir ses jambes un message un peu plus complexe que « je suis pudique » ou « je ne suis pas pudique ». Ainsi, s’il fallait tenter de qualifier les 4 femmes de la photo ci-dessus sur la base de leurs jambes, ne pourrait-on pas dire, de gauche à droite : timide, entreprenante, expectative, réservée ?

Tentons l’exercice avec d’autres jambes, toutes glanées sur le site de la marque anglaise de collants Pamela Mann.

Pieds rentrés et genoux serrés, les deux paires de jambes ci-dessus expriment la timidité, comme déjà évoqué précédemment. Notons qu’avec une mini-jupe, des jarretelles, des bas résille et des talons hauts, la candeur prend une nouvelle dimension : celle de la candeur feinte pour rassurer l’homme et l’encourager à agir. Ainsi la modestie, fausse, est en fait utilisée comme une arme de séduction.

Bien droites, les jambes disent autre chose :

A gauche, moi je vois une fille sérieuse, une étudiante bosseuse qui serre les fesses. Je l’imagine avec une pile de bouquins dans les bras et des lunettes sur le nez. Ce sont peut-être les leggings (et leur air de grandes chaussettes d’hiver) qui me donnent cette impression car les jambes tout aussi droites sur l’autre photo me semblent appartenir à une secrétaire dominatrice qui aurait troqué les livres pour le fouet, jarretelles obligent.

Une fois les jambes écartées, que voit-on ? De la décontraction et du jeu à gauche, de la sévérité et de la domination à droite ? Pourquoi pas. Position, vêtements, chaussures : tout compte.

La communication est un art délicat.

Femmes de Tournai, par Robert Campin

Robert Campin est un géant de la peinture flamande. Né à Valenciennes vers 1378, il a exercé son talent à Tournai, la grande ville de la Flandre francophone, un siècle avant van Cleve à Anvers, van Orley à Bruxelles ou van Heemskerck à Haarlem.

Voici les portraits d’un homme et de sa femme, réalisés vers 1435 par Campin et exposés à la National Gallery de Londres. Cette fois, pas moyen de confondre le voile de la Tournaisienne avec une simple petite « coiffe ». Si elle n’était pas représentée avec son mari, on pourrait la prendre pour une nonne. Certains se diront peut-être qu’au vu de l’extravagant turban du mari, on a peut-être affaire à un couple d’excentriques. Que nenni !

Vous souvenez vous du magnifique « retable de Mérode », le triptyque de l’Annonciation de Campin exposé au MET de New York, dont on a longuement parlé dans un article précédent (voir « Le jour où Marie a été fécondée« ) ? Vous souvenez-vous du couple de donateurs, sur le panneau de gauche ? Non ? Ah, quel dommage ! Voici un gros-plan pour vous rafraîchir la mémoire :

Ainsi donc, les Tournaisiennes du 15ème siècle se voilaient la tête encore plus que les Anversoises ne le feront 100 ans plus tard.

Comme dans le cas de von Cleve, la représentation de ces femmes lourdement vêtues n’empêche aucunement Campin de peindre la Vierge Marie les seins (ou plutôt le sein) à l’air.

La Vierge à l’enfant du Städel de Francfort est particulièrement remarquable par le modelé donné au sein, le réalisme des mains et le volume du voile… Un voile simplement posé sur la tête comme celui des madonnes de von Cleve.

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