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Linga aspergé de lait

L’hindouisme, c’est vraiment compliqué pour ma petite tête. J’ai passé pas mal de temps sur les histoires de lingam de Shiva et j’ai besoin de repos. Je reviendrai plus tard sur Parvati la belle et sur Kali la noire (ou la bleue ?).

Pour clore temporairement cette série d’articles consacrée au lingam et au yoni, voici néanmoins quelques photos de cérémonies traditionnelles (puja) en l’honneur du lingam.

Voici d’abord le lingam aspergé de lait qui dégouline tout le long de l’objet puis remplit le yoni avant de couler à l’extérieur. Je sais que les hindouistes arrosent souvent leurs figures sacrées de liquides (et notamment de lait) mais dans le cas du lingam, l’image est assez brutale : un liquide blanc qui coule le long d’une représentation phallique et remplit ce que certains considèrent comme l’image d’une vulve et d’autres (moi) l’image d’un ventre de femme. Osé !

[Photo puja.net]

Et voici maintenant un lingam géant aspergé de beurre fondu (le lait, c’était sur les photos d’avant que vous pouvez voir sur dhyanapeetam.org). Plus que la cérémonie elle-même, c’est la taille du lingam de cet ashram et l’équipement nécessaire pour l’asperger qui m’a interpelée.

Et si le yoni n’était pas une vulve ?

Pour essayer de comprendre le yoni, je vous propose cette photo de la Néerlandaise Ancilla Tilia en train de se faire sucer par un « lit à vide » sous une feuille plastique (« Suction » sur le site deviantArt d’A. Tilia).

Ce qui est le plus intéressant, c’est la forme des lèvres de son sexe. On retrouve exactement la même forme au niveau de la « gouttière » du yoni. Mais rappelons déjà à quoi ça sert : le « yoni » est une cuve à ablutions au centre de laquelle est enfoncé le lingam. Lors des cérémonies en l’honneur du lingam, ce dernier est aspergé de liquides. La cuve récupère ces liquides qui sont évacués par la gouttière (voir ci-dessous le lingam + le yoni et sa gouttière).

Quand on regarde le yoni et le lingam, on pourrait d’abord penser  que le trou du yoni est l’orifice du vagin dans lequel s’enfonce le  lingam. Mais le yoni ne ressemble pas à une vulve :  la gouttière ne correspond à rien. Par contre, si on considère de nouveau miss Tilia sur son lit qui suce, la ressemblance saute aux yeux. La gouttière, c’est la fente du pubis et la cuve, c’est le ventre. On retrouve la comparaison déjà évoquée quelques articles plus tôt. Rappelez-vous ! Le yoni et son lingam ressemblent à un mortier avec son pilon. Yoni = mortier, vase, cratère, cuve.

Et pour ceux qui ont encore des doutes, voici une photo très étonnante trouvée sur le site angkorguide :

Il s’agit d’une décoration située à l’embouchure de la gouttière d’une cuve à ablutions trouvée à Preah-Khan, sur le site d’Angkor au Cambodge. Vous les aurez reconnues, ce sont les petites lèvres d’un sexe  féminin. Et voici ce que ça donne, ci-dessous, remis dans son contexte. Oui ! Ca ressemble à la photo d’A. Tilia.

J’en déduis que le lingam n’est pas enfoncé dans le sexe mais dans le ventre de la femme, comme un  pilon posé dans le mortier. La fusion homme-femme est donc représentée de façon symbolique et non pas par un rapport sexuel.

Le yoni, c’est le ventre, pas la vulve.

De la complexité du linga

Oh, bien sûr, un article consacré à la bite sur femelletemple, ça peut sembler déplacé, mais détrompez-vous, jeunes filles ! Contrairement aux apparences, le linga (ou « lingam ») n’est pas une « bite ». Du moins, pas seulement une bite : C’est nettement plus compliqué. Comme l’hindouisme est une religion super complexe et que je ne suis pas une spécialiste, je vais essayer de faire simple pour ne pas dire trop de conneries.

D’abord, respect pour le Linga : il est la représentation non figurative de Shiva, le principal dieu du panthéon hindouiste (« linga » veut dire « signe » en sanscrit, d’après ce que j’ai lu). Un linga rappelle donc la présence de Shiva. Les rites qui entourent le linga correspondent au culte de Shiva et non à une adoration du phallus. Il n’y a pas qu’un seul type de linga et la variété de ceux-ci rappelle la complexité du culte lui-même.

Pour les plus curieux, les sites comme ganapati ou exotic india vous en diront plus sur les Jyotir-linga, Bhuta-linga, Swayambu-linga, Sukshma-linga et autres Akasha-linga. Je me contenterai de 2 formes cylindriques du Linga qui m’interpellent.

[Cette photo d’un Lingodbhava provient du blog hindu iconography ]

1. LINGODBHAVA. Cela a commencé lorsque Shiva est apparu sous la forme d’une colonne de feu infinie dont Vishnou a tenté de trouver la base en creusant comme un sanglier et Brahma a tenté de trouver le sommet en s’envolant comme un cygne. En vain. Cette histoire est connue sous le nom de « Lingodbhavamurti » (pour ceux qui aiment les termes compliqués qui font « pro »), soit « la naissance du Linga ». La représentation de Shiva dans cette colonne de feu s’appelle Lingodbhava, comme ci-dessus au temple Airavateshvara à Darasuram (Tamil Nadu, Inde).

2. MANUSHALINGA. Les Manushalinga sont des linga de forme phallique. Oui, j’avoue que cette forme-là m’intéresse plus que les autres. Mais comme les hindouistes aiment la complexité, on trouve plusieurs types de Manushalinga.

[Photos Met, V&A museum, Wikimedia Commons et Cham museum. Cliquer sur les liens ci-dessous pour voir les photos sur leurs pages d’origine]

A. Le VIGRAHA LINGA est un pur pénis, au gland plus ou moins réaliste mais toujours reconnaissable au dessin du frein du prépuce (Le Linga n’est pas circoncis) comme celui exposé au Metropolitan Museum à New York.

B. Le MUKHALINGA est un linga de forme phallique avec une ou plusieurs têtes de Shiva (Ekamukhalinga, Dvi-mukhalinga, Tri-mukhalinga, Chaturmukhalinga ou Panchamukhalinga suivant qu’il y a 1, 2, 3, 4 ou 5 têtes), comme celui du musée Victoria and Albert à Londres.

C. Le JATALINGA est un linga de forme phallique orné, à l’emplacement du frein, du chignon stylisé de Shiva, comme sur ce linga photographié sur le site de My-Son, au VietNam.

D. Le KOSA est un capuchon métallique orné d’une tête de Shiva qui venait recouvrir le linga, comme celui du Musée Cham de Danang (VietNam).

La forme du Linga est codifiée de façon précise : la base carrée (Brahmabhaga) représente Brahma, le segment du milieu, octogonal (Vishnubhaga), représente Vishnou et le sommet arrondi (Rudrabhaga) représente Shiva. Comme le montre la photo composite, cette forme n’est pas toujours respectée : seul le linga de My-Son (C) est segmenté.

Autre codification pas toujours respectée : la façon dont le linga s’interpénètre avec le yoni. La base carrée est dans le piédestal, sous le yoni (la cuve à ablutions). Le segment octogonal traverse le yoni. Le « gland » du linga est complètement à l’extérieur. Ainsi, comme le montre clairement le schéma, le linga est inséré dans le yoni est ne peut pas en être extrait (la base carrée l’en empêche).

Cette symbolique de l’interpénétration est très forte et en entraîne une seconde : pour séparer le linga du yoni, il n’y a qu’une seule possibilité : casser le yoni.

[Bo-Linga de Cat-Tien avec cuve/yoni cassée, VietNam, sur le site baolamdong.vn]

lingam > yoni ?

Je suis tombée sur cette photo et, immédiatement, j’étais en pleine forêt vierge. Des ruines de temple, une végétation tropicale vert fluo : C’est le retour d’Indiana Jones.  Cliquez donc  sur la photo ! Faut  voir la HD pour savourer pleinement.[Lingam dans les ruines du complexe de My-Son, Province de Quang-Nam, VietNam – Photo par MotHaiBaPhoto, le site DeviantArt de Dmitry et Olga]

Une fois passée l’excitation de l’aventurière du dimanche, ce qui interpelle, c’est la structure au premier plan : le lingam. Une courte recherche suffit pour apprendre que le lingam (ou « linga »), c’est  une représentation du pénis. Ce dernier est fiché dans une vulve symbolique en pierre : le yoni.

Voici, ci-dessous, un dessin que j’ai fait du yoni et du lingam, sur la base d’une photo d’un souvenir ramené du Cambodge par un  touriste. Typiquement, le lingam  est rond en haut, octogonal au milieu et carré à sa base. Chacune des 3 formes rappelle un des 3 dieux de la « trinité » (trimourti) hindouiste : Shiva (rond), Vishnou (octogonal) et Brahma (carré).

Le lingam ressemble à un pénis en érection mais que dire du yoni ? Il y a bien un trou dans lequel rentre le lingam, il y a bien une fente mais la comparaison avec le sexe de femme n’est pas si évidente. En fait le yoni ressemble à une lampe à huile ou, plutôt, à un enclume, ce qui est étrange. Il ne faut peut-être pas se focaliser sur cette forme de yoni : c’est la plus populaire aujourd’hui mais beaucoup d’autres formes ont existé.

En fait, en prenant un peu de recul, le yoni et le lingam ressemblent à …

Oui ! Un mortier et un pilon (qu’on utilise pour écraser des graines, des herbes ou des épices).

Là, la symbolique est intéressante. Pour le sexe féminin, on retrouve la notion de vase, de cratère ou de matrice. Pour le sexe de l’homme, on ne voit pas bien ce qu’il doit écraser mais on comprend immédiatement la complémentarité avec le mortier : L’un sans l’autre ne sert à rien. Le yoni-lingam représente-t-il (comme le mortier-pilon) une vision de la complémentarité du couple, de l’égalité des sexes ?

C’est ce que disent certains… ou plutôt certaines qui pensent trouver dans l’hindouisme une religion véritablement égalitaire. Mouais… Désolée, les filles, mais je n’en suis pas si sûre. Pour deux raisons :

1. La structure que j’ai appelée yoni-lingam jusqu’à présent ne porte pas ce nom en Asie. Là-bas, on parle de Shiva-lingam (le phallus de Shiva) ou, simplement, de lingam. Le yoni, même s’il est là, ne compte pas vraiment.

2. Regardez comment le lingam s’enfonce dans le yoni ! S’il s’agissait d’une représentation de l’acte sexuel, la partie ronde du lingam rentrerait dans le yoni (comme le gland du pénis pénètre le vagin) or c’est le contraire. Je ne vois qu’une seule explication à celà : Le yoni n’exerce pas ici de fonction sexuelle (comme le pénis qui est en érection) : Il est un simple socle pour présenter le « phallus de Shiva ».

Le yoni est un « faire valoir ». C’est le lingam qui compte (quoi qu’on aurait préféré penser).

shiva lingam, cambodge

[Shiva-lingam, fin du 7ème siècle après JC, Cambodge période pré-Angkor – Vente aux enchères de juin 2009 par la maison Michael Zeller de Lindau am Bodenseee – Photo sur le site de la société Auktionshaus Michael Zeller]