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Montrer son corps (tatoué) pour (très bien) gagner sa vie

Avant les dizaines de « Suicide Girls » écloses ces dernières années comme le muguet au mois de mai, y avait-il des femmes tatouées en Occident ?

A vrai dire, pas beaucoup. On connaît bien sûr Milady de Winter, l’espionne de Richelieu que d’Artagnan (un temps son amant) fera racourcir par le bourreau de Béthune : En passant par la prison, péché de jeunesse, elle avait été marquée au fer rouge d’une fleur de lys sur l’épaule. Mais est-ce que le fer rouge appliqué aux forçats, ça compte comme tatouage ?

Les seules femmes tatouées « occidentales » que j’ai trouvées ne sont pas mortes depuis si longtemps. Elles étaient presque toutes américaines et s’appelaient Annie Howard, Artoria, Betty Broadbent, Djita Salomé, Emma de Burgh, Irene Woodward, Irma Senta, Lady Viola, Lotta Pictoria, Maud Arizona, May Vandermark, Nora Hildebrandt, Queenie Morris…

Lady Viola

Leurs points communs : elles travaillaient toutes pour des cirques ou des Freak shows (encore appelés Sideshows), elles étaient très bien payées, elles étaient complètement couvertes de tatouages (tête exceptée) et leurs tatouages glorifiaient généralement l’Amérique (têtes de président, aigles, drapeaux, cowboys…).

On trouve de nombreuses cartes postales et photos « vintage » de ces femmes sur la toile. On trouve aussi beaucoup d’inexactitudes copiées de site en site et très peu d’info intéressante… Et puis je suis tombée sur Amelia Klem ! Cette fille (tatouée) a fait un très intéressant travail de recherche sur les « Tattooed Ladies » dont une partie est accessible à tous : voir le PDF « A life of her own choosing – Anna Gibbons’ fifty years as a tattooed lady« .

Artoria

Anna (Burlingston) Gibbons est devenue « Artoria, tattooed girl » en 1919 (elle avait 26 ans) avec le Pete Kortes Show avant de signer l’année suivante avec « The Greatest Show on Earth », le cirque Ringling Brothers-Barnum & Bailey. Patriotiques sur la poitrine (George Washington entre 2 « Stars & stripes »), ses autres tatouages sont plutôt ‘renaissance italienne », comme la Cène de Michel-Ange sur le dos, car son mari et tatoueur personnel Red Gibbons aimait ça.

Artoria a vraisemblablement croisé une autre performeuse connue, Lady Viola, encrée dans les années 1920, et qu’on a parfois surnommée “The Most Beautiful Tattooed Woman in the World.”  Sûrement la plus patriotique : 6 présidents sur la poitrine, le Capitole sur le dos, la statue de la Liberté sur une jambe… !

Les plus anciennes célébrités de la profession sont Nora Hildebrandt et Irene Woodward qui on commencé leur activité au début des années 1880, avant l’invention de la machine à tatouer électrique, brevetée en 1891. Elles ont lancé le mythe des femmes tatouées de force par les indiens.

Au tournant du 20ème siècle, ces femmes gagnaient entre 25 et 250$ par semaine, suivant la qualité de leur spectacle et le lieu où elles exerçaient, soit nettement plus que le salaire moyen d’une famille ouvrière qui était de 7 à 10$/semaine à cette époque (voir texte d’Amelia Klem).

Elles étaient très bien payées car les hommes se pressaient pour les voir se dévêtir (les jambes, les bras, parfois le ventre) tout en racontant leurs histoires de tatouage forcé par des tribus sauvages. Exotisme-contrainte-nudité, un trio gagnant !

Elles étaient les pin-ups de l’époque et ont été reproduites sur de nombreuses photos et cartes postales. Même Groucho Marx n’y a pas résisté, quand il chante les attraits de Lydia la tatouée dans « Un jour au cirque » (At the circus) en 1939 :

Oh Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the tattooed lady
She has muscles men adore-so
And a torso even more-so
Oh, Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the queen of tattoo
On her back is the battle of Waterloo
Beside it the wreck of the Hesperus too
and proudly above waves the red white and blue
You can learn a lot from Lydia
There’s Grover Walen unveilin’ the Trylon
Over on the West Coast we have Treasure Island
There’s Captain Spaulding exploring the Amazon
And Lady Godiva–but with her pajamas on
She can give you a view of the world in tattoo
If you step up and tell her where
Mon Paree, Kankakee, even Perth by the sea
Or of Washington crossing the Delaware
Oh Lydia, Oh Lydia, now have you met Lydia
Lydia the queen of them all
She has a view of Niagara which nobody has
And Basin Street known as the birthplace of jazz
And on a clear day you can see Alcatraz!
You can learn a lot from Lydia!
–Lydia the queen of tattoo!

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