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La bouche non érotique

Sur le site thescienceofdesign, on trouve un extrait d’un entretien que le critique d’art Irving Sandler a tenu avec Tom Wesselmann début 1984 pour le compte des Archives de l’Art Américain (voir ici l’entretien complet). L’extrait concerne les peintures de bouche exécutées par Wesselmann.

Tom Wesselmann - Expo Mouth #10 - 1967 - Huile sur toile du Minneapolis Institute of Arts © Tom Wesselmann / Copyright VAGA, New York, NY - Source : artsmia.org, le site web du MIA

Tom Wesselmann – Expo Mouth #10 – 1967 – Huile sur toile du Minneapolis Institute of Arts © Tom Wesselmann / Copyright VAGA, New York, NY – Source : artsmia.org, le site web du MIA

Sandler demande à Wesselmann s’il a reçu des plaintes pour ces « mouth paintings ». La réponse du peintre est étonnante. Il dit que cette notion de la bouche érotique est un cliché, que pour lui seul le sexe est érotique, pas des courbes alambiquées (« You see, erotic to me is sex; erotic isn’t convoluted curves to me…« ).

Le critique s’étonne.

Moi aussi.

Le peintre précise alors sa pensée : il n’avait pas l’intention de peindre quelque chose d’érotique mais peut-être que les lèvres entrouvertes présentent quelque chose d’érotique… Bref ! Je vous laisse lire l’entretien par vous même.

Au delà des lèvres entrouvertes, que dire de la peinture ci-dessus d’une bouche largement ouverte (3m x 2,70m !) offerte par Wesselmann au Minneapolis Institute of Arts?

Moi, ça me fait penser à ça (l’actrice porno Summer Slate photographiée pendant une de ses prestations) :

slateptt

Regardez bien ! C’est exactement la même bouche, à l’exception du piercing de langue, inconnu en 1967 (S’ils avaient existé, Wesselmann aurait-il aimé les dessiner ?).

La bouche ouverte, la langue poussée vers l’avant mais qui ne dépasse pas des lèvres… C’est une bouche qui demande, qui a envie, qui implore, qui désire, qui a faim.

Bien sûr, une femme peut désirer ardemment une glace à la fraise ou une tranche de kiwi mais franchement… ?

Alors quand Wesselmann dit que ses bouches ne sont pas érotiques parce que, pour lui, l’érotisme, c’est le sexe, on pourrait répondre : « Et bien, justement !! ».

The great nude, the orange and the cigarette

Puisqu’on a montré pas mal de seins dans les derniers articles, parlons donc de Tom Wesselmann.

Tom Wesselmann (1931-2004) est un des grands artistes du mouvement Pop-Art. Il a définitivement sa place dans ce blog en tant que chercheur-explorateur-décrypteur-représentateur de la forme féminine.

Regardez-le en plein travail !  Il cherche la courbe parfaite, lui aussi (cf l’article sur Aristide Maillol et la Vénus de Perpignan). La courbe du sein, du ventre ou du dos… Du sein, je parierai !

Tom Wesselmann, Self-portrait while drawing, 1983, source : http://www.all-art.org

Grand fan du Sein et du Téton. Tom l’est.

Il a réalisé (à la peinture acrylique, en sérigraphie, en lithographie, etc.) une grande quantité de nues, à savoir :
– des seins
– des seins + une bouche
– des seins + une bouche + un pubis.
Toujours des cheveux (plutôt longs et blonds).
Rarement des yeux.
Jamais (?) de nez.

Les lèvres sont toujours brillantes de rouge à lèvres. Les seins sont souvent blancs de la marque du soutien-gorge. Les tétons sont toujours ronds et bombés. Les pubis sont toujours poilus (ça se passe dans les sixties !).

On peut se poser la question : « Pourquoi pas d’yeux ? ».
J’ai envie de me poser la question : « Pourquoi les oranges et la cigarette ? »

[De gauche à droite et de haut en bas : Bedroom Painting N°13 – Great American Nude N°8, 1969, Collection Ludwig, Cologne –  Great American Nude N° 99, 1968, Collection MG Neumann, Chicago –  Great American Nude N°92, 1967, Collection privée, New York]

Vous avez vu les oranges ? Ca me fait penser aux peintures du Moyen-Age et de la Renaissance, toujours pleines de symbolique (le lys blanc pour ceci, la rose rouge pour cela…). Parlant de fleurs, il y en a aussi souvent (roses, jonquilles) dans les oeuvres de Wesselmann. On sait que les fleurs représente généralement le sexe féminin mais que dire des oranges ? Les oranges, rondes et fermes. Je dirai, sans prendre trop de risques, que les oranges, c’est une histoire de seins. Encore !

Les seins, toujours les seins ! Tom ne pensait-il pas au sexe de la femme ? Je dirais  que si. Beaucoup même. Car les bouches des femmes de Tom ressemblent à des vulves. Ce n’est pas pour rien que Tom aimait peindre des bouches avec une cigarette entre les lèvres. Un fin pénis fumant sur lequel tire la femme…

Tom Wesselmann – Smoker, 1 (Mouth, 12) – 1967 – Source : thescienceofdesign.blogspot.fr 

[Voir ici la version de Smoker#1 détenue par le Musée des Beaux-Arts de Montréal]